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1961

Pierre Joffroy était son nom de plume. Maurice Weil celui de l’etat civil.
Né en 1922 À Hayange en Moselle, il monte à Paris en 1945 après être passé par Lyon où il s’était réfugié en 1941, rejoint plus tard par son frère Gilbert .
Entré au Parisien Libéré dès son arrivée dans la capitale il réalise un de ses premiers reportages en s’embarquant sur un « rafiot » chargé de juifs européens  rescapés des massacres nazis.

Ici commence l’histoire des carnets dont certains disparaissent à l’occasion de ce voyage en terre de Palestine en 1947.
Il s’agit d’un petit agenda (un par trimestre) sur lequel il note rendez-vous, rencontres, conversations téléphoniques, lectures, sorties, projets et ceux de ses amis.
Le format n’autorise pas le développement comme encore moins les épanchements (même si on trouve quelques cris du cœur).
Ces carnets pourraient être (sont) comme une gigantesque table des matières d’un livre à venir, un vaste index qui renvoie à autant de pages qui ne sont pas encore écrites.
Au commencement était le verbe. Reste à trouver la suite.
À vous de lire ce projet de « livre total ».
À vous de nous donner des informations complémentaires que la lecture de ces 20 premières années (1947-1968) vous inspire.
La suite, 1968-1980, puis 1980-2000, paraîtra dans le courant de l’année 2021.
Les carnets n’avaient jamais été lus, ni déchiffrés avant 2008. Ils ont été photocopiés puis déposés à l’IM.C.(Institut Mémoires de l’ Edition Contemporaine) avec les archives de Pierre Joffroy où ils peuvent être consultés.

Choisissez une année 

2 janvier 1961

Une journée commencée place du Havre et qui s’achève au temple de l’Oratoire. Sabathier avait prié Marie-Laure Girard, organiste, de lui donner un concert spirituel privé. Nous étions 7 ou 8 : les Croizard, Duprat, le professeur érotologue, J.P. Aulaguier, Anne, la femme de J.M.S.L. et deux autres. Le livre ouvert sur la chaire, les sièges des conseillers presbytéraux, et diacres, les orgues pas finies d’être transformées (Bach, Pachelbel, Buxtehude, improvisations, choral de Luther).

4 janvier 1961

Ce que j’ai voulu, je l’ai eu. Que n’ai-je voulu davantage.

5 janvier 1961

Départ de Sabathier pour Londres et les Amériques. Je ne l’ai pas accompagné.

6 janvier 1961

Explosions cette nuit pour faire voter oui…
Un papier de TSP dans le Monde (Au jour le jour : la fève du Général, sur le referendum, évidemment).

8 janvier 1961

Voté ce matin – Non.
Victoire du oui : plus des deux tiers des votants. Les non étaient en majorité de gauche (et ayant la signification d’un oui plus accéléré) ; il en résulte que l’extrême droite de Juin, des généraux, de Soustelle est pulvérisée.

10 janvier 1961

Au journal, vu Mme Ulrich qui a des renseignements à prendre. L’œil poché : une armoire lui est tombée dessus avec toute la vaisselle. Vu aussi Giorgio Bontemps pour des photos.

11 janvier 1961

Lettre de Calder qui nous invite à venir le voir. Lu « Misérable miracle » de Michaux.
Téléphoné à Danielle (qui se fait soigner par Leibovitch). Bernard Saby va être interné : intoxication complète. A cassé les carreaux chez Zao Wou ki. Michaux inquiet. Les Thévenin en branle. Saby converse avec les animaux, les plantes…

16 janvier 1961

Nouvelle lune. Rêve bizarre d’un pont porté par moi et d’autres, et réduit bientôt à quelques poutrelles.

17 janvier 1961

Coup de fil à Danielle. Bernard, mercredi ou jeudi s’est jeté à l’eau au pont de Bir Hakeim, est sorti tout seul, allé chez lui, puis s’est ravisé, taxi, poste de police. Il est à la Salpêtrière, toujours un peu délirant. Dante et Danielle l’ont vu. Paule grenouille autour (camisole de force pendant trois jours).
Visite de G. Arnaud. Parlé de tout – et d’une chose. Marie-Claire Negroni entrée à « Marie-Claire » – après recommandation à Haedrich.

19 janvier 1961

Dante au journal en coup de vent. Parlé de Saby, du film.

21 janvier 1961

Mort de Cendrars aujourd’hui vers 14 h.

24 janvier 1961

Avec Chris, retour de Cuba, à Billancourt : Mme U. et Dante au mixage. « Qui m’a foutu ce cheval ? » (Sur un hennissement dans la séquence.)
Des révolutionnaires anti-Salazar s’emparent en mer d’un paquebot portugais, le « Santa Maria ».

25 janvier 1961

Téléphoné à Paule Thévenin. Bernard dans le service du Pr Delay. Il a écrit à ses amis, ce qui semble vexer Paule (On voulait garder le secret, mais du moment qu’il écrit à tout le monde…)

28 janvier 1961

Procès de Castillan, qui a tué deux maquignons pour les voler (ancien d’Indochine, etc.). Floriot, partie civile, excellent. Dîner avec les confrères (Coquet, Buffet, Diriand) et Floriot à quelques kilomètres d’Auch. Retour : le bal du Rotary où le préfet Janin nous invite. La préfète très émoustillée. Courrière, photographe, suggère une amusette : à 2 h du matin réveiller à la trompette Floriot, ce qu’il font, le préfet, l’adjoint, le « duc » (de Montesquiou), etc.

29 janvier 1961

Plaidoiries des régionaux : le bâtonnier Mouton, d’Agen et le jeune Loew, de Condom. Pas mal. Castillan : perpète. La foule aurait préféré la mort. Elle attendait dehors.

1er février 1961

Dîné avec Beï, les Diwo, Dante et les Ulrich, 3 rue de la Paix. Parlé du film. Liste des journalistes à inviter, de salles à faire. (Histoire de la chouette cédée à D. par Chris et qu’il faut nourrir à la viande mêlée de cheveux !)

4 février 1961

Invité Jeff et Chalais à la première projection lundi de l’Enclos. Mais Jeff ne parle pas allemand et Chalais part pour Strasbourg se reposer (il vient d’être ennuyé à la TV pour l’affaire des 121).

6 février 1961

Saint-Cloud – LTC. 1ère vision du film complet, sauf les sous-titres : les U., Dante, Lallier, Julliard, Sarrasin, Chris, Michaud, Izis, les Diwo, Negroni. Dans l’ensemble, ça tient. C’est, semble-t-il, le sentiment général – en tout cas celui d’Izis qui m’importait le plus.
Lettre de Sabathier du « Pick’s Ranch » à Saratoga. Jubilate !

8 février 1961

Déjeuner avec Mme U, rue Lincoln, près du bureau : le trac. Parlé des projections ; du projet « Château » que lorgne un Italien, aussi, Ferreri, sans en avoir les droits.
Lacaze, volé dans une histoire de cinéma par Pontecorvo (« Kapo »), le fait savoir par lettre ronéo.

9 février 1961

Lord Byron : projection presse de El Cocheato, film de Ferrari : un gros petit homme chauve et barbu, assez inquiétant par une certaine douceur feinte. Après cocktail, nous posons des questions sur le Château. Habile, il élude. Il a signé un contrat : c’est son producteur qui doit avoir les droits (en fait, il sait très bien que non ; il a téléphoné pour prendre contact avec Dante). Mme U intervient et lui dit qu’elle avait les droits. Il souriait.
Déjeuner ensuite avec les U, Dante, Giorgio, Fabre et Derogy.

13 février 1961

Les Soviétiques ont envoyé en l’air un satellite d’où une fusée a jailli vers Vénus – qu’elle atteindra en mai.
Lumumba assassiné par le « gouvernement » du Katanga.

14 février 1961

Coup de fil avec Mme U. Préparation des invitations.
Manifestations partout contre les assassins de Lumumba.

15 février 1961

Eclipse de soleil. Un événement !

16 février 1961

Lettre de Bernard qui est chez le prof. Delay. Il me demande de la lecture. « Bref, O Parpue, distrais-moi ! ».
Lettre de Sabathier qui m’invite à aller voir Mme B. de Rothschild à Tel Aviv.

17 février 1961

Écrit à Bernard. 1ère séance de l’Enclos à Publicis. Chalais, les Diwo, les U, les Dante, Giorgio, l’Unita, Roger Stéphane. Très bonne impression, après, au Fouquet’s, champagne et vodka. Dîné Embassy avec les Kessel frères, le beau-frère et un de Jours de France. En projection avec eux, les Guimard (Arts), Casamayor, Bourdier, Fardoulis and family. À la sortie, le silence déjà bien connu, des embrassades et félicitations.
Plus de doute maintenant. Mme U aux anges. Dante, qui avait bu pendant la projection, était aussi ivre de bonheur. Au Fouquet’s ensuite. Jeff rappelé aussitôt pour une obscure histoire. Je crois que c’était Michèle qui avait bu quelque part et faisait scandale. Dante ensuite menace de faire du strip-tease sur le trottoir. M’embrasse « sa grosse oreille » !!!

18 février 1961

Téléphone à Danielle. Dante dort. Terminé au poste de police cette nuit : il était sorti du café où il se trouvait avec la compagnie, sans papiers, etc.

20 février 1961

3e projection : les Gilbert, Coste.
4e projection : Nicolas, Cocteau, Weisweiler et Doudou. Le fils (arrivé en retard et qui fit hurler Dante), F. Giroud, M. Manceaux, Henri Michaux. Avec Dante et M. U, pendant ce temps, on buvait des bières. Après, grandes louanges de tous. Soirée test à mon avis. Pour Dante, seul l’avis de Michaux comptait. « Du moment que le patron a parlé… » H. M. a dit que c’était la première fois qu’il était totalement d’accord avec Dante.

21 février 1961

5e projection – Yves Thévenin, Colpi, les Cahiers du cinéma (Douchet, Domarchi, Marcorelles), Danielle. Après, avec les U, les Diwo, les Gatti, soupé chez Lipp.

22 février 1961

6e projection : Druon, l’impresario Bernheim, Chris, Klein, Anne Philipe, Toussaint, Menant, K. Kaupp. Druon, après, balbutiait, ne trouvait plus ses mots. Bernheim, affairé, demandait si le film était vendu. Mme U (qui avait été mal reçue de lui avant le film) savourait sa vengeance tandis que M. U tâchait de la modérer (le roi de France ne se souvient plus des injures, etc.).

25 février 1961

Coup de fil de Dante. Tourna qui a vu le film hier est enfin rassuré ; il avait été attaqué dans les journaux de Ljubjana, Mme U en plein délire ; elle veut se venger du mépris des gens de cinéma – ce qui est une erreur grave (pour la vente et la distribution du film). Il a envie de faire une pièce – par panique devant le Château. Il a fini « Planète ».

27 février 1961

Mort hier soir du roi du Maroc.

28 février 1961

Vu à la NRF Max Aub, écrivain, ami de Malraux qui sort un livre sur un peintre imaginaire : Torres Campalans. La mystification a réussi, paraît-il, au Mexique. Ici, il l’a éventée d’avance.

1er mars 1961

Avec Dante et Donald O’Brien à Versailles, Trianon pour dîner chez Jeff et Druon. Hôtel 1900 pour scénaristes et écrivains. Vu Gabin dans le hall. Dîner chez un imbécile heureux qui a une cuisinière de 1840. Dans les Lettres françaises, magistral article de Druon sur l’Enclos – que nous lui apportons. Michèle, ivre, arrive avec un cuisinier arabe de l’hôtel. Finalement, Jeff se fâche ; le pauvre type s’en va avec dignité. (Michèle est en train de se détruire : le changement par rapport à 1958 est terrifiant.) Retour à 2 h avec Druon et O’Brien et Dante.

2 mars 1961

Terminé papier sur Max Aub.
Projection : Souvtchinsky, Litvak, P. Prévert, F. Roche, S. Signoret, Hanoteau, J. Guéhenno. Une presse incroyable dans la petite salle. Après, avec les Diwo, les Guimard, Dante, les U, soupé à la Méditerranée. Souvtchinsky, ému, a embrassé Dante et s’est enfui. (Il m’avait parlé avant de Boulez, sa plaie vive : qu’est-ce qu’il s’est passé avec lui ?)

6 mars 1961

Beau temps – toujours 19°. Dante le matin à PM pour être interviewé par Hanoteau. Mme U, dit-il, en plein délire, ne veut en faire qu’à sa tête, blessée par l’article Druon parce qu’elle n’y est pas citée comme ayant aidé à la mise en scène, etc., etc.

9 mars 1961

Places retenues à bord du Phocée. Article de Cocteau dans les Lettres. O. Merlin, Galante emballés.

10 mars 1961

À la Warner, projection pour Gaston et Thérond – qui marchent à fond. Mais, me dit Dante, ça ne va pas côté Mme U. Elle se met les gens à dos, vogue de dépression en dépression et confine par moments à la mégalomanie.

12 mars 1961

A moi venue, l’idée, cette nuit qu’il ne sert à rien de penser d’abord. C’est de la plume que tout vient – pour moi.
Relu, à cause du prochain départ pour Israël mes notes et articles du temps du Th. Herzl (1947). Quelle aventure…

14 mars 1961

Mme U a montré le film à Gronich l’Américain emballé à son tour. M. Braun lui apprend que les déportés de toutes tendances, pour une fois, sont d’accord. Dante va partir se reposer en Italie comme après le Crapaud.

16 mars 1961

Lettre de Aub, à propos du papier Torres Campalens, reconnaissant.
Dante part demain pour l’Italie.

17 mars 1961

Conférence avec Gaston et Izis pour Israël. Après, vu Badinter, avocat qu’Hervé envoie aussi là-bas (parce que l’Express ne lui donne pas assez).
Mme U part dimanche se reposer.

20 mars 1961

Lettre de Sabathier : « Soyez tout bonnement votre antipode et le reste viendra tout seul ». Bernard à déjeuner – plus calme, moins bruyant. Il a fait 2 mois. Il a de l’appétit, mais reste encore occupé de l’Asie et de fumée. L’ai reconduit place Pigalle. Il cherche un mode de pensée différent de celui-là – a fait de la peinture pour ça, mais aurait pu trouver autre chose.

22 mars 1961

Départ gare de Lyon à 21 h 50. Un bordel ! Avec Jacqueline et Gilles, Izis et sa femme déjà là.

23 mars 1961

Embarquement à 10 h sur le Phocée, ancien Koutoubia remis à neuf, 10 000 tonneaux. Musique de cirque du départ Colonel Bogey. À bord, Ruth Michel et son mari Jeffroy Kin, jadis connu au temps d’Armorin. Cabine 14, Izis 12.

24 mars 1961

Petits jeux, palets, tir aux pigeons d’argile, petits chevaux. Izis émerveillé par le désœuvrement de la mer.

25 mars 1961

Temps toujours égal. Soirée de gala : danse et cotillons. Bavardé avec G. Arout, écrivain de théâtre.

26 mars 1961

Rencontré un certain Norton Ciuffrese, « envoyé spécial de P.M. ». Une surprise ! Il a reçu, dit-il, 50 000 F d’avance pour avoir une interview avec Eichmann.

27 mars 1961

Télégraphié à Paris au sujet de Norton. Réponse de Thérond : c’est un accord limité ; il n’est pas « envoyé spécial ». Limassol, par gros temps : nous ne descendons pas. Musique à bord : « Colonel Bogey » vigoureusement sonné. Danses de jeunes cypriotes, cocktails. Retrouvé Lapierre qui m’avait, il y a 14 ans, sorti du camp de Xylotimbou. Soirée d’adieu avec mer mauvaise.

28 mars 1961

Réveillé à 6 h pour descendre à 10 h, accueillis par le correspondant Allouche et le photographe Glaser qui nous mènent de Haïfa à Tel Aviv (où nous rencontrons Chalais et déjeuner), et de T.A. à Jérusalem (hôtel Président). Un printemps frais à fleurir le paysage que je ne reconnais plus : verdure, fleurs, arbres – et des villes immenses. Dîné avec Ellen Barkay, grande désabusée, à la Gondole. Grippe ?

29 mars 1961

Il pleut sur Jérusalem. Quittons le Président pour Om-gil. Un Lacombe de l’A.P. charmant. Grippe solide attrapée dans la voiture de Glaser.

30 mars 1961

Visite du tribunal – le mont Sion et la tempête – au lit.

31 mars 1961

Au lit. Izis au kibboutz du ghetto.

2 avril 1961

Izis rentré le soir. Vu Pearlmann, souvenir de Chypre. Au PIO, ils promettent une photo d’Eichmann pour vendredi. Le journal la réclame pour mardi. Arrivée de journalistes radio. Pâques.

3 avril 1961

Vu Coquet, Crouzet. Envoyé une photo à Paris après l’avoir légendée.

6 avril 1961

Beersheba – Eilat au kibboutz Sloboken. (Vu Ben Gourion et déjeuné.) Une nuit à Beersheba, une autre à Eilat. Prodigieux pour qui a connu cela, il y a dix ans. Bateau à fond de verre. Mines de Salomon.

9 avril 1961

Vu Kessel au King David avec Badinter, Pottecher avec sa future femme.

11 avril 1961

Procès. L’Adolphe dans sa cage, bien sage, très obéissant. Vu Pearlmann. Le soir, vu des amis de l’oncle René, le Dr Bassous, de l’hôpital français.

12 avril 1961

Gedeon Hausner, procureur, parle depuis deux jours et fatigue tout le monde. Un homme dans l’espace.

13 avril 1961

Envoyé papier. Reçu 1 500 dollars. N.D. de France : la terrasse sur la vieille ville. Le Sanhebrine avec JBD et Crouzet.

14 avril 1961

Avec Jeff et un ami, à la synagogue de Rab Aralek (Nea Shazin). Vision rembranesque. Vers 10 h, nous revenons pour assister au dîner du Rab et à des chants hassidiques (vendredi soir).

15 avril 1961

Conférence de presse au Beth Raam sur l’affaire d’espionnage qui bouleverse nos amis, dont Nicolas Lazar. Avant, chez Pearlmann à Talbieh : photos.

16 avril 1961

A Lod, en taxi (journaux à prendre), la forêt des martyrs où nous avons planté un arbre et Tel Aviv (l’Information, journal où je retrouve Tony Gryn, venu sur le même bateau que moi en 1948 et bien engraissé et bien despotique). Retour par le train – plein de religieux (hassids) qui font « minian » au fond du wagon, en s’agitant éperdument.

17 avril 1961

Non coupable, dit 15 fois Eichmann. Réquisitoire magnifique de Gedeon – dont on s’était moqué. (Réquisitoire ? Exposé en fait.)

18 avril 1961

Fin du Gedeon. Premiers témoins.
Débarquement d’anti-castristes à Cuba.

19 avril 1961

Au procès, un magnétophone donne la confession d’Eichmann. Extraordinaire. Le soir, danses dans les rues et grand feu d’artifice pour l’indépendance.

20 avril 1961

La revue en face de l’université. Envoyé un papier. Réception du Maire au Rose Garden : orchestre, gazon, orangeade.

21 avril 1961

Magnétophone le matin. En voiture à Tibériade avec les Izis. Hôtel chez Maxime, ami d’Izis, qui nous méprise.

22 avril 1961

Bords du lac Tapra. Capharnaüm. Un homme noyé. Retour par chez Maxime, qui se déride : il avait eu honte d’être surpris derrière son comptoir. Il annonce que les généraux Challe, Zeller, Jouhaud ont pris le pouvoir à Alger. Le général de l’aviation Weismann, qui a travaillé avec Challe et Jouhaud (Sinaï) déclare en riant : « Ce sont des panthères ». Il est en caleçon de bain. Bain dans le lac.
La tombe de Maimonide et des rabbins, extraordinaire : une femme pleurait devant et l’embrassait. Le soir, « To the Bedouins » à côté de Tibériade. De la flûte, puis Sole Mio à l’accordéon, les Enfants du Pirée. Mustapha.

23 avril 1961

Mauvaises nouvelles d’Algérie, entièrement rebelle. Visité Nazareth, Cana. Sur le nouveau Th. Herzl avec Geismar qui m’avait embarqué jadis. Déjeuné puis la route. Natania chez les parents de Jacqueline, Jérusalem chez Lacombe. Le soir, autour de la radio. Discours de Gaulle « un quarteron de généraux ambitieux et fanatiques ».

24 avril 1961

Rien de neuf à Alger. Paris en état de défense. Téléphoné : la grande peur passée ; ils s’attendaient aux paras hier soir.
Procès : témoignages d’un historien. Télégr. à de Gaulle.

25 avril 1961

Au procès : le père de Grynspan. Nouvelles meilleures d’Algérie : l’insurrection ne progresse plus. La flotte pour de Gaulle. Avec Barkay au Bacchus, boîte de Jérusalem qui évoque le Tabou 1948, mais des chansons merveilleuses.

26 avril 1961

L’insurrection sombre dans le ridicule, les généraux en fuite. Challe arrêté. Rumeurs fausses : suicide de Soustelle.
Procès : témoignages sur 1933-39.

27 avril 1961

Parti pour Haïfa en voiture.

28 avril 1961

A bord du Jérusalem. Nous évitons l’Izis. Reste 7 000 F pour mes dépenses et train Marseille. Anniversaire de mariage.

29 – 30 avril 1961

En mer. Cocktail du commandant, dansé.

1er mai 1961

A Naples, un Vésuve caché et un orage pétaradant. Escale de 10 h à 16 h.

2 mai 1961

A Marseille 17 h 30. Ouf.

4 mai 1961

A.P.ris, très calme. Mais l’orage des généraux a laissé des traces, même à P.M. (Hanoteau a violemment pris parti contre G. Bonheur, défenseur de Challe et qui voulait orienter ainsi le journal avec Farran). Téléphoné à Gatti : le film pas sélectionné à cause des événements, pense-t-on (c’est Colpi et Guisseau ensuite). Il part pour Cannes néanmoins avec Mme U et Eddy.
Après coup, je m’aperçois que nous n’avons pas échangé un mot sur le putsch d’Alger. Vu Collin – Menant qui a fait Maufrais rentrant définitivement à Toulon.

6 mai 1961

Galante a reçu une lettre d’un ami de Vernon Pike : Sabathier, soûl du matin au soir, a mis les Pike au bord de la dépression nerveuse. Ils ne savent plus comment s’en débarrasser. Finalement, l’olibrius se trouve à N.Y., sur le point de rentrer.
Il se confirme que la résistance larvée du contingent a été un facteur déterminant de l’échec du putsch.

7 mai 1961

Les Américains envoient à leur tour un homme en l’air – exploit plus modeste d’ailleurs.

10 mai 1961

Revu M, de Fritz Lang. Je me souvenais de M regardant dans la glace, du marchand de ballons et du tribunal dans la cave.
Discours de Gaulle. Vu Michaud, vidé par Mme U, et qui fait des livres avec des scenarii (dont l’enclos).

11 mai 1961

Grève SNCF et RA.P.

14 mai 1961

A la TV on parle de l’Enclos (Chalais).

15 mai 1961

Radio : l’Enclos et dans les journaux, succès.
Vu Saulnier (Tony). Parlé d’exploration et d’explorateurs. Il voudrait faire un film sur eux. En un instant, je conçois une histoire circulaire : le Temple. A écrire.

16 mai 1961

Michel Clerc apprend à Hanoteau qu’il le remplace dans sa chronique… Conséquence de la journée « des généraux » ? Hanoteau décidé à démissionner en faisant jouer la clause de conscience. Finalement, il accepte d’être relégué à Marie-Claire et 7 Jours, après une entrevue avec Prouvost. Mille s’amusait : depuis « les généraux », il ne s’occupe plus de Match.
Woyzeck, au Vieux Colombier (troupe Rodriguez – Vigouroux qui avait déjà monté œdipe de Sophocle, admirablement). Ici encore très bon, avec quelques à-coups. Ensuite, chez Tony Saulnier à boire du whisky.

19 mai 1961

L’Enclos primé hier ; en marge du festival : Prix de l’Association des écrivains de cinéma et de TV, avec Viridiana, de Bunuel (lequel gagne encore le Grand Prix).
Chez Danielle vers 16 h. Il y avait Otero, Bernard (très bas), Hélène Toussaint, un de ses fils et son frère.

20 mai 1961

Début de la conférence d’Evian. La France décrète la trêve unilatérale pour un mois, libération de Ben Bella et de ses compagnons, et de 6 000 prisonniers.

21 mai 1961

Dans Lettres nouvelles d’avril, lu un remarquable texte de Broch : Joyce et son temps (écrit en 1936). Tout y est.

22 mai 1961

Retour de Dante. Dîné chez lui. Parlé de Cannes dont le bilan lui paraît satisfaisant – de Mme U, dont l’hypertrophie du moi atteint la cote d’alerte – d’un nouveau scénario (l’ouvrier dans la cuve). Dante passé à Lyon pour la pièce.

29 mai 1961

Envoyé article sur Dante à l’Avant-Scène du cinéma (qui publie l’Enclos).

30 mai 1961

Envoyé synopsis Usine à Dante.

31 mai 1961

Départ en vacances. Dîné à Lyon avec Aster et sa femme, un acteur et un décorateur de leurs amis. Parlé des projets sur la pièce de Dante (la Seconde existence du camp de Tatenberg).

7 juin 1961

Maufrais à déjeuner. La première fois que je le revoyais depuis son départ pour le Brésil. Il a grossi, m’a-t-il dit. Mais il paraît encore faible. Il pense toujours à repartir – mais avec moins de flamme, moins de conviction.
Dîné chez les beaux-parents, blessé aux doigts par l’horloge (toutes blessent, la dernière tue).

13 juin 1961

Quitté l’hôtel à Grasse. Une maison de campagne de milliardaire, d’un luxe imposant : piscine, bassin de nénuphars, cascade, jet d’eau. Les grenouilles coassaient. Les gérants Van Laer et sa femme, ils sont très distingués. Il a inventé une « aile marine ». Elle, rien à ce que je crois. Quelques hôtes, hors nous – des gens de la Lainière de Roubaix.

16 juin 1961

Pas bougé du Colombier. A la télé, revu Il bidone – que les autres invités (un couple et un homme seul de la Lainière) ont peu apprécié et pas du tout compris.

17 juin 1961

A déjeuner, les Caillaud – arrivés en voiture CC (il est diplomate philippin à présent). Très contents et stupéfaits de la magnificence prouvostienne.

25 juin 1961

Arrivée à Paris. Chaleur torride.

26 juin 1961

Fargue enterré aujourd’hui, me dit Obolensky. Coup de fil à Dante : le film représentera la France au festival de Moscou. Dante y part. Mme U, toujours délirante. L’autre projet «  «  en bonne voie.

27 juin 1961

L’atmosphère à P.M. est sombre : le nouvel administrateur, Hamelin, rogne sur les voyages. Le journal baisse. On s’y ennuie.

28 juin 1961

Vu les Diwo : parlé du film, du journal en chute libre, de Mme U, etc.
Revu Sabathier, made in USA. Revenu dégoûté. Ne voit plus d’étincelle que chez les Noirs. Il songe à les ramener « chez eux », en Afrique. Fonder les Etats-Unis d’Afrique. Dit que Vernon Pike aussi veut s’en aller. Il lui a confié un morceau d’uranium pour moi que JMS gardera chez lui en attendant un coffret de sécurité.

29 juin 1961

L’Enclos paru dans l’Avant scène du cinéma, texte, biographie, présentation de Dante by myself.
Chez les Gatti à 20 h. Ils déménagent demain, dans le nouveau building d’à côté, boulevard de la Bastille. Dîné avec Dante et Eddy à l’Enclos de Ninon, bd Beaumarchais, puis à la Bastille, sur une terrasse, parlé du film. Eddy, co-scénariste 2e mouture déjà faite, après mon ébauche. Nouvelles tristes : Juliette Caputo a tenté de se suicider ; elle est mourante à l’hôpital. Bernard ne sort plus, ne fait rien, au fond du désespoir.

4 juillet 1961

Chris au téléphone : Juliette sauvée.
Chez Eddy, lecture du texte de Dante. On supprime le tribunal du début – et on gomme le père et Marie Blanchet. Puis, dans le nouvel appartement de la Bastille, dîner avec les Auclair, Otero, Eddy, Bernard (moins éteint), et Chris venu informer Dante qu’il n’irait pas à Moscou, ni à la steppe des Kalmont (leur grand projet). Parlé de Resnais (Marienbad), d’esthétique, d’esthétique et puis d’esthétique.

5 juillet 1961

Déjeuner chez Michel avec le père Maufrais, Dante, Eddy et René Bourdier.

18 juillet 1961

Rêve atroce et pitoyable : mort de G., qu’on garde pour cacher le fait à la mère.

19 juillet 1961

Projection au Colisée : film de Lary sur la fabrication des glaces (Saint-Gobain). Commentaires à faire, me propose-t-il et son producteur Descombes.

22 juillet 1961

Lary à dîner (son film). L’Enclos, succès à Moscou (article dans le Monde).

24 juillet 1961

L’Enclos, Prix de la mise en scène (Gd Prix à l’Ile nue japonais et Ciel pur russe).

27 juillet 1961

Belle journée ! Lettre de Stibbe m’annonçant que le Parisien libéré m’a battu en cassation. Pas de nouvelles de G. à Paris – Et, le soir, à la TV, la face ratichonne de Bellanger à Lectures pour tous !

28 juillet 1961

Rupture à Lugrin (France – FLN).

1er août 1961

Confirmé : le Thérond m’en veut parce que je n’aurais pas salué son importante personne. Il répand le bruit qu’il ne m’a pas « vu » depuis un an. Plus de papiers.

2 août 1961

Carte de Dante : « Avons été assassinés par les Américains et les Polonais ».

3 août 1961

Lecture de l’Adolescent (Dostoïevski). Plaisir tout neuf comme si je n’avais plus lu depuis 20 ans !

4 août 1961

Michel Salomon, de l’Arche, veut me voir. Il a fondé et lancé un hebdo, style New Yorker , « les Parisiens » – sur quoi PM a mis la main. Il se voit peu à peu évincé. Il est perdu. Que faire ? Doit-il croire Hervé ? Qu’est-ce que c’est que cette maison ?

5 août 1961

Gilbert : Ferlson ou Fergdson, qui avait travaillé à la maison (rideaux) condamné à 12 ans de prison en Espagne. Il avait tenté d’enlevé Degrelle – comme Eichmann.

6 août 1961

Un autre Russe dans l’espace cette fois pour plusieurs révolutions (Titov).
Relu journal de 1940-1945 à cause de C. Dépité, honteux, et pourtant, heureux. Avoir vécu !

7 août 1961

Titov atterrit ce matin après 17 tours de la terre. Une chose qui rend d’autant plus dérisoire le reste : Algérie, Bizerte, Berlin, nos sentiments, nos idées – tout cela caduc, archaïsé.
Coup de fil de Dante, rentré de Moscou, Kiev, Tachkent, Prague. Fatigué, lyrique, saoul et heureux. Explique l’opposition des Polonais au film, le triomphe fait par le public. Dîné avec Eddy et lui, puis erré à St-Germain, toujours intenable et Montparnasse qui se redresse un peu.

9 août 1961

Déjeuner à l’Enclos de Ninon avec Eddy et Dante. Travaillé ensuite avec eux chez Eddy. Ensemble, projection de « Cuba Si » avec Chris. Très beau, encore. Mais interdit par la censure.

10 août 1961

Répondu à Thérond. Le soir, studio Bertrand : Hiroshima (2e vision). Je n’aime toujours pas les braiments de M. Duras.

11 août 1961

Incident Thérond réglé. Dit qu’il y avait malentendu. Dante parti en Espagne (1ère vision) rejoindre Danielle. Michaud (Jean) a signé un contrat chez Fayard avec Toussaint pour un livre sur l’Enclos (150 000 F). Je suis co-auteur pour la forme.

12 août 1961

Avec Beï, au nouvel aéroport d’Orly, puis à St-Germain, à la fête des Loges…
Coup de fil de Mme U, retour de Prague où elle était « dans les pas de Kafka ». Inquiète de savoir Dante parti : il devait l’attendre. Si elle savait qu’Eddy est parti avec lui !

14 août 1961

Ciné : Une nuit à l’opéra, des Marx Brothers. En rentrant, arrêté par des CRS avenue Percier ; on a parlé de putsch le 15 août. Ils ont fouillé la malle arrière.

15 août 1961

Lecture de Segalen. Au ciné, les Mille yeux du Dr Mabuse (Lang). Rien d’approchant de l’angoisse de jadis. Il est vrai que j’avais 10 ans…

16 août 1961

Déjeuner Gaston chez Joseph. Parlé du film, de PM (où l’on s’ennuie, ce qu’il ressent aussi).

23 août 1961

Coup de fil à 23 h de Dante, retour d’Espagne avec Eddy. Il a expédié du travail en retard : préfaces à 3 pièces, etc. Le scénario du Père doit être mis sur pied le plus vite possible, dit-il.

24 août 1961

Chez Eddy, puis à l’Enclos de Ninon pour dîner. Avant, séance de brain storming pour le titre (une centaine). Eddy a mis sur pied l’opération production. Il chiffre à 160 millions, mais il faut plus de précision : le « traitement » puis le scénario y aideront. Ils sont allés à Tarragone, à une corrida superbe de Paco Canuino, et d’un Vénézuelien. Autre problème : annoncer à Mme U que Dante passe du côté de M. U. Donc trahison pour elle.

26 août 1961

Chez Dante, dans l’appartement désordonné, avec Eddy. Il lit le début du scénario, puis recherche d’un titre pendant deux heures : élégie pour un , cantate de… Paule Thévenin surgit à 20 h 30 comme un tourbillon et arrache Dante. Ils dînent chez les Masson, rue Ste-Anne, où je les conduis.

27 août 1961

Je travaille sur le texte Gatti à la fabrication d’une continuité pour les financiers.

28 août 1961

Nouvelle réunion chez Dante, le reste du texte – très bon. Proposé comme titre « Le Parcours du combattant ».

29 août 1961

Fin de lecture du 2e texte. Titre adopté et modifié : le parcours des combattants. Ensuite, avec Eddy et Dante, chez Michaux qu’on emmène dîner à côté de la gare de Lyon. Du Valpolicella. Tout le monde gai, heureux. Rentré par St-Germain, après passage aux Nuages (bar appartenant au peintre Rebeyrolle et tenu par un ancien copain de Dante). Chaleur suffocante 34 ° 3.

30 août 1961

Déjeuner place de l’Alma avec Toussaint et Michaux pour le livre tiré de l’Enclos. Acheté à chacun un billet entier de loterie.

2 septembre 1961

Parti pour Hayange. Visité Douaumont, le fort et l’ossuaire. Un vieil allemand boiteux cherchait sous le soleil brûlant « les Allemands » et ne les trouvait pas.

6 septembre 1961

Parti pour Bonn pour l’enquête de Chevallier (sur la jeunesse allemande).

7 septembre 1961

Arrivée, pluie, solitude. Hôtel de la rue Mozart. Promenade : Marktplatz, cathédrale. Visite de la maison de Beethoven dans la Bonngasse : 2 étages, volets verts, mais le plus émouvant les cornets acoustiques de plus en plus géants. A Cologne, pour dîner, dans un sous-sol où un bonhomme grattait une cithare. Fondue et connaissance d’un diplomate belge et d’une actrice allemande, Carola von Kayser, très jolie. Dit que les jeunes s’intéressent aux élections, très frappés par le procès Eichmann… pense que Brandt gagnera… le diplomate envie d’épouser son actrice.

15 septembre 1961

Chez Dante à 17 h. Il procède au découpage avec Michaud – qui sera 2e assistant (Lary premier : il n’a pu faire encore le grand film qu’il voulait). Chris, dit Michaud, a aimé le scénario mais a fait retirer la scène des miroirs à cause de Welles (la Dame de Shanghaï). Mme U folle furieuse, après la Révélation. Elle veut révolvériser son mari. Il est venu aussi, puis Bernard, retour de ses vacances avec Saget, en bonne forme, et un jeune ami de Michaud.

16 septembre 1961

Téléphone de Stibbe pour le procès (le PL a réclamé les 500 000. On y répond devant les prud’hommes). Parlé du scénario à cause du tribunal militaire (vérifications).
Salle Washington. Projection organisée par l’ami de Michaud, Bellon. Le Styrène (Resnais), déjà vu ; Statues d’épouvante (R. Hessens) et le Diable (Bellon) avec Michaud et sa femme. Après, vu au Deauville avec Dante, Michaud et Bellon, un acteur, P. Michaël, qui pourrait faire l’affaire. Grand mais frêle, maladif, les doigts tremblants.

18 septembre 1961

Adenauer battu aux élections allemandes. Ecrit à Muller, ingénieur de Hayange pour un rendez-vous jeudi.
A 21 h, chez Mme U – convoqué par elle en son hôtel particulier. Une grande scène. Tuer Eddy, ruiner la réputation de Dante, couler l’Enclos ! Sorti, abasourdi.
Mort d’Hammarskjöld, secrétaire général de l’ONU, en avion. Assassinat probable.

19 septembre 1961

12 h 30 : Dante, Michaux, Beï au journal, puis aux Champs-Elysées : film de Vilardebo sur « le Cirque de Calder ». Très bon. Vu Sandy, Louisa, Davidson, Chris (qui participera au parcours du combattant) et Juliette Caputo qui quittera le Seuil quand sa fille, 18 ans, sera casée. J’ai dit à Dante ce que j’ai entendu hier chez Mme U. Grande conversation. Conclusion : rien à faire pour le moment.

21 septembre 1961

Avec Dante et Michaud, à Hayange. Déjeuner maison, puis, sous la conduite de M. Muller, visite de la fonderie (hauts-fourneaux et laminoirs). Une chaleur qui roussissait les poils de ma main. Dîner.

22 septembre 1961

Reparti à 9 h. Rentré en visitant Douaumont et le cimetière allemand de Cousenvoye. Très impressionnant. Rentré 20 h. Laissé Michaud et Dante à la Bastille. Il est question que nous auto produisions le film. Eddy capitulant.

24 septembre 1961

Coup de fil de Chris au sujet du voyage à Liège (théâtre) qui disparaît au profit d’un voyage à Bruxelles mardi (cinémathèque et la région industrielle).

25 septembre 1961

Visite de l’expo soviétique, porte de Versailles. Défilé de mannequins, fort jolies.

26 septembre 1961

Parti avec Dante pour Bruxelles. Déjeuné dans un routier à la frontière. Retrouvé Chris à la cinémathèque, avec Ledoux le directeur – qui nous fait projeter tout ce qu’on désire. Pas démarré du fauteuil de 16 h à 23 h. Drakos (l’Ogre d’Athènes), film grec admirable. 2 sciences fiction (le Village de , et la Créature est parmi nous) du japonais anti-militariste, un documentaire suédois sur les prisons. Dîné à minuit avec la femme et la secrétaire de Ledoux.

27 septembre 1961

Recommencé : un japonais (la Rue sans soleil, sur une grève en 1916 – très bien), un polonais (la Maison), un anglais (Magic Garden, idiot), un allemand (Nicht mehr fliegen : une avant-garde en retard). Puis, au cinéma normal Come back Africa et, le soir, dans une autre salle, une série d’émissions TV sur la science fiction avec extraits et interviews et une bande sur Agnès Varda.

28 septembre 1961

Ledoux a tout payé, même l’hôtel. Parti avec Dante à 8 h. A.P.ris à 14 h après visite d’un cimetière militaire près du Chemin des Dames (français, anglais, allemand). Parmi les Français : « Chinois mort pour la France », sans nom, ni date. Nous devons revenir demain à Bruxelles, à la demande de Chris ; mais Dante a du pain sur la planche – et je suis crevé.

29 septembre 1961

A déjeuner Dante et les Diwo – à qui le premier explique la situation Ulrich. Diwo dit que Gaston s’en va progressivement – qu’il renonce à être « le rédacteur en chef de Thérond ».

1er octobre 1961

La Syrie est séparée depuis hier de l’Egypte. L’étoile de Nasser pâlit enfin.
Coup de fil d’Eddy. Les « hostilités » avec Mme U sont ouvertes : ce qui l’intéresse, c’est la bagarre et pas l’accord. Il était pourtant prêt aux concessions. Blech, arrivé hier pour tourner dans « le Jour le plus long », a été convoqué par Mme U, mais eux l’ont vu avant.

2 octobre 1961

Porté à Danielle le passeport de Fabienne Clarisse qui part pour l’Italie ce soir avec la grand-mère.

3 octobre 1961

Déjeuner rue Custine avec Chris (qui voulait goûter mes yaourts !). Parlé film, Dante. Il hésite à faire son grand film : ne s’en croit pas capable (le choix à faire entre tant de possibilités, d’images). Parlé de la guerre atomique, l’histoire des abris où des voisins veulent pénétrer. Me propose d’écrire le sujet, qu’il tournerait. Accepté. (Nous sommes tombés d’accord, Michaux est le seul homme qui nous intimide).

4 octobre 1961

Grands bruits de guerre partout.
Dîné chez Michel avec Dante, Chris, Ledoux (Belgique) et Resnais, que je vois pour la première fois de près. Très secret, réservé (ressemble à son « pays » Hilleret). Heureux de ce qui lui arrive, mais sans excès. Un peu paniqué. Dante et lui sans contact réel. Une éventuelle défiance et une mutuelle admiration.

5 octobre 1961

Le matin, film de Benedek pour voir une actrice allemande susceptible de faire la mère (avec Dante, Michaud et son ami, et Eddy).
L’après-midi, film au centre français de la métallurgie, rue de Madrid : emmerdant au possible.

6 octobre 1961

Avec Beï et Dante, à Saché chez Calder – où la TV se trouvait (nous l’ignorions) pour faire un docu sur lui. Travellings, appareils, voitures… Billard avec Davidson et Calder. Moi, malade pendant le déjeuner et couché.

7 octobre 1961

Lettre. « Je suis finie ». Voilà ce que la bourgeoisie fait de ses femmes.
Cinépanorama à la TV : interview de Resnais. Très différent de l’autre jour : lunettes, volonté d’être gentil, coopératif.
Gaston à déjeuner : confirme qu’il se retire, me propose une fonction de dégagement (un nouveau titre annexé à 7 jours), dessine les combats et escarmouches du journal. J.P. sera président rédacteur en chef ! Une sénilité sans remède.

9 octobre 1961

Parti pour Genève retrouver Gery pour l’affaire Bauer.

10 octobre 1961

Audience. Tout le monde là : Madeline, Jacob, Pottecher, JBD, Coquet, Dirand, Laborde, le vieux Sommer. Les accusés, tueurs de beau-père, insignifiants petits bourgeois, d’une bêtise incroyable.

11 octobre 1961

Au fil des heures, est-ce la pitié, l’horreur de l’injustice ? Je m’intéresse à Josette Bauer. Les psychiatres la jugent comme une enfant – et je vois bien sa profonde innocence.

12 octobre 1961

Interrogatoire. Réquisitoire : le maximum, demande le procureur, pour tous les deux. Quand il parle de son enfant qu’elle négligerait, elle s’écrie d’une voix étouffée : « C’est faux ». Personne ne le reprend.
Dans la salle, Boularouf, un dignitaire du GPRA qui est à Genève, dit-il, en vacances. Mais, comme Ahmed Francis s’y trouve aussi, tout le monde pense qu’il y a de la pré-négociation dans l’air.

13 octobre 1961

Après une journée de plaidoiries, dominée par celle de Nicolet, le verdict est rendu vers 21 h 30. Lui : 15 ans. Elle : 8 ans. C’est moins que ce que je craignais.

17 octobre 1961

Sommation du P.L. de payer les 5 000 NF (qu’ils avaient versé en mai 60). J’envoie le chèque avec une lettre « explicative ».
Chez Dante, on retrouve Eddy. Le film sort le 25 au Biarritz. Mme U a prévenu Tauna (donc pas de coproduction possible…). On part pour Mannheim festival du film jeudi – Dante, Chris, Eddy. Dante légèrement grippé.

18 octobre 1961

Titov atterrit ce matin après 17 tours de la terre. Une chose qui rend d’autant plus dérisoire le reste : Algérie, Bizerte, Berlin, nos sentiments, nos idées – tout cela caduc, archaïsé.
Coup de fil de Dante, rentré de Moscou, Kiev, Tachkent, Prague. Fatigué, lyrique, saoul et heureux. Explique l’opposition des Polonais au film, le triomphe fait par le public. Dîné avec Eddy et lui, puis erré à St-Germain, toujours intenable et Montparnasse qui se redresse un peu.
18 octobre
Bagarres à Paris. 25 000 Algériens ont manifesté hier soir contre les mesures prises contre eux à Paris (couvre-feu, fermeture des cafés à 19 h). 11 000 arrestations : on les renverra en Algérie. Plusieurs tués.
Discours Krouchtchev : sur Berlin.

19 octobre 1961

Avant de partir : Pas de carte verte d’assurance ; Dante sans passeport ; le câble de l’accélérateur cassé. Levés à 6 h pour partir à 11 h. Déjeuner en route, à Baden Baden. Téléphoné à Boulez, introuvable.

20 octobre 1961

Visite à Boulez – inchangé à présent. Il nous emmène chez lui pour y prendre le café. à Mannheim vers 10 h. Hôtel Gloria. Mme U là (elle avait télégraphié que Dante n’y serait pas !), Blech, Negroni, Ledoux. A 17 h, présentation de l’Enclos. Sur scène, Dante, Negroni, Blech et on m’appelle ! Je viens, je dois parler. Confusion résorbée en petites phrases syncopées. Blech parle ensuite. Ciné jusqu’à 22 h. Parlé avec Dante du 3e film « Malwa » (Gorki) : décidé de le faire en Grèce.

21 octobre 1961

Conférence de presse Dante : films encore. Mme U là, ne dit pas un mot. Le dialogue avec les Allemands. Attendu train de Bonn. Résultats du festival : Chronique d’été et rien pour l’Enclos qui, selon le jury, n’entrait pas dans les normes requises (alors, pourquoi le sélectionner !).
Après, bières (17 ou 20), et tous au théâtre voir « Un du Rhin ». Dante saoûl (il avait en plus eu une explication avec Negroni), fait scandale. « Tu perds le sens religieux », dit Chris. Ledoux, affolé, fait éponger les dégâts à force de Marks. Dante courant après l’ouvreuse qui criait au viol à travers l’immense hall du théâtre.

22 octobre 1961

Avec Ledoux à la foire du livre de Francfort. Vu Toussaint et Flamant. On déjeune avec lui et Melle Durand. Déambulations dans les stands. Vers 18 h, D. se souvient d’une Melle Schmidt, la plus belle fille du monde. Chris monte, tombe dans un cocktail de 300 personnes, la découvre et la ramène. On remonte tous, invités par elle (vu Louise Rainer, très vieille dame et surprise). On les laisse. Dîner près de la gare. On a parlé d’un espion au Seuil : quelqu’un a dit à Dante que son engueulade avec Flamant avait été enregistrée. Flamant incrédule, moi pas. Je démontre la réalité des fiches et de l’espion.

23 octobre 1961

Parti de Francfort à 9 h. The beautifulest venue souhaiter bon voyage. Déjeuner Strasbourg. Domrémy sous la pluie. Pas visité la maison, mais cartes postales en abondance. A Vouthon, extraordinaire monument à la mère de Jeanne, à la gloire de toutes les « mamans de France ». Visité le curé, malade et bégayant, qui a fait fabriquer la statue. On lui achète un disque et une brochure chacun – sans rire. Pauvre curé. Son monument lui a déjà coûté un ulcère et il a 500 000 F de dettes.

24 octobre 1961

A.P.M. on a déménagé de bureau. Je suis au 5e, à la revue d’histoire (encore à naître) avec Pernoud et Gunelbaum.
Reçu invitation pour la première de l’Enclos, ce soir. L’ai envoyée à l’avocat Weill. Personne n’y va, ni Dante, ni Obo. Le nom de Gatti mentionné ni sur l’invitation, ni sur la publicité dans les journaux.

25 octobre 1961

Une amie d’Obo, Nadia, a vu le film hier soir : il paraît qu’il y a eu des applaudissements. Déjeuner avec Dante chez Michel avec Toussaint, Eddy, Blech et Michaud (qui a commencé à écrire l’Enclos). Dante a vu Tourna hier soir à la sortie – où il était allé pour saluer les techniciens. Le Parcours se fera en Yougoslavie.
Ce matin, vu le fils de Rapinat, secrétaire des prud’hommes. Téléphoné à Stibbe : la rage de Bellanger est indescriptible, à en juger par le ton des lettres de son avocat.

26 octobre 1961

Grève des transports (métrobus, trains). Je reste à la maison.

27 octobre 1961

Articles partout : Le Figaro littéraire (de Mauriac), l’Express, le Monde. Il y avait du monde hier. Avec Stibbe et l’avocat de Bellanger qui s’excuse de ses lettres auprès de Stibbe. Devant le Prud’homme Alexandre, exposé : Stibbe dit le conseil compétent, l’autre ne veut rien entendre. Le conseiller décidera plus tard.
Avec Pernoud, je fais le sommaire du n° 0 de la revue d’histoire.

28 octobre 1961

Le matraquage, les noyades de Nord Africains font scandale. Articles partout, y compris le Figaro.

30 octobre 1961

Vu Dante au journal : il signe avec Planchon pour travailler avec lui désormais. Tourna d’accord pour le film. Revu Sabathier après une longue éclipse dudit à Collioure. Très saoûl. Vu aussi Stéphane Strogoff toujours accrocheur.

31 octobre 1961

Le corps de Staline sera expulsé du Mausolée de la place Rouge – décide le XXIIe congrès.

3 novembre 1961

Menant inquiet : il voit le jeu de Thérond, qui se méfie des « écrivains ». Donc, faire brosser les papiers écrits par les reporters favoris et leur faire signer. Avec eux, il serait tranquille.
Chris venu à la maison voir 5 colonnes à la une avec Dominique. Il y avait une séquence sur les abris new-yorkais.

4 novembre 1961

Dante au journal. La mère U le diffame à tout de bras (je lui conseille un jury d’honneur). Il part pour Marseille présenter le film. Vu Gaston – très confiant dans la revue. Il confirme que je garde la chronique judiciaire à PM. Vu Croizard, chef du service couleur ; content que ce soit Gaston qui s’occupe de son service. « Je reste pour travailler avec mes amis », a dit G.B.

6 novembre 1961

Gaston fixe les grandes lignes de la revue avec Pernoud, Grunebaum, Diwo et moi. Vu Nosovitch qui se lance dans la carrière d’attachée de presse d’éditeur. A besoin d’aide. Allons…

8 novembre 1961

Coup de fil de André Michel, qui va tourner un scénario de Han Suyin. Me propose de le revoir et de partir pour le Cambodge. Refusé.
Cherché Danielle et amenée à l’Odéon – théâtre de France pour le concert Boulez (rétrospective Stravinsky). Petrus en habit, ôtant et remettant ses lunettes, Souvt, Bernard et Sablé. Michaux.

9 novembre 1961

Emmené Serval de 7 jours au cocktail du Seuil au Pont Royal. Flamant, Bardet, Bastide, Sadoul. Vu Dante, retour de Marseille (l’Enclos) et de Lyon (il est peu optimiste sur la pièce confiée à Gisèle Tavet par J.J.).
Fait la liste des papiers et de leurs « auteurs ». On prend uniquement les signatures de PM (évincés par Thérond). Proposé titres pour éviter « L’histoire et l’amour ».

10 novembre 1961

Mort d’Amato (Crapaud-Buffle), sans doute suicide au gaz.
Feu vert donné par J.P. Il fait d’ « Histoire » son affaire personnelle, en dehors de ses associés de Match.

11 novembre 1961

Les Pottecher à déjeuner. Il a été plastiqué hier : tout détruit chez lui. Il paie ses comptes rendus des procès algériens à la TV. Avant-hier, c’était Madeleine Jacob. J.J. devait venir et dîner avec Dante et moi ce soir. Il ne peut quitter Lyon. Dante a rendez-vous chez Planchon avant de s’embarquer pour Ljubjana demain. Reste Cuixart, peintre espagnol, ami de J.J. que je vais voir galerie Drouin, rue Visconti. Parlé avec lui dans un café de peinture, Franco, Gaudi, Algérie.

13 novembre 1961

Travaillé depuis 8 jours à « L’amour de l’histoire » (propose Barsalon, Haedrich, des sujets, la 1ère page dessinée comme Time, etc.).

14 novembre 1961

Vu Hervé Mille pour l’Histoire. Ca l’amuse de jouer avec notre sommaire, L’H et l’amour, L’H et les femmes, etc.

15 novembre 1961

Réunion chez Gaston avec Hervé Mille, Pernoud, Grunebaum et Lagarrigue qui fera une maquette.

19 novembre 1961

Parti avec Beï pour Bordeaux. 3e procès Marie Besnard. Soleil à Angoulême, après le givre et le froid du Nord. A Bordeaux à 17 h, hôtel de Bordeaux face au théâtre. Vu l’avocat Hayot. Puis, après dîner, chez Me Favreau-Colombier, l’autre défenseur (féminin), où se trouve le reste de l’équipe : Gautrat, vieux tribun fatigué et De Cluzeau.

20 novembre 1961

La matinée à l’hôtel. A 14 h, procès Marie Besnard. Président Nussy Saint Saëns. Tout le monde là. Elle, en astrakan, lunettes modernes – élocution parfaite et quelle douceur dans la voix ! Interrogatoire jusqu’à 20 h.

21 novembre 1961

Avec Chandet et Segonzac, chez les Peyrelongue, négociants en vins : visite des chais. 2e audience. La Marie s’évanouit. La ronde des experts commence : os, faune cadavérique… Dîné le soir avec Destrade (correspondant), Pottecher et sa femme, un Américain de Time, le type de la Croix. Le coup de la banane à George V – la serviette, l’œuf dans le verre, sans compter ma ballade à Marie.

22 novembre 1961

Le matin à Arcachon avec H. et H. Dîné sur cette si jolie petite plage, absolument désolée. Au tribunal l’après-midi, les experts passent un mauvais quart d’heure sous les coups de Me Goutial et Hayot : le prof. Truhaut, le prof. Lemoigne.

23 novembre 1961

Prof. Lemoigne, prof. Favel (adjoint de Jolliot Curie). Bagarre encore. Marie Besnard tire son épingle, semble-t-il. Elle a souri. Dîné avec Les H. et H., les Pottecher et l’Américain de Time, Paul Ross.

24 novembre 1961

Goûté le vin chez Peyrelongue avec H et H. Commandé barrique, whisky et châteaux. Procès : Truhaut, Lemoigne. M.B. pleure encore. Dîné au Buffon avec H et H, les Pottecher, Théolleyre, Perrin (du Progrès), Lachat, Guérin (de l’Huma).

25 novembre 1961

Rentrés par la route à 18 h. rien de nouveau pour Israël.

26 novembre 1961

Téléphone Lavaud : ça accroche pour le procès Eichmann. Du Thérond encore là-dessous.

27 novembre 1961

Confirmé : J.P., économe, supprime le voyage en Israël. L’Enclos arrive à bout de course au Biarritz et aux Ursulines. Fréquentation moyenne : 36 % (passable, semble-t-il). Odette Valeri invitée à s’en aller avec ses indemnités. Prétexte : sa collaboration au Nouveau Candide. C’est plutôt l’offensive contre les « signatures » qui commence.

28 novembre 1961

Coup de fil d’O. Valeri. Je l’invite à ne pas se laisser tailler en pièces, à résister à outrance.
Grèves (gaz, électricité, transports, etc.). Je reste à la maison et termine le synopsis de « Foxhole ». Sur le cartouche de PM, on lit à présent : Président rédacteur en chef, Jean Prouvost. Un titre vraiment nouveau.

29 novembre 1961

Valeri : sa résistance l’emporte : elle reste. Mais c’est bien d’eux : essayer le mauvais coup, quitte à reculer si le mouton braille.
Vu Dante. Mme U a porté plainte à Mannheim parce qu’elle n’était pas montée sur l’estrade (tandis que moi). Elle a saboté le film (le Parcours) en Yougoslavie ; le voyage d’Eddy et Dante a échoué. Restent les distributeurs français qui réclament des changements (Algérie à ne pas évoquer). Il s’y attelle. Rapistadt : une réussite. Il y retournera. Le 16 février, « Auguste G » sera monté par Planchon à Villeurbanne.

30 novembre 1961

Brigitte Bardot sommée de verser 5 millions par l’OAS, refuse. Elle ne veut pas vivre dans ce pays nazi. Lu « Médecin à Auschwitz », de Nyszli. Et je croyais connaître les camps ! Téléphoné à J.J. pour dire que Planchon monte « Auguste G ». Il est embêté, demande que Dante prévienne lui-même Gisèle. Un coup dur pour elle. (Mais Dante n’a guère confiance en elle.)

2 décembre 1961

Vu Gaston. P.M. et Life vont s’unir pour la télé. Il propose à J.P. « la Bible » en feuilleton. J.P. enthousiaste, dit-il.
Dîner chez Dante qui m’offre le manuscrit du Quetzal. Etaient là Bernard, Petrus (concert le 6), Paule Thévenin et son mari, les Otero, les Toussaint. Une réunion du good old time – peut-être la dernière de notre jeunesse. Parlé du fascisme menaçant, entre autres. Avant, Gatti m’avait raconté le sujet « d’Auguste G » que Planchon monte en février à Villeurbanne. Grande chose.

4 décembre 1961

Envoyé « Foxhole » à Chris.

5 décembre 1961

Déjeuner chez Michel avec Juliette Caputo, Michaud et Toussaint (pour l’Enclos livre). Caputo fait la mise en page. Plus loin, il y avait Dante, Chris et Eddy.

6 décembre 1961

A 10 h, vu Dante avec Michaud (biographie pour l’Enclos livre). Mme U a proposé au Seuil l’édition du Château, scénario de Mme Ulrich. C’est l’œuvre de Dante. Un vol. Projet de film avec Joris Ivens – et à Cuba.
Concert. Schönberg exclusivement. Boulez dirige. Vu Danielle, Bernard, les Toussaint, les Otero.

7 décembre 1961

Le climat politique de plus en plus lourd : plastic, OAS, manifs. Weimar ?

9 décembre 1961

8 h train pour Bordeaux. Audience 14 h. Réquisitoire du procureur de Robert. Le comble de la fuite : il abandonne ses responsabilités au jury. Entre tout et rien, il suggère une troisième voie : une peine modérée (les 5 ans qui contiennent la prévention permettent de libérer l’accusée tout en la faisant payer). Plaidoirie de Gautrat, bien fatigué hélas, mais avec quelques éclats. Dîner avec les Pottecher, Laborde, Théolleyre, Mauriès, Serruzier, Dinand, Montarron.

10 décembre 1961

Déjeuner H et H, les Pottecher, Hayot, sa femme et ses secrétaires. Dîné avec les amis, traîné tard.

11 décembre 1961

Plaidoiries : Hayot incisif, Favreau-Colombier émouvante, Ducluzeau majestueux en fin de soirée. Et des applaudissements.

12 décembre 1961

Gautrat : très mauvais le matin. Un peu mieux l’après-midi. Délibéré. Acquittée. Flash, foule, hôtel Esche Ona, radio, T.V., etc. Mauriès, Blanchette et Astrid and co, Théolleyre, Henriette.

13 décembre 1961

La fête continue. Photographes, champagne. Déjeuner avec Mauriès et Blanchette chez les Martel à Andernos. Retour. Fin de la fête. Marie B. offre à boire aux journalistes. Les avocats font leur valise. Saluts. M.B. disparaît. Train de Paris.

14 décembre 1961

Vu Dante au journal. Il part pour Rapistadt, Cuba.

16 décembre 1961

Coup de fil de Sabathier : J.P. Michaut en taule pour s’être bagarré. Cette fois, il risque la prison ferme. Je conseille Dubois.

19 décembre 1961

Manifestation anti OAS à la République, sauvagement réprimée par un gouvernement de plus en plus incohérent (ne pas faire croire qu’on est allié des cocos ?).

21 décembre 1961

Chez Danielle avec des cadeaux pour les moufflets (poisson noir cendrier, tête mexicaine tirelire, poupée chouette). Dante parti pour Cuba.

27 décembre 1961

Coup de fil de Chris, qui fait surface après une disparition dépressive. Il a montré Foxhole à Resnais qui songe, du coup, à traiter le sujet.

30 décembre 1961

15 h chez Chris, rue des Patriarches. Parlé de Foxhole. Mais il se dit hors de forme, sans volonté ni pouvoir (l’échec de son « 
 », dit-il – pas l’amour). Offre, s’il ne le fait pas, de passer la main à Resnais.