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1971

Pierre Joffroy était son nom de plume. Maurice Weil celui de l’etat civil.
Né en 1922 À Hayange en Moselle, il monte à Paris en 1945 après être passé par Lyon où il s’était réfugié en 1941, rejoint plus tard par son frère Gilbert .
Entré au Parisien Libéré dès son arrivée dans la capitale il réalise un de ses premiers reportages en s’embarquant sur un « rafiot » chargé de juifs européens  rescapés des massacres nazis.

Ici commence l’histoire des carnets dont certains disparaissent à l’occasion de ce voyage en terre de Palestine en 1947.
Il s’agit d’un petit agenda (un par trimestre) sur lequel il note rendez-vous, rencontres, conversations téléphoniques, lectures, sorties, projets et ceux de ses amis.
Le format n’autorise pas le développement comme encore moins les épanchements (même si on trouve quelques cris du cœur).
Ces carnets pourraient être (sont) comme une gigantesque table des matières d’un livre à venir, un vaste index qui renvoie à autant de pages qui ne sont pas encore écrites.
Au commencement était le verbe. Reste à trouver la suite.
À vous de lire ce projet de « livre total ».
À vous de nous donner des informations complémentaires que la lecture de ces 20 premières années (1947-1968) vous inspire.
La suite, 1968-1980, puis 1980-2000, paraîtra dans le courant de l’année 2021.
Les carnets n’avaient jamais été lus, ni déchiffrés avant 2008. Ils ont été photocopiés puis déposés à l’IM.C.(Institut Mémoires de l’ Edition Contemporaine) avec les archives de Pierre Joffroy où ils peuvent être consultés.

Choisissez une année 

1er janvier 1971

Hier grâce des deux condamnés juifs de Leningrad.

2 janvier 1971

Fini de lire le « Gatti » de Gozlan et Pays. Très bon.

3 janvier 1971

Travaillé « Mayday ». refait le début. 6 h chez Dante avec une galette. Arrivée de J.-L. Pays, retour de Lyon qui me parle de 3,14… Ça tourne mal… Café au coin du bd de la Bastille et de la place, puis dîner rue Custine. Parlé d’Otero, du livre de Pays, etc.

4 janvier 1971

RV au journal avec Dante. Croizard content de le voir. De là, au Madrigal, y rencontrer la possible commanditaire ou productrice Mme Dubou, qui amène Le Bolzer. Dante, grippé, la crève, assez brillant néanmoins : explique à la dame le projet Manouchian . Elle accroche dès qu’il y a du concret. Elle ira à Stuttgart voir un film de Dante, lira le livre de J.-L. Pays. Emmenés dîner chez lui par Le Bolzer. Improvisation réussie.

7 janvier 1971

Téléphoné à J. Bouise à Lyon pour le tenir au courant des offensives anti-3,14. Il va s’en occuper. Vu à PM Penent qui me reproche (à tort) d’avoir fait de la démagogie dans un papier sur Albertine Sarazin et son mari, un repris de justice. Ramené les choses à leur vérité. Parlé longuement avec Diwo (de PM qui n’en est plus qu’à 950 000 de tirage, soit 800 maximum de ventes).

8 janvier 1971

Cdf de Bouise. A vu Lucien Marest. RV avec lui à fixer pour discuter de 3,14.

9 janvier 1971

A 3 h théâtre des Ambassadeurs, « espace Cardin » pour y voir le théâtre de l’Aquarium jouer « Les Evasions de M. Voisin ». Thierry Bosc acteur. Sceptique sur les chances de monter 3,14 chez Maréchal.

11 janvier 1971

Mort de Chanel.
Grasset. L’Eichmann sorti. Rencontré en sortant Monique, le sosie de Sagan, qui me présente un écrivain à la mode, dame Mallet-Joris.
Dîner : Buis et sa femme, les Hourtoulle, Jacqueline, Gatti, Patrick – plus J.-L. Pays isolé en haut s’alliant. Discussion sévère sur la Chine, la France, la Résistance entre H. et Gatti (H. soutenant qu’il y avait très peu de résistance, bien qu’il en ait été)…

13 janvier 1971

À dîner Obo, Gatti et J.-L. Pays, Karine, les Croizard. Ensuite, rédigé 3 projets de tract pour St-Etienne que J.P.enverra à Luce Mélite.

14 janvier 1971

Lettre de Françoise Godde de St-Etienne : ne veut plus faire de théâtre définitivement. A entendu que j’avais fait une pièce – et me traite « d’homme intégré ».

15 janvier 1971

Cherché tableau Saby (petit) chez l’encadreur. Donné à A.
Cdf de Pays : Dante part le 23 pour Berlin. Revient début février pour la lecture. Me dit qu’il a un ulcère à l’estomac. Le rassure avec des exemples proches. A lu la postface d’Eichmann : « Impossible de m’arrêter. Victime de l’enchanteur Joffroy… ». N’a reconnu d’anciens papiers qu’à quelques formules (l’homme dans le temps, l’homme dans l’espace).

18 janvier 1971

Vu Arnold dans son bureau (pour Patrick). Revenait de son château où avait eu lieu la veille une course cyclo-cross avec Merckx et gagné par lui. Très content. Whisky.

19 janvier 1971

Confié à Sabine Delattre 3 cahiers de G.H. pour une sélection à envoyer aux Américains.

20 janvier 1971

Reçu le papier bleu des filles de Sabiani ( ?) m’accusant de diffamer leur père (me demandent 50 000 chacune).

21 janvier 1971

2 h TNP. J.J. avec une nouvelle tête : longs cheveux blancs à partir d’un rond central (façon barde breton – de Basse-Bretagne) et petite casquette genre écossais à carreaux à ramages roses. Vu la pièce « Tom Paine » de P. Foster, mais en réalité pas vu : il n’y a pas de pièce, une chronique style revue, plate et sans consistance. Travail magnifique et inutile de Rosner. Acteurs, danseurs, chanteurs. Les critiques font tous la gueule ; un chahut derrière. « Cabale », disent les amis. De droite ou de gauche. Après, dîner avec J.J. au Balzar (après avoir tenté de trouver Dante bd de la Bastille), puis au café place St-André-des-Arts jusqu’à 3 h du matin avec Maréchal qui m’explique qu’on parlera de 3,14 après « Roméo ».

22 janvier 1971

Midi : chez D. Gatti qui finit un texte pour l’équipe de la G.P. (cinéma) prête à travailler pour le film si elle est convaincue. Stéphane veut casser le groupe : il y a toujours récupération. Il faut s’implanter dans les usines (parce que l’ouvrier n’a pas confiance, il croit toujours qu’on veut l’utiliser, le manipuler), arriver à supprimer les dichotomies… (intellectuel, manuel). La pièce « La cigogne », prise par le théâtre de Nanterre (celui qui m’a refusé 3,14), sera jouée en avril. Toujours sceptique sur Maréchal. « Si pas jouée, dit-il, je la monterai. C’est moi qui l’aime le mieux, donc je suis tout qualifié pour la monter… ». Part demain pour Berlin, revient début février. Déjeuner chez Georges avec Sophie ? , puis arrivée de Meyrand, puis Charvein, venu chercher le texte gattien. Projet d’aller à Tachkent, en chameau au Sin Kiang…

26 janvier 1971

Vu Castans : dit qu’il a pris la décision, pour faire des économies, de me transférer à l »’échelon du « groupe », moi et quelques autres (Chateauneu, O. Merlin). Pas réellement une décision, dit-il. Il me conseille…
Vu J.P. 5 ou 6 minutes : de quoi lui demander s’il est mécontent de moi (non ! au contraire, je voudrais lire plus de Joffroy) et de lui expliquer que je n’entre pas dans le « système Castans », une seule raison de ma rareté, que j’en suis exclu. « Je vais m’en occuper pas plus tard que demain ».

27 janvier 1971

A 5 h 30, en partant, rencontré J.P. sortant de sa voiture, en pleine forme : « On va vous faire travailler, dit-il malicieux, et encore plus que vous ne voudrez… Je ne permettrai pas qu’on vous cherche des noises. »

28 janvier 1971

Allé voir vers 9 h avec Penent un grand feu à l’angle des Champs-Elysées (le 63 : un drugstore).

29 janvier 1971

A 14 h, maison de l’ORTF, émission Eichmann à destination de et par la radio israélienne (Victor Malko), avec Karine.
A 8 h au Balzar, vu Penent puis Luce Mélite et L. Marest. Grande discussion sur 3,14. Contents les uns des autres. A l’Odéon pour la répétition de « Roméo » avec Maréchal.

31 janvier 1971

T.V. : lancement de l’Apollo XIV (couleurs). Insignifiant.

1er février 1971

Théo : il y a 27 ans… !
Michel Smith me signale un papier sur la traduction anglaise de Gerstein dans le Sunday Times ! Ils ne m’avaient même pas informé de cette parution. Chez Grasset j’apprends que l’édition américaine est sortie elle aussi.

5 février 1971

Au théâtre de France : Roméo et Juliette (Maréchal). Ennuyeux malgré les efforts fournis et les idées envoyées. Pas d’unité, pas de parti pris (hélas !).

8 février 1971

Lettre d’un Allemand qui s’intéresse à la catastrophe de Courrières 1906.
Cdf de Paule Thévenin qui me demande mon adresse pour m’envoyer le « tome 8 » (d’Artaud, je pense) en souvenir des choses que je lui ai racontées naguère sur le Mexique. « Vous voyez qu’on n’oublie pas ». Et encore : « J’ai vu Dante dans la maison. Il est trop gros… ».

9 février 1971

Vu J.P. dans le couloir, tout souriant, amical : « Il faut que les grands travaillent dans cette mauvaise passe… Qu’est-ce que vous nous préparez ? »

11 février 1971

10 h chez Attoun rue de Rennes. Remis « Les Prétendants ». Vu ensuite P. Vial (St-Etienne) qui envisage de reprendre 3,13 si Maréchal ne marche pas. Parlé aussi de Von Braun qui l’intéresse, ainsi que Victor Haïm, auteur venu là aussi (terrain de rencontre ?). Projet d’Attoun : monter des pièces à Avignon (« lectures » plutôt) et il prendrait 3,14 dans le cas où… Pour l’édition, d’accord de toutes façons.
A déjeuner au Ramuntcho avec B., Karine et Hocquard (ces deux derniers pour qu’ils dépannent ensemble un écrivain roumain, Marie Koldès qui veut venir en France). Hocquard : les Allemands de l’Est ont interdit Franco et Rosa Luxembourg, m’a dit Gatti au téléphone.
Le soir, chez Pays à Aubervilliers. Gatti, Sanchez, le peintre Bozzolini et son fils, Bozzo communiste italien, juif, me dit-il, se rit des gauchistes mais est lui-même plutôt anarchiste. Avec Dante fait un livre : poèmes et dessins. Dante raconte ses mésaventures en Allemagne de l’Est. Accepte l’offre d’Attoun.

12 février 1971

Commandé à Gallimard les bonnes feuilles de « Soledad Brother » (pour Dante qui finit Rosa et en a besoin). 12 h 30 retrouvé Maréchal, déjeuner dans un pub. Il me dit : D’accord pour la pièce. Je lui demande une lettre. Me la fera.
Expo Calder. Vu Sandy, Louisa, Jean et son fils Shawn. Présenté Maréchal arrivé sur ces entrefaites : Maréchal propose à Calder de faire le décor. Accepté. Je file chez Dante : s’y trouve Sanchez pour organiser la réunion de demain soir consacrée au film à faire (mais déjà, on attaque Gatti chez les anciens du « groupe Manouchian » ; il se servirait du film pour attaquer les ). Je lui raconte Maréchal. D’accord. « Il faut fêter ça ! » Départ chez Georges. Dîner avec lui, plus tard, les Charvein. Rentré à 11 h.

13 février 1971

Téléphoné à Attoun pour lui dire ce qu’il en était de Maréchal. Il se dit content mais est visiblement déçu (3,14 aurait été pas mal à son stand d’Avignon).

15 février 1971

Desmaisons en difficulté : envoyé à Chamonix. Train ce soir (engueulé le Viale qui diffamait Desmaisons).

16 février 1971

Simone Desmaisons vient nous prendre à la gare.

17 février 1971

A la Flégère. Sans nouvelle de R.D. Je téléphone au PSHM : le pilote d’hélico (parti chercher 4 Italiens en détresse) dit qu’il a vu René Desmaisons grimpant, au-dessus du Linceul. Elle pleure. Petite grande scène.

19 février 1971

Toute la matinée chez Filippo avec les gens de la RAI, de l’ORTF.G.enoble, scooter des neiges. Allées et venues. Arrivée de la fiancée de Serge Gouseault, 2e de cordée. (…) On n’attend plus rien avant demain.

20 février 1971

Cdf de l’hélico vers 11 h : les a vus. L’un est immobilisé, mais sont-ils en détresse ? A midi, l’hélico les é revus. R.D. a fait signe qu’ils n’avaient pas besoin de secours.

21 février 1971

A l’hôtel, réunion générale des Desmaisons, plus la fiancée, plus la mère arrivée de Tours, plus deux amis de René. L’hélico a vu vers 11 h R.D. qui n’a pas besoin de secours. Pas vu le « petit ». Blessé ? Epuisé ?

22 février 1971

Longue journée passée à la Potinière. Rien de nouveau. L’hélico rapporte les mêmes observations. On parle de mort d’un alpiniste, de folie, etc. Simone prend des tranquillisants. Conseils et appels : Mazeaud, Bertrand, Léo, etc. Sauvetage quasi décidé.

23 février 1971

Toute la journée sur l’héliport près du PSHM dans les cafés et restau avoisinants. L’hélico de la protection civile a essayé de déposer des sauveteurs. Trop de vent ! L’un des deux fait des signaux de détresse. Bruits, rumeurs. Désespoir de Simone D. Projet de faire venir un hélico de Sion pour y faire monter des amis de Gousseault (S. ne veut pas en entendre parler). Tout tourne au sombre, au noir. Presque tout le monde pense qu’un des deux est mort. Peut-être Goussot.

24 février 1971

Atmosphère bien plus agitée et sinistre. Personne ne donne plus les deux vivants. Intervention auprès de Herzog, dans sa villa (très paterne) et à Paris (direction du cabinet de Debré) pour libérer trois militaires : résultats tangibles immédiats. Les hélicos arrivent, tournent. Déjeuner à la Cascade puis à l’héliport des Praz : 3 rotations infructueuses. Arrivée des amis de Serge Gousseault. Conférence de presse de Herzog. Incidents avec les gendarmes puis avec un moniteur et un guide, accusant les journalistes de mettre la pagaille.

25 février 1971

L’hélico revient sans avoir pu déposer. Déception. Retour à Chamonix. Simone invective les Italiens du refuge, veut réunir une conférence de presse. Josette téléphone au maréchal des armées pour demander encore plus d’efforts.
11 h de Paris : ça y est, ils ont déposé des sauveteurs ! Travaillé dans le chalet avec le transistor qui me disait ce qui se passait. Gousseault foutu, René vivant. Sur le coup, arrêté d’écrire. (…)

26 février 1971

Brincourt a forcé la porte de l’hôpital et obtenu une interview. Le pied gauche de R.D. lui fait mal ; fièvre. Numéro bouffon (de pétulance et de cordialité) du député Mazeaud qui parle à tout instant de sa fonction, de ses amis importants, de l’Himalaya où il part, etc. Levée du corps de Serge. Train pour Paris 9 h 30.

27 février 1971

Mort de Fernandel.
Lettre de Maréchal, insuffisante. Tél. Attoun : me demande 48 h pour régler la question.

1er mars 1971

Chez le Dr Martin pour les photos de Desmaisons.

2 mars 1971

On enterre à tours ce matin Serge Gousseault.
Sabine Delattre vend le journal de Desmaisons (à faire) à France-Soir (1 million). Les photos (4 pages pour 800 000) à PM.
Dîné chez Buis, bd La Tour Maubourg. Les Lacouture, Marie Susini (écrivain du Seuil), le général Gallois, un grand cardiologue qui doit soigner Buis, un « génie » selon Buis. En tout, 20 personnes. Très bien. Buis est très amical.

3 mars 1971

Vu J.P. pour Patrick puis Penent. Arrivée de Singer, administrateur, qui se fâche et dit qu’il est responsable effectivement de ce qui est arrivé à Penent et évoque le passé. Je le fais taire, mais l’affaire est mal engagée. J.P. regarde, plutôt amusé et parle surtout de son projet de changer « Ambre » en « Réussir »… ça lui donnera une « colonne vertébrale ».

4 mars 1971

Chez Dante ; avec lui, chez Georges à Déjeuner. Parlé de 3,14 (d’accord avec ma décision d’aller du côté de chez Vial). Me parle du film et des difficultés dudit. Lui ai avancé 600 F – jusqu’à ce qu’Attoun lui fasse toucher les droits pour son émission à la radio (la Machine excavatrice).

5 mars 1971

A 8 h avec B. et A. à la Cartoucherie de Vincennes, le Théâtre du Soleil : il neigeait. 1789. Plutôt faible. Fait d’emprunts à « Orlando » et au Bread and Puppet.

9 mars 1971

Cdf à Chamonix : informé Desmaisons que la lutte vient d’Herzog et lui ai offert, de la part de Diwo, le droit de réponse. Me dit qu’il a déjà répondu au guide Darbellet (poussé vraisemblablement par Frison-Roche) qui l’a accusé de « récidive ».

11 mars 1971

Lettre du centre de transfusion sanguine : je suis un sujet sain porteur d’un antigène Australia. Inapte à donner mon sang – et menacé.
Dîner chez Henriette Chaudet avec les Pottecher et les Penchenier. Bonne soirée.

14 mars 1971

Cdf à Gatti (chez Sylvain) : le jour (vendredi) où j’ai frappé chez lui, il était bien là, mais s’était couché à 10 h du matin. RV fin de semaine.

15 mars 1971

Parti avec B. et G. pour Londres par le ferry de nuit.

16 mars 1971

Une voiture nous attend. Visite de Londres : Buckingham, Westminster, Tussaud, puis Daily Express : les nouveaux bureaux de PM.

17 mars 1971

Mariage Damanne à 11 h à Kensington. 3 présents : Smith, B. et moi. Une petite pièce, un officier d’état civil avec l’œillet à la boutonnière, très affable. Une vielle secrétaire dans un coin. Fleurs en pot et un tableau. Petit buffet froid chez les Smith avec champagne et photographe.

18 mars 1971

Paris. Cdf de Simone Desmaisons : ils sont traînés dans la boue par le « Canard enchaîné ». Veulent intenter une action. Réfléchi. Lettre de Shawn Davidson qui me parle de l’Espion de Dieu.

19 mars 1971

Chez Gatti. Déjeuner dans un bistrot voisin avec lui et Herta (ouvrière, permanente, fille de réfugiés espagnols). Raconte ce qui s’est passé avec le film ces derniers temps. Rupture avec Charvein (qui ne voulait pas faire le film sans oser le dire à cause de sa « conscience de gauche »…).
Attaque générale déclenchée contre Desmaisons. Dressé avec Penent plan de défense.

20 mars 1971

J. Monod. Affable. Une heure 30 d’entretien au whisky. Le soir, chez Dante. Réunion cinéma : Pays, Sanchez, Chaussat, Manessier, Wilms, Jose-Maria, Gus + ?
A 9 h 30 avec Dante et Chaussat qui nous emmène chez Georges. Dîner. Dès que Maréchal et Luce apparaissent venant du « Berliner », je me levais après leur avoir serré la main. 3Un R.V. urgent ». Demain, Dante me racontera. (Dante a rencontré Pétrus il y a une dizaine de jours dans l’ascenseur, qui allait voir Diego Masson. Stéphane était là avec 5 ou 6 « loulous ». Surprise de P. B. Dante : « Tu connais Stéphane ? » P.B. : « Je ne connais plus Stéphane ! ». Et l’embrasse.)

21 mars 1971

Il pleut pour le 1er jour de printemps. Levé 6 h pour lire le livre de Monod (1 heure). Passé chez Dante : avons gobé un œuf ensemble et disserté tristement sur hier : Maréchal ne montera pas la pièce selon toute évidence, et Dante y voit un bien. Il a lui-même refusé de donner son « Franco ». Téléphoné ensemble à Manessier : dit que Vial songe toujours à monter 3,14.
Cent ans de la Commune – un hélico mouchard bourdonne au-dessus de Montmartre. Lecture « Catalogne libre » d’Orwell.

22 mars 1971

Tél. au « Canard enchaîné ». Tombé sur Clémentin, fouille poubelles de service, qui ne veut rien entendre, parle de « copinage » et demande une lettre de Desmaisons (pour finalement souligner, en menaçant, que si elle n’était pas envoyée, il y ferait lui-même allusion). Cdf de R. Desmaisons à qui j’explique que j’écrirai la lettre et la lui soumettrai.

23 mars 1971

9 h 30, au « Canard » rue du Fg-Montmartre, au marbre – Audouard et à côté de lui Clémentin, un homme assez gros, cheveux blancs. Audouard me présente. Je sens le regard curieux de Clémentin. Ensuite, au bistrot. A. me raconte son exploit amoureux de la nuit (une fille envoyée par J. Sarrazin et baisée par un « presque sexagénaire » !), puis me parle. M’assure que la lettre de Desmaisons sera passée sans moquerie.
Cdf de Dante : Maréchal semble dire oui à 3,14. Cdf de Thierry Bosc : les comédiens qui jouent avec lui sont chassés du Vieux Colombier, parce que le spectacle n’est pas « rentable ». Me prie de venir ce soir : ils occuperont le théâtre. Décliné : papier à faire.

25 mars 1971

Toujours Desmaisons : rédigé communiqué par lequel habilement, il renonce à faire le procès au journal suisse (à la suite de la mort d’un guide suisse et de ses 4 clients… ). Ecrit avec Penent (ou plutôt Penent écrit avec moi) la réponse au Canard. Téléphoné le texte à Desmaisons. D’accord. Envoyé par la poste à D. qui signera et repostera.

26 mars 1971

A 4 h, Bibliothèque nationale. Recherches sur Sabiani pour le procès qui m’est fait.
Chez Hélène C. à 9 h. Réunion du groupe V. Chaussat, Gus, Pays, Gatti, Larouille, Wilms, plus un avocat conseiller, ami de Pays + Manessier + José-Maria. But : essayer de faire démarrer le film en réunissant les 5 millions nécessaires pour débloquer l’avance sur recettes (CNC) (par le canal de Marcelline Loridan et Ivens). Promis 1 M.

30 mars 1971

Travaillé Mayday.

31 mars 1971

11 h 30 chez Dante. Réunion Chaussat, Wilms et Jean-Baptiste Manessier avec un gars de Caen (théâtre militant) pour le film.
Dîner chez Georges avec les Desmaisons et, plus tard, pour parler, Penent. Parlé des choses à faire, contre le Canard et Frison-Roche.

1er avril 1971

11 h 30 chez Dante. Reçoit ensuite Marc Kravetz et J.J. Hocquard (demande est faite à celui-ci d’un visa ?. Il s’en occupera). Déjeuner av. Ledru-Rollin avec eux, plus Chaussat et une Japonaise. Gatti : « Ta pièce est plus révolutionnaire que les miennes parce que Recouvrance se bat sans s’occuper du résultat – tel qu’il est, avec sa cravate ».

5 avril 1971

Midi : RV avec Audouard et Desmaisons. Trompé : Ce n’était pas ce Louis XIV-là, mais celui de la place des Victoires.

6 avril 1971

Mort de Stravinsky à New York.

7 avril 1971

Cdf de Desmaisons. Le Canard a publié (tronqué) la réponse avec des commentaires. Lecture faite, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. C’est du niveau Canard… Il voulait aller siffler là-bas.
À déjeuner Gatti, cherché chez lui, et Kristoforski, chez le chinois Marbeuf. G. à Kristo : « Vis ta vie, coupe le cordon. » Ce qui nous a liés, Jof et moi, c’est qu’on est tous les deux fils de prolo. »
Cdf de Chateauneu de Jérusalem. Ebloui !

10 avril 1971

À midi, chez Dante. Pas là. Rentré déjeuner seul à la maison. Paris désert.
Lettre de Mme H. Wolff (N.Y.) avec des extraits de presse de « l’Espion ». Magnifique article de Wiesel dans le New York Times Book Review.
Cdf de Maréchal : me demande encore quelques jours avant de donner sa réponse. Téléphoné à Hocquard pour la Chine. Il a R.V. la semaine prochaine.

11 avril 1971

Cdf de Gatti. Lui raconte le cdf de Maréchal. Dit qu’il faut lui « couper les vivres ».

12 avril 1971

Déjeuner Gatti, chinois Custine. Goustine l’a injurié parce qu’il ne voulait pas entrer dans ses combinaisons : le Seuil a déjà supprimé la collection Théâtre dudit Goustine. Parlera à Ruault de 3,14. Parlé encore de la Chine et de Christoforski et de Ranconi pour XX (représenté demain à l’Odéon).

13 avril 1971

Cdf à J.J. Il approuve que je donne 3,14 à St-Etienne : me demande d’assister à une lecture mardi devant les délégués ouvriers. Plus tard, Vial confirme. R.V. mardi prochain à St-Etienne.

14 avril 1971

Cdf à 10 h d’Attoun. Me dit la même chose que J.J., Vial, etc. Je dois choisir définitivement entre l’un et l’autre. Vu Dante à midi avec Sanchez. Mélite s’est annoncée avec du « nouveau ».
Le soir, chez Sylvain. Dîner : Gatti, Pays, Popoïne (très grandie), deux autres femmes et Mélite. Parlé à Dante qui me dit par la suite : « Ne t’occupe plus de Maréchal. Fais tout sur Vial. Il ne sait rien, Maréchal, de ce qu’il doit faire. Il parle maintenant de Genêt ». Le reste de la soirée consacré au MLF. Et destruction d’Engels par Dante.

15 avril 1971

Lettre de Maréchal (réponse le 19). Cdf à Vial pour mardi à St-Etienne. Cdf d’Ute Bitterli : 3,14 n’est pas enterré. Cela pourrait marcher.

16 avril 1971

Chez Gatti. Sur son bureau, une sommation des impôts (2 000 F). Lu la lettre venue ce matin de Vial. D’avis que j’y aille et fasse les coupures voulues. Il sera témoin samedi au mariage de Pompon avec Anna. Semble décidé pour la Chine.

17 avril 1971

11 h 30 au Panthéon. (Je lisais dans Lissagaray l’exécution de Millière au Panthéon.) Cors, religieux, etc. De là, chez les Michaud : elle a une robe polonaise brodée. Mariés ! Enceinte : si l’enfant était né hier, pas de sécurité sociale ! Vu Gatti (témoin), Sanchez, Pia, Elisabeth Vailland, Daquin, Bellour et ses enfants, l’attaché culturel de Pologne. Buffet froid… Vodka, vodka !
De là, taxi à la « Ferro ». Rebu. Arrivée de Goual qui m’amène à la table de Séligny, barbu, gris, anxieux : « J’ai peur de vous ». « Je ne suis pas un ennemi ». Il me serre la main. Avec lui, la fille Hocquard, professeur à son collège. De là, rue Custine pour parler sérieusement sur la terrasse. Se défend, se présente. Sincère, me dis-je. C’est aussi l’avis de Normand. Partis à 6 h 30. De là, filé à l’Odéon XX, de Luco Ranconi (Orlando furioso). Pas vu grand chose à l’étage, mal placé peut-être dans la boîte où j’étais. Vu Santini qui joue. Fini à 10 h 15. De là, Normand, à côté de chez René Leibowitz, une autre musique jusqu’à minuit.

18 avril 1971

Oublié d’aller chez Dante pour aller avec lui à la Mutualité (meeting A).

19 avril 1971

A 11 h Gatti au café du coin de la rue de Bercy, en conversation avec un du film. Présenté mes excuses pour hier. Il a vu hier un accident de voiture devant lui au « carrefour de la mort » (Bercy-Ledru-Rollin). Parlé des jeunes qui étaient avec lui au meeting anar. Moustaki devait y chanter. Les jeunes, dont Stéphane, l’ignoraient, Dante a explosé : « Si c’est là la jeunesse, alors, vive les vieux ! », qui prend des risques, c’est Moustaki – parce qu’on le savait à la CGT qu’il était ici…
En sortant, rencontré Stéphane, Sanchez et Monloup.
Nouvel article dégueulasse sur Desmaisons dans le « Nouvel Obs. ». Lui écrit une lettre. A dîner, les Petit et Karine. Très agréable.

20 avril 1971

Train 7 h 45 pour St-Etienne. Entre Chalon et Lyon, sonnette d’alarme. Arrêt ¼ d’heure. Rien. Accueilli à 1 h 15 par Vial, Dasté et Dominique ?. Déjeuner au Cheval noir (Beaujolais de l’ouvrier). Vial et Dasté s’en vont à une répétition. Dominique me promène à la Comédie, chez Flamence (pas là, je laisse un mot), à Rochetaillée. Soleil chaud. Retour à la Comédie. Vial coupera, dit-il, les 45 lignes dont on a parlé, à 6 h 50 dans la petite salle devant 30 personnes (délégués CGT, CF.T. FO, plus Marest, plus J.J., plus les comédiens), lecture excellente par Vial. Deux heures, applaudissements. Mes premiers applaudissements. Débat ensuite, pas trop dur, sauf un professeur (Delporte) qui me reproche d’imiter Brecht et d’avoir fait de Recouvrance un martyr, un salarié (Duhamel). Marest, très bien, J.J. sublime. Dîner tous ensemble.

21 avril 1971

Hôtel Terminus. Train à 7 h pour Paris. Travaillé à la pièce pendant le trajet (sur les suggestions d’hier). En arrivant, télégramme de Maréchal. Il ne monte pas la pièce « pour des raisons financières ». Dans l’après-midi, Vial me rappelle (« de 85 à 95 % de chances, nous fixerons cela vendredi »).
Vu Dante ensuite, vers 5 h. Tout raconté. Est d’avis que ce devrait être Vial qui fera la mise en scène – et Monloup les décors. Avec les deux filles (Hannelore et Popoïne) à la maison. Orage. Mangé très vite. Fié en voiture au théâtre des Amandiers pour « La Cigogne » (générale). Peu convaincant décor, peu entraînante mise en scène. Vu Monloup, Bisiaux, les Rapinat (5), Attoun, Lancelot, J. Michaud, et R. Vaillant, Daquin, Christo et une amie. Peu d’applaudissements mais quelques sifflets.

22 avril 1971

Téléphoné à Perrault qui veut faire un article pour répondre à celui de J.-F. Held dans le Nouvel Obs. (sur Desmaisons). Donné renseignements.

23 avril 1971

Cdf de Vial à 6 h. 3,14 sera monté ! Officiel ! 6 h 30 chez Gatti. Pas là. Vu Monloup : lui dis que j’ai donné son nom pour 3,14. De là, chez Georges – qui rêve : avec son ami, le ministre des travaux publics afghan, il irait à Kaboul, ils fondraient ensemble une maison de commerce. Il serait courtier en tapis, en pierres précieuses…

24 avril 1971

Cherché Gatti. Déjeuner ensemble.

26 avril 1971

Journal. Téléphoné Hocquard qui me dit de prendre contact avec M. Tsao de l’ambassade, et qui me renvoie à demain.
Cdf de Dante : le film reprend vie (grâce à Ph. Arthuys). Pour la Chine, faire intervenir Snow (par Sabine) mais plus tard. Le voyage à Kassel : nous ne serons que 4 ou 5 – et « on fêtera Recouvrance », dit-il.

27 avril 1971

Téléphoné à M. Tsao (Chine). Je dois écrire. Rencontré Castans : enchanté. Pense que ça se vendra partout – voudrait des photographies. Litran. Lui en parle. D’accord pour faire bourse commune avec Gatti et moi.
Verre à la Ferro avec Penent, ravi de St-Etienne.

28 avril 1971

Levé à 3 h 30. A 5 h, à la Bastille. Partis dans ma R16 avec Dante, Pays, José Luis, M.H. Metz, Sarrebruck, Francfort, Kassel (800 Km). La pièce à 7 h 45. Très belle (« Rosa Kollective »). Vu les Bitterli. Dîner à « la Gondole » : longue tablée d’acteur. De là, hôtel en face de l’Hôtel de Ville à 2 h.

29 avril 1971

Levé vers 8-9 h. Tour de ville sous le soleil. La rue principale : d’un côté les grands magasins, de l’autre les boutiques. Une ville reconstruite par des technocrates idiots. L’architecte du théâtre s’est suicidé après la construction de son chef d’œuvre. A 10 h, déjeuner tous ensemble. De là, au théâtre pour y retrouver Ulton. En voiture pour Francfort. Rencontré là, tout près de la Stauffer str., dans ce beau quartier verdoyant, Cohn-Bendit, resplendissant de toute sa rouquinerie, portant cahiers et livres sous le bras. Embrassades avec Gatti, nous indique le chemin, prend le tram ensuite. Après déjeuner sommaire, laissé Gatti à Francfort avec Ulton et partis pour Paris vers 18 h.

1er mai 1971

Partis pour Ré.

3 mai 1971

Paris à 22 h 30. Reçu contrat Stock. Léonin !

4 mai 1971

Journal. Rédigé, signé et envoyé lettre à l’ambassade de Chine (visas demandés).
A la gare, cherché Dominique Dubreuil (St-Etienne).
Appris par F.S. la mort de Vialatte à 70 ans. On l’avait eu à dîner il y a quelques mois rue Custine.

5 mai 1971

Cdf d’Attoun. Eludé autant que je pouvais.

6 mai 1971

A 4 h chez Fasquelle pour réactiver Gerstein. En vain.

7 mai 1971

9 h train de Vichy-Ambert à Austerlitz – avec Damamme. 16 h 30 juste à Ambert comme le arrive à la porte de la cathédrale, avec Pierre Vialatte. Puis, le journal : Castans, Merlin, Pepeloux. Cérémonie. Repris la route de Paris avec la DS du corbillard avec Damamme, une jeune fille (dont le père était un ami de Vialatte), plus le chauffeur, type assez étonnant. D., mal logé au fond du fourgon verdit. On s’arrête. On repart. A Vichy, on quitte la voiture pour le train de Paris. Dîner à bord. A.P.ris à 23 h 8.
Relu « Chant public » de Dante pour un éventuel papier.

10 mai 1971

Cdf de Stéphane. Voudrait la clé du 18 bis pour dépanner des copains. L’ai envoyé sur J.L. Pays (qui l’a – mais ne la lui donnera pas parce que D. ne voudrait pas que les amis, un peu drogués par exemple, ne mettent à feu ses quelques papiers).

11 mai 1971

Tél. St-Etienne (J.L.M.). Les prétentions attouniennes l’amusent un peu. Pris RV avec Attoun pour jeudi.
Visite de Stéphane pour carte d’identité et passeport. Est passé sur les Champs-Élysées et a vu, gardé par la police, le magasin Renault. Riait.

13 mai 1971

5 h Attoun à la maison. Discussion serrée sur la publication.

14 mai 1971

Reçu lettre de Bousset (avec une critique de Gerstein dans le Washington Post). Rédigé une réponse à Monsieur le critique.

15 mai 1971

Lettre de Davidson – avec la même critique parue dans le Herald. Visite de l’ami Hocquard – qui a examiné le contrat. Décision : éditer sous le sigle « Groupe V » et diffuser par Maspero. Me dit qu’il a eu un cdf avec Dante lequel est entré dans une usine pour y travailler comme ouvrier, n’a pas résisté. Il est malade (ce que J.-L. Pays confirme ensuite).

17 mai 1971

Tél. à Dante à Berlin. Travaille toujours à l’usine. Parlé de çà, de la Chine, de Sacco et Vanzetti, de 3,14 (lui ai dit mon projet de le faire imprimer à mes frais ; d’abord sceptique puis conseille d’utiliser Pays).

18 mai 1971

Le Desmaisons au journal. Engagé comme correspondant à Chamonix.
Karine me dit qu’on a vendu 50 004 de Eichmann.
Avec B. à la Sorbonne : conférence (ou cour magistral) de Elie Wiesel sur le rabbin Mendel de Kotsch, ou l’angoisse hassidique. Amphi Richelieu bourré. A la fin, allé lui serrer la main. Echangé quelques propos sur Gerstein. En juin, me dit-il, il reviendra et me téléphonera.
Vu Gaston pour Chateauneu. Il le défendra à « Parents ». Me montre la carte de Vialatte quelques jours avant sa mort avec allusion à Sabathier et Audiberti.

19 mai 1971

Lettre d’un malade de l’hôpital psychiatrique de Villejuif adressée à « Mon cher et bon et brave cousin P. Joffroy » (la lettre devait sortir en bravant la censure).

20 mai 1971

Reçu cdf d’Attoun qui semble avoir assoupli sa position.

21 mai 1971

Travaillé Sacco-Vanzetti.

23 mai 1971

Cdf de Gatti. R.V. chez Georges après déjeuner pour aller av. de Versailles, puis à Nanterre (dernière de la Cigogne – qui va ensuite être jouée à la Cité universitaire). Emmené Ariane. En voiture. 16 h Nanterre : Dante, José Mario, Georges, sa fille, la serveuse, J.-L. Pays et les siens. Vu aussi Helmann dans la salle qui me dit : « Toujours vivant ? Ah ! tu vaux 2 F sur les quais : tu sais, Alcatraz… ». La pièce bien mieux jouée. Débat ensuite – avec Debauche. Ramené bd de la Bastille où Stéphane l’attendait depuis 8 h (il est 9 h).

25 mai 1971

Fait le papier Sacco toute la journée.

26 mai 1971

15 h 30 salle Pleyel. Rencontré dans le hall Souvtchinsky. Avec lui et P. de Beauvais, vu Boulez qui nous reçoit dans un salon Empire, morne et poussiéreux. Parlé de Stravinsky, de Richter.
Cdf de J. Michaud : il a un fils, Pierre. Travaille avec Vadim.

27 mai 1971

En voiture avec Litran à Orly. Arrivés en retard. L’avion était là depuis 6 h 30. Flashes. Vu S. et Béa, plus Gomel, Clavel, de Félice, Me Pélissier, etc. Litran, égaré ne fait rien. Rentrés à PM. Appris que Gilles Sandier rewrite des papiers politiques à PM ! Vu Dubois – qui est content : le Pétrus le recevra demain au Hôtel.
Attendu cdf pour le R.V. Séligny dans mon bureau. Avec Litran et Normand, Gomel nous attend à une porte de service. En haut, Séligny, Béa qui lit des journaux sur son histoire, l’avocate Pélissier, Sophie Eve Hocquard. Séligny s’est posé une bouillotte sur les reins, le monstre ! Se fait donner la becquée par Sophie, puis par Béa (de la raie).

28 mai 1971

A l’imprimerie pour le papier Le Mire. On m’y apprend que Jean Vilar est mort. (Pensé à Gatti à qui il avait écrit après l’échec du Crapaud-Buffle une lettre que Gatti – chose rare ! – avait gardée.)

30 mai 1971

Achevé les Gens de blâme (sur Séligny et ses disciples).

3 juin 1971

Carte de Gatti : 3,14 et Rosalux vont peut-être coexister à Kassel l’an prochain.

11 août 1971

Cdf de Lerrant – Gatti (d’Avignon) aujourd’hui et à la maison. Mais je n’étais pas là. (D. s’est fait passer auprès de la schikzié pour le président de la république). Rencontré J.P. dans l’ascenseur à 5 h. A fini ses vacances, m’a-t-il dit : J’étais sur l’eau. Et vous ? Bavardé avec J.C. Demenuire qui est de plus en plus révolté contre tout (PM, la société, les militaires qui se tournent les pouces aux frais du contribuable…). Il revient de Pau où il a enterré une trentaine de militaires victimes d’un accident d’avion. Il dit : « Accident du travail ! Quand des mineurs se tuent, on n’envoie pas des ministres, on n’en fait pas des héros ! ».

13 août 1971

16 h chez Danielle, très bien portante malgré l’opération (péritonite). Debout. Bernard a l’air bien aussi, les joues pleines, ne fume pas, me dit-il. Deux problèmes, Stéphane qui ne fait rien ; un peu éloigné du militantisme, vit avec son amie sans rien faire. Anne-Laure (14 ans) qui a demandé à sa mère si elle était d’accord pour une histoire avec… José-Luis ! (amateur de chair fraîche). Visite, pendant que j’y étais, de Lazar, l’ami sarcastique de Bernard.
19 h rue St-Maur chez Gérard, le mage de Marsal. N’ouvre pas la porte. Message.

16 août 1971

Journal. Castans m’annonce une grande nouvelle (qui n’est pas la dévaluation du dollar) mais la nomination de Farran à la direction de PM.
Pris la route de Metz à 2 h. Metz 6 h. Arrivée des trois autres (Vial, Rajak, Manessier) qui dînent aussi au Métropole. Lu la préface de Th. Gautier aux « Fleurs du mal ».

17 août 1971

Dans l’ID de Rajak à Hayange.

18 août 1971

A 10 h partis tous pour Thionville (quelques vues prises par Rajak). A 11 h au Crève-Cœur. Jean-Baptiste montre sa maquette qui est critiquée, quoique déjà fort bonne (à mon avis). Discuté le décor, scène après scène, puis déjeuner excellent. De là, à Marsal par un soleil assommant. Sorcelleries : 2 camions de souffre, l’œuf explosé, un accident, un convoi exceptionnel. « Quand je regarde, je lis vos pensées, je sais ce que vous pensez de moi. »
Dîner avec V. et Rajak (le 3e grippé). Au retour, vu au bord de la Moselle. Mauvais.

19-20 août 1971

Voir annexe.

15 septembre 1971

9 h 30 chez J.B. Manessier. Son nouveau décor. Très bon.
Fait papier sur Eva Peron.

17 septembre 1971

Emmené la Mutter en taxi chez Georges. Passé arracher Dante à José Luis et à Gus. Dîner tous avec les Gilbert pour l’anniversaire de l’Adèle – jusqu’à minuit. Gatti, dans la rue en se séparant : « Dis le de ma part à ta mère. C’est une mère comme on n’en voit (n’en fait) pas… ».

18 septembre 1971

Lettre de Kristo – qui est en même temps une lettre au père.
Lu que Malraux était volontaire pour combattre aux côtés des Bengalis. (Pour retrouver sa jeunesse ?)

21 septembre 1971

A 13 h, 15 av. Hoche projection spéciale pour moi « L’Heure des brasiers ». Dîner chez les Le Bolzer. Mais lui n’était ps là : envoyé en reportage à Clairvaux (rébellion de 2 prisonniers et prise d’otages). Autres invités : un couple d’Américains de Berkeley (lui algérien, elle française), un médecin, un et sa femme (il aime Céline, Marcel Aymé, etc.).

22 septembre 1971

Allé avec Kristoforski chez Gatti. De là, dîné chez Georges – qui nous berce de récits de sa vie militaire.

23 septembre 1971

Il semble se passer quelque chose en Chine (défilé du 7 octobre annulé).
10 h rue du Renard ATAC ; vu de Swart (Jagaut), puis René Asso (Javet) en compagnie de Pierre Vial. Déjeuner au chinois Custine. De là, à l’ATAC encore pour y rencontrer J. Champion (Recouvrance). Heureuse surprise. Tout me plaît en lui : son allure, sa physionomie, sa voix.

26 septembre 1971

19 h au Quincampoix. Verre pour le mariage de Meyrand. Dante, Georges, Michaud, Daquin, Loleh Bellon, Garran.

27 septembre 1971

PM : 3 h 30 Sabine Delattre pour 3,14. Cdf avec J.C. Fasquelle : « Tout le monde parle de votre pièce ».

28 septembre 1971

Grasset, vu Fournier pour les corrections, puis Fasquelle.

29 septembre 1971

Yom Kippour. Jeûné.
Cdf à Kessel, sur demande de sa part. Cherche une préface qu’il a donnée à un livre d’Armorin. La lui fournirai.
Les Soviétiques annoncent qu’ils ont isolé de l’antimatière !
Dîner chez Georges avec Kristo, Gatti, Gus et J.L. Pays avec sa nouvelle (il a quitté sa femme depuis un mois). Rentré mal fichu. Gatti : on lui a offert à la radio un poste important (1 M par mois) qu’il va refuser (après avoir demandé conseil). Les UNR font entrer des gauchistes pour barrer la route aux cocos, dit-on.

30 septembre 1971

Journal. Affaire Demaison encore (incident au Conseil municipal de Chamonix). Dîner le soir rue Custine avec Gatti (soupe au pistou).

1er octobre 1971

Levé 4 h 45. Egaré dans le métro. Buttes-Chaumont. Voiture de Swart. Midi St-Etienne. Maison de la Culture. Déjeuner avec Vial, Jacqueline Brunet, J.L. , un journaliste du Républicain lorrain. Interview par C. Canty. Photos. Lecture à 15 h à la salle des Mutilés : 40 personnes. Vial présente et lit la 1ère partie. Rentré à Lyon. Dîner avec Dubreuil, JJ, F. Vaché, les peintres du Salon d’automne inauguré par le préfet régional Moulins (un UNR bon teint, me dit-on). Discours : JJ pourfend « l’ordre » avec des fleurs. Dormi chez lui.

2 octobre 1971

JJ me mène à la gare. Train de Paris à 9 h 27.
Cdf de Dante : ne peut venir demain à la Route ; le film redémarrerait.
Racisme : dans le train, une voix : « C’est plein de bougnoules ! ». L’agent qui règle la circulation des taxis à la gare : « Holà, le Mahomet, à la queue ! Ils envahissent la France ceux-là ! ».

5 octobre 1971

Cherché JJ à la gare de Lyon et allé à la biennale (parc floral de Vincennes). Pas très intéressant : mou et triste, dans l’ensemble. Un art conceptuel mort-né. Un hyper réalisme ennuyeux.
Théâtre Récamier pour y voir « Le Personnage combattant » de Vauthier (J.L. Barrault et Robin). Peu aimé ce genre de chose. Vu Attoun, encore froid, Ruault à qui je dois envoyer 3,14, … Aragon avec son minet… A la sortie, trouvé J.J. Hocquard avec qui nous allons retrouver Dante chez Hélène. Rentré à 1 h.

6 octobre 1971

La grève de métro continue. Conduit JJ à l’Orangerie en voiture. Journal. Rentré. Note de Pa. Sur notre séjour en Colombie – qui donne un ton curieux. (Me chercherait-on ? Et si on me cherche, ne me trouvera-t-on pas ?)
Dîner rue Custine : JJ, les Gilbert, la Mutter, Gatti puis les 3 enfants autour d’un chaudron de couscous. 4 bouteilles de bordeaux. Gatti en pleine expansion.

7 octobre 1971

Conduit JJ à la gare à travers les bouchons. Réussi à me faufiler par le canal Saint-Martin. Arrivés juste à 9 h.
PM, puis Grasset : signature du contrat, remise des épreuves ; Sabine apportait la maquette de la couverture. Déjeuner avec J.-C. Fasquelle à deux pas de Guérin (l’Huma). On s’est tutoyé. Parlé de la pièce, de Kristo, du roman, etc.

11 octobre 1971

En voiture chez Grasset. 1 h 45, dont 1 h pour descendre la colline jusqu’à Clichy. Garé dans la porte cochère, donné mes corrections, reparti. PM vu Giovanni.

15 octobre 1971

Avec Dante et Hocquard à Lyon. Passé à Villefranche, laissé la voiture au garage. F. Vaché vient nous prendre. Déjeuner chez Colombey avec JJ, Mélite et Fernandez (1ère vision), Bernadette et le frère de F. Vaché. De là, au théâtre du 8e. Téléphoné au garage : 1 bielle coulée et un vilebrequin à changer. Lundi peut-être. Grande discussions et négociations au théâtre : le maire veut le fermer pour cause de danger (dispositif scénique). Lecture : Gatti, isolé au milieu de la salle (pas sur la scène), sur une estrade d’où l’on craint de le voir tomber, trépigne, crie. Après, débat. Arrivé de Kristo et de sa fiancée avec José Luis, Gus, Manessier et Hélène. Souper chez Colombey.

16 octobre 1971

Petit-déjeuner avec les Lerrant et un jeune écrivain grenoblois venu pour Gatti et qui ne paraît pas enchanté de la lecture. F. Vaché nous emmène à Saint-Étienne. Déjeuner chez Fleurance, en veste blanche de cuisinier, imperturbable. Puis à la salle des Mutilés. Entendu la 2e partie en continu. Beaucoup de travail de fait. Ano Javet déjà bien installé dans son rôle. Champion Recouvrance se cherche encore, et de Swarte n’y est pas, Vera est dans la note. Après, Vial et moi sur la scène. Questions des comédiens. Interventions de Dante pour faire sauter le 2e membre de la phrase : j’ai du sang rouge, je n’en ai plus (en évoquant un souvenir personnel). A 8 h, partis dîner avec Vial, qui nous reconduit à Lyon.

17 octobre 1971

JJ m’emmène au Progrès et de là chez Luce. Déjeuner dans le jardin : Luce, Dante, J.-L. Pays, son fils, Marie-Jo, Rajak, Fernandez et d’autres… Le temps vire au gris au café. Partis dans le Beaujolais chez les parents de Françoise Vaché à Saint-Jean-des-Vignes. Dîner dans une auberge de Belmont – avec en plus les Maréchal et les JJ. Maréchal échafaude sa réponse au maire de Lyon – renie un peu Vauthier que Dante liquide en deux mots.
Parlé avec Gatti de 3,13. Remarques sur les comédiens, critique de la fin triomphaliste.

18 octobre 1971

JJ m’emmène chez Luce à 11 h. De là, Fernand nous conduit Gatti et moi à Villefranche. Voiture prête (125 000 AF). A 2 h pris l’autoroute à 90 à l’heure (rodage). Ennuis d’électricité. Sortie de l’autoroute. Garage à Auxerre. Réparation. Paris à 8 h 30. Parlé de la pièce. Dante voit en R. un juif, un messianique. Chez Hélène, me refait une fin recevable par Vial. Rentré aussitôt après.
Rarement vu Dante dans une forme aussi étonnante. Il a subjugué tout le monde : Maréchal, Moutout, Vial, J. Bresset, etc.

19 octobre 1971

Journal après une visite à Badinter (affaire Sabiani contre PM et moi). Envoyé lettre à Vial. Lettre d’un Italien (Poyo Antonio) qui veut faire un doctorat sur « P. Joffroy et sa pensée ». En aurais-je une ?

22 octobre 1971

Train pour Saint-Étienne. À Châtelet, 3 agents (en bleus de travail, des spéciaux ?) embarquent un homme qui se démène, proteste qu’il doit aller au travail, etc.
Déjeuner avec Vial à Rochetaillée, seul à seul. Propose de sucrer plus ou moins les bonzes. Accepte la nouvelle fin. Répétition dans la salle Copeau (scènes d’usine). Champion pas très convaincant. Ensuite, Vial parle des comédiens, décerne des satisfecit et des critiques. Dîner au restaurant de la Maison. De là, répétition (le comité d’entreprise et la fin). Accrochage Champion et Vial. Impression générale : un commencement de peur en moi, d’angoisse. Moutout vient me prendre avec Cl. Nougaro (il chantait ce soir aux Mutilés). Chez Rivière (boîte) jusqu’à 3 h 30 du matin. Rien pour me tranquilliser. Sentiment de futilité de tout – un peu relevé par la présente de J.-B. Manessier.

23 octobre 1971

Dormi 2 heures. Train à 7 h pour Paris. Déprimé. Besoin de prendre des résolutions.

25 octobre 1971

Rêves de KZ – de nouveau (conséquence du travail d’hier). Castans hors de lui : au comité d’entreprise, un photographe grognon a parlé de lui comme d’un auteur qui profite de sa situation à PM pour se faire de la publicité. Castans veut l’attaquer en diffamation.

27 octobre 1971

Carte de Dante – allusion au Christ que je deviens (Recouvrance, Christ, mon épreuve Kristo, etc.).

28 octobre 1971

Ecrit à Dante. J.-L. Pays m’appelle à ce moment pour me dire qu’il ne pourra pas venir le 12.

2 novembre 1971

Retour de Lorient par Saché chez les Davidson qui nous invitent à déjeuner en plein air. Arrivent les Calder – d’Amérique (de Paris par la route). Le fils me donne ma première leçon de motocyclette. Chute. Départ. Arrivée à Paris à 9 h après une halte à Illiers-Combray (la maison de tante Léonie).

3 novembre 1971

Le fils de Sacco est mort (dépêche de D. Farran de N.Y.).

4 novembre 1971

Lyon. Interview à la maison de la culture. De là, aux Mutilés où des élèves d’un cours technique m’interrogent sur la pièce. Puis, assemblée des responsables locaux de la Comédie. Pierre Vial et moi répondons à leurs questions. Projection d’un montage sur 3,1416 fait par Rajak. Très bon. Après dîner, retourné aux Mutilés. Filage complet de la pièce. 1ère partie encore faible, mais l’impression maintenant (la mienne) est bonne.

5 novembre 1971

Conversation sur le filage d’hier avec JB Manessier. Trouve que les « bonzes » en accéléré ne va pas. Moi aussi. P.V. accepte les modifications.
Retour aux Mutilés. Sur la scène, PV explique les changements, me donne la parole, discussion, etc. Arrivée de Théolleyre du « Monde » : interview de PV et de moi dans un café. Train à 5 h 20 pour Paris. A.P.ris, cdf de Gatti qui me confirme qu’il ne viendra pas le 12 mais le 25.

8 novembre 1971

Dîner chez Georges (il me donne une éponge de Kolymenos). Gatti puis Mailland (lequel est inscrit au chômage et paraît assez déprimé). Dante en forme. Me garantit le succès.

10 novembre 1971

Train pour Lyon. Aperçu après Mâcon la première neige (Morvan). Au Progrès, JJ me dit que le Kateb est repoussé au 12. Un peu scandaleux. Déjeuner chez Colombey avec JJ, Françoise et Bernadette puis les Kateb, puis Maréchal. Grandes retrouvailles avec le Mufti (carte à Dante à Berlin).
Saint-Etienne aux Mutilés. Interview par RTL. Location pas terrible me dit la dame. Répétition de 5 à 7 : un acteur (ouvrier) se blesse à la tête avec une pelle). Dîner avec P. Vial. Enchaînement le soir avec lumières et son. Musiques insupportables. Sentiment de solitude – et de doute. 117 effets lumineux, me dit P. Bono et 45 chargements (plus que de scènes).

11 novembre 1971

Mutilés. Obo viendra. Dîner vite. Répétition générale devant une centaine d’invités dont Fleurance et sa femme. Tout bien passé. La salle réagit comme au Guignol. Soulagement de l’auteur. Fleurance assez touché : la réalité de l’histoire l’a frappé en plein (on me dit qu’il a peur que les gens ailleent le confondre avec Recouvrance). A la Plage avec tous.

12 novembre 1971

Déjeuner au Paris avec Manessier et A., PV, Dubreuil, JL Mantout et Bronet.
Au Progrès, réception par Collonge, directeur local (PV, Manessier, J.J. Lerrant, S. Delattre, les Toussaint, Champagne.
20 h : les Mutilés. Tous là, la famille, Le Bolder, Croizard, Penent, Chateauneu, Hocquard, Pays, Bosc, Kristo, M.H., Rapinet, sauf Obo, Koenigseder et Poggio. Télégramme de Gatti. Vu Attoun, S. Raquin, Liliane, au café algérien.
J’entends les applaudissement. On crie « L’auteur ! ». Réception ensuite. Quelle fête ! Lerrant, Liliane, etc. Interview pour France Culture de J. Dasté.

13 novembre 1971

Cadeaux aux comédiens (tradition).
Mutilés. Assis au dernier rang, j’assiste à la représentation. Une salle très attentive et qui finalement applaudit très fort. Kateb venu avec Martin Dutheil, après me dit : Tu fais une percée, là. Tu vas en faire d’autres. Me conseille de venir voir tout de suite sa pièce à Lyon. Plus tard. Elle n’est pas au point.
A la Plage ensuite jusqu’à 2 h. P. Asso parle de ma pièce comme d’un jeune français « mineur », mais respectable.

14 novembre 1971

Allé déjeuner à la Rochetaillée avec J. Brunet, Maubout, Cl. Olivier (Lettres françaises), Château, Marie-Hélène. Olivier me dit qu’il a lu la pièce et l’apprécie… Conduit Château et Marie-Hélène à la gare. Interview de Fleurance dans le journal. Aux Mutilés, matinée à 17 h. Brunet qui cherche Mathieu Galey à Lyon téléphone et obtient Martin du Theil. En profite pour lui dire que « Joffroy a mis de l’eau dans son vin ». Après la fin du spectacle C.O. émet des réserves sur la pièce. Il était à Lyon au Kateb. De là à penser que le Martin du Theil en ait profité pour le circonvenir… Dîner à Firminy avec P.V., J. Brunet, Maubout, Béraud, directeur de la Maison de la culture de Grenoble et Cl. Olivier plus Manneval. Conversation emmerdante autour de Copferman et de ses ennuis, de ses articles et de sa lettre, d’Olivier et de sa cellule, etc., etc.

15 novembre 1971

A midi, Maison de la culture : radio en direct. Lucien Attoun interviewe P.V. et moi. A 3 h, au Progrès : confrontation prévue entre Fleurance, Champion, P.V. et moi. Champion pas là. Fleurance non plus. Partis pour Lyon avec J. Busset. On s’inquiète pour J.L. Maubout, qu’elle croit en pleine dépression. Dîner avec JJ (dont le papier a paru ce matin) place de la Comédie. Bernadette, Brunet et JL. Rentré avec JL qui a parlé de sa situation morale, de sa vie familiale, de sa solitude, de l’envie qu’il a eue dimanche de se flinguer. En arrivant, un verre à la Maison de la culture pour la générale de « L’Œuf du dinosaure » de J. Dasté.

16 novembre 1971

Avec JL Maubout, chez le libraire. Avoue qu’il ne veut pas faire une vitrine avec 3,14 à cause de sa gêne. Connaît la famille Bosc. Déjeuner chez Fleurance avec PV, JJ, Maubout et Jacques Baro, un auteur de la Comédie. Fl. avait affiché 3,14 et paraissait très content. Ensuite, à 2 h 30, « l’Œuf du dinosaure ». Très léger, 300 enfants dans la salle.
Maison de la culture. Lettre à Poggioli. Mutilés : salle pleine, très jeune, un peu chahuteux. 3,14 très bien reçu. « Finalement, c’est marrant », disait un 17 ans. Un dessinateur me fait signer le livre. Lycéens dans la rue. Dîner avec PV, Maubout et sa femme, J. Baro et les trois comédiens (Asso, Champion et de Swarte). Assez mal fichu. PV me reconduit à l’hôtel.

17 novembre 1971

Train de 8 h 27. Lu le Kateb dans le train.

19 novembre 1971

Vu Penent. Déjeuner Chateauneu (assez déprimé). Visite de Rabaudy, me dit que Astruc a tenté de se suicider en s’empoisonnant. On ne prenait plus ses papiers, dettes, etc. Vu Farran qui me convoque pour m’envoyer en Israël (papier sur une espionne qui se marie). Evité le voyage. Azoulay ira.

22 novembre 1971

Dîner chez Georges avec Kristo et Penent, prodigieusement brillant et verveux.

23 novembre 1971

Cdf de Dante (Bruxelles). Arrive ce soir 22 h.
Article des « Lettres françaises ». Excellent. « Les Temps modernes » au Publicis Champs-Élysées. Toujours beau.
Entrevue avec Humbert, rédacteur en chef venu de l’Express. M’expose ses idées sur PM (le doubler d’un magazine de nouvelles).
Gare du Nord. Dante retour de Louvain avec une serviette au bout du bras. Café en face de la gare. Longue conversation. « Tu existes ». Me conseille de faire le roman plutôt que d’écrire la pièce sous la pression du succès. Résister à la tentation de « faire du théâtre » (comme pour les « Prétendants »). Affaire 3,14 en Allemagne (Bitterli, Brecht, Blech). Il écrira à Brecht.

25 novembre 1971

Papier France-Soir de Th. Fournier. Papier Politique hebdo, mauvais.
J. Prouvost hier, me cherchant : « Où est le grand écrivain ? » ( !).
Une tête de veau, achetée par Penent, s’est promenée hier et se promène toujours dans le journal.

26 novembre 1971

Avec Dante, H. Châtelain et Koenigseder, train pour Saint-Étienne. Terminus. Vu Brunet, Maubout, Vial, Dubreuil, Rajak, Deherpe (inspecteur de la Culture), Maréchal, Léonardini (l’Huma). « Petite » salle. Assisté au début, et filé, traîné jusqu’à la place du Peuple. Brouillard. Oh mamy blues ! Nouvelle résolution. Fin. Applaudissements. Gatti songeur (admiratif ?), Hélène : « Quelle belle pièce ! », Karine silencieuse. Souper à la Plage, tous plus Benedetto qui jouait « L’Emballage » salle Copeau.

27 novembre 1971

Un verre à la Maison de la culture pour Benedetto. Déjeuner chez Fleurance à une dizaine (Gatti, Vial, Maubout, Brunet, Karine, Claudio). De là, débats salle des Mutilés sur 3,14. 9 personnes plus les amis et connaissances. Gatti défend 3,14 : « Le mérite indestructible c’est qu’il fait voir l’homme non pas seulement dans son comportement mais avec son expérience ».
A Lyon en voiture. La pièce de Kateb. Très beau spectacle. Souper tous : Maréchal, Luce, Fernandez, des cégétistes, Brunet, Maubout, Karine, J.J. Hôtel des Artistes.

28 novembre 1971

Déjeuner à la brasserie de la Comédie. JJ, Bernadette, Dante, Hélène, Karine, Aster et sa femme Jacqueline Brissart. De là, au théâtre. Attendu dans le hall le débat avec les immigrés (algériens). Débat peu intéressant. Présenté par JJ, Lucien Marest, de plus en plus grand dirigeant, Fernandez, Luce, Maréchal.
A la gare. Mistral. Paris à minuit.

30 novembre 1971

Passé chez Danielle. Longue conversation sur la pièce (elle y a trouvé des choses autobiographiques ; aurait voulu y aller, attendait que je vienne la prendre, elle et Bernard). Vu les filles (Annelore un peu révoltée contre son père – qui ne vient pas la voir). J.P. Michaud (au Burundi).
Rencontré Courtades dans les couloirs : « Je vous ai entendu à la radio… Quelle histoire formidable ! ».

3 décembre 1971

Papier Huma – sévère et faux. Décidé de répondre au critique (Léonardini).
A. participe à sa 1ère manif. Penent écrit un papier sur 3,14. Tabac : renoué aujourd’hui avec l’ascétisme.

7 décembre 1971

Visite de Hélène Châtelain (passeport). Déjeuner avec Sabine Delattre et Maurice Friedland chez Georges. F. propose un film à partir de 3,14.
Carte de Dante : « Je trouve parfaitement injuste de ne pas te voir plus souvent ». Et moi donc.

10 décembre 1971

Mistral. Lyon 5 h. Hôtel des Artistes. Dîner avec JJ, Maubout, F. Vaché, Bernadette. Vénissieux. La Maison du Peuple – Berliet. 150 personnes ! Un effet du papier Léonardini.

11 décembre 1971

Déjeuner chez Bouillot, place des Célestins. JJ, Maubout, Bouise et sa femme et son fils. Avec Bouise, visite de la Croix Rousse. Train pour Valence. Hôtel. Pas un chat devant le théâtre. En fait, tout et loué. Comble. Vu C. Gardil. Ensuite, un verre dans un café près de la gare avec la troupe et Vial.

12 décembre 1971

Train pour Lyon. Toujours beau. Café de la Comédie JJ, Bouise, Bernadette. Promenade Villeurbanne (Petit chemin de l’abîme). Déjeuner chez les Bouise merveilleusement. Passé l’aprèms chez eux. Planchon au café. Parlé de 3,14 qu’il aime. Arrivée plus tard de Vial et Maubout. Train pour Paris.

13 décembre 1971

Ecrit à Dante à Berlin. Chez Georges avec Maubout et Kristo. Puis, théâtre Cité universitaire : « Electre » (A. Vitez). Ennuyeux – excepté la comédienne Evelyne Istina. Présenté par Maubout à Perinetti, directeur du théâtre Universitaire et Laville (Amandiers) déjà vu à « La Cigogne » avec Gatti.

14 décembre 1971

Farran me demande un papier sur « le mythe Bardot » qu’il dit avoir déjà demandé à Barthes (Mythologies). Refusé. Il fait la gueule aussitôt.

15 décembre 1971

Métro. Des lycéens vont à une manif. Un groupe fredonnant comiquement : je t’ai rencontré simplement …
Train pour Mâcon avec Mailland et José-Luis. Théâtre, dîner avec Chalone (directeur de l’action culturelle). Paul Boucher, avocat, et Flament, J. Champion. Salle pleine. Vu 3,14 au 1er rang. Après, débats dans une salle du rez-de-chaussée : 200 à 300 personnes. Délégués FO, CGT, CF.T. Paul Boucher appuie sans réserve la pièce. J.-L. Maubout là.

16 décembre 1971

Action culturelle. Verre. Déjeuner à Solutré : Maubout, José-Luis, Mme Juillet. Maubout manque un virage : accident juste évité. Train de Paris.

18 décembre 1971

A la  « Fête électrique » organisée par JJ Hocquard plateau Beaubourg. Des enfants qui jouaient avec l’EDF. Rencontré Maïté Morand (scripte de Cristobal).

20 décembre 1971

Nancy, théâtre. 3,14. Excellente réaction du public – jeune.

21 décembre 1971

Cdf de Monod qui veut présenter quelque part les « Prétendants ».

23 décembre 1971

Magnifique « sortie » de Chateauneu devant Penent et moi sur son enfance misérable, son bachot, etc. On lui demande d’écrire son autobiographie. Mais il ne le fera pas. Croizard m’apprend que Patricia de Beauvais a été frappée d’une congestion cérébrale. A l’hôpital, grave. Lettre de Dante – qui parle de marasme.

24 décembre 1971

Lettre de l’Italien qui veut faire une pièce sur « PJ et sa pensée ». C’est vrai ! Hélas.

29 décembre 1971

Lettre de Gatti. Crise néphrétique. 3,14 à Düsseldorf ?