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1967

Pierre Joffroy était son nom de plume. Maurice Weil celui de l’etat civil.
Né en 1922 À Hayange  en Moselle, il monte à Paris en 1945 après être passé par Lyon où il s’était réfugié en 1941, rejoint plus tard par son frère Gilbert .
Entré au Parisien Libéré dès son arrivée dans la capitale il réalise un de ses premiers reportages en s’embarquant sur un « rafiot « chargé de juifs européens  rescapés des massacres nazis.

Ici commence l’histoire des carnets dont certains disparaissent à l’occasion de ce voyage en terre de Palestine en 1947.
Il s’agit d’un petit agenda (un par trimestre) sur lequel il note rendez-vous, rencontres, conversations téléphoniques, lectures, sorties, projets et ceux de ses amis.
Le format n’autorise pas le développement comme encore moins les épanchements (même si on trouve quelques cris du cœur).
Ces carnets pourraient être (sont) comme une gigantesque table des matières d’un livre à venir, un vaste index qui renvoie à autant de pages qui ne sont pas encore écrites.
Au commencement était le verbe. Reste à trouver la suite.
À vous de lire ce projet de « livre total » .
À vous de nous donner des informations complémentaires que la lecture de Ces 20 premières années (1947-1968) vous inspire.
La suite, 1968-1980, puis 1980-2000, paraîtra dans le courant de l’année 2021.
Les carnets n’avaient jamais été lus, ni déchiffrés avant 2008. Ils ont été photocopiés puis déposés à l’IM.C.(Institut Mémoires de l’ Edition Contemporaine) avec les archives de Pierre Joffroy où ils peuvent être consultés.

3 janvier 1967

Reçu du père Armorin un livre « Souvenirs de FJ Armorin ». Cdf de Verny : Ailleret a obtenu de Pau l’adresse de retraite de Ciaramonti ! Hip Hip Hip !
Mort de Ruby, assassin de l’assassin de Kennedy.

5 janvier 1967

Pour K. Gerstein, vu Cristin à dîner

6 janvier 1967

A Puteaux, parmi les gratte-ciel en train de percer (la tour Nobel finie).

7 janvier 1967

Fini de lire le Schwarz Bart sur épreuves (« Un plat de porc aux bananes vertes »). Très bon.

8 janvier 1967

Réveillé Monloup, puis Gatti. Parlé du film, ce que je dois faire (intervention auprès de Kessel et de leaders juifs pour amener Tenoudji à distribuer le film. En butte aux assauts de Nastassia Flippovna (chat). Hubert et Dante également fatigués et ravagés : il fait les décors des Chroniques et d’une pièce de Cousin ; l’autre active sa pièce sur le Vietnam.

9 janvier 1967

Téléphoné à Kessel. Il appelle Jo Sinitzlay qui se déclare intéressé – connaissant Gatti et même la pièce. Redis le tout à Dante qui va prendre RV. Essayé ensuite de prendre contact avec Samuel. Téléphone impossible.
Gatti, ébranlé par les nouvelles de Chine, abondamment diffusées par la TV et le reste : « guerre civile… Nankin en révolte contre les gardes rouges… ». Les trois quarts faux, rapportés par des journalistes japonais mystérieux et démentis ça et là (lecture de journaux muraux à Pékin).

12 janvier 1967

Peu à peu se dégonfle le canard de la guerre civile en Chine (qui faisait se frotter les mains Américains et Formosans).

13 janvier 1967

Capté radio Pékin sur ondes courtes 40-45 m. Citation d’un article albanais. Chant : « Président Mao, vous êtes le soleil rouge, qui illumine de ses rayons ». Speakerines du monde entier. Clôture par l’Internationale. Puis, radio Moscou 35 m. Clôture par un ai de jazz symphonique ! Puis, radio Jérusalem : clôture chant traditionnel yéménite.

16 janvier 1967

Lettre de Druon sur les « Prétendants » – qui sont, dit-il, « au croisement de Jarry, Kafka et autres rêves ».
Avec Sanchez, vu le producteur éventuel de « Manouchian », M. Lépicier, affligé d’un fort tour de reins. Il verra Tenoudji cet après-midi. Moi, j’ai RV avec Samuel demain pour qu’il agisse sur ledit Tenoudji.

17 janvier 1967

11 h 45, 19 rue de Téhéran au FSJW, vu Samuel à qui j’explique le cas Tenoudji. Il accepte d’user de son influence éventuelle. Téléphone devant moi, ne l’obtient pas, me donnera les résultats après l’entretien qu’il aura ce soir peut-être.
Cdf de Sanchez et Dante à qui j’explique ce qui s’est passé. On va accélérer le mouvement. La pièce sur le Vietnam est finie, me dit Dante. Elle s’appellera « V », d’une inspiration de cette nuit.

18 janvier 1967

Cdf de Samuel : il a vu Tenoudji qui a le manuscrit et va le lire avec sympathie. Pris billets pour Stuttgart et Munich (procès du SS responsable des déportations de Hollande – dont Anne Franck).
Vu et agrafé dans le couloir par J.P. qui me demande encore de faire le Match du monde (comme « Mort d’un président » qui paraît en ce moment dans PM). Il me cite les grands de Match autrefois : Benard, Martin-Chauffier. Puis Mille, très amicalement, me parle de tout et approuve ma position : ne pas accepter à moins d’avoir vraiment les moyens d’agir.

19 janvier 1967

Corrida téléphonique pour avoir Mme K.G. qui se dérobe, ne veut pas me voir. K.G. Haus. Décidé d’abandonner Stuttgart pour le moment. Obliqué sur Bonn. Train à 23 h 15, W.L. single.

20 janvier 1967

Bonn où Kelber me rejoint à la gare. Hôtel Stern. De là, chez Kelber : lettre à M. Weisselberg pour lui demander de ménager un entretien avec la veuve Gerstein.

21 janvier 1967

Cdf de Weisselberg : RV en février.

22 janvier 1967

Train de Munich 11 h 17. Le train longe le Rhin : magnifique dimanche sur le Rhin. 5 h 30 Munich avec la pluie. Hôtel Regina. C’est le carnaval de tous les salons, smoks et robes longues. A 9 h, Silianoff qui me met au courant.

23 janvier 1967

Procès à 9 h. 2e étage du palais de Justice. Vu Driand, Dominique Aulères, la TV avec C. (rappelé le procès du Gauleiter Wagner). Les 3 accusés – 2 hommes, 1 femme – sont ce qu’on attendait, 20 ans après. Déjeuner hôtel, Silianoff me rejoint. Ensuite, de 2 h à 4 h, tribunal, déclaration de la Gertrude. Conférence de l’ex- général SS Herster. Ensuite, chez Silianoff.

24 janvier 1967

Tribunal. Suite des explications d’Herster. Protestation des journalistes étrangers. Vu et parlé à l’avocat germano-américain de Francfort, Kemperer (qui était à Nuremberg). Assez déplaisant, très amateur de pub. Content que l’accusé reconnaisse tout de même certaines choses. Content, qu’à Jérusalem, au procès Eichmann, les gens de là-bas ont su ce qu’ils ne savaient pas. Pendant ce temps, le caricaturiste le croquait dans le couloir du Palais. Déjeuner avec Silianoff. Séance à 2 h, puis hôtel et gare. Cinq heures de train à traduite de l’allemand (les journaux). A 9 h, Wiesbaden.

25 janvier 1967

8 h 30, petit tour dans cette grande ville qui ne sait pas bien ce qu’elle est – et de toute façon se sent déchue. Vu l’hôtel où siégea la commission d’armistice, et la rue Weil qui donne sur la Taurus Str. et qui n’est pas gaie.
Avec Kelber arrivé de Bonn et un photographe local, chez le pasteur Niemöller, Brentano Strasse. N. très cordial, très expansif sur K.G. Après, on parle du Vietnam. Il est d’accord pour répondre à 1 interview. Travaillé l’après-midi aux questions à poser à N. Thé chez Blum. En voiture, sous la pluie, à Francfort (37 km). Hôtel Carlton – souvenir de Kelber passé à l’état de ruine. Dîné ensemble restaurant italien. Parlé de Dante.

27 janvier 1967

Petit-déjeuner avec P., de là avec eux, chez le pasteur Muchalski à 10 h. Un homme charmant, mais secret. Me raconte, traduit par David, l’histoire de sa rencontre avec K.G. Le mot « macabre » revient plusieurs fois.
Train pour Paris à 16 h. Vu dans le train Armand (de l’Académie), serré la main. Arrivée 11 h.

28 janvier 1967

Trois cosmonautes américains brûlés à terre dans leur capsule.
Cdf à Sanchez : Tenoudji, malgré toutes les interventions, ne veut pas du film. Reste Sinitzky.

30 janvier 1967

Cdf de Sanchez, puis de Dante : RV avec Sinitsky le 2 ; D. ne peut y aller. J’irai avec Sanchez. Demain, à 9 h 30, il lit sa pièce « V pour Vietnam », juste finie. J’irai. Pour la pièce de Kateb, au petit TNP, il se dit horrifié par la mise en scène de Serreau.

31 janvier 1967

9 h 30 chez Chesneaux ( ?) rue d’Arras, lecture par Dante de « V pour Vietnam ». 25 à 30 personnes. Monloup, Hélène, Lescot. Le président, Grand Sheriff, multiplié ; personnage ubuesque Bull Dog, écrans multiples. Lancelot, les Monod, représentants du FNL que D. regarde fièrement en lisant. Allusion à l’enlèvement d’un Vénézuélien pour servir d’échange à un condamné à mort vietkong (Bonheur me l’avait dit à ce moment-là). La vie se met à ressembler à Gatti.

1er février 1967

Funérailles de Juin.

2 février 1967

A 14 h vu Le Bolzer qui me parle de sa revue de théâtre (Tréteaux 67). Je le mets en contact avec Sylvain – venu me chercher pour aller chez Sinitzky (notre dernier espoir) en l’absence de Dante (à Toulouse). Mais Sinitzky a repoussé le RV à lundi prochain… mauvais présage.

3 février 1967

Vu Avner Len qui a instruit l’affaire Eichmann. Très important pour K.G.
Appris par Kelber la mort de Dibeluis – puis à la TV par Pottecher, celle de Pierre Stibbe (55 ans). Il plaidait en province (procès Meyaoui). Je l’avais appelé au téléphone le 31 janvier pour K.G. (le dossier judiciaire qu’il devait demander pour moi au procureur Robert). Il m’a demandé de lui écrire une lettre à ce sujet. Me signalant qu’il était candidat PSU aux élections à Colombes, il m’avait prié de le signaler éventuellement au journal, si on envoyait quelqu’un là-bas. « Bonne chance ! » ai-je dit. Il a dit : « Merde ! Dites merde ! ». « Oui, ai-je dit. » Il a insisté « Dites merde ! Dites-le ! Dites-le ».

6 février 1967

Mort de Martine Carol (46 ans). Crise cardiaque.
Avec Sanchez, chez Jo Sinitzky (auquel vient se joindre le frère). Il écoute et précise gentiment qu’il ne donnera pas d’argent. Il va lire, et on verra. Sanchez avait le trac. La crise russo-chinoise s’envenime. On ne parle plus que de cela – et du départ des familles russes, protégées à Pékin par les diplomates occidentaux (ambassadeur de France). C’est une histoire d’amour qui finit mal. Mais je suis Chinois.

7 février 1967

Cdf de Mme Desmaisons. Elle me demande conseil. Son mari vient de réussir la 1ère hivernale du pilier de . Exploit indiscutable. La TV n’a dit mot. Il paraît que le préfet de service aurait agi dans ce sens, de concert avec les Frison Roche et autres. Lui conseille de parler aux journaux : Express, Observateur, Monde. Que René D. aille aussi voir M. le préfet et lui dise deux mots.
11 h 30 Grandval, Monnerville, Depreux, le bâtonnier, 3 discours. Robert Bonal, une grande foule, peu de têtes exotiques, un froid vif, en haut de la pente : funérailles de Stibbe, au Père-Lachaise. J’y vais pour la 1ère fois.
Déjeuner avec Hemming chez un chinois – qui aurait besoin des gardes rouges pour redresser sa tendance culinaire.

10 février 1967

Chez le pasteur de Billy. Très intéressant : a entendu dire que la mort de K.G. était « louche ». A 7 h, av. Bosquet, Callot du SDECE. Très aimable, a passé trois ans en Israël. Va essayer de me trouver le dossier de K.G. à la Sécurité militaire.

11 février 1967

Expo Picasso au Grand Palais. Une foule énorme : 1 h ½ à piétiner dans le froid. Cela valait la peine. Des merveilles.

14 février 1967

Vu l’abbé Lucien Lacour, aumônier des pompiers, et qui fut aussi au Cherche-Midi, très accueillant.

16 février 1967

Journal. Claude Sire et Gall démissionnent. Ils étaient menacés : depuis plusieurs semaines, ils ne travaillaient plus que pour l’UNR (la campagne électorale, le journal gaulliste, etc.).

18 février 1967

Michaud à 3 h – révision du K.G. Mise au point.

19 février 1967

Oppenheimer mort. Une époque.

20 février 1967

Cdf de Dante : rentré de Toulouse, il va y retourner dans trois jours. Le Grenier montera le Vietnam et l’emmènera en tournée. Me demande ce qu’il en est de Sinitzky (je le renvoie à Sachez) et m’invite à Toulouse.

23 février 1967

Cdf de Dante. Part pour Strasbourg avec Sylvain. RV avec Sinitzky demain. Il le fait remettre. Je lui signale un article de F. Soir sur une pièce (« La Guerre entre parenthèses » à Villejuif) qui se termine par : « Tout le monde ne s’appelle pas Armand Gatti ». Il paraît ravi. Je le reprends : « Bravo ! On se sert de toi pour assommer une pièce et tu es content ! » « Gros, tu me fais rougir ! ».
Visite de Claude Berri : m’apporte le papier ; quelques ajouts pour éviter un procès de la part des gens qu’il a pris pour modèles.

24 février 1967

Au Vietnam, toujours la merde américaine – le crime.

25 février 1967

Rugby : France-Angleterre, gagné par la France 16-14.

28 février 1967

Rencontré Labarthe chez les sténos. Grandes embrassades.
A 9 h : à l’Olympia pour le programme Pia Colombo – Alain Barrière. Un public très populaire, et pourtant Pia passait mal. Un public comme D. n’en a pas encore eu et qu’il n’aura peut-être pas (parce qu’il est impossible à avoir : trop à ras de terre au niveau des perceptions, des sensations brutes).

3 mars 1967

L’après-midi, Michaud. Il a des ennuis : l’acteur J. Charrier, qui lui avait commandé un scénario, ne l’a pas trouvé à sa mesure. Que faire ? Le modeler à la convenance de J. Charrier, ou refuser ? Je refuserais, lui dis-je. Il le fera probablement. En attendant, essayer du côté de la TV.

5 mars 1967

Voté.

6 mars 1967

Les gaullistes gagnent, le PC suit. Défaite de Lecanuet – meilleure chose de la journée (avec le ballottage de Dutourd).
Déjeuner au Shanghai, rue Cujas (le patron me traduit l’adresse de Wang et dit le connaître), avec Chateauneu, Le Bolzer, Jean Schmidt et, plus tard, J.G. Seruzier (qui sera le photographe de « Tréteaux 67 »).

13 mars 1967

Nuit de tempête fracassante. Elections : la Ve république à deux doigts de l’échec. Succès communiste.

14 mars 1967

Dans France Soir : boulez renonce au Domaine musical pour se consacrer seulement à la composition.
Téléphone Toulouse : Sarrasin, Gatti (il y restera jusqu’en avril pour monter Vietnam)

15 mars 1967

Téléphoné à Danielle pour proposer à Stéphane de l’emmener à Toulouse jeudi ou vendredi. Décidé vendredi.

17 mars 1967

Parti pour Toulouse 8 h 40. Stéphane sur le quai m’apprend qu’il peut partir en voiture avec Sylvain ce soir. C’est une économie de 70 F, mais il hésite : je devrai faire le voyage seul. Je le convaincs de partir avec Sylvain.
A 5 h, au théâtre Sorano. Vu Dante avec Hélène discutant des accessoires de Vietnam, pendant qu’on jouait la pièce pour la TV. Revu le soir la pièce dans ses décors et une mise en scène nouvelle. Très belle. Après, chez les Vietnamiens qui s’occupent de « V. comme Vietnam » avec D., H., Claret l’Espagnol, Reine Sanchez et Stéphane arrivés sur ces entre faits.

18 mars 1967

Train 10 h pour Paris. Pensé que je devrais essayer de partir avec D. pour le V.N.
Voyage avec un rugbyman de St-Gaudens qui me conte ses malheurs : son père mourant, une fiancée qui le contraint au mariage (« Je lui ai fait l’enfant d’entrée »).

21 mars 1967

Déjeuner à la brasserie de l’Ile Saint-Louis avec Garry H. Titre projeté du livre : Patchwork. De là, chez les Marchal : lui, invisible, alité, et sans doute aux avant dernières extrémités.
Au Fouquet’s, où Mme Sion, productrice radio, me demande une pièce (3 200 F pour une heure 20). Elle me cite abondamment ses auteurs, ce qui a le don de me refroidir (Jouhandeau, Perret, Déon, etc.).

23 mars 1967

Vacances.

31 mars 1967

Téléphone PM, Thérond me demande quand je rentre ; veut discuter la question du « Match de la Vie », remise par JP sur le tapis. Il veut me faire faire un papier sur le livre de Kessel « Les Cavaliers ».

1er avril 1967

Le « France » à Toulon, c’est le poisson d’avril de la République.

6 avril 1967

Journal. Vu Thérond à midi (« Match de la Vie » parti. Suis-je d’accord ? Oui, mais d’abord Allemagne, Pologne. OK dit-il).

7 avril 1967

Pris le train pour Stuttgart à 9 h 45. W.L.

8 avril 1967

Arrivée 5 h 45. Train à 6 h pour Mössingen. A la gare, Wesselberg m’attend. Il m’emmène fruhstucker à l’hôtel. On parle du sujet. A 10 h 30, chez Mme G. dans sa maison. Elle est charmante, très allemande dans le meilleur sens du terme.
Par la route à Rottwerl où K.G. rédigea sa confession. Vu l’hôtel où il était, l’église qu’il déblaya, l’église qu’il fréquenta, etc. Sur la route, le château des Hohenzollern.

9 avril 1967

Bonn, au Stern, la même chambre que la dernière fois. Tél. à Kelber : toujours accablé de succès, dont il est plutôt fier.

11 avril 1967

En voiture avec K. vers Cologne. A Schildgen pour y voir la femme de l’officier fusillé à , Mme Scheller. Elle est des plus sympathique. Artiste (elle peint), elle a combattu vingt ans pour faire réhabiliter son mari. C’est fait. Le fils est devenu un pacifiste à tous crins.

12 avril 1967

Train pour Hagen – changement à Cologne. Un vieux paysan poméranien, en vêtements de mauvaise coupe, revenait de son pays après une visite familiale de quelques jours. Il disait que l’Ouest était bien mieux que l’Est, qu’on ne pouvait rien posséder. Il regardait tout comme un enfant dans un magasin de jouets.
W. arrive. En voiture à Berchum, sur les collines du Sauerland. Paysage mi bucolique, mi minier. Il n’y a rien du musée que j’attendais. C’est une institution pour la formation des jeunes protestants. Vu les dossiers : photos et documents. Téléphoné à Thomas H. à Dortmund. Sa pièce sera montée le 20 mai. Il se plaint des comédiens. Adenauer malade.

13 avril 1967

Berlin à 9 h 21. Bentz est là avec des nouvelles : le chancelier se mourant, PM me demande de prendre l’avion pour Bonn ! Très ennuyé. Je ne devrais rentrer à Bonn que s’il mourait. Dîné avec Bentz sur le Kurfurstendamm, à la Maison de France. Très cher pour pas grand-chose. Idem pour l’hôtel.

14 avril 1967

Levé 6 h. En taxi chez Bentz. De là, toujours en taxi, Wannsee, la villa de la « Conférence ». Puis, Ste-Anne, la nonciature, l’ambassade de Suède, le mur de Berlin avec montée sur le podium. Déjeuner à la Maison de France puis, pris d’un irrépressible ennui, visité le zoo – oiseaux !

15 avril 1967

6 h 22 Varsovie sous un ciel bleu. Tout neuf et tout pénible. Hôtel Europeiski. Couru la ville à la recherche d’un billet pour Cracovie (ce soir). Le congrès des anciens déportés embouteille les frêles wagons de l’Orbis.
Hôtel : rencontré Annie Michaud, Anna Prucnal qui connaît toute la famille (Gatti, Monloup). Train pour Cracovie 17 h 15. Taxi. Rien au Franzuski. Téléphoné à une adresse donnée par Zamoysky : la comtesse L, une voix de vieille Ségur…

16 avril 1967

En voiture avec le consul et le vice-consul vers A. Une des plus belles journées possibles en Pologne. Villages endimanchés, et là-bas, la cohue, la kermesse.

17 avril 1967

Interminables complications et difficultés et discussions pour aller en voiture à A. avec un journaliste soviétique. A la crémation, les blocs. Tout vu. B. immense, les crématoires tous sautés, les cendres, la rampe. Retour.
De Cracovie, départ en taxi pour un voyage de 1 000 km à Belzec, Maidanek, Treblinka jusqu’à Varsovie. Le véhicule, une Volga de 450 000 km, a besoin d’être ménagé.

18 avril 1967

Levé à 5 h. Belzec vers 9 h. Les ossements. Maidanek – vers la fin de l’après-midi, Treblinka : grandiose. Un monument qui ressemble aux alignements de Carnac.

19 avril 1967

Vu Kozlowic, d’Interpress, qui m’arrange un RV demain pour K.G. Déjeuner au club de la Presse. A 5 h au monument du ghetto pour la cérémonie anniversaire de la Révolte. Des « délegatsié », des fleurs, des drapeaux. Mortel et bête.
A 7 h avec Prucnal, à la Philharmonie : discours yiddish. Dîner club des acteurs – Vodka.

20 avril 1967

9 h , ministère de la Justice, Prof. Pilidowski, spécialiste des crimes de guerre (KG). De là, recherche des moyens de rentrer (train samedi). Déjeuner à l’hôtel avec le directeur des services d’information du ministère des Affaires étrangères et son adjoint. Il a fait ses études à Grenoble. Parlé encore de KG et des camps. Très fatigué à la fin. Sieste.

21 avril 1967

Vu au ministère de la Justice les documents de Nuremberg (que je connaissais d’ailleurs). Déjeuner au club des architectes. 7 h concert à la Philharmonie : Monteverdi et Penderecki. Souper chez A.P. avec sa mère. Disque de Jeanne Moreau (J’ai la mémoire qui flanche). Raconté des histoires diverses.

22 avril 1967

Avec Anna au cimetière juif fermé (sabbath). Gare de Golansk, wagon suisse. Dîner W.R. polonais.

23 avril 1967

Il pleut sur l’Allemagne, la Belgique. Bu force tchaï. Arrivée 16 h.

24 avril 1967

Journal. Téléphoné à Danielle : grand succès, dit-elle, de Dante pour « V comme Vietnam ». Les critiques sont formidables. Expo Saby : bonne critique, mais pas de vente (ou peu). Cdf de Le Bolzer : fichu à la porte de PM depuis 8 jours. Croit que c’est parce qu’il a fait sa revue. (Non, pour faire des économies ou placer d’autres.) Un cosmonaute soviétique est mort à l’atterrissage. Grande émotion dans le monde.

25 avril 1967

Croizard : Le Bolzec victime des compressions. PM va mal. Beaucoup moins de pub, mais on ne veut pas diminuer les tarifs. Le bruit se répand que PM est un mauvais support de publicité… la vente est mal faite, etc. Moins d’abonnements que l’Express. Vu « Tréteaux 67 » de Le Bolzer (j’y figure au comité de rédaction). L’ensemble est satisfaisant, avec de grosses faiblesses.
Enterrement d’Adenauer mort vendredi.

26 avril 1967

15 h vu F. Verny chez Grasset avec Mme Koenigsere, traductrice (pour Eichmann : le texte des interrogations que j’ai proposé).

27 avril 1967

Cdf de la secrétaire de J.P. Il veut me voir. Impossible d’éluder encore cette invitation. J’y vais. Me reçoit seul, puis Gaston, Hervé, Thérond. Le Match de la vie ! Pendant ce temps, il dirige les enchères sur les mémoires de Svetlana Staline.

28 avril 1967

Vu Arthur Comte avec Thérond et surtout J.P. Les enchères montent. F.S. est tout seul : 100 000 $. Nous, avec un groupe d’associés, 400 000 $. Intervention prodigieusement lucide de J.P.

2 mai 1967

Déjeuner avec Toussaint chez le Chinois rue Marbeuf. Son projet TV : romans-feuilletons à adapter. Parlé de J. Michaud comme réalisateur.
Cdf de Michaud, assez déprimé. Dit qu’il a 30 ans et est décidé à passer de notre côté, Gatti et moi (de notre génération). Ce qui m’amuse beaucoup. Pensé à la tête de Dante. Conférence Arthur Comte (appelez-moi Arthur), puis, avec lui, vu Labarthe pressenti pour le Match de la Vie scientifique. L’ai trouvé très pâle, amaigri, souffreteux.

3 mai 1967

Convoqué par J.P. à 5 h. Nouveau style de travail, pour moi : l’après-midi ! Avec Arthur, Croizard et Dabernat pêché par là, chez J.P. qui nous lit son papier modèle sur les essais des 24 heures du Mans. Minutes rares. Promet : « Si vous m’aidez, je serai très gentil avec vous ».

4 mai 1967

9 h 30 : ambassade de Pologne. Vu le prof. Ganicki. Parlé longuement de choses et d’autres : Gerstein, les juifs en Pologne, mon métier, le sien. (Esprit brouillon, selon T. Harlan, juif camouflé, selon Zanoyski. Je ne le trouve pas antipathique.)
Au Louis XIV, le patron se rappelait Kurt Gerstein. RV mercredi.

5 mai 1967

Match de la vie n° 0 imprimé.

8 mai 1967

Lu « V comme Vietnam » pour une nouvelle collection du Seuil.

12 mai 1967

Déjeuner Toussaint, Michaud et Georgette Elgey. Parlé des projets TV (feuilletons) et de Régis Debray (prisonnier des Boliviens). C’était chez Georges, qui met la clé sous la porte dans un mois. Nous sommes les premiers avertis. Il ne fait plus ses frais. Ensuite, Louis XIV. Les détails de l’histoire K. G. par Germain Descombes, guère plus que l’autre jour. Chaleur d’été. Cdf de Dante, de passage.

13 mai 1967

La Route, un temps merveilleux – et un soir à s’écœurer de tendresse.

15 mai 1967

8 h 30 Gatti à la maison. Dîné, puis café (et cigarette) dans la gloriette. Parlé de Chris, Cuba, Régis Debray (qu’il a connu à Cuba), surtout de « V comme Vietnam » et les incidents provoqués ici et là par les fascistes, les prises de paroles. Hélène Châtelain, Helmann et Francine G. qu’il poursuit. Parti vers 1 h 30, après réaffirmation d’une amitié intangible.

16 mai 1967

PM. Vu Arthur Comte qui, peu à peu, se rend compte de ce que c’est, ce monde-ci.

17 mai 1967

Grève générale contre les pleins pouvoirs.

18 mai 1967

Lapérouse pour K.G. (ministre des Affaires étrangères P. Koehler, même cellule que K.G.). De là, à PM. M’occupe de la grève et d’une opération vietcong sur la base de Da-nang. L’après-midi, refait la grève, revue par A. Comte, dans le sens de sa vision du monde ! Vu les photos pour le « ghetto de Varsovie » dont je dois faire le papier. Des tas de photos inédites – terrifiantes. J.P. arrête tout, ne veut pas commencer les Match de la vie, « On n’est pas prêt », prend les textes et s’enferme avec Thérond et Cartier. Comte finit par me téléphoner à 8 h que J.P. a donné le feu vert, quand même.

21 mai 1967

Cdf de Dante à 9 h. Revient de Corrèze (la Corrèze tient) et me demande d’être cofondateur de sa Cie de théâtre.

22 mai 1967

Cdf de Bentz : il a retrouvé des gens qui ont connu G. dans sa maison de B.
O. Merlin : J’en ai marre. Je me taille au Monde. (Il s’est marié, a un enfant, a besoin de plus d’argent.)
Chez Touraine : il a subi une très importante opération du cœur à Rochester. Très admiratif de l’organisation et des méthodes américaines. Avec Le Bolzer, venu me prendre avec Durkheim (qui nous mène en 2 CV), au théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis. Lecture de « La Naissance » par Dante : sur le maquis. Salle de 2 à 300 personnes – avec Michaud, Hildebrandt, Stéphane, les Lancelot, Fr. Godde, etc. Débat. Ensuite, de chez Georges, dîner avec Dante.

23 mai 1967

Cdf de Bentz : les armes « entreposées par Gerstein, c’était du gaz Zyklon ».
Hier, Bruxelles : incendie d’un grand magasin. Des dizaines de morts.

24 mai 1967

Bruits de guerre insistants au Moyen Orient. Nasser a interdit le golfe d’Akaba à Israël. Déclarations fracassantes. Le mot « guerre » dans tous les journaux. La bourse baisse.

25 mai 1967

Reçu de Rondière (de la part de M.P. Fouchet) une pétition à faire signer : Régis Debray. Lacaze, Croizard signent. Refus chez les secrétaires de rédaction.

26 mai 1967

Réveillé par Hemming. Il a vu le Gerstein de Friedlander en vitrine. Très surpris. Liste Debray en train.

30 mai 1967

Lettre de l’Express : voudrait « renouer » pour une nouvelle publication.
Journal : Diwo parle de Gatti devant la caméra TV (Favallelli).
Moyen Orient : Israël commence à ressembler à la Tchécoslovaquie 1938. Les illusions sur Nasser tombent : pas un homme d’Etat, un bandit politique comme Hitler. Le mot qui dit tout : destruction d’Israël.

31 mai 1967

Lettre de convocation pour la Cie de Gatti, lundi. Les Anglais demandent la liberté de navigation dans le golfe d’Akaba. Les seuls !

1er juin 1967

Cdf de Dante : pas de place pour se voir à « V », mais dimanche. Tout loué. Un intérêt immense pour la pièce. Me demande de lui envoyer Caillaud cet après-midi au TNP. Déjeuner avec Caillaud. Il a vieilli, cheveux tout gris.
Les bruits de guerre se précisent. Excellent papier de Ionesco dans « Combat ». A la TV, une émission sur Boulez parlant de sa musique.

2 juin 1967

Cdf de Dante à 4 h (au journal). FS a publié une critique de « V » par Dutourd (c’était la 1ère hier au TNP). « Diffamation », dit-il. D’autres suivent. D’après lui, l’atmosphère côté presse était très mauvaise. D. parle de « mélancolie ». Abattu certainement, mais le combat continue.
Vu Hervé Mille à propos de l’Express. Me déconseille de participer à l’Expansion – ce que je n’ai pas l’intention de faire. Parle de la trahison de JJSS. « C’est un Prussien » . Parlant d‘autres juifs, il remarque : F. Giroud est une Turque (bien qu’elle se cache d’être juive par snobisme), Kessel est un Russe d’une tribu convertie au XVIIe siècle ; Alexandre Astruc, un juif du Comtat. Aucune ressemblance entre eux. » Je dis : si ; la morale. Oui, dit-il, la Thora – une tournure d’esprit.

3 juin 1967

Dans l’Humanité, article de Leclerc, peu enthousiaste, sur « V ».

4 juin 1967

Théâtre de l’Est parisien. « V comme Vietnam ». La salle froide et perdue au début, s’esclaffant à la fin et applaudit. Petite discussion du public avec l’auteur. Après, le verre au café voisin, Hélène châtelain, les Michaud, Monloup, J.L. Pays, Chaussat. Rentré 1 h.

5 juin 1967

La guerre. (Radio vers 8 h 30). Cdf sanglotant de la mutter ½ h plus tard. PM : le branle-bas dans les sonnettes des « printings » et le bruit des radios. 13 h : déjeuner avec Steiner (sans Perrault qui devait venir) chez Paul, rue Casimir-Delavigne. Israël seul sujet – avec Gerstein et les difficultés du livre de P. « L’Orchestre rouge » (Melnik, DST, etc.). Steiner, très « révisionniste juif » va partir, soit pour un journal américain, soit pour s’engager.
Chez Dante avec H. Châtelain, Pays, Monod, Chaussat, Gendron, pour fonder le « Groupe V », (titre « Cie A. Gatti » abandonné ; je n’en étais pas partisan, lui non plus, ni H. Châtelain). Suggéré un titre rappelant une pièce. D’où V, suggestion de Chaussat. Pas un mot d’Israël.

6 juin 1967

Israël : succès militaires assumés, depuis hier soir. Aujourd’hui, Gaza et Jérusalem ! Jérusalem. Je vois d’ici le visage des juifs du monde entier. Nasser accuse les Américains et les Anglais d’avoir aidé les Israéliens et bloqué le canal de Suez.

7 juin 1967

Partis pour Montpellier en voiture sur la nouvelle d’un cessez-le-feu ordonné par le Conseil de sécurité. La déroute égyptienne confirmée.

8 juin 1967

L’Egypte accepte le cessez-le-feu.

9 juin 1967

Radio et TV : Nasser démissionne. La guerre se poursuit en Syrie : les Israéliens vers Damas.

10 juin 1967

Le Nasser a repris sa démission. Arrêt des combats en Syrie.
Journaux : des Arabes disent qu’ils ont subi la plus grande défaite de leur histoire, plus grave que celle d’Abdel Lashman à Poitiers ou la prise de Bagdad en 1258. L’URSS rompt avec Israël.

11 juin 1967

Les indécences de la guerre israélo-arabe : les cris de triomphe des anti-arabes (Tixier-Vignancourt, pieds-noirs, etc.) ; le mépris affiché des « soi disants soldats égyptiens ; le règlement de comptes par personnes interposées.

12 juin 1967

Cdf de Dante. « V » terminé dans l’animosité et la division des acteurs (droite et gauche). Berri songe à financer « Manouchian » avec les bénéfices de « L’Homme et l’enfant ».

13 juin 1967

Vu Arthur Comte. Content de son « Match de la vie ». Déjeuner avec Antonelli, chez Georges. Parlé du Moyen-Orient. Nedjar apparaît. Cdf pour une émission autour du film « Exodus » sur la naissance d’Israël. Refusé : indiqué J.P. Aymon et Kessel. Mais K. n’est pas là, en Afghanistan. Cdf de Cl. Servan-Schreiber : me propose de la part de JJSS de travailler à l’Express et l’Expansion à part entière. Refusé. Signalé Antonelli pour une place à l’Expansion.

15 juin 1967

Cercle Interallié, Prix F.J. Armorin. Kessel en Afghanistan, Guillain au Japon, Savary et Secrétain pas là, ni Wolf. Helsey mort. Restaient Genlon, Lemoine, Labarthe et moi. Prix à Guillebault de Sud-Ouest, pour un reportage sur les Portugais (ouvriers illégaux). Voté pour, comme tous.
Envoyé à Dante passeport prolongé.
Fini le Friedländer avec la postface de Poliakoff. Me sera utile. Décidé d’aller en Alsace et en Allemagne en juillet.

16 juin 1967

TV : soirée Gatti. Des scènes de « Planète provisoire » et de « V ». Un portrait par Michaud. Eloge du journalisme très fort (pour la 1ère fois). La Corrèze.

20 juin 1967

Croizard me montre un entrefilet du « Monde » d’hier, avec un jugement odieux de Cartier sur Régis Debray. A vérifier. (Faire passer la pétition signée de 50 noms dans le « Monde » ?)
Déjeuner avec Mme Delattre de chez Fayard et Gilles Perrault, auteur de « L’Orchestre rouge ». Très sympathique, simple et sensible.
Dante au Canada.

21 juin 1967

PM : pétition Debray. 122 signatures. Transmis à Niedergang au Monde. (Mille, Bonheur ont signé).
Article sur Gatti dans le – à propos de « V ». A la TV, après la projection d’Exodus, confrontation entre Arabes et Israéliens. Extraordinaire. Départ de 2 Israéliens (dont Wiesel). Sophismes nihilistes d’un Egyptien.

22 juin 1967

Jour de joie et de détresse pour tout juif.
Vu Gaston : propose de participer à un livre sur la Palestine (très frappé lui aussi par l’émission d’hier).

26 juin 1967

Cdf à Monloup : Gatti rentré il y a une heure. Assez content de son intervention à la réunion sur le théâtre de l’exposition de Montréal. RV demain.

27 juin 1967

Chez Hélène, av. Leclerc pour la constitution du groupe V. Monloup, Gatti (encore plein du Canada), Manessier, Pays, Chaussat. Gatti va tourner Manouchian de toute façon. On lui propose de monter « Franco ». S’il accepte, il ne pourra en faire la mise en scène. Alors, un autre ? Je suis contre, Monloup aussi. Nom cités Chaussat (qui frétille d’aise puis de déception – le tout sans bouger d’un trait), Monod, Hélène, Lancelot ? Quitté 1 h du matin.

29 juin 1967

Envoyé poèmes à Dante.

30 juin 1967

Départ pour l’Allemagne : autoroute à Sarrebruck.

4 juillet 1967

Genève, Grasse. Toulon.

25 juillet 1967

Esclandre de de Gaulle au Canada « Vive le Québec libre ! » Réprobation générale. C’est pourtant la politique la plus cohérente qui soit que pratique ce prétendu gâteux.

3 août 1967

Paris. Michaud : Gatti part le 11 pour Hanoï (par Pnom Penh, …) avec H. Châtelain.

7 août 1967

Michaud à déjeuner. Le projet feuilleton TV : songe à Pottecher pour lier les épisodes. Approuvé.

15 août 1967

Travaillé K.G. Cdf de Cl. SS de l’Express : « Etes-vous enfin libre ? » « Non ». « Bientôt ? » Euh…

17 août 1967

Vu J.P. Augmenté de 1 000 F et, dans trois mois, une autre. Le « Match de la vie » marche à merveille. La vente le dit. Il faut travailler, rester fidèle à la formule « thème » depuis 25 ans… on passe de 9 à 12 pages.  Trois « tomes », dit-il : le monde, les événements, les hommes.

19 août 1967

A Freyminge où se trouve M. Wein, pharmacien, ami de K.G. Nous reçoit, très affable quoiqu’un peu malade, dans l’appartement. 1 h. Téléphoné au pasteur Wild, autre ami de K.G. qui n’avait pas répondu à une lettre. S’est montré relativement coopératif. Me recevra au prochain voyage.

21 août 1967

Cdf de Galante : il m’envoie son « De Gaulle », destiné aux Ricains – afin de connaître mon sentiment.

22 août 1967

A la radio (Luxembourg) interview de Régis Debray en prison. Intéressant mais gâché par l’imbécillité du reporter (Chapus).

24 août 1967

A déjeuner, Nicolas Obo toujours pétulant et Le Bolzec – qui tout à coup se met à pleurer : sa femme l’a quitté et exige le divorce (parmi les causes : l’échec à PM qui a dû affecter cette femme volontaire et matérialiste).
Conversation avec Comte et Dubois, lequel, avec un grand air d’impartialité, fait de l’antisémitisme sournois (à propos des banquiers juifs qui, réunis à Tel Aviv, ont décidé d’aider Israël).
A 9 h 30, les cloches en souvenir de la Libération.

25 août 1967

PM fait papier sur les déserteurs GI (à cause du VN).
Chargelègue, interview de Giscard : Il était doux, il était fin
Il parle à un ministre
Le voilà tout sinistre
Sur Chargelègue, Giscard déteint.

4 septembre 1967

Déjeuner avec F. Verny : parlé du Kurt Gerstein qu’elle attend avec impatience.

5 septembre 1967

Vu à la TV une partie du film Vietnam de Marker, Godard, Resnais, etc. (Caméra III).

13 septembre 1967

Vu Lancelot qui travaille avec J.M. Serreau sur une pièce pour le TEP.
Un appariteur de PM, jeune blond sympathique, arrêté pour vol de voitures avec une bande. Photos dans le P.L. : Patrick Lapérouse.

20 septembre 1967

Midi : Kessel au Lincoln.
En voiture à Versailles chez Duchatelier, le condamné à mort, marchand de timbres : il était à Fresnes, pas au Cherche Midi ! Pluie sur Versailles qui serait très beau sans le château.

23 septembre 1967

Michaud : parlé projet TV (Monsieur Lecoq).

24 septembre 1967

A 6 h chez F. Verny rue de Naples pour y voir d’éditrice américaine, Mme Wolff.

27 septembre 1967

Téléphoné à Danielle : ½ heure. De tout : des enfants, de Dante, de Bernard, de Hélène, de Collin, de Helmann. Procès Régis Debray à Camiri, Bolivie. Une parodie ubuesque.

4 octobre 1967

Au Madison, les Calder. Lui, un peu plus voûté, mais toujours vif et malicieux ; elle, très fine. Parlé du Vietnam, de Debray, etc. Ils auraient voulu aller à Cuba, invités. Le gouvernement américain l’interdit, sous peine de leur prendre leur passeport au retour. Ils ont renoncé. Parlé d’Izis : expliqué pourquoi je me suis brouillé avec lui. M’a donné une affiche « Pour le Vietnam », très belle.

9 octobre 1967

Visite de Rinaldi, ami de Poggio, avec un roman sous le bras. Seuil, Grasset ? Seuil.
Envoyé corrections Brésil à Mme Lacouture.

11 octobre 1967

Visite de Le Poitevin. Aiguillé par téléphone sur les Servan-Schreiber (projet de quotidien nouveau). Travaillé au Davidson.
Au TEP : « Une saison au Congo », de Césaire. (J.M. Serreau) Bonne pièce, bien montée. Lancelot en mercenaire.

12 octobre 1967

Reçu livre de nouvelles de Régis Debray avec une carte « de la part de l’auteur, absent de Paris… ». En effet.

13 octobre 1967

La comédie de la mort de Guevara continue : son frère venu en Argentine pour le reconnaître, mais le corps a été incinéré, disent les Boliviens. Lettre de Dante (Pianceretto). Il y parle de mes poèmes.

15 octobre 1967

Conversation avec Poggioli. Discuté du « problème juif ». Il ne comprend pas et rejette le sionisme, solution rétrograde – que je reconnais mais…

16 octobre 1967

Cdf à Vialatte (pour RV avec Poggio qui veut le voir) et Rognoni (pour les droits des « Prétendants » que je n’ai pas encore touchés).

19 octobre 1967

Asturias Prix Nobel.
Cdf de Flamand : avant de marcher, demande à voir des textes de Poggio. Lui, ne sait plus quoi faire : dans 5 jours, il doit répondre sur la situation qu’on lui offre à la mairie de Nice (130 000 F, et fini la carte de presse). S’il accepte, il n’aura pas le temps d’écrire. S’il refuse, pas de pain.

20 octobre 1967

Mille téléphone pour le garçon Lapérouse, enfermé à Fresnes. Offre d’écrire une lettre témoignage.

21 octobre 1967

Déjeuner au Chinois rue Custine avec Davidson, venu « à 22 h chrono » participer à la manif contre la guerre au Vietnam, place de la République.

24 octobre 1967

Lettre de Davidson, content de la manif.

25 octobre 1967

Cdf inquiet de Boggio. Il a besoin du « couteau dans les reins » pour avancer. Je ne peux rien lui dire. Le texte a été dactylographié, je l’envoie ce matin à F. Verny.

28 octobre 1967

A Sesenheim, mémorial Goethe, puis le Geissert, naturaliste amateur, ancien SS, aujourd’hui petit employé. Il a connu K.G. en parle, encore fasciné. Gêné devant nous d’avoir été SS, lui Alsacien. Explique qu’il est allé défendre sa « patrie ». Vin rouge. Ses enfants pas admis. K.G. lui a certainement sauvé la mise.

3 novembre 1967

Contact avec le général Tabouis (pour K.G.). Vu J.P. toujours content du « Match de la vie ». Me dit de revenir le voir vendredi prochain pour l’augmentation.

8 novembre 1967

Donné du sang. J’étais le seul rédacteur. Les autres doivent avoir un sang trop noble.

9 novembre 1967

Vu J.P. qui, d’emblée, m’accorde une augmentation à partir de novembre. « Vous voyez, je ne discute pas. »

10 novembre 1967

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers pour « Les visions de Simone Machard » (Brecht). Avec Le Bolzer, une amie canadienne et les Attoun, autres amis. Très bon au début, puis languissant.

12 novembre 1967

Labarthe est mort, dit la TV. 65 ans. Il savait qu’il n’en avait plus pour longtemps. Il me l’avait dit à propos des difficultés qu’il avait avec Match-Editions au moment de la signature de son contrat.

14 novembre 1967

Au petit TNP pour « M. Fugue » de L. Atlan. Mise en scène : Monod, décors de Monloup.

16 novembre 1967

Ste Reine de Chaillot – Funérailles de Labarthe. Infiniment triste.
Visite de Rognoni. Parlé d’Alcatraz (une adaptation radio – ou théâtrale).
Au Petit-Odéon, « Capitaine Bada », de J. Vauthier par la Cie du Cothurne (Maréchal, Luce Mélite…). Vu J.J. et Simone, Le Bolzer, F. de Portefaix.

21 novembre 1967

Lettre de F. Verny : refus très doux du Poggio… « qui n’est pas un écrivain ! »
Au Récamier, vu « le Roi Faim » d’Andreev (Delvaud – adaptation H. Châtelain).

22 novembre 1967

Cdf de Gatti à 13 h. Revient d’Allemagne quand je le croyais revenu d’Italie. Ses pièces se propagent en Allemagne (V, Franco et Auguste G). Ici, il se retrouve seul avec Monloup – le groupe V ayant fait scission, dit-il (Chaussat, Hélène, etc.). Scission due, explique-t-il, à ce qu’il n’est plus à gauche – et aussi à ce qu’il a confié la mise en scène à Monod (coup dur pour les autres). Retourne en Allemagne dimanche. De sa mère : elle tourne, dit-il, à la vieille dame indigne, elle veut la télé, etc. Il a fait un plan pour la satisfaire, si l’argent arrive comme il l’espère. Le film aussi doit se faire.

24 novembre 1967

Bouclage. Rencontré J.P. dans l’ascenseur : « Ah ! Voilà notre ténor ! »
A 10, à la maison de l’Amérique latine, remise de l’épée à Druon par un ministre et Jeff. Discours. 500 personnes dont, pour la 1ère fois depuis x temps, l’ineffable zozo Bellanger, qui disserte devant les petits fours. Jeff : « Je viens de commencer tes nouvelles. La 1ère est extraordinaire. Franchement, je ne t’en croyais pas capable ».

25 novembre 1967

Départ pour Hambourg 7 h 25 et arrivée 18 h 48, presque à la nuit – dans une ville à peu près vide déjà. Dîner avec Hochstrasser à l’hôtel. Après, en taxi, avec lui, tour de la ville : le building Unilever, qui semble une merveille pour les Hambourgeois, la « tour Michel », le Dom (grande roue lumineuse) et la Repperbahn à St-Paul : sorte de Pigalle avec plus de néon et le « Eros Center » tout nouveau, le plus grand bordel du monde.

26 novembre 1967

Départ pour Hagen à 8 h 30 par la nuit et le brouillard. Rien vu de Hambourg. Hagen 13 h 07. Weisselberg attend à la gare. Nous conduit à 25 km de là chez le pasteur Rehling, vieux monsieur qui a vu beaucoup de choses et en a retenu beaucoup (l’espionnage de K.G.). Puis, chez Fritz Gerstein, où deux autres frères K. et Johann sont venus, l’un de Dortmund, l’autre de Bonn (la famille inquiète), petits bourgeois très conscients de leur importance (citations latines, livre de famille).

27 novembre 1967

Stuttgart. L’après-midi vers Welzheim. Vu l’emplacement du KZ. Ensuite, chez Buck, commandant de Schirneck, l’homme à la jambe de bois, malade. Attendait son médecin. Revenu à 7 h. Louange des prisons françaises. De là, au camp de Welzheim. Pas de lumière, loupé. Train de nuit pur Hagen.

28 novembre 1967

Travail avec W. Visite de l’évêque Wilm, puis au conseil de l’église, etc., etc.

29 novembre 1967

Visite de la Beethoven Haus, de là, à l’hôpital pour Kelber, allongé, 2 vertèbres touchées après accident avec la Porsche il y a deux jours. Déjeuner chinois de Bonn (faux chinois : germano-indonésien avec crème fouettée sur la salade).

30 novembre 1967

Train de Paris.

1er décembre 1967

Hier, Cartier battu à l’Académie, 6 voix contre 17 au duc de Castries (pas élu non plus). Satisfaction au journal.

2 décembre 1967

45 ans. Anniversaire pas fêté.

3 décembre 1967

Dans le Journal du dimanche, article sur le procès d’assassins d’un notaire monégasque (Caillaud impliqué et nommé).

4 décembre 1967

Cdf de Caillaud : « Ce soir, je vais me constituer prisonnier ». Procès mercredi. Me demande si je connais Daniel Provence de « Nice Matin ». Non. Voir auprès de Poggioli.

5 décembre 1967

Téléphone de Gatti : déjeuner samedi.

6 décembre 1967

Théâtre de l’Epée de Bois (Mouffetard) pour « La poudre d’intelligence » de Kateb. Très drôle. A la fin, au saluer, arrivée de K. ivre, qui chante et fait chanter l’Internationale. Surprise de K. en me voyant, joie. M’emmène avec sa troupe d’amis dans un restaurant libano-vietnamien (« à la soupe chinoise »). Sa fille, 14 ans, le poète Kheir Eddine, auteur de « Agadir » et qui me récite des poèmes. Bu du vin.

9 décembre 1967

Gatti à déjeuner rue Custine. Très bonne forme. A Cassel, triomphe de « Franco » malgré les protestations de l’ambassade d’Espagne. Le film pourrait être tourné avec la TV grâce à Biasini (directeur de la TV). Parlé de K.G.
Caillaud condamné à 5 ans avec sursis (les autres ferme).

10 décembre 1967

Fin de l’histoire du kidnapping de Versailles : l’enfant a été enlevé et tué par un grand (15 ans).

11 décembre 1967

Chargé par Croizard de faire le papier sur François M…, le gosse assassin.

12 décembre 1967

Versailles. La maison de François d’où la sœur, Martine, nous chasse.

13 décembre 1967

A Versailles. Ménager et moi à la police : personne pour nous voir (Commissaire Durr absent). A 11 h chez les Malhiard. Passé 4 h chez eux avec les beaux-frères allemands, les fils, le chien, les amis, etc. Sandwiches, café. Leurs doutes (ils devaient être plusieurs, pense le clan Malhiard). Ensuite, chez les flics (trouvé les commissaires Nicomède et Durr qui parlent).

15 décembre 1967

Croizard croit que mon papier est trop favorable au petit meurtrier. Thérond, non. Plus tard, moi absent, J.P. s’enthousiasme, veut qu’on publie dans un chapeau du « grand écrivain P. J. » à quoi les autres s’opposent amicalement (non sans m’avoir consulté).

20 décembre 1967

Vu au journal J. Michaud et Bellour, venus pour voir dossier photo Freud.

24 décembre 1967

Cddf de Gatti.

27 décembre 1967

A 6 h 30, Gatti vient me prendre. Dans la voiture de Sylvain, vers Bruxelles. Café. On y prend un metteur en scène belge, puis Ostende. Casino Ledoux. Hôtel pour quelques films – dîner. Lecture de « La Naissance » dans la salle des colloques. Vu Cayrol, Pepi et David. Après « Nuit et jour » avec tout le monde.

28 décembre 1967

Rentrés à 3h. Réveillé à 9 h. Tandis que Dante a une séance TV, je pars avec Sanchez pour Gves (bac de Bresken). Après un intermède chez un journaliste qui tente depuis deux ans d’écrire un article sur K.G., repris le bac. Casino : départ pour Paris à 4 h 30 (Sanchez ayant dû faire ouvrir par un serrurier sa portière : les clés étant à l’intérieur).