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1968

Pierre Joffroy était son nom de plume. Maurice Weil celui de l’etat civil.
Né en 1922 À Hayange  en Moselle, il monte à Paris en 1945 après être passé par Lyon où il s’était réfugié en 1941, rejoint plus tard par son frère Gilbert .
Entré au Parisien Libéré dès son arrivée dans la capitale il réalise un de ses premiers reportages en s’embarquant sur un « rafiot « chargé de juifs européens  rescapés des massacres nazis.

Ici commence l’histoire des carnets dont certains disparaissent à l’occasion de ce voyage en terre de Palestine en 1947.
Il s’agit d’un petit agenda (un par trimestre) sur lequel il note rendez-vous, rencontres, conversations téléphoniques, lectures, sorties, projets et ceux de ses amis.
Le format n’autorise pas le développement comme encore moins les épanchements (même si on trouve quelques cris du cœur).
Ces carnets pourraient être (sont) comme une gigantesque table des matières d’un livre à venir, un vaste index qui renvoie à autant de pages qui ne sont pas encore écrites.
Au commencement était le verbe. Reste à trouver la suite.
À vous de lire ce projet de « livre total » .
À vous de nous donner des informations complémentaires que la lecture de Ces 20 premières années (1947-1968) vous inspire.
La suite, 1968-1980, puis 1980-2000, paraîtra dans le courant de l’année 2021.
Les carnets n’avaient jamais été lus, ni déchiffrés avant 2008. Ils ont été photocopiés puis déposés à l’IM.C.(Institut Mémoires de l’ Edition Contemporaine) avec les archives de Pierre Joffroy où ils peuvent être consultés.

2 janvier 1968

Bonne journée de travail. « Le Nègre » (nouvelle), K.G.

6 janvier 1968

Conférence hollandaise remise (Gatti).

8 janvier 1968

Cdf de Dante. Il n’ira donc pas à Amsterdam (conférence annulée). Dit qu’il va « casser la baraque » au TEP à cause de l’incapacité du directeur (metteur en scène des « 12 Soleils »).

9 janvier 1968

Cdf de Gatti : me demande d’écrire un article pour le journal du TEP sur sa pièce. Il n’a pas « cassé la baraque ». Pour le moment, il compose.

11 janvier 1968

Téléphoné à Kessel. Refuse portrait par Lazareff – n’aime pas ça.
Train 11 h 46 pour Chamonix.

12 janvier 1968

Desmaisons veut partir demain avec 2 compagnons au lieu d’un (Flematti et Bodin). Déjeuner chez Desmaisons. Ménager partira avec eux jusqu’au pied de la paroi du Linceul. Achats divers (passe-montagne, après skis). Dîner à Argentières en tablée : les Desmaisons, nous quatre, plus Bodin le « déserteur », son frère, deux techniciens de Luxembourg. Au retour, avec la 2 CV de Bodin, dérapage terrible, chocs sur les murs et retournement. Panne. Deux heures de poussée et d’attente. Voiture abandonnée. On vient nous prendre de Chamonix. Couchés tard après passage au bar de l’hôtel.

13 janvier 1968

Loué voiture. Ils sont partis ce matin avec Brincourt et Ménager. Brincourt à la Flégère à midi. Il n’a fait que quelques mètres avec eux. Ménager est allé jusqu’à 2 h du Montenvers où les autres passent la nuit (difficulté à descendre la mer de Glace). Rentrés à 5 h 30. Cherché le colonel Garnet pour avoir un hélico. Dîné à l’hôtel de Paris. Tout le monde là, y compris Mme Desmaisons et un Grec nommé Georges Papadutis, armateur, propriétaire de remontées et qui semble avoir bien connu Fidel, Che.

14 janvier 1968

Neige. 40 cm à midi, et ça continue. La Flégère. Mme D. adjure son mari de rester, sinon c’est fichu pour la radio. Embourbé, laissé la voiture. Décidé de rentrer à Paris. Chemin de fer pour Le Fayet bloqué. Car. Train. W.L.

16 janvier 1968

Ménager et Brincourt en avion (Ziegler pilote) sur le glacier.

17 janvier 1968

PM. Le Bolzer engagé par José Giovanni pour son film.
Desmaisons et Flematti sont montés. Je repars demain soir pour Chamonix.

18 janvier 1968

Voyage remis à demain.

19 janvier 1968

Chamonix : Desmaisons et Flematti n’ont pas progressé.

20 janvier 1968

Brincourt toujours au refuge de Leschame. Desmaisons et F. vont poursuivre l’ascension.

21 janvier 1968

A 9 h parlé à Ménager par radio. T.V.B., mais pas optimiste sur la tentative elle-même.

26 janvier 1968

Neige terrible. Flégère – jonction faite. R.D. essaie de faire redescendre les films à toute vitesse. Monté à la sortie de la Vallée Blanche, avec Gary, T. Arrivée des films à 1 h. T. part aussitôt pour Genève. Monté à 4 h dans la neige et sous la neige vers le Montenvers : Desmaisons superbe dans sa cagoule rouge, apparaît avec Flematti. Redescendus : flashes, colonel, commandant, etc. Chez les Desmaisons, on fait le papier. Ecrit et téléphoné. Hôtel de Paris. Tout le monde en caravane chez Leo de Filipo de l’autre côté du tunnel. Ménager éblouissant de gaîté.

27 janvier 1968

On se quitte. Décidé de prendre le train ce soir. Gary venu à l’hôtel nous expliquer qu’il y a des doutes, que R. D. n’a peut-être pas touché l’arête à cause du bouclage de PM, etc. Ménager le rapporte en toute innocence à R. D. au bivouac. D. arrive fou furieux. Je l’entends hurler de ma chambre. Je descends. Bodin, Ménager, Brincourt, Mme D. essaient de le retenir. Il brandit la table. Je dis à G. « fiche le camp ». G. s’en va, blême. R. D. met du temps à se calmer. Nous aussi.
Train avec Brincourt et Leblond (le Figaro).

30 janvier 1968

Retrouvé à Radio Luxembourg les Desmaisons, les Ménager, Brincourt, Krauss, Marge et Tixier. A PM : présentation à Thérond, visionnage des photos.

31 janvier 1968

Offensive générale du Viêt-Cong (FNL) dans les villes. Saigon à feu et à sang. Surprise totale des Américains.

1er février 1968

Chateauneu est officiellement entré à PM.

3 février 1968

Cdf de Dante. La TV d’accord pour coproduire « Manouchian » (les 30 M de l’avance). Il est exclu des répétitions des « 13 Soleils » au TEP. Songe à faire une retraite à La route.

10 février 1968

A 11 h 30, bd de la Bastille. Monloup, Hélène et Dante. Il doit déjeuner avec Lanzmann : pense qu’il va signer pour le film avant 8 jours. Pièces : Cela va mieux avec Rétoré au TEP – mais bien plus mal avec Garran à Aubervilliers (Franco). Attaqué d’autre part par les communistes orthodoxes pour avoir publié et préfacé le journal de guerre d’un maquisard colombien. Parlé de l’offensive viet-cong, de Bernard et de mes doutes.

12 février 1968

RV avec l’ex-major Evans (qui connut K.G. à Rottweil et envoya son rapport). Charmant personnage, savant chimiste qui travailla aux fusées.

13 février 1968

Interview de l’impresario d’un groupe qui succède aux Beatles, les Bee Gee.

14 février 1968

Avec Ariane, au palais de Westminster, une séance à la chambre des Lords (vu lady Asquith sur un banc, à droite, au bout, isolée), une séance à la chambre des Communes (la masse brillante, le speaker, les deux lignes, les « Yeah » de l’opposition, les pieds sur la table centrale).
Obtenu l’adresse de Karski. Entendu à la radio, tandis que j’écris un papier, un concert donné au Royal Festival Hall avec « le Marteau sans maître », dirigé par Boulez lui-même.

15 février 1968

Téléphoné à Boulez qui donnait un dîner demain soir. Est là jusqu’à mercredi (second concert), puis à La Haye, Concertgebouw, où l’on jouera ses « Eclats » pour la première fois.

16 février 1968

Déjeuné avec le major Evans (qui apporte photos et documents).
Dîné avec le Petrus, en verve, attendri aussi. Rentré à 1 h.

19 février 1968

Mort de Gaston Bénac (Paris-Soir de mon enfance).

23 février 1968

Thérond me prend à part et me demande mon appui pour que rien ne soit changé au « Match de la vie ».

27 février 1968

Cdf Chateauneu. On m’attend pour la contre-offensive. Cdf de Derogy, qui fait un livre sur l’Exodus et me demande si j’ai des documents. Lui indique le père Armorin.

28 février 1968

Vu J.P. Lui ai expliqué qu’après le départ d’A. Conte, il ne fallait pas mettre dans son bureau quelqu’un qui ait l’air de lui succéder – mais Croizard.

4 mars 1968

Cdf de J.-L. Pays : veut, dans son livre sur Gatti, parler de ma collaboration avec Dante pour 4 films.

8 mars 1968

A la TV, 2e chaîne, une émission de J.-C. Bonnardot où Boulez, interviewé à Londres, parle très bien de Debussy.

13 mars 1968

Pour K.G., visite à M. Dabernat, magistrat à Nuremberg.

16 mars 1968

Tél. Sanchez : la première des « Soleils » hier. Pas tout à fait au point mais Dante pas mécontent. Spectateurs partagés : certains se sont perdus dans la 1ère partie, d’autres dans la seconde. La première de ‘la Cigogne » à Strasbourg le 29.

20 mars 1968

Au TEP pour les « Soleils ». Dante pas là : à Strasbourg. Vu Sanchez, Michaud, Pays, Pia. Dans la pièce, Lancelot, Edith, Annick Michaud. Décors de Monloup. Le courant ne passe pas. Gueule des critiques. Applaudissements mous. La pièce elle-même a des faiblesses, que la mise en scène ne sait pas transcender.

21 mars 1968

Presse déchaînée : JJ Gautier et Dutourd en tête.

22 mars 1968

10 h : partis avec Sanchez dans la R16 pour Eindhoven. Longue interview de Neuwenhuisen (ami de K.G.).

23 mars 1968

Rotterdam pour J. Mees, ami de Kafka. Pas trouvé. Tél. Ne reçoit pas de visites.
Bruxelles, cinémathèque. « L’Homme invisible », puis « Cristobal », avec sous-titres à partir de minuit.

28 mars 1968

Mort de Gagarine dans un accident d’avion.

29 mars 1968

Rencontré Mille dans l’ascenseur qui s’exclame que moi seul peut sauver « Parents », si je consens à y faire immédiatement un papier…

31 mars 1968

Train pour Bonn.

5 avril 1968

Assassinat de Martin Luther King, à Memphis.
Cdf de Kelber : « Un document extraordinaire », dit-il, trouvé à Nuremberg dans les fondations d’une maison. Issu du RSHA met en cause, comme appointés par les nazis, Hull, Joe Kennedy, Rockefeller (Hull coupable du reste de n’avoir rien fait pour sauver les juifs). « Ca peut changer les élections américaines, dit Kelber. Je ne me sens pas tranquille avec ça, on peut me descendre ! Présente l’histoire à PM, toi qui connais les nazis, etc. ». Il m’envoie la traduction – au journal (au téléphone, je n’ai pas voulu lui donner mon adresse. Tables d’écoutes ?).

6 avril 1968

Téléphone de Gatti : retour de Strasbourg. Ca a bien marché. RV lundi.
Cdf de Sanchez : cherche le scénario de Cottinet que la TV allemande veut commanditer.

8 avril 1968

Cdf de Kelber : il a prévenu Chargelègue de l’existence du document.
Chez Gatti à 4 h. Encore secoué par l’échec de la pièce.

10 avril 1968

J’assure l’intérim de Chargelègue au journal.

12 avril 1968

Rudi Dutschke victime à Berlin d’un attentat. Le 1er depuis les nazis.

13 avril 1968

Travaillé. Traduction du document Kelber. N’intéressera que les E.U. ou l’Allemagne.

15 avril 1968

Ecrit à Dante – pour Pâques (confirmation par Danielle à qui j’ai téléphoné de sa démoralisation).

 

egoflash : ENVOYÉ À GATTI, AVRIL 1968

6 mai 1968

Ciné : « Je t’aime, je t’aime », de Resnais. Pas passionnant.
Grande manifestation étudiante. Emeutes toute la nuit. 10 000 étudiants. On parlait de « groupuscules », de « meneurs » ! Ils échappent à tous les partis – signe des temps.

8 mai 1968

Train pour Avignon. Garofalo viendra par avion demain.

9 mai 1968

Avignon 6 h 12. Attente au buffet. R.V. P.Boulez à 7 h 34. En voiture vers St-Michel, par Forcalquier. La maison. Le lieu de la future maison. Ma chambre. Lecture. Arrivée à 1 h de Garofalo. Photos (sauf à sa table de travail) puis campagne. Dîner. Feu de bois. Ses derniers enregistrements : l’Oiseau de feu, Bartok, Mahler, Varèse. Carte à Dubois.

10 mai 1968

Réveillé par le coucou. Allé sur le chemin : le berger est parti avec Boulez, Garofalo, plus tard. Je conduis la Wolkswagen, Petrus, la Mercedes. Marignane : attente de son impresario qui arrive de Londres avec 2 autres personnes, dont un M. Fleischmann. Déjeuner à la gare. Train 14 h 10. A l’arrivée, impossible de prendre la rive gauche : les flics déviaient la circulation sur le pont Henri-IV. Les étudiants ont construit des barricades au Quartier latin.

11 mai 1968

Emeutes dans la nuit. Des centaines de blessés. Allé là-bas vers 10 h. Rues dépavées, voitures incendiées, des flics partout. Petits meetings, cortège des agrégatifs en grève, sit in…
Chez Georges, radieux : il était dans le coup vers 2 h ; D. G. et son fils sont restés jusqu’au bout sur les barricades. Georges et moi, ensuite, sur le boulevard, rue Royer-Collard, Soufflot, Gay-Lussac.

12 mai 1968

A la Route. Pompidou, hier soir, a fait un discours, 3 h après son arrivée à Orly (de Kaboul). Le gouvernement recule : libération des étudiants, ouverture de la Sorbonne.

13 mai 1968

Rentrés à 4 h. Grande manifestation étudiants – travailleurs de la République à Denfert. A PM, les snobs y sont allés. Grève générale. On parle peu des négociations américano-vietnamiennes commencées aujourd’hui.

15 mai 1968

Vu chez Georges, Lentin (Nouvel Obs) pour K.G.
A 9 h 30, la Sorbonne, les affiches, une discussion dans un amphi, la cour.

16 mai 1968

Les étudiants ont occupé hier soir le théâtre de France. Grèves, occupation d’usines. A la TV, table ronde aux informations de 20 h, entre 3 journalistes (Ferniot, Bossi – Fig. – Charpy) et 3 étudiants Cohn-Bendit, Geismar et Sauvageot. Le plus étincelant : Cohn-Bendit qui écrase.

17 mai 1968

Déjeuner chez Georges. Après, à l’Odéon dans le meeting ininterrompu : salle bourrée, discussions en désordre. Incident avec un voisin derrière moi, obligé de faire taire (un provocateur ou un policier).
Journal. Billancourt : drapeau rouge sur le toit, ouvriers, le cortège des étudiants : les murs ne sont pas tombés. Dîné chez Georges. Odéon. Impossible d’entrer. Sorbonne, grand amphi. La CGT reprend en mains. 3, rue Michelet : les comédiens (Barrault s’expliquant. Vu Delphine Seyrig).

18 mai 1968

De Gaulle revient de Roumanie ce soir – un jour avant. Avec les communistes et la CGT, il va tenter de juguler les « groupuscules ».
Vu Gatti à 2 h chez Monloup. Grande conversation : les barricades, les Cohn-Bendit, les « 22 mars », Stéphane – La Route.

20 mai 1968

Grève quasi générale – sauf gaz et électricité. A la banque : pas plus de 500 F. Essence : des queues de voitures. Les épiceries dévalisées.
Au journal : D. Cohn-Bendit, retour de Saint-Nazaire.
Décidé de ne plus être à la CGT. Cdf à 10 h, me réveillant : Hanoteau. « Alors ? ». M’apprend que Lacaze a tourné sa veste, que Thérond est en baisse depuis la colère de J.P.

21 mai 1968

Toujours l’attente. Chez Dante à 11 h en voiture (1 h). Dort encore. Remâche la trahison. Pressenti pour aller à Lyon lire des pièces dans les usines. Indécis. Déjeuner avec lui, Monloup, Klee puis Pia et Sanchez. (Pays et Gendron et le PC.)
Journal : le vide. On attend le débat sur la motion de censure et le discours de De Gaulle vendredi. Envoyé lettre de démission à la CGT. A 9 h, rues désertes : pas de cinéma, le débat sur la motion de censure à la TV.

22 mai 1968

Débats à l’Assemblée nationale. Au journal, tout le monde devant la TV. Patrice Bodin, venu pour voir : « On ne sait rien à Chamonix ».
Parti à pied pour le bd Saint-Michel. Chez Georges, où vu Monod. De là, à la manif. : drapeaux rouges, « Cohn-Bendit à Paris », « Nous sommes tous des juifs allemands », « Les frontières, on s’en fout »… Retourné chez Georges, puis rattrapé la manif bd Raspail. 7 à 8 000. Un barrage énorme de police. Pas d’incidents. Service d’ordre étudiant. Chez Georges où j’ai dîné avec Dante, Monloup et un gars qui revient de Chine, connaît Wang et m’encourage à lui écrire. Histoire de Stéphane, convoqué par l’archevêque Marty aujourd’hui, après une conduite révolutionnaire à Stanislas.

23 mai 1968

Le soir encore émeutes au quartier latin. Démission d’un chef CGT : il était possible d’avancer vers le socialisme…

24 mai 1968

Appris que Dante est blessé chez Hélène châtelain : les bras fracturés par les CRS hier soir. En voiture jusqu’à Denfert. Resté jusqu’à 5 h, puis à la manif avec Hubert et Daniel Anfoux. Tél. à Marie-Claude : dit qu’on a fondé un Comité des écrivains du Seuil, dont je fais, paraît-il, partie. Futilité ! Barricades jusqu’à 3 h du matin et courses dans Paris de la rive droite à la rive gauche. Couché chez Hélène.

25 mai 1968

Pas d’essence. Des amis me ramènent au journal. Vu Hervé qui m’offre un thé et parle politique : trouve que le discours ne vaut rien, mais que la peur est reine de France. Toussaint arrive pour me ramener rue Custine.

26 mai 1968

La Route.

27 mai 1968

Refus ouvrier de signer les accords du Châtelet. En voiture au journal. Grandes discussions. Réunion à 16 h pour la Société des rédacteurs. Je combats contre tout vote avant information. Thérond y tient pour être sûr, dans l’inattendu, d’être élu. Déjeuner avec Hemming et Monloup chez Georges. De là, chez Hélène, Dante et ses visiteurs. Avec Hemming, Monloup, J.-L. Pays, Gendron, Daniel, Annick Michaud et Edith stade Charléty : grand meeting de l’UNEF, 40 000 personnes au moins. Mendès France applaudi. Vu Flamand devant l’Odéon.

28 mai 1968

Avec Sophie Bastoulle (Figaro) et B., conduit Dante à Bichat. De là, journal. 6 h : on m’apprend que J.P. refuse la Société des rédacteurs – sur un ton « gaullien ». J’arrive. Dispersion. Nouvelle réunion rue François 1er. L’unanimité pour la Sté. La majorité pour le dépôt immédiat des statuts. Gatti : tout OK.

29 mai 1968

Cohn-Bendit à la Sorbonne ! De Gaulle s’en va à Colombey. Bruits d’intervention de l’armée. Entrevue Mendès – Mitterrand, etc. Cdf : aller chez Hélène Châtelain chercher du matériel photo. Monloup, Chaussat, à Robinson chez Chaussat. De là, à nouveau chez H. C. où Daniel Anfoux se réveille (il dormait par terre, dans un sac). Klee présent. Boulez démissionne de la CGT (Le Monde).

30 mai 1968

Cdf Agathe de Saint-Salvy. Elle est à Paris, habite dans l’appartement qu’elle occupait naguère avec H. de Bourbon. Nous invite ce soir. Décliné.
Nouveaux bruits de bottes : Massu, garnison d’Allemagne, etc. Animation partout, mais pas d’angoisse, seulement de la tension. 16 h 20 : De Gaulle à la radio (pas à la TV). Déclaration de guerre. Dissolution de l’Assemblée, élections en juin ; « comités civiques ». Si ça ne suffit pas, d’autre voies : art. 16 ? Aussitôt, à PM la division se révèle. Les gaullistes en hibernation parlent. Manif sur les Champs-Élysées : tous les supporters de De Gaulle. Foule énorme. Croizard plane.
Chez Hélène Châtelain, Gatti, Monloup, Daniel, les Charvein. De là, chez Georges, très excité à mesure qu’il approche de son terme de restaurateur, puis le Quartier latin. Des groupes, des discussions, tracts.

31 mai 1968

Magnifique journée. Des photos de chars dans les journaux. Ils se font voir de la population. FO ne veut plus de manifestations de rue. Quelques reprises. Plusieurs pompes sont ouvertes : le verbe magique fait recouler l’essence…
A 9 h, emmené A. rue Mouffetard : les comités d’action présentent « La commune » montage de Gatti, devant St-Médard. Début 10 h. Projections, texte dit par H. Châtelain. Vu les Bassoul avec leur fils de 8 ans, Daniel, Annick Michaud, Monloup, Ghislaine et une amie Catherine Arena ( ?). De là, à la Sorbonne, amphi Richelieu. Incendie dans les combles : de l’eau partout.

1er juin 1968

La route. Les pompes à essence sont pleines. Plus de grève. Retour vers 9 h, à Paris chez H. châtelain. Visite de 2 Grecs, amenés par Georges : des résistants qui paraissent peu sérieux (Dicoyannis ?). Avec Daniel et Hubert, rejoint vers 7 h la manif UNEF en train de se disloquer devant la Halle aux Vins. Barrage de police sur le pont. Meeting pour un mouvement révolutionnaire. De là, chez Georges : dîner, dernier soir. Ecrit sur une nappe en papier une injonction commune à J.J. d’écrire un livre sur la peinture.

3 juin 1968

Tél. de Dante. Il améliore sa « Commune » qui passera dans les lycées.

4 juin 1968

Chez Dante, av. Leclerc. Déj. « La Commune » marche si bien qu’on la lui demande partout (lycées, comités d’action). Il songe à un théâtre dans la rue, carnavalesque, avec des grandes figures qu’on promènerait partout sur les lieux mêmes (barricades, etc.), manif et théâtre mêlés. En plus, cabarets littéraires. D’accord pour penser qu’il faut voter De Gaulle ou s’abstenir – et plutôt s’abstenir.

5 juin 1968

9 h radio : R. Kennedy victime d’un attentat en Californie, à l’issue de primaires. Suite de dépêches contradictoires.
16 h : Vous savez ? Thérond, Lacaze et Carone sont mis à pied par J.P. pour deux mois. J.P. s’installe dans le bureau de Thérond. H. Mille demande sa retraite. Piquet de grève. Charchelègue suggère que nous nous entremettions. J’accepte. Appelé Hanoteau qui arrive. Il est scandalisé par cette atteinte aux droits syndicaux. Suggère de sonder Pompidou qui mettra fin à tout ça. Allés voir Hervé Mille à la résidence George V, nous reçoit en robe de chambre et nous lit sa lettre de démission ; nous conseille d’aller voir J.P. L’assemblée nous charge de la mission, tout en votant le principe de la grève. Réunion rapide dans le bureau de Croizard puis A. de Courtades nous introduit en nous disant qu’il faut lui « donner quelque chose ». Un homme crucifié J.P. face aux patrons… (suite dans « Mai 1968 .

6 juin 1968

R. Kennedy est mort. A 11 h, réunion avec les délégués des « ordres » dans mon bureau. Ulcérés. On redressera la barre, la situation financière du journal étant telle que … Croizard dit que J.P. était radieux dans l’ascenseur. 16 h 30 : J.P. reçoit les délégués des « ordres ». 18 h 30 : on continue. Thérond expose la situation.

7 juin 1968

20 h Etonnant numéro de De Gaulle à la télé : il reprend le jargon de Nanterre, se pose en révolutionnaire, fait de l’humour en passant.

8 juin 1968

Le fils de Marquet ramassé à Flins par les CRS, se trouve à Beaujon. On le fait sortir en fin de journée.

10 juin 1968

10 h 10 Cdf à Gatti. Il me cherche justement. Stéphane et Sylvain, disparus. Ils étaient à Flins. Me demande de voir. Vu Dubois qui téléphone à Amade. 15 h Stéphane retrouvé : sera relâché dans la soirée. Cdf à Dante. 18 h 19 h : à Beaujon, attente de Stéphane avec Dante, Monloup et Sylvain. Cdf à Hélène : il est là-bas, sorti à 5 h 30.

11 juin 1968

Nouvelle manif hier soir au quartier après la noyade d’un lycéen à Flins. Au journal, atmosphère d’attente mêlée de détresse. Vu Gaston Bonheur. 1 mort à Sochaux, tué par balles par les CRS. Grave.
RV à 6 h 45 gare de l’Est avec Monloup et Amphoux. Pas trouvés. Beaucoup de gens à la manif UNEF. Pas de cortège, les gens ratissés aux environs.

12 juin 1968

Des bagarres dans la nuit dans divers quartiers. Le gouvernement amorce la répression. Conseil des ministres : interdiction des groupes : CLER, 22-Mars, JCR… Le reflux : hier édito du Monde (Beuve-Méry) contre les manifs, article de F.G., etc.
Chez Dante – Châtelain : Monloup, Amphoux, Georges et Rosette, Boudjema, 2 étudiants de Strasbourg, 2 autres. Dîner improvisé. Parlé des événements. Dante : il y a 1 point de positif dans tout cela. Les mouvements vont devoir se réorganiser, ça va resserrer les liens. La fête gaulliste finira vite avec les échéances, le chômage…
21 h Menant m’appelle : « L’heure de vérité, dit-il, es-tu prêt à réclamer tes indemnités – si on vire 35 types, etc. » Réponse réservée. Il me parle du mariage de Hervé et de Coco Chanel !

13 juin 1968

Lacaze et Marquet sont dans la charrette. Cdf à Hanoteau : il arrive. Hanoteau : ne nous emballons pas. 17 h 15 avec Hanoteau et G.B. chez Dubois : cela se calme ; il n’y aura pas de liste (ce que Chargelègue avait déjà obtenu à 15 h en allant voir JP). « Je suis en butte à la haine du pingouin », aurait dit Thérond hier. 18 h 10 cantine : annonce des mesures. Que faire ? Charge insulté par Lacaze. J’interviens. Lacaze s’en va avec les délégués qui veulent démissionner. 21 h nouvelle réunion : les délégués ont vu JP. Pas de licenciements automatiques.

14 juin 1968

L’Odéon a été vidé par la police. Le reflux toujours.
Chez Hélène. Gatti me propose de mener un groupe de débat autour de son film, en été, lorsqu’il sera tourné à la Sorbonne ou Nanterre.
18 h 30 cantine. R. Cartier explique sa nomination, sa fidélité inconditionnelle à JP. Question : la société des journalistes (pas hostile). Thérond : il doit servir sans bruit « L’ombre de Mahomet ». 19 h 15 Thérond applaudi. Lit les lettres de JP et les siennes, demande qu’on ne laisse pas les « calomnies et mensonges » continuer. Sollicite en somme un hara-kiri de la rédaction. Monique Valls, déléguée, déclare qu’une motion sera affichée lundi par laquelle des signataires protestent contre l’éviction Thérond – Lacaze (due à leur part dans la Sté des journalistes) et demandent leurs indemnités. Grand trouble, cas de conscience – faux, mais habile.

15 juin 1968

Cdf de Hanoteau, Menant, Rapinat : tous contre la motion.
Libération de Salan – et des autres.

16 juin 1968

Une provocation policière aboutit à l’évacuation de la Sorbonne.

17 juin 1968

PM : on vend le journal devant la porte (les marchands en grève pour deux jours).
Hanoteau : « Je te parie que les gaullistes ne feront pas 200 sièges. La peur s’oublie vite. Les gens ne marcheront pas. »

18 juin 1968

Rencontré K. Kaupp rue des Canettes. PM toujours le point mort. Reçu un ami de Paggioli, Roger Rouvette, ancien journaliste à l’Huma, ancien anarchiste – qui a connu tous les gens du parti. Il a écrit un livre : « Les Enfants de Lénine » et voudrait le faire publier. L’ai envoyé au Seuil, après avoir prévenu Flamand.

19 juin 1968

Calme plat. Pluie d’été. Déjeuner avec Bobol, Roche et Vincent de l’AFP (qui revient, expulsé, de Chine – et plutôt révisionniste).

20 juin 1968

Cdf de Menant. Désolé. Des têtes vont tomber à PM. Impossible de les sauver. De nouveau, la température monte.

21 juin 1968

Vu Kelber, accouru de Bonn. On lui annonce que le bureau est supprimé ! Il ne pourra plus payer les factures de la clinique où sa femme est traitée depuis des années. Tout le journal retentit d’imprécations contre le capitaliste JP…

23 juin 1968

Pluie. Elections. Retour de la Route : télescopage de voitures. Pas arrivé à temps pour voter (je n’y tenais d’ailleurs pas). Premiers résultats : raz-de-marée gaulliste. Le chantage à la guerre civile, les mensonges ont été efficaces. Impression personnelle : aucune surprise et aucune émotion. Comme si cela ne me concernait pas.

24 juin 1968

PM : visite d’Alberto Negri, étudiant de Milan qui travaille au Piccolo teatro. Il veut écrire sur K.G. une thèse et une pièce. Me propose de collaborer avec moi.
Cdf à 22 h 30 de Chargelègue : le listes de licenciement, mises à la retraites sont publiées.

25 juin 1968

Mis à la porte : Durieux, M.-H. Camus, Collin, Taousson, Azoulay, Mme Tendrew, Izis, (+ 2 illisibles). Requin, le sténo est en train de devenir fou, me dit Rapinat. Les événements fermentent et font fermenter. Atmosphère lugubre et plaisante à la fois. Négociations. Réunion. Communiqué de JP : report à 2 mois des licenciements. Thérond – Lacaze, pas question d’aller discuter. Grève ? On en discute demain. Bagarre dans le couloir entre Ménager et Mauge (qu’on accuse d’avoir participé à l’élaboration des listes et de continuer à travailler).

26 juin 1968

5 h 30 : réunion à la cantine. Motion de grève (en octobre) proposée au vote. On vote dans un climat de sentimentalisme facile. Résultats : 88 pour, 68 contre, 4 nuls.

27 juin 1968

Nul effet : calme plat à PM. JP aurait dit : « J’ai 68 ans, je croyais n’en avoir que 2 » et annonce qu’il avancerait ses vacances.
Lettre de Boulez (de Hollande) : « L’imagination n’a pas pris le pouvoir ! »

28 juin 1968

Journal. Cartier, d’après Chargelègue assure que « Joffroy a un sacré talent ! ». On fête, dans la salle de la bibliothèque, le départ à la retraite de Mme Curatet et du caissier Bonnard. La pauvre Curatet pleure quand je la félicite en lui disant combien on l’aimait ici.

30 juin 1968

Lu « Ma vie » de Trotski, en écoutant les résultats du 2e tour : c’était parfait.

Juillet 1968

Vacances.

5 juillet 1968

Lecture de Rosa Luxembourg. A parler ici, à Montpellier, je constate que les gens n’ont pas compris, n’ont rien compris à Mai.

7 juillet 1968

Invité avec B. à prendre le café chez JP au « Grand Chêne ». Elisabeth est là. Ils vont partir en croisière. JP me propose tout de go de faire ses mémoires, d’en prendre la responsabilité à sa mort. Il a des notes. L’histoire d’un homme, d’une époque. Il pensait à Cartier ou à moi, mais il a besoin qu’on l’aiguillonne. Parlé de H. Mille – que JP regrette.

Travaillé à K.G.

4 août 1968

Rentré à Paris.

6 août 1968

R. Cartier, préoccupé de sa collaboration avec moi, me dit Chargelègue.

12 août 1968

Gare Montparnasse : il ne reste plus de l’ancienne gare que l’aile gauche : plus de façade.

13 août 1968

Vu Cartier dans son bureau. Un personnage réjoui, sinistre et totalement dépourvu d’entrailles.

16 août 1968

Préparé le travail (dernière partie de K.G.).

21 août 1968

Radio ce matin : Russes, allemands de l’Est, Bulgares, Hongrois occupent la Tchécoslovaquie. Le PCF proteste contre l’occupation soviétique de la Tchécoslovaquie. Nouveau.

23 août 1968

Castro : pour les Russes, ainsi que les Nord-Vietnamiens. Mao contre.

28 août 1968

Carte de Gatti. Il finit la 1ère pièce du « Petit manuel de la guérilla urbaine », dont le titre provisoire est « Ariane et son papa » (il est à Pianceretto).

29 août 1968

Cdf de Bichat au journal. Maufrais opéré il y a 2 jours – on cherche des donneurs. Téléphoné pour les donneurs (journal, de Caunes, etc.).
Conversation avec JR Tournoux sur Maquet (qui a reçu sa lettre de licenciement et qu’on essaie de sauver) – et le journal.

30 août 1968

Bichat. Un seul de PM, Daniel Corda, du service du courrier.

2 septembre 1968

Déjeuner avec Litran (retour de Californie) et Le Bolzer (retour d’Alger).
Arrivée définitive de la Mutter à Paris. Elle ne me quittera plus.

4 septembre 1968

Tournoux : Courtades réfractaire à l’idée de sauver Maquet.

5 septembre 1968

Vu Courtades, moins hostile que je ne le croyais. Pense que c’est surtout Cartier qui est contre – mais il part en Amérique le 15 octobre…

10 septembre 1968

Chez Lazareff avec JJ et son amie Jacqueline. Lazareff est avec un peintre nommé Alain Lesell – gentil et inodore. Dîner rue des Canettes, un verre à la rhumerie.

17 septembre 1968

A Vincennes à 10 h pour y voir le général Fournier (service historique de l’armée – K.G.) et le commandant de Gouberville qui fera des recherches pour moi.

19 septembre 1968

Cdf de F. Verny : Où en suis-je ? Promis tout pour fin octobre.

20 septembre 1968

Vu Desmaisons (qui prépare des conférences en octobre salle Pleyel). JP à propos de Maquet : ne veut pas le reprendre : « Il ne fait rien de bon », mais accepte qu’il travaille avec Bonheur au « Dictionnaire » en train. Vu Maquet ensuite, qui sortait de l’American, un peu rouge : d’accord pour essayer, mais ne veut pas « passer sous le paillasson ». Rêve d’ailleurs, de se retirer en Dordogne et de reprendre le métier de professeur. Un type que je n’arrive pas à percer, à comprendre. Grunebaum, dans l’autobus 80 : Izis licencié, fait un procès au journal.

25 septembre 1968

Enterrement du Dr Delthil, père de Françoise Verny.
Coup de fil à 9 h de Dabernat : il a reçu sa lettre de licenciement. Convaincu que c’est Cartier. Au fond, satisfait de s’en aller avec ses indemnités : « Il y aura une succession de crises avant la crise de succession. Songez-y ».

26 septembre 1968

Cdf de Dante : retour d’Italie. Lit sa production italienne demain soir chez Hélène. 2e visite à Maufrais Bichat. Toujours assez piètre état. Un homme de 60 ans délire et appelle : « Je veux voir ma mère ».

27 septembre 1968

Cdf de F. Verny. Lui ai donné le numéro de Maquet pour son projet de livre.
Dans la série des pièces de Gatti, Ariane est devenue le personnage qu’elle est (ou sera) et son père, en prof d’histoire (qui, dit Gatti, n’a plus rien de moi). Je suis venu le prendre à la Bastille : chambre rénovée, placards et grande table centrale. Acheté victuailles puis en taxi chez Hélène. Dîné avec le mari, Hélène et quelques autres. Lecture des 4 pièces déjà écrites sur 6. Arrivés encore Pia et Sylvain, les figures habituelles, 11 en tout, plus le fils d’Hélène. Monloup resté à la Bastille à dormir. Quelques pièces à reprendre. Une excellente : la « Rose blanche » ; une autre, reportage : « La Journée d’une infirmière ». Rentré 2 h. Stéphane a réussi le bachot mention. D. a rencontré Cohn-Bendit à Francfort. C.B. était avec Marie-France Pisier, une actrice de cinéma. Arrêté depuis 2 ou 3 jours dans les bagarres. En Italie, « La Naissance » à la Fenice de Venise : « Un désastre », dit D., mise en scène réaliste (Monod), décors Monloup, réduits à l’inexistence. G. : « Je crois que nous avons toujours 20 ans. Toi, tu ne vieillis pas ».

28 septembre 1968

Gatti m’a dit hier que « Franco » sera joué au TNP en février.

30 septembre 1968

Terminé la première mouture de K.G.

1er octobre 1968

Danielle a déménagé depuis juillet, m’a dit Toussaint. Par Monloup, j’ai l’adresse : 137, av. de Versailles.

3 octobre 1968

Rapinat : « Tu sais comment on appelle Thérond, directeur d’un hebdo de cuisine ? Roger Graillon ! »

4 octobre 1968

A Mexico, une consœur journaliste italienne, Oriana Falleri s’est fait blesser par les flics et militaires mexicains pendant les manifestations (20 à 40 morts).

9 octobre 1968

A la TV, débat sur l’antisémitisme : beaucoup de banalités. Un seul se détache, Elie Wiesel. Tout à fait ce que je pense.

10 octobre 1968

Rue de Téhéran, chez Maeght : vernissage Calder (mobiles, « flèches »). Ensuite, au buffet de la gare de Lyon : dîner en l’honneur de Calder. Au moins 150 personnes sous le décor 1900. Calder se lève à la fin : « Merci au chef de gare ». A la table, Gabriel Monnot, de la Maison de la culture de Bourges et sa femme, le peintre Rebeyrolle, gros buveur sympathique. Parlé de Mai. Calder part demain pour N.Y. et Mexico : un stabile de 25 m à installer.

14 octobre 1968

Vu Bellour – qui prépare les œuvres complètes des Brontë. On en fera quelque chose dans Match.

17 octobre 1968

Le Figaro ne paraît pas aujourd’hui. Grève contre J.P.
Manifestation des lauréats noirs sur le podium des J.O. à Mexico : tête basse, le poing ganté de noir levé !

19 octobre 1968

Cdf de Gatti. La Route ? Pas disponible avant la semaine prochaine. Rappellera. La « Passion » change de titre et devient « Passion en violet, jaune et rouge ».

20 octobre 1968

A propos du mariage Onassis – Jacqueline Kennedy, Dubois : « C’est une poule ! »

25 octobre 1968

Quatre rédacteurs en chef adjoints nommés : Mauge, Chargelègue, Mazoyer, Lavigne.

1er novembre 1968

Arrêt des bombardements américains au Nord Vietnam.

9 novembre 1968

A Chaussy-Villeneuve, où les Hanoteau reçoivent dans le château Renaissance (un complexe golf, tennis, etc. tenu par M. et Mme de Villefranche). Beaucoup de monde. Retour à 7 h.

15 novembre 1968

Rencontré Menant en sortant du journal. Brusquement vieilli : cheveux très gris, front dégarni. Il me dit : « Je suis malade depuis les événements » : il y a avant et après ». J’ai senti qu’il disait vrai.

16 novembre 1968

Cdf de Dante. Lui offre La Route. Il n’en a plus besoin. Il commence les répétitions au TNP le 1er décembre. La maison de sa mère a été gravement touchée par les inondations du Piémont : le toit emporté… elle a lancé un SOS : Dante a réuni 2 500 f pour lui envoyer.

21 novembre 1968

Journaux, radios, TV, bourrés d’informations sur la crise monétaire. L’or de De Gaulle file à l’étranger à une allure catastrophique. Les Allemands maître du jeu : les ministres sont réunis à Bonn.

22 novembre 1968

Dévaluation annoncée. Le pourcentage pas encore connu. La Mutter bouleversée. Les Allemands arrogants parce que les Français sont venus les prier de les aider.

25 novembre 1968

Terminé K.G.

1er décembre 1968

Train pour Nancy avec Reine Espagne (ethnologue de la sorcellerie), le mage de Marsal dont les deux enfants ont disparu. Taxi pour Château-Salins.

2 décembre 1968

Froid glaçant. En voiture à Marsal – ville autrefois, autrefois fortifiée et qui n’est plus ni ville, ni fortifiée. Admis chez le Swami tous les quatre. 2 heures de délire schizophrénique impulsé par Espagne. Vers 3 h photos du Swami devant ses objets de culte. Retour à 5 h 30 pour photo de famille avec les enfants survivants. L’homme et fou. Les deux disciples sont des débiles. La femme aussi.…
C’était aussi mon anniversaire !

8 décembre 1968

Dicté sans arrêt au magnétophone des chapitres de K.G.

12 décembre 1968

Visite de Gary venu prendre quelques papiers. S’est fait plus ou moins vider du TNP où Gatti répète sa pièce.

17 décembre 1968

Lettre aux Maufrais (l’imposteur qui prétendait être leur petit-fils, un mythomane, d’après le juge). Rencontré Jeff sur les Champs-Élysées. Repart en Suisse, revient en janvier.

18 décembre 1968

Cdf Dante à 14 h 30. « Franco » interdit. Charles de Gaulle a tranché sur l’intervention des Espagnols.

19 décembre 1968

Dans Paris presse et le Monde, interdiction de la pièce confirmée.

20 décembre 1968

Cdf à Hubert Monloup : rien de neuf. Le TNP siège pour discuter les mesures à prendre.

21 décembre 1968

13 h 41 : départ à Cap Kennedy de la fusée circumlunaire américaine avec 3 hommes à bord.
Chez Dante, bd de la Bastille. Vu fin de l’altercation avec Sanchez (pour extrémisme de celui-ci). Vu ensuite Hubert, Chaussat, Klee, Chichen, Lancelot, etc. Offre de Malraux à Gatti : Donnez « La Naissance » au TNP – et faites monter « Franco » au TEP ! Certains sont contre (c’est « sauver » Malraux – et entrer dans le jeu). Dante y voit des avantages, et moi aussi. A d’autres, le suicide. Seule crainte : le débordement de gens comme Lebel qui occupèrent le TNP… Dîner à 4 rue de Lyon avec Hubert et Lancelot. Pas parlé une seconde de la lune. Voyant le journal du soir, D. S’écrie : « Qui fonce vers la lune… les Russes se sont fait avoir !… » Il est comme moi : il attend que les Russes gagnent quand même.

22 décembre 1968

Corrections manuscrit. Les autres en l’air corrigeaient leur trajectoire. A la TV, images en direct assez nettes, du vaisseau cosmique.

23 décembre 1968

TV : images de la terre vue du vaisseau cosmique. Mais pas la lune. Pourquoi ?

24 décembre 1968

TV vers 13 h 30, la lune à 300 Km – peu commotionnant finalement.

27 décembre 1968

Cosmonautes arrivés à bon port, dans le Pacifique cet après-midi.

29 décembre 1968

Au journal, dicté la fin du XVI à Rapinat.

30 décembre 1968

Les Israéliens ayant fait un raid sur Beyrouth à la suite d’un attentat contre un avion à Athènes – le Conseil de sécurité est réuni. Tout le monde condamne Israël, bien qu’il n’y ait pas eu de sang versé. A Athènes, un passager tué. Les Américains qui ont des intérêts dans les compagnies libanaises condamnent aussi. Et le pape envoie un message au Liban.