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1966

Pierre Joffroy était son nom de plume. Maurice Weil celui de l’etat civil.
Né en 1922 À Hayange  en Moselle, il monte à Paris en 1945 après être passé par Lyon où il s’était réfugié en 1941, rejoint plus tard par son frère Gilbert .
Entré au Parisien Libéré dès son arrivée dans la capitale il réalise un de ses premiers reportages en s’embarquant sur un « rafiot « chargé de juifs européens  rescapés des massacres nazis.

Ici commence l’histoire des carnets dont certains disparaissent à l’occasion de ce voyage en terre de Palestine en 1947.
Il s’agit d’un petit agenda (un par trimestre) sur lequel il note rendez-vous, rencontres, conversations téléphoniques, lectures, sorties, projets et ceux de ses amis.
Le format n’autorise pas le développement comme encore moins les épanchements (même si on trouve quelques cris du cœur).
Ces carnets pourraient être (sont) comme une gigantesque table des matières d’un livre à venir, un vaste index qui renvoie à autant de pages qui ne sont pas encore écrites.
Au commencement était le verbe. Reste à trouver la suite.
À vous de lire ce projet de « livre total » .
À vous de nous donner des informations complémentaires que la lecture de Ces 20 premières années (1947-1968) vous inspire.
La suite, 1968-1980, puis 1980-2000, paraîtra dans le courant de l’année 2021.
Les carnets n’avaient jamais été lus, ni déchiffrés avant 2008. Ils ont été photocopiés puis déposés à l’IM.C.(Institut Mémoires de l’ Edition Contemporaine) avec les archives de Pierre Joffroy où ils peuvent être consultés.

4 janvier 1966

Cdf de Dante – Bonne année ! Signoret enthousiaste de « Clara », voudrait le tourner. Pièce : tout va bien.

5 janvier 1966

Déjeuner avec Gaston – chez Joseph. Parlé de la Société des rédacteurs. Lui ai donné les statuts de la Sté du Figaro. Plus tard, il aura ceux du « Monde » et d’ « Ouest France ». Plus tard, vu Maquet qui parle des projets d’édition du « patron » (« il est gâteux, terminé… mais encore votre rempart », ce que pense aussi Gaston).

6 janvier 1966

Parti à 8 h, pris Litran chez lui. Passé à Sainte-Hermine (statue grotesque), à Monchamps (tombeau du solitaire – l’orgueil tout bête !) et à Mouilleron-en-Brède, berceau de De Lattre et de Clemenceau – mais où le premier, pareil à un parasite, étouffe le second (encore un coup de la Maréchale ! Elle a multiplié les dons, les pierres, les rues De Lattre, etc.). Couché aux Sables-d’Olonne, plus que morte cité blanche et sans odeur.

7 janvier 1966

Saint-Vincent-du-Jard, visite du musée Clemenceau. Visite sous le contrôle du gardien : sa main gantée (moulage tricolore). De là, chez Albert Boulin, 68 ans, ancien valet de chambre, ancien gardien de musée. On boit deux fillettes de Coteau du Layon dans sa cuisine. Souvenirs, souvenirs.

9 janvier 1966

Travaillé Clemenceau.

12 janvier 1966

Mort de Giacometti.

13 janvier 1966

On ne parle à PM que de « l’agence des écrivains », une idée de J.P. pour utiliser les grands reporters, dont on lui a dit qu’ils étaient sous-payés par rapport à ce qu’ils font. Tout le monde se méfie. (Menant, Heimer, Maugé, Farran.) Convoqué par J.P. (Clemenceau, qu’il repousse à août, « Pétain » de Cartier passant avant). Mille m’arrête pour me vanter les avantages de « l’agence ».

14 janvier 1966

Toujours « l’agence » à PM (vu Hanoteau, Reyer, Menant).
Au TNP, cherché Dante. Il était en train de répondre à des interviews radio et TV, puis un photographe de « Réalités ». Dîné ensuite au Tastevin avec lui, Monloup, Willy, Chaussat et Hélène. Ensuite, répétition : éclairages avec les acteurs en costumes sur la grande scène. Vu Mme Michaud, Lancelot, Monod, Bénichou « Dante !…… » Il va et vient du chef éclairagiste à la scène, courant des kilomètres et des kilomètres. De 8 h à minuit. Il faisait froid dans la salle. Rentré à minuit, reconduit par Sylvain et Pia Colombo.

16 janvier 1966

Après dîner, au TNP. Premier filage de la pièce – devant Wilson. L’ai trouvée un peu lente, pas encore traversée du tremblement (perçu à la lecture). Admiré l’utilisation de l’air d’opéra, langage secret de Sacco et Vanzetti sur la colline aux Cerises. Après, Wilson a harangué les comédiens : C’est la première fois qu’on a utilisé totalement la scène du TNP (il n’y croyait pas, disait-il). Donne ensuite ses remarques au foyer. Sorti avec René Halet et Hildebrandt, venus là. Parlé de la pièce. Rentré en taxi (contrôle de police à Barbès-Rochechouart). (Dante : le teint gris, le visage ravagé – atone, le doigt crispé et tapoteur sur la cigarette.)

17 janvier 1966

Conf. des « écrivains ». Thérond explique avec embarras que le « patron » désire nous diviser en deux groupes : ceux qui travailleront pour PM, ceux qui iront à « l’agence ». Conclusion de Trinchet : « C’est une peinture chinoise où le sol manque ».
À 8 h 15 au TNP : 1ère représentation de « Chant public ». Bien mieux qu’hier (avec un sentiment de longueurs, néanmoins, au moment du procès). Dante m’expliquera ensuite qu’il n’y faut pas de coupes. C’est la scène pivot, la seule longue au milieu d’une poussière d’actions brèves. Vu J. Michaud, Halet, Hildebrandt. Coulisses ensuite, où il y avait un champagne d’honneur. Dante, barbu, hirsute, le teint cadavérique. Vu le journaliste de Lyon, envoyé par J.J. À la sortie, des anarchistes nombreux vendaient « le Libertaire ».

18 janvier 1966

Georges Figon, le « deus ex machina » du scandale Ben Barka, est trouvé « suicidé » chez lui au terme d’une opération de police… à la stawiskyenne. Durieux, hier, m’avait parlé de lui, il l’avait vu, photographié (PM publie les photos cette semaine). Il m’avait dit que Figon allait obtenir un passeport. Il a oublié simplement de me dire pour quelle destination. Jeudi dernier, Durieux cherchait la consigne chez Thérond qui hésitait à passer quelque chose sur Figon, à accepter les conditions de celui-ci. J’étais là : « C’est un homme précieux, ai-je dit, ce qu’on fera servira. C’est un homme mort ».
Déjeuner au Fouquet’s avec Gaston. Décisions sur « l’agence ». Me parle de sa conférence dans l’Ouest (avec, à une petite table, sa secrétaire, reliée à Gaston à Paris, qui transmettait les nouvelles des agences – et Gaston les commentait aussitôt : voici comment se présentera votre journal de demain… mais il avait demandé au « Maine libre » le contenu de la « une » du lendemain.

19 janvier 1966

Parlé avec Loyer et Menant de l’Agence. Rédigé, d’après les indications de Gaston, les conditions minima. Le Parisien libéré arbore une « Une » d’infamie : « Cancer » en gros titre pour une découverte de petite importance (qui vaut 10 lignes ailleurs) et met Figon (condamné à 20 ans de travaux forcés) et Ben Barka (condamné à mort) dans le même sac. Ignominie pure !

23 janvier 1966

Cdf de Dante vers 19 h. On venait de le voir sur l’écran TV dans les actualités théâtrales (Favallelli). Il est assez content – pense déjà à l’homme seul.

24 janvier 1966

Réunion P.M. : donné réponse positive à Thérond. Les autres, non. Inquiets. À 9 h, rue du fg St-Honoré, au Relais, pour fêter les 60 ans de Séruzier, le photographe de Détective. Revu Montarron qui attend la retraite avec impatience (64 ans), Séruzier qui voudrait peindre, peindre, peindre…

26 janvier 1966

Cdf à Dante. La représentation d’hier soir était la plus mauvaise (les acteurs déconnectés après deux jours de relâche – mais les Gilbert ont trouvé bien tout de même).
Au TNP. Rencontré Audouard, vu J.J., Souvt. Que j’ai amené ensuite voir Gatti. Salle farcie de critiques. Spectacle meilleur que le premier de la série. Applaudi pas mal. Après, un verre chez les machinos avec Le Bolzer, Hélène Châtelain et les Monod. Après, chez Georges, le Grec : J.J. seul Marine son ancienne, un ami à lui, Hélène, Pia et Sylvain, Hildebrandt, l’Américain, et Françoise Godde – « Melle Françoise » (ainsi que dit Mme Lebrun qui l’a vue à La Route). A l’issue du spectacle, pas de cris hostiles ; quelques acclamations sur le nom de Gatti au moment des annonces. Rentré à 3 h après avoir ramené J.J. à son hôtel.

27 janvier 1966

Premier article dans FS du triste Dutourd. Il démolit « Chant public » – après avoir fait la même chose récemment avec les Justes et En attendant Godot. Poirot-Delpech dans le Monde ne cache pas son hostilité, modérément exprimée, mais plus modérée.
Aux Champs-Elysées vu « Pierrot le fou » de Godard. L’ai trouvé bon.

28 janvier 1966

Quotidiens du matin : épouvantable. Gautier parlant de « gadoue » – Combat, l’Aurore à l’avenant. Seul, l’Huma est bon (Leclerc).
11 h : TNP. Retrouvé J.J. et Simone puis Françoise. Soupé chez Georges, hors de lui : une compatriote célèbre, l’actrice Irène Pappas était chez lui. D’autres comédiens venus. Tous parlaient de la critique.

30 janvier 1966

Appris par la TV la mort d’Edward Helsey. Rédigé un papier sur Gatti et les critiques. Pour qui, je n’en sais rien encore.

1er février 1966

Souvenir de mon frère. Journal. Cdf de Dante : peu affecté par les critiques. Le TNP loue les marches. Trouve que les signes de sa réussite, c’est justement le côté délirant de la critique.

2 février 1966

A 11 h 30, église : obsèques de Helsey. Drapeau, décorations. La nef pleine. Long service. Jeff et moi le suivons ensemble. Ensuite, il va voir Dussane, Coquet, Pardo, Mme Menant, Reyer. Parti avec Jeff qui parle d’une circoncision où il a servi de parrain, de Michèle, de lui-même qui refume mais s’en moque, de Gatti : « Il paraît que la pièce est très difficile ; on dit que la mise en scène est géniale ». De là, bd de la Bastille, Gatti reçoit un jeune homme qui l’interviewe et finit, au moment de partir, par avouer qu’il n’est pas journaliste et désirait seulement le connaître. Déjeuner dans un chinois, rue H. Malot avec lui, Monloup, J.J. et Simone, une journaliste du Littéraire, et Catherine Russell.

3 février 1966

10 h : le Dragon film de J. Michaud-Mailland, simple et émouvant. Vu Cayrol – René Lhomme, le Figaro littéraire, mauvais aussi. Téléphoné à Guy Dumur pour le papier. RV demain au Flore. Pensé à 1944.

4 février 1966

Les Russes ont réussi à poser une station automatique sur la lune. Grande date.
Téléphoné à Dumur pour m’assurer qu’il ne me confond pas avec Berne Joffroy. « Non, me dit-il, vous êtes un ami de Gatti… de Boulez ». Cette dernière spécification m’a ému, tout à coup. (Petrus, que je ne vois presque jamais…) Cdf de Gendil. Amer cdf. Au Flore, Guy Dumur (la coïncidence est superbe ; c’est la première fois que je le vois, lui, dont elle m’a parlé il y a plus de vingt ans). Il lit l’article, mais le Nouvel Observateur a bouclé la partie littéraire depuis hier. Il va néanmoins tenter quelque chose. Parlé de PM, de Gatti, etc. jusqu’à 13 h 30.
Donné à Sanchez le texte en 4 feuillets de « Clara » pour la commission.

7 février 1966

Cdf de Dumur : la semaine prochaine.

8 février 1966

Au Nouvel Observateur, vu Guy Dumur qui me présente à Jean Daniel (à qui j’ai déjà été présenté deux ou trois fois : mes rapports avec lui sont un protocole éternel), revu et corrigé et coupé le papier. Rencontré Monnier, je crois, en sortant. L’affaire Ben Barka sans doute.

9 février 1966

Fait papier Armand – que Trillat et moi lui soumettons à midi – tandis que Jarnoux le photographie. Il est d’accord, prêt à le signer – suggère des modifications, précisions, etc. Tout fait l’aprèms.
Téléphoné à TSP, Petrus (Boulez) qui dort : sa mère lui dira que j’ai téléphoné. Cdf de Petrus, réveillé, à 7 h 30. Il était « crêté » dit-il. Aurait voulu voir la pièce de Dante, dont Souvt. lui a dit grand bien, mais il était surmené, etc. J’évoque la presse de « Chant public » ; il la ravale à sa place, en citant son propre exemple : il part lundi. Ne reviendra pas à Paris avant deux ans, me demande de venir le voir, si je peux, en Allemagne.

10 février 1966

Téléphoné à Chris. Il revient du Midi : travaille, dit-il, avec Hambourg « où il devient une sorte de Boulez ». Il est dans « l’œuvre de sa vie » pour un moment.
Vu « Quoi de neuf Pussy Cat », nullissime et « Le Faucon maltais », très beau Huston.

12 février 1966

Cdf de Trinchat : le papier est sur ozalides (1 page au lieu de 2). L’Armand, dit-il, est enchanté et s’étonne de « la qualité du texte » qu’il signe. Il croyait disparue la grande « race des journalistes ».

15 février 1966

G. Dumur me renvoie l’article sur « Chant public ». Jean Daniel n’a pas pu le caser.

16 février 1966

Ministère rue de Bercy : vieux meubles, couloirs sales, cafetières, tricots, bouteilles de champagne vides dans les W.C., vieux calendriers de la Transat.
Vu TSP rue du Bac. Grossie. Contente : un roman d’elle va paraître. Me présente à Assia Djebar, écrivain algérien, charmante et intelligente. De là, à PM. Vu Marguerite Duval de Marie-Claire qui veut me faire faire un papier sur les increvables Windsor. J’hésite. Elle aussi finalement.

18 février 1966

La voiture d’Armand vient me prendre et me conduire chez lui, 30, av. de Villiers. Parle avec lui et Trinchat. Pris les éléments de sa réponse.
A 18 h, au George V réception de Gaston qui marie sa 2e fille Fanchon au fils d’un notaire du Midi : J.C. Pagès. Gaston paraissait fort content.

21 février 1966

PM : Jean Witold est mort. Un ami de Croizard.

22 février 1966

Cdf de Sylvain : la Commission a rejeté « Clara » ; pas d’avances ! Sylvain et Dante reviennent de Prague : ça n’a pas non plus marché avec les Tchèques (Kadar et Cie) qui voulaient modifier le scénario, le « dékafkaïser ».

24 février 1966

Pris Le Bolzer et le Potier à 9 h. Lyon à 4 h 30. Dîner avec les deux et J.J. et Simone. Rencontre de Théo Frèches, ex poète lyonnais, devenu propriétaire de « L’Ami des jardins ». Réveillé à minuit par Paquin : « Vous nous passez quelque chose sur Duke Ellington ? »

25 février 1966

Château de Goutelas. Duke, en bleu et gabardine blanche, arrive à 9 h. auditorium rustique ! le piano Steinway sur l’estrade, Paul Boucher l’accueille ; Duke Répond, joue « New Time Coming » et les vieux airs. Etc., etc.

5 mars 1966

Le papier sur Duke ne passera pas. Croizard l’a comparé à un papier de Sabathier (ce qui m’a fait plaisir, au contraire).

9 mars 1966

Départ de Nice. Visite de Vaisons, la vieille ville retapée çà et là par des « Parisiens »

10 mars 1966

Passé par Grignan, les champs de lavande. Crest. Mairie. Vu M. Armorin qui nous invite à déjeuner au restaurant avec Mme A. À table, évoqué FJA, etc.

11 mars 1966

Paris à 2 h, après avoir déjeuné à Joigny.

12 mars 1966

Reçu du père Armorin le bouquin de FJA. Téléphoné à Rapinat, Danielle – Dante à Saint-Etienne peut-être.

14 mars 1966

Journal. Conférence : Menant furieux, son dernier papier sur le Ghana n’a pas passé. C’est le 4e. Reyer dans le même cas. Mais c’est de la vieille histoire déjà : tout va à vau-l’eau.

16 mars 1966

R.V. Frontenac avec R. de Saint Jean. Il a voulu me voir. Il est chez Grasset : et-ce que je suis libre par rapport au Seuil ? Puis-je faire un livre chez eux ? Je réponds non, pour le moment. Parlé de choses et d’autres : J.P., la succession, Gatti (est-ce que c’est quelque chose ou non ?), etc.

17 mars 1966

PM. Parlé avec Rapinat. Le malaise devient sensible à tous. Il semble qu’on attende tous la mort du journal. Vu Sire qui m’entretient de son grand projet « sur les traces d’Alexandre » qu’il veut faire avec Rover, l’Unesco, Malraux, etc. Paul Haedens, qui quitte PM (mal employé, il a obtenu des indemnités et va travailler dans son propre journal sportif, collaborer à une organisation immobilière à Chantilly), offre le « pot de l’amitié ». J’y apprends, en compagnie de Le Bolzer, que Thérond est fort malheureux : v. le kahit. Mais T. a demandé, dit-on, à Gaston de rédiger la notice de présentation d’un peintre qui est justement le partenaire… La vie parisienne. Revu le vieux et sympathique Bourgeat, à qui j’offre une prise et qui éternue, à sa grande surprise.

20 mars 1966

Cdf de Catherine Bailly (une amie boulezienne d’autrefois) qui me parle de Georges Fillioud journaliste à Europe 1, licencié pour avoir fait partie d’un comité J. Vilar (oppositionnel).

21 mars 1966

Ecrit à G. Fillioud. Cdf à Sylvain : Dante à St Etienne après avoir été voir sa mère (et Gasparini, le photographe). Première le 12 mai. « On a des tas de prises de parole à St Etienne. C’est formidable », dit Sylvain.

23 mars 1966

Grève d’électricité – épisodique. Domaine, le soir au théâtre de France. Vu Michaux au 4e rang, toujours rose et roux ; à part lui… Soirée plutôt molle. Dans notre loge, M. et Mme Verdurin (elle fermait les yeux pour se concentrer ; lui, courbait la tête jusqu’à cogner l’épaule de sa femme, restait là, songeur, une main serrant l’avant-bras de Mme V. dans les moments de musicalité intense. A la fin, il faisait si chaud qu’elle s’endormit pour de bon : son programme glisse de ses genoux, son ronflement de vient régulier, etc. Verklarte Nacht, livre pour quatuor (de Boulez), I et III, Suite lyrique de Berg .

27 mars 1966

La Route. Un vent à décorner les Thérond. Arrivée des Pottecher – qui sont en parfaite forme. Pottecher très content d’avoir donné une matinée sur la justice à la Comédie française.

28 mars 1966

Conférence : on était 15 ou 20. Propositions de Thérond de nous associer plus étroitement à la fabrication du vendredi. Accord général. J.F. Steiner, auteur de « Treblinka », va faire un reportage en Israël chez les survivants. Je présenterai le texte. À 6 h, vu Steiner au journal avec Litran, Croizard, Thérond, etc. Assez sympathique.

29 mars 1966

Fini Treblinka.

1er avril 1966

Vu Alain Prévost, déjà venu hier pour apporter les bonnes feuilles de son livre « Histoire d’un paysan français ». Croizard d’accord et Thérond aussi pour le prendre. A Marie-Claire, les révolutions se succèdent : Baleine passe à 7-Jours, Marquant, Duval largués (après trois mois d’essai). Triumvirat de rédacteurs en chef adjoints : Grobet, Rey et Danielle Lord, etc., etc.
Journal, le soir, bouclage de Treblinka avec Steiner et Litran, retour de Tel Aviv.

5 avril 1966

Cdf de J.J. : il est à Paris, en partance pour Dakar, festival des arts nègres.

6 avril 1966

Vu Gaston : confirme que l’agence est abandonnée (son idée) mais les éditions de J. Prouvost marchent. Me propose un « Louise Michel ». Il voudrait que l’affaire tienne debout avant la mort de J.P. pour continuer après.
Les Mathurins : le Grand cérémonial d’Arrabal. Drôle. Vu Negroni.

7 avril 1966

Déjeuné rue St-Georges avec Croizard, Steiner et Constantin Melnik – lequel se dit producteur littéraire et joue, semble-t-il le rôle d’un rédacteur en chef par rapport à une écurie d’auteurs qu’il lance sur des objectifs définis… Il voudrait d’ailleurs, parce que j’ai cité le sujet, que je refasse un « Gerstein » avec lui. Il se débrouillerait avec le Seuil. Parlé de Gatti pour un film Treblinka.
De là, au Seuil, vu Cayrol, qui sort d’une dépression nerveuse. Son livre « Midi Minuit » vient de paraître. Lui ai remis les nouvelles avec la tâche de les numéroter et de proposer un ordre.

8 avril 1966

Cdf à Chris. Il est dans le puits et refuse de me voir avant d’être sorti de « tout ça ». Cayrol m’avait dit hier qu’il était à bout, usant d’excitants, etc. L’histoire d’Hélène, je suppose…

15 avril 1966

Cdf de Cayrol : il y a des choses très, très belles… RV mardi : le « mais » y sera exprimé.

19 avril 1966

Vu Cayrol au Seuil. Trouve certaines nouvelles très bonnes (les Steppes, les Prétendants), mais d’autres moins bien venues et même incompréhensibles (la Dame).

20 avril 1966

Train pour Londres.

21 avril 1966

Promenade dans la ville. Croizard demande papier for to morrow.

22 avril 1966

Liverpool. En voiture à Chester par le tunnel de la Mersey. Smith conduit. Château de Chester. Le procès. Derrière les verres du box, le couple. Vu Coquet qui repart. Chacun entre à son tour avec l’unique carte de PM.

23 avril 1966

Quitté Liverpool. La lande de Sadollerworth, lugubre, humide, avec des moutons noirs, le ciel bas, le vent. Retour par la maison du crime à Hyde, le pub fréquenté par Brady.

24 avril 1966

Le Pays de Galles, très beau, très vert, très poétique.

25 avril 1966

Castle : le procès. Témoins policiers, etc. Aidé le policier à l’entrée à remettre en place sous l’escalier deux pièces à conviction : les matelas sur lesquels Brady a tué Evans. Rentré à Londres.

26 avril 1966

Retour Paris. La gare était pleine de flics « On attend le Grand Charles », dit le taxi.

27 avril 1966

PM. Vu Croizard, Le Bolzer, Rapinat, Prévost (qui me parle d’Alcatraz qu’il a aimé, comme beaucoup, dans les 60 premières pages). Procès Léger : papier pour demain soir.

29 avril 1966

PM. Dans les couloirs, St Jean : « Voilà l’homme qui fait rêver tous les éditeurs » (moi !!). Sanchez à la maison : revient de St Etienne où tout va bien (la pièce et Hélène). Le 13, la Commission se prononcera sur « le Temps des cerises » – que je révise. À 10 h rappelé le journal pour les chapeaux-légendes de Léger.

2 mai 1966

PM. Vu Gaston qui m’explique comment les « écrivains » de PM vont pouvoir rester au journal tout en écrivant des livres pour lui, et à quel taux… très difficile à saisir. Lui ai demandé un topo.

3 mai 1966

Lettre de Flamand : il a mis le bouquin en fabrication.
En voiture à Versailles. Déjeuner avec Pottecher, Montarron, Coquet… au bar du Palais. 1 h 30 au Palais. Le fou a le visage qu’il doit avoir. Il est habillé en complet très clair avec une pochette rouge. Il soutient qu’il n’a pas tiré : c’est un autre, un nommé Henri. Il s’y prend mal.

4 mai 1966

Premiers témoins : le père et la mère Léger (elle, grosse, sans dents, cahotant, maîtresse femme). A la reprise, audition de Taron père et mère. Incident avec Naud qui insiste sur les condamnations encourues par Taron (coups et blessures, photos porno, etc.). Les psychiatres, dont le Pr Heuyer qui fonce comme un procureur, hurle, règle un vieux compte avec Me Maurice Garçon, etc. Naud le raille.

5 mai 1966

13 h 30 audience. Vu une amie de FG, Catherine Allégret, fille de Simone Signoret.
Rentré 7 h. Pas de papier : pas de place – grève de l’imprimerie. Verdict samedi avec impossibilité de repiquer.

6 mai 1966

Témoignages toute la journée. Une femme s’évanouit dans le public, quelqu’un l’a agressée : nolens volens, on l’arrête. Plus tard, le président adjure Léger de parler. Me Naud se joint à lui. Emotion. Léger dit : C’est Taron qui sait. Un homme crie dans la salle : on l’expulse. Réfléchissez, dit le Président.

7 mai 1966

Chester : Bradey et Hindley, prison à vie.
13 h 30 réquisitoire : demande la mort sans la demander, ouvre la porte à Naud. Mais… Naud plaide une heure : ému au début, puis calme et froid, cite Heuyer pour terminer « Surtout pas la mort ». Délibéré de 17 h 40 à 19 h 45 . Réclusion à perpétuité : il déclare qu’on a commis une erreur judiciaire, demande un certain Molinaro, promet à Taron qu’il ira à la maison d’arrêt. Scènes indescriptibles, on l’applaudit quand il parle d’erreur judiciaire ; on hue dehors Taron, la police ; les journaux cherchent Molinaro. On arrête un Molinari, etc. Au bar du Palais, on rete jusqu’à 9 h 40.

9 mai 1966

Cdf à Danielle : Stéphane ira à St Etienne après les compos. Elle cherche du travail, fait des travaux de dactylo pour Alain Jouffroy ; Bernard ne peint presque plus depuis un an : dépression. La galerie ne va sûrement pas continuer à le payer. L’appartement est mis en vente par les Leiris. Je parle de Chris, lui aussi en plein tunnel : elle me parle d’Hélène. Autant elle était agressive avec Chris, autant elle est gentille, agréable avec tout le monde, dit Danielle, rapportant les observations de Stéphane. « Est-ce que D. l’aime ? » Je ne sais pas, dis-je. Est-ce qu’ils couchent ensemble ? Même réponse. Pourquoi me pose-t-elle ces questions ? Peut-être que je le sais. Annoncé le krach Caillaud.
Déjeuner avec Flamand aux 3 Canettes. Parlé de Chris, de Dante. Les Prétendants édité en septembre. Parlé aussi du procès Léger (sa femme, graphologue a examiné l’écriture de la femme de Léger).

10 mai 1966

Train pour Saint-Etienne. Cdf de Sylvain qui part demain. Pluie, grisaille, odeur de fumée, tristesse. Restaurant, où je trouve Dante attablé avec Charvein, sa femme, Gasparini le photographe et la sienne et Lancelot et Hélène. Répétition à 9 h. Il s’énerve à cause des éclairages, éclate, tempête, mais en sourdine. Décor très beau de Monloup. Hélène joue et chante aussi – avant d’être déplacée… Vu Monloup, Meyrand, Monod, Santini. Rentré. Cdf de Perrin, de la Tribune-Progrès que j’ai connu naguère (mais son visage ?). RV demain.

11 mai 1966

Avec Perrin, de la Tribune, à son journal. Déjeuner avec lui, JJ et Simone, puis au théâtre où l’on règle les éclairages, puis tandis que JJ voit le musée local, je vais dormir. La pièce. Salle comble. Beaucoup mieux qu’hier. Une longueur certaine dans la première partie (2 h). Applaudissements finaux assez mous. Un pot au foyer puis, à 2 h à la Tribune-Progrès offert par Perrin, avec Dante, Dasté, les comédiens. Fini à 3 h.

12 mai 1966

Dante vient me prendre à l’hôtel, avec Hélène pour déjeuner à la campagne. On y va dans la voiture d’Hélène. Après viennent Chaussat et une Allemande, et les Monod. Parlé et plaisanté, tous très détendus. Gare : arrivée de Godde.
Le soir, ciné : au théâtre même « Une femme dans la lune » de Fritz Lang. Après, au Marengo où viennent Santini, Sanchez – plus tard Perrin et ses amis, plus Jean Brémond, rentrés 4 h.

13 mai 1966

Vu Dante, venu me prendre, je lui dis que V.G. devait venir avec, il craint les complications parce qu’il y a encore, outre Hélène, Catherine Russell, et Minou qui s’est annoncée avec J.J. Finalement je reste et déjeune au Mont Pilat avec les J.J. et F. et Perrin. Retour de F. à Lyon avec eux pour aller voir des directeurs. Échec et retour. 8 h 30 au théâtre. Senti davantage la pièce, l’ai trouvée sans longueurs. Public de lycéens dissipés, murmures, réflexions. Dante catastrophé, la figure ravagée : un revolver n’est pas parti, un projecteur a claqué pendant la bataille. Après, au Marengo jusqu’à 2 h ; vu Dialto, Sanchez, Mac, Monloup, etc. Hélène grippée, absente. F. attendait quelque chose : D. lui accorda une minute d’amabilité, assortie d’une proposition ubuesque de passer 8 jours en Italie avec lui en juin (chez Gasparini).

14 mai 1966

Retour Paris.

17 mai 1966

Grève générale. Manif de la Bastille à la République : Lancelot y était avec Godde. J’ai regardé la TV pour les trouver.

18 mai 1966

Ciné : « La Guerre est finie » de Resnais (bon film, mais rien pour vous jeter hors du fauteuil). J.J. enthousiasmé par « La Passion du général Franco » : la plus belle pièce de Gatti, dit-il, lequel lui a répondu qu’il préparait l’Homme seul.

19 mai 1966

Vu Diwo. On lui a dit à Cannes (festival) que D. avait « fauché » la fille de Chris. Je croyais les choses moins connues. Saint-Denis, théâtre Gérard Philipe : « Hop là ! nous vivons » de Toller. Lancelot y joue un rôle. Après, avec lui, chez Tourmaine jusqu’à des heures… en écoutant des disques de goualeuses (Berthe Sylva, Damia…

20 mai 1966

7 h journal. Chapeau pour le « Grenadou » de Prévost. Cdf de Sanchez : Manouchian recevra 30 M d’avances. Cdf du journal, nombreux et tardifs. Grenadou passe finalement.

21 mai 1966

Téléphoné à Michaud. Lui ai appris la réussite de Manouchian. Il attend son propre sort sur « Les Choses » pour juin. RV lundi.

23 mai 1966

Vu Michaud – qui s’appellera désormais Jean Mailland : essaie de faire accepter son scénario des Choses – projette un autre film sur « Je ne suis pas Schiller » de Fritsch – déplore le fait qu’on ne peut plus voir D. seul…

24 mai 1966

Déjeuner avec Rapinat rue du Cherche-Midi chez « Joséphine » avec Hanoteau, près de chez lui rue Ferrandi. Anecdotes, souvenirs de P.M., jugements : il est friand de détails croustillants ». Il se penche en avant, son œil brille. Thérond et Chaland seraient zéro sur le plan sexuel…
Vu Cayrol au Seuil, remis de sa dépression, consécutive à ses ennuis avec « Le Coup de grâce ». Feuilleté et critiqué ensemble « Les Prétendants » (que je dois remettre vendredi définitivement).

25 mai 1966

Transat : demandé et obtenu par hasard des billets pour la Corse. Cdf de Lancelot. Dîner demain soir. Cdf à Chris : voix presque éteinte, ça ne va pas, ne peut pas infliger le spectacle à ses amis, etc. L’Homme seul : critiques favorables dans P.L., Combat.

26 mai 1966

Dîné le soir chez Lancelot avec sa femme, sa mère, sa fille (10 ans) et Godde. Ecouté disques et magnétophone : les airs de Cristobal, les chansons des paysans de Pianceretto, Alfred Deller.

27 mai 1966

Signé le pouvoir du « domaine musical ». Au journal : revu, coupé et collé trois papiers sur Bob Dylan.

31 mai 1966

Déjeuner chez Joséphine avec Hanoteau, Sapritch et Godde. Sapritch très bien, fait des ouvertures. À 4 h remis à Cayrol « Les Prétendants » (après qu’il ait lu « Clinique » et « Cora » qu’il a approuvés).

1er juin 1966

Mort de Kermaingant (88 ans), le fidèle de J.P., « loulou ». Croizard m’amène Champagne sorti de prison (drogue) et qui veut recommencer sa vie. Il vit avec une ethnomusicologue du musée de l’Homme, Mme Vivier – qui l’aide. Parlé d’un livre sur la drogue, sur son combat contre elle, pour le Seuil. Déjeuner au Vicomte, tous : Prévost, Grenadou, Flamant, J. Bardet, Montigny, Croizard, Litran et moi. Sire me mesure les pattes que je porte longues depuis quelques jours (15 ciceros à gauche, 14 ciceros à droite !) et m’admet dans le « club des pattes ».

3 juin 1966

Photos Litran, amenées quai de Béthune. Café du coin, Ricard. Parle de « Stieglitz » comme pièce possible. Lui demande d’y réfléchir. Entente. Promenade sur les quais du pont Marie au Châtelet. Parlé 1ère fois du projet Stieglitz. Dîné chez les Toussaint. Il y avait Max Galey du Figaro (déjà rencontré avec Le Bolzec) et sa femme, Sabine Delattre (éd. Stock), le fils Toussaint.

4 juin 1966

Cdf de Gatti, rentré : parle de l’accueil reçu à Florence où la pièce sera montée – du film (il me parle curieusement de J. Moulin, comme si, « fait marron », je n’étais pas dans le coup). RV mardi.

7 juin 1966

PM. Téléphoné à Cayrol : épreuves à la fin du mois. Cdf de F. – puis de Gatti : dit que le télégramme passé dans PM sur l’invitation à Florence de la pièce de St- Etienne a porté. Ca marche. Me rappelle le scénario (J. Moulin, à déposer le plus tôt). Vu Gaston qui m’encourage à écrire une pièce (lui ai conseillé en retour de poser des jalons pour l’Académie française).
Thérond pour article « néo-nazis », quai de Béthune, puis le Récamier. Dante y était (F. le savait), avec Monloup, les Michaud, Stéphane. Ballets Mme Lancelot. F. hors d’elle, entrant, sortant, parlant à tout le monde, malheureuse ; il y avait aussi Ed. Zeitlin. Café ensuite, avec tout le monde. Quitté froidement Béthune (mal dans ma peau).

8 juin 1966

PM puis le Flore à midi. Attendu Gatti. Il arrive du Seuil (Flamand lui édite l’Homme seul, Franco, et réédite le Poisson noir). Ensuite vient Monloup. Déjeuner chez Louisette, quai Saint-Michel. Monloup s’éclipse. Me parle d’Hélène : situation sans issue pour elle entre D. et Chris (son infirmité physique, son « chantage » au suicide). Vu à 7 h Lincoln, encore sous le coup d’hier. Lui ai donné bonnes nouvelles : jouera Manouchian. D. lui téléphonera pour mettre les choses au net. Elle part plus heureuse.

9 juin 1966

Ecrit à Laure Moulin (Hier, téléphoné à Jeff pour qu’il nous recommande au distributeur Hakim qui doit voir « L’Enclos » et soutenir Manouchian). Soir : papier néo-nazis.

10 juin 1966

Déjeuner au Petit Ermitage, rue des Acacias, avec Obo, F. Taxi Buttes-Chaumont.

11 juin 1966

Cdf de Godde pour photo Litran (remis à mardi). Cdf de Dante. Verra ce soir. Me dit d’être confiant. Cdf à Jeff : il a vu Hakim qui a vu L’Enclos et l’a trouvé « dur ». Gatti a rendez-vous avec lui lundi.
Le scénario des « Choses » (Michaud) refusé, me dit Annick au téléphone.

13 juin 1966

Réveillé Gatti. Il ouvre, nu comme un ver. S’habille. En ouvrant les volets, je casse les pieds d’une statuette de rois malgaches. Parlé. Il offre à Michaud d’être son premier assistant pour « Manouchian ». (Parlé de la nostalgie de F. qui voudrait un enfant.)

14 juin 1966

Séance photos Descamps. Déjeuner Cayrol, puis au Seuil. Cayrol demande des photos. Journal : échecs avec Le Bolzer. Dîner chez les Diwo : J. Martin Chauffier et les Rouanet. Parlé guerre, déportation, résistance. Roouanet a écrit un livre sur Mendès France qui a eu du succès. Jacqueline Diwo plus tard m’a parlé de Chris, jugeant très sévèrement Dante. C’est Terzieff qui lui a dit que Chris était au bord…

15 juin 1966

Cdf de Dante : il a vu Hakim qui a peur du film (deux échecs sur la Résistance : un Chabrol et un Astruc, ces jours-ci). La Columbia avait « acheté » J. Moulin chez Laure M. A 3 h, vu J. Michaud escorté de Lary : veulent tourner « Alcatraz ». Lary metteur en scène, Michaud scénariste. Oui, en principe. Publicis : courts métrages de Cayrol dans la petite salle, amené Le Bolzer, vu Catherine Varlin, Didier Decoin. « La pissotière de l’impératrice » montrée à Cayrol qui perd un pari.

16 juin 1966

Revu papier sur l’exécution de 4 ministres congolais (envoyé par un inconnu qui réclame un message dans les P.A. du Monde). Rencontré Hervé Mille au pied de l’ascenseur. Monté à pied. Dit que PM ne vaut que par son mécénat. Je lui dis que je fais 10 à 12 papiers par an, il admet que ce n’est plus du mécénat.

17 juin 1966

Déjeuner au Relais Plaza, av. Montaigne, avec R. de St J., Bernard Privat, directeur de Grasset et Françoise Verny. Me demandent ce que je fais, mes projets. Parlé des nouvelles, du roman en train. Ils sont navrés. Je dis que je ferais bien quelque chose pour eux s’ils me procurent le dossier (Gerstein déjà proposé à C. Melnick). Chapeau papier Congo.

20 juin 1966

Journal. Ensuite, bd de la Bastille chez Dante. Vu Edith Zetline qui s’en va, puis Sanchez. Déjeuner avec Dante dans un bistrot. Parlé de Lary (il veut faire Alcatraz, me déconseille de donner le sujet), de Gerstein (il me donne des noms), de F.G., je lui dis que l’on dit beaucoup de mal de lui à propos d’Hélène. Il le sait. Il y a eu des démarches de tas de gens, y compris Catherine Varlin auprès du mari pour qu’il intervienne… C’est du plus haut comique, dit-il, ce le serait si… Parlé de mon père, du sien, enterré à Monaco. (Mais, tu sais, dans Auguste G. l’éternité des pauvres dure cinq ans.) Reconduit en taxi à l’opéra où il devait voir P.L. Mignon. Raconté « Les Prétendants » qui l’intéresse beaucoup.

21 juin 1966

PM : table ronde sur les services secrets, à propos d’un livre de M. Kest  « SOE in France » : le colonel Passy, Thomas Cadett, Lengelloen, Le Tac, Rémy, une pléiade de rosettes et de Croix de la Libération (salle de conférence du 3e étage – magnétos – sténos – radio Luxembourg). Ensuite, chez Joseph, tous… Fraternisation générale. Labarthe, à une table voisine avec Bonheur. Il serre la pince avec effusion à Rémy – qui voulait le faire arrêter – Cadett avait empêché l’arrestation, etc.
Téléphoné à Lary pour lui ôter Alcatraz ; très déçu. Je lui offre de prendre un sujet dans les nouvelles. Reçu épreuves « Prétendants ».
Coup de fil de Thomas Harlan, de F. Verny : dossier retrouvé, il est à l’ONU ! (Poliakoff, interrogé par moi, disait qu’il avait disparu.) Envoyé Flamant texte Champagne.

22 juin 1966

Grand brouhaha en Allemagne après le reportage sur les néo-nazis. Photos montées ? Réunion au journal Tamsson et Teysseyre sur la sellette.
Déjeuner avec Croizard et Harlan chez Mercier. Parlé de Gerstein. H. s’occupe de faire éditer ses poèmes. (La femme du châtelain suisse s’est enfuie pour le rejoindre. Elle va avoir un enfant. Elle est retournée chez son mari, etc.)
Interpellation au Bundestag, dit-on. Intervention de von Hesse auprès de l’ambassade française.

23 juin 1966

J.P. a rédigé un communiqué sur les néo-nazis qui paraît dans le Figaro et dans Combat. Cartier s’est désolidarisé hier soir de la rédaction, disant que c’était une maladresse de m’avoir confié le papier « tout plein de talent que je fusse ». Il n’a pas approuvé le communiqué. Cdf de Thomas, qui a vu Gallimard (Prévert, Bertelé), pour l’édition de ses poèmes. Dîner « Table du Mandarin » avec Cayrol, F. – Bonne soirée. Cayrol parle de Vergne celui de des cocos) qui a ouvert un magasin d’antiquités mayas à St-Germain.

24 juin 1966

Le papier sur la table ronde, malgré le travail fait avec Sidney Smith, ne passe pas. Croizard le trouve ennuyeux. On ne parle toujours que des néo-nazis, du scandale, les journaux allemands se déchaînent, malgré le démenti de J.P. Lacaze, sous l’œil de Croizard, me dit qu’il regrette ce qui nous a opposés lors de l’élection des délégués. Maintenant, solidarité à 100 %. Cartier m’a attaqué, et Lacaze, Thérond sont menacés à leur tour. L’histoire franco-allemande est devenue une histoire intérieure : elle peut servir de prétexte à une révolution intérieure. On dit aussi que les éditions Springer qui s’étaient affrontées avec J.P. pour le contrôle de Luxembourg ont déclenché le scandale pour se venger. Elles ont dénoncé le contrat qui les liait à PM (100 millions). J.P. tente conférence sur conférence.

25 juin 1966

Correction des épreuves. Cdf à Hanoteau pour TV Fg. Je lui apprends où en est l’histoire néonazie. Collection Fg : une chance sur deux, selon Hanoteau, pour que ça marche. Les épreuves jusqu’à minuit.

27 juin 1966

Seuil : donné liste service de presse. Vu Durand, puis Flamand (enchanté, ou plutôt impressionné par le texte de Champagne : il l’éditera, donnera des mensualités). Ensuite, remis les épreuves à Melle Kaufmann rue de Seine. De là, à PM. Vu Lacaze, assiégé par les journaux allemands. Cartier et lui se sont heurtés, le soir du bouclage, Cartier veut la peau de T…, etc.
Dans F.S., article sur Nicolas qui veut qu’on tourne un film sur Vichy (projet soviétique, avec Marina Vlady). Cayrol a loué le studio Duranteau. R.V. chez Grasset : Verny et Privat me donnent les moyens de trouver le dossier Gerstein, me proposent le contrat (100 000 F d’avance). Lettre de Gerdil, toujours désabusé. Répondu. Écrit L. Négret.

28 juin 1966

L’affaire néonazie continue. Communiqués, articles Le Monde et Figaro. Vu Cayrol au Seuil. Il m’a montré la couverture des « Prétendants ».
Téléphoné à Dante, découragé et qui le dit et qui a des raisons de l’être : L’Homme seul n’ira pas à Florence (coupure) de Planchon. Tout cela compromet le « Chant public » que Strehler voulait monter à Milan. Me demande de lui envoyer deux Alcatraz pour donner à Hakim, le distributeur (en lui disant que ce sera son prochain film). Téléphoné à Danielle. Bernard toujours en dépression. Je dis à D que j’ai frôlé la dépression : « Oh non, pas vous, Joffroy ! »

Juillet 1966

Vacances en Corse.

7 juillet 1966

On me dit qu’Hanoteau voulait me voir. Essayé toute la soirée de le toucher à la campagne, puis chez lui (c’est le téléphone qui était déréglé).

8 juillet 1966

Téléphone Hanoteau qui me dit de prévenir F pour un film TV éventuel. Monté télégraphier. Ramené le courrier : le Stieglitz de Kelber. Un estivant me traduit le texte.

15 juillet 1966

Téléph. Caillaud : « Ca va très mal ». Son oncle a obtenu un non-lieu en le chargeant : Cl. va passer en cour d’assises pour complicité d’abus de confiance. Cherché quel avocat prendre : Isorni, Gallot ou Izard. Barcelonnette.

28 juillet 1966

Lettre de Melle Moulin : la parole donnée à un cinéaste lui interdit de faire le film.

4 août 1966

Meaux pour y voir le Cdt Robert des archives militaires : Kurt Gerstein, premières lueurs.

6 août 1966

Monloup à Toulouse, Dante en Grèce (avec Georges sans doute).

8 août 1966

Téléphoné Hanoteau. Un accident pendant le tournage d’un film de Ramuz à Rodez. Vu Chandet en larmes. Peur et angoisse : a-t-elle du talent ? Ne vont-ils pas la séparer de Hubert ? Elle s’est rajeunie de 6 ans sur son passeport, mais ne vont-ils pas la mettre à la retraite ? Solitude.

9 août 1966

Téléphone de Buis. Grands compliments sur Alcatraz – dont il s’étonne qu’on ait si peu parlé.
Cdf à Cayrol. Se remet de son choc anti ténia. F. tournera, encore qu’il faudra « faire attention au bas de son visage ».
Ferro : RV général Buis. Très amical, admirateur réel, dit-il, d’Alcatraz. Lui-même écrit (« la Grotte »). Il prépare un autre livre et m’aidera pour la suite des enquêtes Gerstein.

11 août 1966

Reçu « les Prétendants » par la poste.

17 août 1966

Cdf à Juliette Caputo pour un photographe chilien qu’elle me demande d’aider. Parlé de Chris. Toujours dans un coma moral. Parle de trahison : « on l’a fusillé dans le dos », dit-il. Se laisse aller, ne sort plus, ne fait rien. Répond encore au téléphone. Une dépression, dit J.C. qui arrive trop tard.

18 août 1966

Grasset : vu F. Verny et J.C. Fasquelle qui remplace Privat. Modification du contrat : 5 000 frais et 7 500 à valoir à la signature.
Déjeuner avec les Michaud. « Les Choses » au point mort. Ne sait quoi faire. Je lui propose de suivre l’enquête Gerstein pour un film.

19 août 1966

Téléphoné à Danielle pour l’inviter dimanche à La Route. Helman lui a dit qu’il avait dîné avec Godde, qui lui avait parlé de moi… Vu Castro, le photographe chilien de Caputo. Présenté à Lacaze et Litran.

21 août 1966

Cherché Danielle et Bernard au car à Villeneuve-St-Denis. Elle, en forme. Lui, très atone, apathique. A 5 h, parti pour visiter le château de Guermantes. Introuvable sous les trombes d’eau.

22 août 1966

Lettre à Chris pour un film Gerstein. Un Américain, Zepart, se recommandant de Robert Weil de Genève, me téléphone : voudrait parler (pour sa TV) de l’affaire des néonazis. RV en septembre lorsqu’il reviendra.
23 h 42 : train pour St-Gervais (reportage pour un drame de la montagne).

23 août 1966

9 h 30 Chamonix. Rencontré Géry, Le Tellier, Lagache, Exbrayat : tout était terminé. Hôtel de Paris. Vu G. Hemming discutant surtout de Match Life pour l’exclusivité. Revu Séveno après 15 ans. Déjeuner PM avec les Herzog (Maurice et Hubert compris). De là avec le gendarme Exbrayat ¾ d’h d’hélicoptère autour du Dru. Magnifique. Ensuite, entretien à l’hôtel, avec Gary Hemming qui fait songer à Calder. Puis hôpital pour voir G.H. avec les deux Allemands sauvés. Dîner à Argentières avec tout le monde. Hemming, Desmaisons dépité de voir la vedette lui échapper.

24 août 1966

Avec Hubert et Desmaisons, chez les Allemands à l’hôpital. L’un est déjà debout. Il écrivait leur récit pour nous. Desmaisons convoqué par PM à Paris. Dîner tous, journalistes, alpinistes à la table d’hôte de l’hôtel de Paris. À 11 h, mis G. Hemming au travail dans sa chambre.

25 août 1966

Avec Exbrayat, route de Genève. En vain. L’avion de 9 h 50 part sans nous. Avion 12 h 05. Caravelle – un petit événement pour moi. Taxi pour le journal. Desmaisons là, grattant sur les ordres de Sire.

26 août 1966

Cdf de Gatti retour de Grèce. Le film : échec avec les Allemands et les Polonais – Songé à faire une co-production avec un centre dramatique.
PM : toute la journée avec Desmaisons dans mon bureau. Il apprend qu’il est vidé de la compagnie des guides. Je le seconde dans ses protestations à la presse.
Cdf de Bourdin : Aragon veut me voir. RV mercredi.

27 août 1966

Téléphoné à Michaud – qui a, dit-il, aimé surtout « Dans les steppes » (comme Cayrol).

28 août 1966

8 h chez Gatti. Dîner chez le Chinois avec lui, Stéphane, les Michaud puis Sanchez. Son voyage en Grèce (mal de mer en bateau), la décision de tourner Manouchian avec les moyens du bord (« à la Lin Piao »). Parlé de montagne aussi, dont j’étais plein.

29 août 1966

RV Nouvel Observateur chez Sitbon, lequel me demande de faire des papiers politiques dans le Nouvel Adam. Non.

31 août 1966

A 11 h 30, Lettres françaises avec Bourdier, vu Aragon. Longue conversation – sinueuse et captivante. Un sorcier.

1er septembre 1966

Au Seuil, de 9 h à 11 h 30 : signature du livre (avec beaucoup de cartons « absent de Paris »). Rencontré Bastide, enthousiaste du livre que fait Champagne.
Cdf de José Ziwi qui revient de Chine. PM a demandé ses photos sur les « gardes rouges ». Conseils.
U Thant, secrétaire de l’ONU, refuse de solliciter un autre mandat. Inquiétant : c’est qu’il désespère de la paix.

5 septembre 1966

Cdf de Gary Hemming. RV. Arrive, tel qu’en lui-même, blue jeans, blouson, la main gauche bandée : une plaie du Dru infectée. On doit l’inciser demain. Donné mon livre. Après, au Lincoln : parlé de son livre, des éditeurs, de sa femme.

6 septembre 1966

Visite de Spielman, ami de J.J. qui cherche à s’installer à Paris.
Affaire Desmaisons : nouveau communiqué des Guides, nouvelle réponse de R.D. qui m’appelle de Chamonix et à qui, avec Herzog, nous fournissons des éléments de réponse. G. me confie une partie du manuscrit plus un essai sur l’escalade. RV demain avec Plomaret.

8 septembre 1966

Rencontré Labarthe à PM. Parlé. Mercredi Science et Vie va entrer dans le groupe – faire un livre pour Gaston, des articles pour PM, bien que l’envahissant Cartier y soit hostile. Cdf de Rognoni qui aime « les Prétendants » et veut le passer à des amis à lui à la radio.

9 septembre 1966

Rencontré Mme Hourtoulle : son beau-frère, Grandjean, grand personnage de la colonie française de Saigon, arrêté – en riposte au discours de Gaulle à Phnom penh.
Procès Ben Barka : Menant est absent encore. J’y vais par curiosité. Tous parlent : les policiers Souchon et Vitot, le flic marocain El Mali, l’indicateur toutes mains Lopez, la publiciste marron Bernier qui hurle et tempête, l’agent secret Leroy-Finville qui parle toujours pour ne rien dire. Chaleur étouffante. Personnages : le père Bruckberger, Maurice Clavel, Tixier qui a réussi à se faire appeler par Lopez. Vu Pottecher et les autres.

10 septembre 1966

Partis à 10 h pour la maison normande des Le Bolzer, dans le Perche.

11 septembre 1966

On me raconte que G.H. a voulu s’introduire chez une fille à Fontenay-aux-Roses : arrêté et inculpé ! A 7 h cdf de Gary, voix éteinte : « Tu as lu les journaux ? » En prison depuis vendredi. Il s’agit de sa femme. Je lui dis de téléphoner à Vic et propose d’intervenir auprès de sa femme (car il s’agit d’elle).

12 septembre 1966

PM. Croizard me propose un papier sur Gary – Desmaisons (après la gloire !) – photos dans F. Soir de G.H. menottes aux poings. Ensuite chez TSP – qui dit oui à tout. Elle prendra contact avec la femme de GH pour qu’elle fasse la traduction du roman.

13 septembre 1966

Grasset : vu F. Verny. Je demande un collaborateur payé 2 000 F par mois (Jean Michaud). Léger tiraillement. RV avec Privat vendredi. PM aprèms : GH a appelé ce matin. Cdf de Flamand : il a offert 3 millions à GH pour le livre d’escalade.

14 septembre 1966

Journal : cdf de Thomas Harlan qui vient à Paris dans 3 ou 4 semaines. Parlé de K.G. 11 h : Hemming. Il apporte le contrat Seuil (30 000 F d’avance de droits) ; on le corrige. Il verra ensuite la Cité, pas encore décidé. Parlé de sa « femme » (et du droit absolu d’avoir avec quiconque une communication quand on le désire. Compare sa situation vis-à-vis d’elle à la situation Chine – Amérique.)

15 septembre 1966

Papier sur Desmaisons et Hemming (l’un chassé de la Cie des guides, l’autre arrêté). Cdf d’H. Thérèse a touché sa « femme ». « Elle m’aime toujours et elle ne le sait pas. » Quelques cdf à Desmaisons à qui j’apprends qu’on en veut maintenant à son brevet.

16 septembre 1966

Cdf de Gary, heureux. Il a rencontré un ami américain collaborateur de son livre, qu’il cherchait en vain. Il opte pour le Seuil (les Presses, trop commercial, il s’est fâché chez eux hier). Me demande si j’irai voir sa femme, dans le cas où il y aurait des difficultés. Oui. Grasset. Vu Privat qui offre 150 000 F pendant 4 mois à J.M. (imputé par moitié sur Grasset et sur moi).

17 septembre 1966

J. Michaud rue Custine à 10 h. Réparti le travail. Lettres à écrire. Ambassade d’Israël.

20 septembre 1966

Tête d’Or – décevant. Visite de Mme Werner, envoyée par Jean Davidson. (Vietnam : projet d’amener des enfants blessés et malheureux en France à l’occasion du procès de la guerre, Vietnam par Lord Russel.) Cherche contacts avec le Nord Vietnam. Calder dans le coup. Téléphoné à Barrat et J. de Castro.
Téléphone de Silianoff : TVB du côté documentation à Munich.

21 septembre 1966

Cdf du général Buis : grands compliments sur « les Prétendants ». Part pour Trèves commander une division blindée. Sidney Smith m’offre un sujet de livre qu’il m’avait raconté au procès de « la lande maudite » et qu’il croit ne jamais pouvoir faire. Je refuse. Il insiste. Je lui dis d’attendre un an encore.
Centre de documentation rue Geoffroy Lannier, trouvé Michaud qui m’attendait. Documents importants sélectionnés. Ca avance.

22 septembre 1966

11 h avec Mme Werner, rue Campo Formio chez Van Chi, pour contact avec les Vietnamiens du Nord. Accueil très aimable. RV pris.

23 septembre 1966

Hemming au journal. Il sortait d’un « voyage » (LSD). Il a senti le peu qu’il était. Le mythe de la vie, de l’identité. Voulait faire rectifier par F.S. l’articulet sur lui et Marie-Claude. Ils n’ont rien passé. Renonce. Il a signé le contrat du Seuil. En poche, un chèque de 10 000 F. Il a parlé de F. Pense aussi qu’elle deviendra quelqu’un.

26 septembre 1966

Dans F.S. « Le roman d’amour des Hemming ». Trop, c’est trop. Cdf de Vialatte, emballé par « le couteau Opinel » l’opposition pourriture. Pureté des « Prétendants ». Lettre de Corvol – félicitations. Mein Kampf : un autodidacte sauvage.

27 septembre 1966

Colonel Leguette, rue St-Dominique. On progresse peu. Rencontré Gaston – enthousiaste des « Prétendants », et de mes rouflaquettes.
5 h rue d’Orsay chez Massigli, ancien ambassadeur à Londres. Il était en robe de chambre bordeaux assortie à la couleur des fauteuils de son salon – salon d’ailleurs d’une banalité très 7e arrondissement. Il ne sait rien de K.G. Il conseille d’écrire à l’ambassadeur d’aujourd’hui, de Courcel.

28 septembre 1966

Reçu chèque 7 000 de Grasset.
Mort d’André Breton. Aragon m’en avait parlé, il y a peu de jours. Croizard m’offre de faire le papier. Thérond préfère le champagne d’Hanoteau, ça m’arrange. Chez Calvet, déjeuner avec Françoise Verny et les Croizard. Parlé de K.G. et des résistances européennes (projet de livre de Croizard).

29 septembre 1966

L’huissier Roos, que je connaissais, abattu par un type qu’il voulait saisir. L’actrice Muriel Baptiste, nièce de Lavaud, tente de se suicider.

30 septembre 1966

Michaud rue Custine. Fiches, mise au point. Parlé théâtre.
20 h théâtre de France « les Paravents » de Genêt. Au bout d’1/2 heure, pluie de pétards, de boules puantes, de farine. Rideau de fer baissé. Une fumée épaisse, cris « Fascistes … le fascisme ne passera pas »… J.-L. Barrault vient faire une annonce contre cet attentat à la liberté. On reprend. Dernier incident : une réflexion à l’adresse de Casarès en train de se livrer à des imprécations : « Ferme donc ta gueule eh, vieille peau ! ». C’est tout. A l’entracte, portes closes. Rencontré Gicquel, Monloup, retour de Toulouse où il retourne demain. Je me suis diverti à la pièce qui est, par endroits, remarquable.

3 octobre 1966

L’après-midi, vu Dubois pour K.G. Me parle de Boulez, qui a été malade il y a quelque temps, juste avant son triomphe à Bayreuth (zona). « Connaissez-vous un ami de Pierre ? » « Non » ai-je répondu. « Une liaison ? » « Non ». Le mystère Boulez… Me dit qu’il exagère, voulait se faire naturaliser Suisse, a quitté le Sacem pour s’inscrire à la Sté allemande, très violent contre Malraux, etc.
Cdf de Rognoni qui essaie de faire adapter « les Prétendants » pour la radio. Visite de François Blanc de Paris-Presse qui veut entrer à PM. Lui expose les faits, ce qui le déconcerte passablement. « C’est triste ».

4 octobre 1966

Terminé « Mein Kampf ». Ouf !

6 octobre 1966

Cdf de Toussaint : Steiner ne veut pas faire le texte sur Dreyfus dans les œuvres de Rops (ce que j’avais déjà éludé). Lui recommande Poliakoff.

8 octobre 1966

Mis en ordre les dossiers K.G. avec Michaud.

9 octobre 1966

Cdf de Vialatte pour me parler des « Prétendants » (« Quelle variété ! Mais vous avez lu la « Muraille de Chine » avant d’écrire, « Les Steppes de l’Asie centrale » ?) et pour me dire qu’il est vidé de Marie-Claire. Me demande conseil : lui dit de consulter les délégués pour ses droits et Gaston Bonheur pour ses chances.

11 octobre 1966

Le Seuil. De là, au restaurant avec Gary H., Cl. Durand et Flamand qui nous révèle qu’il a été boxeur. Lui ai parlé du livre de Le Bolzer-Creiser sur la publicité. D’accord pour le voir.

12 octobre 1966

Michaud et Hildebrandt : lecture, traduction du livre de Franz sur K.G. H. l’emporte pour y travailler. Michaud dit que Gatti rentre demain de Toulouse.

13 octobre 1966

Train pour Bourges. Faits-divers. Paris 9 h 30. Pris Trousson et Géry à l’hôtel.
Tout le journal en ébullition : pour tromperie sur les notes de frais, quatre reporters et photographes sont mis en congé pour un mois : Azaria, Vals, Hertzog et Tammen, qui débarque pour entendre ça. Papier dans la nuit.

14 octobre 1966

Lettre de Mme Gerstein : navrée, un livre sur K.G. se fait à Paris, écrit-elle. Horoscope de F.S. : bonnes nouvelles de l’étranger !
Grand remue-ménage à PM. Vu Menant qui m’explique les dessous de l’histoire. Vu Mme Case au journal, lui ai montré le papier. Elle est plus calme. « Je n’aime pas qu’on me prenne pour une idiote ». C’est toute l’histoire.

15 octobre 1966

Lu dans la Pensée l’article de Benot sur Dante.

18 octobre 1966

« Marat Sade » au Sarah Bernhardt (J. Tasso). Passionnant. Michel Vitold excellent.

19 octobre 1966

Maison de la Radio. Déjeuner avec Rognoni et le chef des émissions théâtre – radio, Bernard Grenier pour « les Prétendants ». Rognoni le fera. Vu Négroni et sa femme. A 4 h radio Luxembourg, rue Bayard : Farran m’avait convoqué, me propose une émission le vendredi soir à l’adresse des âmes tendres. Forte envie de refuser. Réponse demain. Impossible de toucher Mme Gerstein au téléphone.

20 octobre 1966

Ecouté à Luxembourg une « heure Céline ». À vomir. Téléphoné à Farran : décliné l’offre. Recommandé Rognoni (qui a besoin d’argent et l’a déjà fait à Europe n° 1).

22 octobre 1966

Cdf de Croizard : veut m’envoyer au Pays de Galles. Catastrophe du terril : 200 enfants tués. Impossible d’y aller, dis-je. Mécontent et gros de sous-entendus.

24 octobre 1966

Visite de Michaud. Mise au point. Décidé de téléphoner à Poliakoff – après accord de Verny. Cdf de Paule Thévenin : voudrait une photo de Breton parue dans PM, à l’intention de Mme Breton. Mais il ne faut pas qu’elle le sache, etc. Salade bien théveninienne.

25 octobre 1966

Grande scène navrée de Croizard : n’a pas digéré mon refus d’aller à Cardiff. Dit que PM finira par couler, qu’il faut sauver les meubles…

26 octobre 1966

Domaine musical au théâtre de France. Stockhausen et Vogel. Après, chez Georges où se trouvaient Diatto et sa femme. Vers minuit, partis chez une amie de Georges, Gilda, ancienne de la Méthode, qui a acheté un café rue d’Arsonval. Pris un verre.

27 octobre 1966

Au Weber, rue Royale avec Poliakoff. Le café n’existe plus, remplacé par la Lufthansa. Grâce à PM, on se retrouve. Il est charmant. Il a signé avec Casterman mais est prêt à s’effacer, si son éditeur y consent. (Préface de lui ? Entente et coopération des éditeurs ?)
Dans le Figaro littéraire, article très élogieux de M. Chapelain sur les Prétendants.

28 octobre 1966

Grève de métro. Journaux, radio : il n’est bruit que de la fusée nucléaire chinoise lancée hier. Je trouve cette fusée poétique.

3 novembre 1966

Croizard me demande de faire un papier sur Picasso. Impossible de le voir, dit-on. Me recommande de prendre contact avec Brassaï. RV demain soir. Puis, Brassaï décommande : m’explique qu’il ne veut pas se brouiller avec Picasso (lequel ne veut pas avoir affaire à PM qui a publié les mémoires de sa femme). Même histoire que pour O. Welles lorsque je voulus le voir.

4 novembre 1966

Cdf à 7 h de Gatti, retour d’Italie. Il a donné à Turin une lecture de Franco. Me parle des Prétendants – pour lesquels il me remercie non de la dédicace mais d’autre chose que je dois comprendre… Va faire le film. Me propose de faire les dialogues dès qu’il aura établi un nouveau découpage. Au journal le soir, pour un papier et chapeaux sur Koestler, Prix Nobel de physique.

7 novembre 1966

Cdf de Gatti : le producteur Laprand renonce (pris à la gorge par le Centre à qui il doit du fric). Retard. Conclusion : « C’est très bien. Nous sommes obligés de produire le film nous-mêmes ».

8 novembre 1966

Lettre de Souvt., en remerciement du bouquin qui « l’a étonné et ravi ». Rognoni me remet son adaptation des Prétendants. Déjeuner au Petit Pavé avec Poliakoff et Wintzen (Casterman). Confrontation des « cartes » de chacun. Personne ne veut renoncer. J’avertirai F. Verny puis Wintzen discutera avec elle.
A 4 h, vu Verdet. Accepte de faire un article sur Picasso, « si je le surveille, si j’évite qu’il y ait des méchancetés ». De là, chez F. Verny, qui ne veut pas voir Wintzen avant d’avoir vu Poliakoff, Fasquelle. Une idée de solution. Soir : téléph. Verdet, Poliakov, Verny.

9 octobre 1966

Appris hier que le fils de Flamand (25 ans) vient de mourir au Sénégal où il servait dans la coopération (occlusion intestinale).

10 novembre 1966

Chez Grasset avec Poliakoff. Discussion avec F. Verny. Nécessité de voir Wintzen pour régler l’affaire.

12 novembre 1966

La Route. Début de matinée comme un rêve d’enfance : le gros soleil rouge au- dessus des maïs, la brume sur les arbres, le givre suspendu aux petits sapins et sur l’herbe, encore verte – des oiseaux, un moteur dans les lointains. Les Le Bolzer à déjeuner. Il dit, à propos des histoires récentes (notes de frais) au journal : Thérond ne mesure même pas sa victoire, l’étendue de sa victoire. Ils ont peur maintenant… ».

14 novembre 1966

Cdf de Verny : accord presque conclu avec Tintin sur K.G. Cdf de Verdet pour son papier Picasso. Le rassure.

15 novembre 1966

Carte de Kateb – Venait de Moscou : « à un de ces jours ».

16 novembre 1966

Concert Domaines : exceptionnel (pour compenser la subvention refusée par Boulez désormais). Stockhausen, Webern, « Eclat » de Boulez – une partition merveilleuse. Vu de loin Saby, Danielle, £Dubois.

17 novembre 1966

Journal : Picasso. Réunion des textes et des photos. A 3 h Hélène Parmelin pour fournir éléments légendes. A 5 h Verdet et sa femme pour la même chose.
A 8 h au TNP pour la 1ère de « Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny », l’opéra de Brecht et Weil, avec Pia Colombo. Succès pour Pia. Pas vu Dante.

18 novembre 1966

On a offert la direction de Marie-Claire (un nouveau Marie-Claire) à Reyer, Maquet, H. Chandet, Lamier : tout le monde se défile.

20 novembre 1966

A la maison, Gatti et Stéphane jusqu’à 5 h. Il organise les « 6 heures du Vietnam », le 28 à la Mutualité. Grands projets : trilogies, pièces sur des grands sujets actuels, l’actualité quotidienne. Il veut un théâtre nouveau. Le théâtre populaire se borne finalement à subventionner les classes moyennes (avocats, médecins, etc.). Il est convoqué au CC du P.C. pour en parler. Ne croit pas à un résultat.

21 novembre 1966

Picasso : la corrida avec Croizard, malade, et qui ne fume plus. Cdf de Gary, déprimé. Son livre sur l’alpinisme prolifère, ses amis d’Amérique ne font rien pour l’aider, il va y aller en décembre. À 7 h, quitté le journal avec Sire qui me déconseille d’espérer changer quoi que ce soit à PM (ce que n’espère pas d’ailleurs !). Vision apocalyptique de la destruction de PM (par la fuite de la publicité causée par un sabotage intérieur, une conspiration du laissez aller). Aux Champs-Élysées, il me quitte en m’embrassant « Je t’aime bien », me laissant très perplexe, très, très perplexe.

22 novembre 1966

Cdf de F. Verny. Ca ne va pas non plus avec Winzen. Cdf à Poliakoff. Winzen lui donne une aide pour accélérer la publication du livre. Michaud rue Custine.

23 novembre 1966

Grasset : vu F. Verny, Fasquelle et Yves Berger. D’accord pour repousser le livre – jusqu’après la parution du Poliakoff – mais sans le dire. Vu au journal Th. Harlan (qui loge chez Croizard). Il reste ici jusqu’à Noël. Etrange réflexion sur Poliakoff dont je lui parlais à propos de K.G. : « C’est un juif du ghetto… un chrétien », avec du mépris dans la voix, m’a-t-il semblé.

28 novembre 1966

Dans le vent, le froid. Une heure d’attente pour voir la douzaine de Vermeer et les autres qui font triste mine auprès de lui.
Cdf de Poliakoff : il pense que ça s’arrangera. J’aurai le feu rouge dès qu’il aura vu Winzen. 6 heures du Vietnam à la Mutualité. Trop fatigué pour y aller.

30 novembre 1966

Cdf de Poliakoff : dès le contrat signé avec son collaborateur, j’aurai la liberté de travailler.

1er décembre 1966

Kossyguine à Paris : drapeaux rouges sur les Champs-Elysées.
Décision de nouveau confirmée de ne plus lire autre chose que des livres de sciences, de philosophie, plus le temps pour le reste.

6 décembre 1966

Lettre très gentille de Pays (J.L.) sur Alcatraz.

7 décembre 1966

Cdf de R. de St Jean : me tâte sur K.G. Lui explique. Me dit que Croizard ne fera sûrement pas son livre sur les Résistants – et que je pourrais le reprendre, moi, pendant le temps où mon G. sera en panne. Non. Je suggère Chateauneu.
14 h à la radio. Lecture des « Prétendants » par les acteurs au Studio 113. Consternant. Jean Tissier, désigné pour Smets, est à moitié aveugle ! Inouï, le texte qui en est sorti. Parti en vitesse.
Vu Tony Saulnier : me parle d’Evelyne Rey, qui s’est suicidée il y a quelques jours. Me dit qu’elle était détraquée. S’était ratée déjà 4 ou 5 fois. Sartre l’avait, entre autres, démolie : un sadique, paraît-il. Reçu de New York autobiographie de Calder (par Davidson).

8 décembre 1966

Druon à l’Académie. Cdf de Croizard et Mille pour le papier. Réflexion sur la réussite et crise intestinale consécutive.

9 décembre 1966

RDV à 10 h chez Druon, 86 rue de Grenelle. D’abord photographe et Duranteau rédaction. Puis 1 heure seul avec lui. Charmant, affable – tout à fait poli. Ressemble par la voix et le geste de plus en plus à Sacha Guitry. Incroyable appartement « vieille France des rois » – rien de moderne, excepté un portrait de D. par le Buffet. Plus encore que Jeff (qui lui a des inquiétudes), ce personnage s’accepte totalement. Est toujours en train d’envoyer 2 douzaines de roses quelque part.

12 décembre 1966

Maison de la Radio : écouté « les Prétendants ». Tissier moins mauvais que Gélin. Avec Rognoni et G. un verre ensuite en face.
Cdf de Jean Bouise : J. Rosner a disparu hier de Lyon, abandonnant la mise en scène qu’il était en train de faire. Me demande de voir ce que je peux faire côté recherches.

13 décembre 1966

Téléphoné à F. Verny pour lui dire de publier le petit livre rouge de Mao. Elle tombe des nues – puis se reprend et trouve l’idée intéressante.

14 décembre 1966

Journal. Croizard veut se présenter comme candidat au C.E., sur la suggestion de Thérond, Lacaze, etc. (soucieux, pense-t-on, de prendre des avantages en vue de la future société des rédacteurs). Cette candidature ne rencontre aucun enthousiasme.

15 décembre 1966

Rédigé le texte d’annonce du Gerstein que me réclame F. Verny.

16 décembre 1966

Mort de Walt Disney, de la même façon que le Vater. Décidé de partir pour Londres (enquête sur le crime avec S. Smith). Pris RV difficilement avec le baron von Otter (Gerstein).

19 décembre 1966

Londres. Chauffeur à la gare avec PM à la main. Me conduit à la prison d’East Church, dans le Kent (prison ouverte, Dr Griffiths). Sidney Smith arrive ensuite. Visite. De là, à la prison de Maidstone (prison fermée, classique), vieille de 150 ans. Directeur, ou plutôt gouverneur, Major Watson, d’abord froid, plus tard aimable, charmant (le tout finissant au pub en face des murs déments de la prison). Visite des cellules, cuisine, réfectoire, ateliers.

20 décembre 1966

Petit-déjeuner avec Sidney Smith, puis débats. Bureau de PM où je vois Lemoine, le fils de SS et le neveu de Singer – lequel Singer est en voyage d’inspection justement au bureau. Déjeuner au club de la RAF avec SS, à Piccadilly. Le club à vieilles gloires tristes – à moustaches rubicondes sommeillant dans les fauteuils, et le portrait de la reine et des différents maréchaux de l’air, et les blasons des escadrons. Autour d’une bouteille de claret (Mouton Cadet de 3 £), SS et moi recevons un journaliste anglais à demi soul, spécialiste des faits divers, qui a RV avec un évadé de Dartmoor, Mitchell.

21 décembre 1966

Bureau PM avec Lemoine. Consulat de Suède, vu le baron Von Otter, aimable, doux, un peu angoissé. Resté 1 h ½. Tout ce que je voulais. Déjeuner au Waldorf.

22 décembre 1966

PM. Lettre de Druon, très gentille. Liste des prisonniers SS avec K.G. (envoyée par le ministère). Vu Thomas Harlan. Parlé avec lui, au Lincoln : de son film, de sa pièce sur le ghetto, de son livre de poèmes.

23 décembre 1966

Cdf de F.G. (Françoise Giroud) qui veut des photos d’elle parues dans Télé 7 jours. À 6 h 30, réception annuelle de PM au rez-de-chaussée. Discours de J.P. à l’éloge surtout de 7 Jours et Diwo. Vu Pedro, Antonelli, bu pas mal avec Baleine et C. de Portefaix au court nez. Rentré quelque peu titubant.

24 décembre 1966

A 6 h 30, cdf de Dante. Parlé du film : il est accablé encore de toutes les démarches qu’il a faites auprès des producteurs plus ou moins bidons, des associations juives et américaines rétives, etc. Espère pourtant arriver à monter l’affaire la semaine prochaine. Il écrit, quand il peut, sa pièce sur le Vietnam commandée par l’ambassade.

31 décembre 1966

11 h chez Danielle. Amené un sac pour les filles. Stéphane là. Bernard à l’atelier.