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1956

Pierre Joffroy était son nom de plume. Maurice Weil celui de l’etat civil.
Né en 1922 À Hayange en Moselle, il monte à Paris en 1945 après être passé par Lyon où il s’était réfugié en 1941, rejoint plus tard par son frère Gilbert .
Entré au Parisien Libéré dès son arrivée dans la capitale il réalise un de ses premiers reportages en s’embarquant sur un « rafiot » chargé de juifs européens  rescapés des massacres nazis.

Ici commence l’histoire des carnets dont certains disparaissent à l’occasion de ce voyage en terre de Palestine en 1947.
Il s’agit d’un petit agenda (un par trimestre) sur lequel il note rendez-vous, rencontres, conversations téléphoniques, lectures, sorties, projets et ceux de ses amis.
Le format n’autorise pas le développement comme encore moins les épanchements (même si on trouve quelques cris du cœur).
Ces carnets pourraient être (sont) comme une gigantesque table des matières d’un livre à venir, un vaste index qui renvoie à autant de pages qui ne sont pas encore écrites.
Au commencement était le verbe. Reste à trouver la suite.
À vous de lire ce projet de « livre total ».
À vous de nous donner des informations complémentaires que la lecture de ces 20 premières années (1947-1968) vous inspire.
La suite, 1968-1980, puis 1980-2000, paraîtra dans le courant de l’année 2021.
Les carnets n’avaient jamais été lus, ni déchiffrés avant 2008. Ils ont été photocopiés puis déposés à l’IM.C.(Institut Mémoires de l’ Edition Contemporaine) avec les archives de Pierre Joffroy où ils peuvent être consultés.

Choisissez une année 

1er janvier 1956

Coup de fil de Rognoni et Gatti, ému. Téléphoné Boulez. RV pour samedi.

2 janvier 1956

Élections. Vu Bernard Saby, à qui j’ai remis les photos faites par Litran à son expo. Paul Jacobs était là, sombre. Rien ne va plus pour lui.

3 janvier 1956

Victoire poujadiste – avance communiste – Mendès : succès dans la région parisienne, mais non dans la province. La Tour Eiffel (3e étage) brûle. J’y vais. Temps magnifique à 10 h ; ciel bleu ; lune visible. Quelques voitures de pompiers sous la Tour.

4 janvier 1956

Bilan des élections : on ne parle que de Poujade.

5 janvier 1956

Papier Minou remis.

7 janvier 1956

Déjeuner Dupont avec Beï, Boulez, Saby et Paule. Boulez confirme qu’il fera la musique de Kateb.

8 janvier 1956

Déjeuner tous – père, mère, fils et bru. Puis, le soir, vu « Lola Montes » de Max Ophuls avec Martine Carol – Bon (le film est l’objet d’une querelle entre ceux qui y voient de l’avant garde et ceux qu’il ennuie).

9 janvier 1956

Gatti au journal pour suivre l’évolution de ses papiers – ça doit marcher – sauf quelques rectifications. Il me répète son offre de faire un livre sur la Chine (c’est pure bonté). J’accepte.

10 janvier 1956

Lettre et photos à Wang, Pékin. Tempête de neige.

11 janvier 1956

Coup de fil de Melle Drouet, pas mécontente, mais…très curieuse de la lettre du curé.

12 janvier 1956

Gatti reçu le contrat de Lazareff : 200 000. Acheté équipements de ski. Avec Dante, puis Bernard, à la Hune : exposition de dessins de Michaux et de son livre « Misérable miracle » (sur l’expérience de la mescaline).

14 janvier 1956

Départ Courchevel. Sleeping 23 h 30.

16-18 janvier 1956

Ski – leçons de ski : conversion, chasse-neige…

21 janvier 1956

Renoncement au ski, à ses pompes et à ses œuvres. On reporte les lattes et on se repose. « Comment, dit le moniteur, ils ont acheté des fixations de sécurité pour deux jours ! »

22 janvier 1956

Travaillé à l’article Mexique.

27 janvier 1956

Championnat de France de slalom géant sur la piste de la Loge. Temps de chien : vent et neige. Vu chez Béghin, Yéhiel de France-Soir. Au châlet voisin de l’hôtel, Mme et M. Salmon, également de France-Soir.

28 janvier 1956

Championnat à Courchevel : un concurrent se casse la jambe. Traineau.

29 janvier 1956

Fait connaissance de la Serbe de l’hôtel, Mme Konstantinovitch qui a servi d’intermédiaire au roi Pierre de Yougoslavie contre Match et Reyer (accusation d’avoir été complice des assassins de son père). Ladite, légèrement antisémite. Puis, comme je lui dis ce que je suis, elle se rétracte.

30 janvier 1956

Plateau d’Assy. Vu l’église (Léger, Matisse, Rouault, Richier). Retour Paris.

1er février 1956

Acheté voiture. Discuté avec Roux la note de frais du Mexique : 340. Les 40 seront donnés à la parution.
Vu Dante (Danielle et le gosse à Valloires). Ses papiers annoncés dans Match. Il est indigné par les articles de Guillain dans le Monde (demain, conférence de presse avec Sartre pour les réfuter).
Bernard a acheté une grosse motocyclette « Triumph » !!!

2 février 1956

– 13°. Travaillé avec Dante aux papiers Chine. Reçu au journal le paquet du Mexique : le mescal est intact !

3 février 1956

Gatti raconte la conférence de presse d’hier soir, au palais d’Orsay (pour protester contre les allégations antichinoises de Guillain – le Monde et de Farro – le Figaro). Sartre et Gatti ont vigoureusement contre attaqué.
Après le déjeuner, le grand-père a une faiblesse, grave : pâle, les lèvres tremblantes. Médecin, piqûres. Gatti le soutient. C’est peut-être le froid.
Le général Catroux, ministre-résident en Algérie, annonce qu’il faut reconnaître la personnalité algérienne.

4 février 1956

Concert à 17 h 30 au Petit Marigny : Webern (quatuor et Bagatelles), Debussy, Bartok et surtout Berg (la belle, la très belle Suite lyrique). Bernard, Dante et Danielle, Petrus dirigeant et poussant le piano – enfin : Jacobs au piano.

5 janvier 1956

Avec Dante, travaillé Fleuve Jaune.

6 janvier 1956

Arrivée de Guy Mollet président du Conseil à Alger. Émeutes : fruits lancés, gerbe piétinée. Mollet cède : il « accepte » la démission de Catroux, ministre-résident en Algérie.

7 février 1956

Coup de fil de Dante : le P.L. a refusé de passer son enquête chinoise. Desjardins l’avait reçu dans son bureau garni de 2 gardes du corps. Dante lui a rappelé l’enquête sur l’Algérie. Téléphoné à Bedel à Libé. Il rédigera le jugement pour le président Palau, aveugle. « Question de semaines », dit-il.

8 février 1956

Coup de fil à Crémieux pour accouchement sans douleur de Beï. R.V. avec le Dr Vellay.

9 février 1956

Coup de fil de Bernard. Rupture en train avec Jacobs. Demande fric. Lui envoie
50 000.

10 février 1956

Papier remis. Manifestation fasciste à l’Etoile (Comité d’entente des anciens combattants) interdite. Déjà la gauche avait réagi.
Prouvost se serait plaint que Gatti – dans son intervention anti-Guillain – a compromis « Match » (Il trouve aussi la chose « discourtoise » à l’égard d’un journaliste).

11 février 1956

Gatti là : papiers Pékin-Paris. Quelques manifestants à l’Etoile. Article virulent de Mauriac contre Guy Mollet.

14 février 1956

Gatti pour 2e papier Chine.

18 février 1956

Gatti pour fin du Chine II.

20 février 1956

A revoir papiers Churchill « Histoire des peuples anglais ».

22 février 1956

Gatti là – pour « Pékin-Paris » (4 derniers papiers). Il est un peu las d’écrire sur la Chine sans que rien paraisse (P.L. : non ; Match : peut-être).

24 février 1956

Avec Beï, arts ménagers, puis un film de Lucchino Visconti (Senso), puis dîner chez Michel.

25 février 1956

Paul Léautaud, mort mercredi (22) incinéré aujourd’hui.

27 février 1956

Au Louis XIV, Association : 25 présents (Menant, Mauriès, Dante, Royer, H. Chandet). Bureau élu (moi y compris) mais sans Simone Téry et Lefèvre. Grands projets agités : Prix du journalisme (1 million), correspondants étrangers, ordre des journalistes. Pierre Seize et Georges Arnaud admis – mais pas Jules Roy ni Diwo. Rentré 3 h 15.

1er mars 1956

Litran et Chevalier mécontents après leur retour de Russie. Match a vendu leurs photos exclusives du musée de l’Ermitage à un éditeur qui désire seulement les écarter de la circulation (pour placer les siennes).

6 mars 1956

Chypre, Algérie, Israël, Transjordanie : « Les gens, dit ma mère, redeviennent déraisonnables ».

8 mars 1956

Remis Churchill (introduction au chapitre César).

9 mars 1956

Parti avec Beï à 9 h pour Arras (Courrières). Arrivée 12 h 15. Hôtel de l’Univers. À 15 h, avec Solez et Vals chez les rescapés, Pruvot 65 ans et César Danglot 78 ans. puis au cimetière de Méricourt, veillée des mineurs.

10 mars 1956

Sur le carreau du puits, le préfet remet la légion d’honneur à Pruvot et Danglot. Un autre survivant, qui s’est fait connaître trop tard, était là, mais n’a rien eu.

13 mars 1956

Coup de fil de Dante, revenu de Monaco.

14 mars 1956

Travaillé papier Courrières.

16 mars 1956

Coup de fil de Mme Drouet. Son procès contre la bonne passe le 27 avril. Beï ira.

18 mars 1956

Terminé Courrières.

19 mars 1956

Coup de fil de Collin qui est chez Dante.

20 mars 1956

Déjeuner avec Diwo et Toussaint chez Pescel, rue de Tournon. Toussaint veut faire avec D. Paps une collection « Vouloir ». Je ferai nominalement le « Sahara » avec Louis Armand, mais ce serait Collin qui l’écrirait. Vu Gatti et Danielle et Collin, venu en scooter de Mirabeau. Il accepte la proposition de Toussaint.

21 mars 1956

Cherché le père Évanno à la gare. Concert « Domaine musical » : Dante, Bernard, Paule, Jacobs, les Toussaint, Flinker. Au programme : Webern, Nono, Stockhausen et « Le Marteau sans maître ». Petrus en habit et souliers neufs dirigeait. Visage pâle, tendu, fatigué. Transpiration. Le petit doigt des mains levé. Sans baguette. Cantatrice en violet (M.-T. Cohn), applaudissement, acclamations. Petit speech à la fin : « On fera mieux l’an prochain ». Sa sœur est là.

24 mars 1956

Gatti : « Je suis naturalisé ! ». Collin : « Robert Toussaint m’a donné le matériel pour le livre d’Armand ».
Coup de fil à minuit de Collin. Les Gatti sont au cinéma – et il ne sait pas comment fermer la chaudière à gaz : « C’est terrible, tout est rouge et les chats gueulent ! » Mais je ne connais pas la chaudière.

27 mars 1956

Remis chapeau Guillaume le Conquérant (Churchill).

3 avril 1956

Premier jour avec mon beau-frère Éric, 6 ans. Dîner avec Beï chez les Gatti (où Collin est toujours). Réconciliation approximative de Danielle et Beï. Gatti, enchanté de France-Soir. On parle Staline, déstalinisation. Mme Saulnier a téléphoné pour un ami de K. qui cherche à le rencontrer, ledit ami arrivé de Constantine. Le père a été fusillé en représailles d’un assassinat de commissaire français. Il veut voir K. qui est le grand homme puisqu’il écrit à Paris – pour qu’il parle de ça.

4 avril 1956

Au ciné avec le beau-frère. Vu « la Chevauchée fantastique ». Coup de fil de Danielle : 2 places pour le Palais des Sports « le cirque d’ État de Moscou ». (Popov le clown). Artistes un peu contractés. Helmann là aussi.

8 avril 1956

La belle-mère revenue de Landividiau.

9 avril 1956

Déjeuner « Eden Roc » avec Toussaint, Diwo et Daniel-Rops. Projet livre Sahara accepté. Remis en outre le Maufrais (parce que sa nièce, une enfant, s’intéresse à l’histoire).

16 avril 1956

Remis papier chapeau à Cœur de Lion (Churchill).

17 avril 1956

Coup de fil de Robert. Rops a remis le Maufrais à Bronty : « J’ai là un manuscrit de tout premier ordre… »
1ère parution du Temps de Paris, 1er quotidien du soir sur demi-format réactionnaire (Ancelot, Escuret, Claustre, Serron, Monod).

18 avril 1956

Au procès des fuites, témoignage de d’Astier que Beranès traite d’espion et d’ignoble menteur. Tixier, de sa voix de basse étudiée, continue son opération contre la gauche mendésiste. Labrusse se défend avec véhémence et sincérité. Vu Escuret, Bernard-Deroyne, Théolleyre. Citation reçue aujourd’hui.

20 avril 1956

Richerot (directeur du Dauphiné libéré) envoie une lettre à Prouvost pour se plaindre que Menant le quitte sans vouloir faire son préavis et d’une manière impertinente après lui avoir dit que, de toutes façons, Match le paie depuis le 1er avril…

26 avril 1956

Départ pour La Baule. Hôtel des Dunes, dîner chez les Boesch. Vu les Boesch, les Drouet et Minou.

27 avril 1956

Déjeuner à Guérande. Audience à la villa Caroline. Journalistes de Paris (Cl. Gonon, Emmanuel Bromberger, etc.) Foule s’écrasant et violemment hostile à Mme Drouet. Minou là, un ruban dans les cheveux, jouant. Les témoins (Boesch, Mme Bourineau, et les gens de La Guerche). Beï bien. Marcepoil plaidant. Réponse de son vieux confrère de Nantes, le bâtonnier Bruant. Mais dans la forme, action irrecevable en raison de « vices » de rédaction.

28 avril 1956

Un an de Beï ! Déjeuner offert par les Drouet chez les Boesch.– avec les Bourineau. Mme D. ulcérée : 250 000 F de frais (100 000 à Marcepoil, 100 000 à Minot, les témoins, etc.) Nous offre cependant 30 bouteilles de blanc. Départ 16 h pour Angers. Dîner et coucher chez les Grumbach.

30 avril 1956

Enquête de Gatti dans F.S. « J’ai filé les détectives privés ».

2 mai 1956

Carte de Boulez (de Mexico).

3 mai 1956

Exposition Calder rue Bonaparte – m’invite à venir le voir à Saché (I. et L.)

5 mai 1956

Vu Gatti : il est satisfait à F.S. Otero lui a écrit qu’il va venir à Paris en allant à la biennale de Venise (une de ses toiles achetées par le musée d’art moderne).

7 mai 1956

Visite de Tito à Paris

9 mai 1956

Studio des Champs-Elysées. « Les Chaises » de Ionesco. Très bon.

11 mai 1956

Coup de fil de Mme Drouet pour photo éventuelle de Minou et de ses compositeurs (dont Boesch).

12 mai 1956

Mme Drouet déboutée.

13 mai 1956

Aux courses de Longchamp.

14 mai 1956

Carte de Boulez du Pérou.

15 mai 1956

Obolensky m’invite pour sa remise de la Légion d’honneur.

16 mai 1956

Prix Albert Londres, gare d’Orsay. Mauriès choisi (Farran battu, mais non nommé pour ne pas le gêner. F. a fait des impairs – contre lui, Martin-Chauffier, Helsey). En rentrant, rue Pierre-Charron, rencontré Navarro. Bu un verre.

18 mai 1956

Envoyé adhésion à amitiés franco-chinoises.
Avec Dante, chez Mme Arthuys, avenue Victor-Hugo où Obolensky fêtait sa Légion d’honneur. Beï, Jean Martin-Chauffier, Le Bailly, Diwo, Grunebaum et les grandes duchesses russes. König.
Aux Champs-Elysées, films chinois à l’occasion de la foire de Paris – avec introduction de Dante (cravate verte) sur Mei Lan Fang et le théâtre chinois. Les gens s’en vont au fur et à mesure que le film se déroule. Vu Saby, Jacobs, Kateb ivre (fraternisant avec un garde et déplorant sa « stérilité »), les Toussaint, Paule Thévenin. Rentré minuit.

20 mai 1956

Un scandale ! Fuites : Mons et Boranès acquittés, Labrusse 6 ans de prison ! Turquin 4 ans. Les fascistes, amis de Tixier-Vignancourt acclament. Georges Arnaud blessé par eux.

23 mai 1956

Vu au studio Etoile : « Nuit et brouillard » d’A. Resnais et Cayrol. Puis un film sur Mauriac.

27 mai 1956

Chez Béghin à Condé-sur-Iton (100 Km). Les Diwo et les Clark. TV : finale de la Coupe de France.

28 mai 1956

Bernard chez lui. Il m’offre une gouache. Paul Jacobs désespéré : rien ne va plus entre eux ! Avec Dante et Bernard à Orly : arrivée de Mercédès et Otero (angoissé, c’était son premier avion et il y avait eu un incident et 24 h de retard). Il va à Venise exposer à la Biennale. Canicule.

30 mai 1956

Coup de fil de Dante : il est licencié de F.S. (compression de personnel, disent-ils – en fait, sûrement une raison « politique).

31 mai 1956

Vu Dante 18 h chez lui. Il cherche à savoir – je téléphone à Jeff qui va lui aussi s’enquérir. Envisagés : F.T., Progrès, Paris-Normandie, Constellation. (Danielle enceinte, appartement trop cher (40 000).
Cocktail du Seuil avec Dante : vu Flamant, Cayrol, etc. Au retour, parlé avec Dante de mes projets littéraires et de mes hésitations. Il dit : « Je crois en toi ».

2 juin 1956

Verdict Denise Labbé : perpète. Algaron : 20 ans.

4 juin 1956

Coup de fil de Dante. À F.S., Cohen l’a reçu grossièrement. Ce serait inexplicable s’il n’y avait pas la raison « politique » derrière. Déprimé par cela.
Au cinéma Ternes « La Fureur de vivre » (Rebel without cause) avec James Dean. Bon, bien qu’un peu poussé vers la psychanalyse.

5 juin 1956

Beï chez Villey qui lui dit : « Ce sera un garçon ».

8-9 juin 1956

Honfleur, Bourgtheroulde, Villequier – cimetière. Caudebec.
Gatti à Helsinki avec Kessel.

12 juin 1956

Prix Armorin. Déjeuner cercle Interallié : Goulon, Sevry, Jeff, Wolff et secrétaire Heley. Elu : Yvon Hecht pour Jeunes loups.

14 juin 1956

Fait un papier – de Le Bailly sur l’éternel Townsend.

15 juin 1956

Avec Beï, Gilbert et Jacqueline, au Châtelet : le Lac des cygnes par la troupe soviétique Stanislavski.

16 juin 1956

Avenue Victor-Hugo inauguration par Kœnig d’une plaque à la mémoire d’Arthuys.
Reçu livre de Kateb : « Nedjma ».

17 juin 1956

7 h pont de l’Alma. Automoteur Melissinde, patron Le Mat – départ pour Rouen. Déjeuner à bord. Escale à Bonnières. Invité Le Mat à dîner. Couché à bord. Le matelot a une fille qu’on n’a pas vue. Ecluses ! écluses ! Achevé « Le Lys dans la vallée » – bercé par les vaguelettes de la Seine, à défaut de la Loire.

18 juin 1956

Ecluses ! écluses ! On fait du 16 à l’heure. Toujours pas vu la fille du matelot. Rentré en train de Rouen.

19 juin 1956

Froid, pluie. Mère : rhumatismes, Henri : ulcère estomac, Grand-père : expulsé, Gatti : licencié, etc.
L’Humanité publie une déclaration du PC protestant contre le « rapport Krouchtchev » et défendant Staline.

25 juin 1956

Acheté layette avec Beï. Vu le soir Dante (Bernard là). Il termine l’enquête pour F.S. qu’il quitte en juillet, mais pour continuer à lui donner des papiers (ce qui ne « compromettra » pas estime le journal).

26 juin 1956

16 h 18 train du Havre pour la Colombie – Maufrais – valise, sacs légers. Fatigué mais vif, toujours en congé. 56 ans, montrant la photo de son fils par la fenêtre du wagon. Son escorteur, jeune blond (« Il a la vocation », dit-il), Daniel Thouvenot, 19 ans.

28 juin 1956

Coup de fil de Toussaint : le Maufrais retenu.

29 juin 1956

Grèves et émeutes à Poznan – morts et blessés.

1er juillet 1956

Fini « Nedjma ». Très beau et original malgré le substrat faulknérien. Lu « Témoin parmi les hommes » de Kessel (reportages), puis « À la recherche de mon fils » de Maufrais.

3 juillet 1956

Depuis 3 jours, une voisine beugle contre la concierge – démentiellement, sans arrêt, sans reprendre souffle. Reçu contrat Fayard. Lu « Ecrits » de T. Herzl, continué « Education sentimentale ».

5 juillet 1956

Du « Temps » coulé, beaucoup viennent pour entrer à PM. Difficile (Martin, Ancelot). Raccourci du tiers un papier du Cartier sur Las Vegas (les jeux).

9 juillet 1956

A.P.M. on déménage demain du 1er au 4e.

10 juillet 1956

4e étage à PM remis à vendredi. Bordel complet, jalousies : il y a ceux qui ont des bureaux et les autres, ceux qui ont de la moquette et ceux qui n’en ont pas…

12 juillet 1956

Le soir, chez Dante, réunion d’adieu autour de Otero qui part pour Rome rejoindre Mercédès, puis le Vénézuéla. Bernard fatigué. Paule – Robert – nous deux – Discussion sur le stalinisme et la déstalinisation et le drame et le désespoir des communistes. Cadeau d’Otero : un hochet d’osier, garni de graines.

13 juillet 1956

Pagaille à P.M. déménagement.

14 juillet 1956

Pas de bals, ou peu : Algérie. Otero parti pour Rome. L’ai raté à la gare.

15 juillet 1956

À 9 h clinique rue Lebouis. Temps gris avec bouts de ciel bleu. Paris désert. Prévenu Gilbert au marché. 13 h 05 : une fille ! L’enfant se présentait mal. Chloroforme. Prévenu tout le monde. On l’appellera Ariane. Téléphoné à Gatti.

16 juillet 1956

3 fois à la clinique. L’enfant est belle : nez et oreilles de Beï, cheveux noirs, yeux ? Téléphoné Toussaint, Saby, Lévy.

17 juillet 1956

Visite des Menant. Les Gatti enrhumés viendront plus tard voir Ariane.

21 juillet 1956

Visite de Gilbert, Jacqueline, les Scotch, Monique.

24 juillet 1956

La Beï rentrée à 19 h avec Ariane.

26 juillet 1956

La petite mange mal.
Le paquebot Andrea Doria coule, éperonné près de la côte E.U. Nasser nationalise le canal de Suez.

29 juillet 1956

Fait venir un ami de Toussaint, le Dr Philippe Thibault, pédiatre.

30 juillet 1956

Visite de Danielle et de Bernard.

31 juillet 1956

En 15 jours, le poids de l’enfant est passé de 2,880 à 2,460 !

1er août 1956

Petite amaigrie, pâle, abcès à la tête. Thibault venu à 16 h. Hôpital des enfants malades. Ma voiture prêtée à Gilbert. Recherche d’un taxi. Pluie. Admission au pavillon Charles Foix.

2 août 1956

Enfants malades de 9 h ½ à 11 h 1/2, à attendre le médecin. Colère, éclats dans les couloirs.

3 août 1956

Chez Saby avec Gilbert pour prendre une aquarelle (Paul au mieux avec Petrus dont il va jouer les Structures). Dîné avec Beï chez les Gatti (lui, part pour Bargemon avec la Triumph de Saby, elle, va à Quiberon voir Stéphane).

4 août 1956

Lis « Tristes tropiques » de C. Lévi-Strauss.

5 août 1956

La petite mieux. L’infirmière parle d’un colibacille.

6 août 1956

Thibault satisfait : Ariane prend du poids.
Otero de Saby, en voyant ses œuvres : Il est sauvé !

8 août 1956

Hier, cinq camions de dynamite explosent à Cali (Colombie) : 1 000 morts. Près de Charleroi, 275 mineurs prisonniers.

12 août 1956

Ariane : 2 Kg 750. Beï pleure parce qu’elle a peur de la guerre (à cause de Suez). Nasser refuse d’aller à Londres, mais propose autre chose.

13 août 1956

80 corps découverts à Marcinelle.

14 août 1956

Paris, remarque Beï, est livré aux N. Afr. – question de niveau social : ceux qui prennent des vacances et ceux qui n’en prennent pas.

17 août 1956

Aux Enfants malades : Ariane a perdu 75 gr. en un jour. Radio

21 août 1956

Lettre de Mme Drouet, mère de Minou. Lettre de Dante (de Borgemon) : 1) il a terminé sa pièce – en souhaitant qu’elle ne ressemble pas à du Brecht. 2) Saby a besoin de 10 sacs. 3) Ils ont eu un accident de moto.

22 août 1956

Envoyé fric Borgemon. Lettre désolée de Collin, au bout du rouleau.

23 août 1956

Envoyé 10 000 à Collin.

25 août 1956

Sous le pont Berthier des flics, stoppant une voiture devant moi, m’obligent à bloquer : une 2CV me cogne. Contravention aux 3 voitures !

27 août 1956

Parlé avec Sabathier-Lévêque (intelligent sodomite s’il ne maniait le paradoxe à longueur de journée).

4 septembre 1956

Beï triste – toujours le sentiment qu’elle n’est pas faite pour être à la fois épouse et mère… Venus pour reprendre Ariane : non elle ne grossit pas normalement. Emprunt pour l’Algérie, à conditions exceptionnelles. Avais songé à en prendre, mais réflexion faite, je ne désire ni encourager l’effort de guerre, ni gagner un intérêt sur cette saloperie.

5 septembre 1956

Avec Dante, revenu du Midi, à Ville-d’Avray chez Chris Marker qui quitte sa maison : un bric à brac étourdissant. Il donne à Dante une armure médiévale, une armure japonaise, une chaise ancienne, etc. J’emporte un sabre et 2 figurines africaines.

6 septembre 1956

Le médecin recommande de placer Ariane dans une pouponnière d’Auteuil.

12 septembre 1956

Chez Dante. Lu « Quetzal », la pièce de Dante, écrite en 3 semaines à Bargemon : l’infanticide, arme contre le conquérant. Magnifique. Le général (compromis d’Elfego, d’Ulico et de Castillo Armas), porté, en voiture, sur les épaules indiennes – les arbres où enfants – la définition de la phrase indienne (pleine de symboles et de métaphores : auto-moquerie).

13 septembre 1956

16 h : chez Dante pour lui remettre le manuscrit et le féliciter. Quelques corrections de détail à lui proposer. Sa table dans la grande pièce, au mur, un tableau de Bernard, deux statuettes appuyées au mur, 3 chats, tabac, cendres, fouillis.

15 septembre 1956

Beau temps enfin. Yom kippour. Avec Beï, ambassade du Mexique : fête nationale. Vu Sirol, Melle Gonçales et présenté à Soustelle et Lehmann (musée de l’Homme).

17 septembre 1956

Carte de Billard (à Tahiti). Téléphone Thibault, transporte la petite des Enfants malades au centre Paul-Porquert, bd de Courbevoie à Neuilly (île de la Jatte). Visible le dimanche seulement.
À 18 h chez les Marchal, pas vus depuis longtemps. Le commandant a la jambe fatiguée, craint la paralysie.

18 septembre 1956

Envoyé 10 000 à Collin.

19 septembre 1956

Parti pour Bâle à 9 h.

20 septembre 1956

Berne, Genève, Annecy.

22 septembre 1956

Grenoble, train pour Menton.

23 septembre 1956

Casino : gagné 1 000 F à la roulette. Lis le théâtre de Brecht.

25 septembre 1956

L’hôtel nous casse les nerfs. Décision prise : on s’en va demain. À Monte Carlo, Caillaud en vacances. Au casino gagné 1 000 F.

26 septembre 1956

Lettre de Toussaint ; lettre de Vignon, préfet de Grande-Kabylie, m’invitant à Tizi-Ouzou. Coup de fil de Bernard. Train pour Toulon.

27 septembre 1956

Rêvé curieusement de Tahiti, y rencontrant le Dr Billard (oppressé par un secret impossible à dire) et lui affirmant, en rêve, que je ne pouvais pas être en même temps à Tahiti et dans un autre territoire ( ?) auquel j’avais dû rêver au sein du grand rêve.

30 septembre 1956

Bandol avec les Évanno.

2-3-4-5-6 octobre 1956

La Seyne. Le Lavandou –Bernard, descendu à moto de Bargemon. Déjeuner à la Calanque puis à St-Tropez, chez Sénéquier. Mistral.

8-9-10 octobre 1956

Annecy, puis Genève en voiture. Annecy. Gilbert, arrivé par le train de 6 h 55 nous ramène à Paris. Toujours le genou enflé.

11 octobre 1956

Au journal : Bonheur me parle d’une réorganisation du journal et me demande si j’accepterais un « poste » ? Oui, dis-je, mais avec personne d’autre que vous-même.
Dubois démissionne de son poste d’ambassadeur au Maroc et entre dans le groupe Prouvost-Paris-Match… De l’espoir pour Gatti définitivement remercié de F.S. (c.àd. passé au rang des vedettes à la pige après entretien avec Lazareff). Sa pièce a enthousiasmé Serreau et le Seuil. Kateb a cessé de se saoûler et travaille.
Gatti part pour Vintimille escorter les Orano qui retournent en Italie après de nouvelles et tragiques aventures.

13 octobre 1956

Collin à déjeuner. Il est venu à Paris pour entrer dans l’équipe du « Journal du Matin » qui ne paraîtra pas (à cause du manque de papier ou d’argent). Il cherche. J’en parlerai à Gaston.

14 octobre 1956

À la pouponnière, vu Ariane : pas très bonne mine – éveillée, mais…

15 octobre 1956

Papier sur Anne Frank.

17 octobre 1956

Revu épreuves du « Maufrais ». Vu Dante chez lui : ses projets de reportage pour l’agence de Delmas (scoop ?).

18 octobre 1956

Visite de Chateauneu, à la recherche d’une situation. Boutteville id. Obolensky intercédant pour 60 000 par mois et Martin réclamant pour ses indemnités. Orano en Italie entrera dans un hôpital pour lépreux.

19 octobre 1956

Téléphoné à Toussaint pour lui lire mon projet de « prière d’insérer » : « Très bien, dit-il, on mettra les superlatifs ». Corrigé épreuves Maufrais.

20 octobre 1956

En Pologne, comité central agité : réintégration de Gomulka, jadis épuré, tendance nationaliste anti-russe et naturellement anti-soviétisme… Krouchtchev à Varsovie.

21 octobre 1956

France bat l’URSS football 2-1

22 octobre 1956

Expédié 50 000 à Saby pour le déménagement de ses toiles d’exposition.

23 octobre 1956

Les 5 chefs de la résistance algérienne arêtés en avion : l’avion, venant de Rabat se rendant à Tunis (pour la conférence sultan-Bourguiba-FLN) se pose à Alger.
Avec Dante, chez Labarthe. Il demande, avant de l’admettre, de voir ses papiers de Chine.

24 octobre 1956

Révolte armée en Hongrie. Nagy, nouveau président, appelle les troupes russes. En fin de journée, reddition partielle.
Dante déçu de son entrevue avec Labarthe : « il a besoin d’un voyage, c’est tout ».

25 octobre 1956

Dante en meilleures dispositions, Labarthe amical. Tous les Gatti à la maison : Danielle grippée et fatiguée (accouche en décembre).

27 octobre 1956

8 h départ en voiture, Beï et moi, pour Saché-Balzac. Calder au Moulin Vert, avec sa femme, sa fille, son gendre Jean Davidson et son petit-fils (15 jours) Shawn. Déjeuner, évoqué Otero, parlé politique ; Calder nous fait voir le château où est né Balzac, nous y promène. Me donne une gouache et fabrique une broche-spirale dans son atelier pour Beï. Il m’enverra d’Amérique un mobile à la maison.
Davidson : Armorin, Prémonville et Turenne chez la voyante d’Hitler. À A. et à P. : la mort !

28 octobre 1956

En Hongrie, les insurgés l’emportent. Pouponnière.

29 octobre 1956

À 20 h, salle MGM rue Condorcet : « Van Gogh » pour un papier dans P.M. Bonheur appelé pendant la projection : les Israéliens ont attaqué l’Egypte et marchent sur Suez. On parle d’un plan secret israélo-franco-anglais pour la réoccupation du canal. Confusion à Budapest.

30 octobre 1956

Confirmation du scénario : France et Angleterre somment E. et I. de se retirer du canal et de les laisser l’occuper. Les USA portent l’affaire au Conseil de Sécurité.

31 octobre 1956

France et Angleterre opposent leur veto à la résolution américaine condamnant Israël. Black out sur les nouvelles.
Pedrazzini blessé gravement à Budapest. Les Russes annoncent la révision prochaine des rapports les liant aux démocraties populaires.
Chez Dante, dîner avec Beï, Paule et le Dr Thibault : la situation politique, la littérature. « Petrus a soupçonné chez vous, Bernard et Dante, quelque ennui de le voir, lui, connu ».

1er novembre 1956

La journée d’hier : sous le signe des couilles. Titres de journaux : « Retour à la virilité » – Conversations à P.M. : « On a montré qu’on a des couilles au cul ! », etc.

2 novembre 1956

Défaite totale des Egyptiens au Sinaï. Gaza capitule. À Budapest, les Soviets amènent des chars.

3 novembre 1956

Vu Dante qui me confie son manuscrit de roman pour révision.

4 novembre 1956

Conduit Beï et sa mère à la gare pour Landivisiau. Les Russes attaquent à Budapest ; le gouvernement Nagy abattu.
Dans un documentaire sur les événements du Proche-Orient vu Pearlmann, porte-parole de l’armée, inchangé…

5 novembre 1956

Parachutistes anglo-français à Port-Saïd. Achevé « René Leys » de Segalen.

6 novembre 1956

Quasi ultimatum soviétique sur l’Egypte. L’atmosphère s’alourdit, s’alourdit. On commence à réaliser qu’on n’est pas loin du coup dur… Position difficile à Port-Saïd. Je dis à P.M. que si l’affaire n’est pas réglée dans les 3 jours, ce sera la guerre. Il y a d’ailleurs des signes : raréfaction de l’essence, sucre, tabac ; hausse de l’or, baisse des valeurs, etc. A 20 h : Cessez le feu. Tout est arrêté pour l’instant. En Hongrie, ce n’est pas fini, hélas !

7 novembre 1956

Pedrazzini mort ce matin à 5 h.
En train de lire attentivement, à la loupe, le roman de Dante en manuscrit (suggestions et corrections de chaque chapitre sur une feuille).
Politiquement « déprimé ». Et triste. Et honteux du sang de Budapest. Grand trouble chez les communistes. Roy, Vaillant désapprouvent. Aragon hésite, etc.
Manifestations pro-hongroises. Des groupes de nervis mettent le feu au P.C. rue de Chateaudun.

8 novembre 1956

Cirque de Pékin à l’Olympia. Très beau.

9 novembre 1956

À 1 h, après souper, St-Philippe-du-Roule : veille du cercueil de Y.P. Pedrazzini avec Hermsbostel. Obsèques à 11 h : beaucoup de monde.
Sartre rompt avec le P.C. Hier soir, manifestations communistes.

10 novembre 1956

Tension toujours grande. Concert « Domaine musical » salle Gaveau (Stravinsky et Webern), avec Beï. Vu Flinker, Bernard, Paul Jacobs (sur scène), Paule Thévenin, Dante pas là, ni Boulez qui, réveillé trop tard à Munich, prit à tout hasard un avion pour Zurich, où il est encore… De retour, dîné avec Paule rue St-Honoré chez un traiteur italien. Sujet : la crise du communisme. Elle triomphe (sans modestie).

11 novembre 1956

De 17 h à 23 h, Lutetia. Fiançailles de Gilbert et Jacqueline. Grande salle, grand buffet, grande assistance, orchestre, deux quêtes pour Israël (42 000 F). Incident : Gilbert refuse la bénédiction rituelle et menace de s’en aller.
Fin de la résistance en Hongrie.

12 novembre 1956

Jean Roy tué hier soir par les Égyptiens avec un Anglais.
Bilan : Bromberger tué dans les escaliers – Forestier en auto – Pirey suicidé – Rigade fou – Ped. et Roy tués – Mara Scherbatoff – Pottier blessé – la femme de Descamps suicidée. Etc.
Chez Dante avec Menant. Collin me remet son premier papier sur Van Gogh. Gatti fait un papier pour l’Observateur sur les répercussions populaires des événements. Il décroche d’avec les Lettres françaises.

13 novembre 1956

Plus de sucre, ni de café, ni d’huile chez les épiciers, sauf au compte-gouttes. « Psychose de pénurie » disent les officiels.
À midi, Obolenski à déjeuner. Vu Helsey à 16 h qui veut écrire un papier sur les journalistes morts au travail. Le soir, dans le bureau de Gaston, Dubois qui se fait présenter les présents. Il me reconnaît. Sitôt le dos tourné, « on » déblatère mais on est assez inquiet.

15 novembre 1956

Avec Menant et Sabathier, au cocktail du Seuil où nous rencontrons Dante, Collin et l’Espagnol guatémaltèque. Dante : « Ils refusent le roman ». Une catastrophe pour lui.

16 novembre 1956

Coup de fil de Bernard : son expo le 20. Il est désolé de ce qui arrive au gros (qui s’est couché et ne veut voir personne). Pense qu’il devrait publier des morceaux dans les revues et ne publier qu’après les pièces.

17 novembre 1956

Avec André Renevey, au commissariat de Deuil : il a éraflé un cycliste qui était malheureusement le commissaire lui-même…

18 novembre 1956

Lu 5 parties du roman de Dante. À la pouponnière, Ariane très bien : 4 Kg 685.
À 18 h avec Matias au Ritz chez la Begum. Sorti 19 h 30 après avoir beaucoup bavardé et recommandé subrepticement Saby (et l’avoir aussi cité à Matias qui dîne chez Rothschild).

20 novembre 1956

Remis papier Pu Yi de Collin.
Chez Dante 18 h. Parlé de son roman refusé au Seuil. Il a vu le type qui organise un voyage en Corée. J’en serai.
À 18 h 30, galerie du Dragon vernissage Saby avec tout le monde. (Dans le catalogue, mon nom figure dans les « collections » où se trouvent des Saby. Voilà un honneur non prévu.)

21 novembre 1956

Réflexion : je suis l’ami du mort – Et moi, Monsieur, je suis l’ami de tous les morts.
Invalides : obsèques de Jean Roy. Venu avec Helsey. Parti avec Rognoni, Menant, Sabathier. Livre paru.
Le soir, dîner avec Max Drouin, sa femme, sa sœur, Gilbert, Jacqueline, Charlie à Clichy. Max ébranlé par les événements. Contre l’intervention soviétique en Hongrie : veut lutter pour la démocratisation du P.C. par l’intérieur. Sinon, songe à démissionner.

22 novembre 1956

Lettre incroyable de Mme Collin qui se plaint d’être abandonnée (le couple Gatti séquestre son mari qui est l’amant de la « femme Gatti » !). Elle n’a pas d’argent et veut divorcer, etc., etc. Triste, O combien !

24 novembre 1956

Chez Dante – pour lui montrer les corrections à faire sur le roman. Il me raconte le scénario qu’il a fait pour

27 novembre 1956

Pénurie d’essence.
Vu « La Traversée de Paris » avec Gabin et Bourvil. Cynique et vrai.
Tickets d’essence décidés.

29 novembre 1956

À Europe 1, émission la Coupe des reporters. Je suis du jury avec de Galard, etc.

1er décembre 1956

18 h vu à son hôtel (Odéon) Sabathier, fatigué et malade. Il me donne son livre. Conversation sur PM.

3 décembre 1956

Vu Solques qui doit faire un article publicitaire sur moi (commandé par Puyaud). Interview.

6 décembre 1956

Émission Europe 1 : coupe des reporters.
Paule téléphone : Danielle a eu une fille, 3 kg 700. Dante plus tard : « C’est un désastre ». Elle s’appellera Corinne.

7 décembre 1956

Vu Danielle et Corinne à la clinique – Dante et G. Auclair. Reçu lettre de Christine Croizard qui m’explique la situation : elle ne m’appelle pas au secours d’elle-même mais de Maurice.

8 décembre 1956

Soirée chez Gabriel Forest (cocktail d’auteurs car ce cousin des Toussaint, nouveau directeur de Fayard, n’en connaît aucun). Là Louis Velle, sa femme Frédérique Hébrard, fille de Climson, lauréate d’un Prix ce jour-même, les Diwo, des vieux débris de l’Action française – et Thérèse de St Phalle, barone de Dronas qui habite la maison de Michaux. Wiskey – Rentré, la tête lyrique à 2 h.

11 décembre 1956

Déjeuner Gatti à Clichy. Menant a une fille Anne.

12 décembre 1956

Deux accidents dans la journée : à 10 h, quai de Puteaux (en emmenant réparer la T.V.), l’autre à 19 h 30 place de l’Etoile. La Frégate n’est que bosses.

13 décembre 1956

A 11 h avec Bernard (me donne une gravure, épreuve de l’artiste), puis chez lui et content et heureux et lyrique (il a vendu des toiles – aux Rothschild !) à la galerie : là Hélène et Drouas.
Déjeuner Michel avec Bernard, Dante, Hélène, Collin, Petrus, Bernard et Stockhausen. Après, au Seuil, tamponné du cachet Gatti (en chinois) les services signatures de « Chine » avec Dante à côté. Puis, cinéma Cardinet : « Dimanche à Pékin » film de Chris Marker. Très bon. Vu Helman (a donné sa démission aux Lettres françaises), Clarke, etc. (Petrus en 1952 perdit le mouvement d’une symphonie à Cologne. En vain télég. à Stockhausen.)

14 décembre 1956

Hier soir, Menant me signale que Christine Croizard est morte – syncope ? Je pense au dîner, à la lettre S.S.du 7. Visite chez Croizard, déchaîné, défait, s’accusant. On allait la mettre en bière.

15 décembre 1956

Enterrement de Christine Croizard à l’église d’Auteuil.
Concert Boulez salle Gaveau : du Cage (rigolo, le pianiste tapant sur le piano, touchant les cordes avec une baguette), Stockhausen et Musique électronique de Cologne. Boulez en pleine forme dans son rôle d’annonceur (« Attachez vos ceintures » à propos de Cage). Vu Hélène et Drouas. Puis avec Paule chez Dante. Tableau de débâcle : lui grippé, Danielle désaccordée, deux chats morts, le bébé pleurant et Stéphane absent. Dîner Collin, Paule, les Toussaint chez Michel. Rentré tard.

18 décembre 1956

Europe 1 : vu Rognoni, Frédérique, Michel Sauvage. Fait papier Magloire, président haïtien déchu.

19 décembre 1956

Vu Prouvost qui me convoque pour refaire papier sur Dulles.

21 décembre 1956

Refait papier Hedrich sur Dulles. Dans le bureau de J.P., des pétroliers qui tentent d’empêcher la parution d’un article de Farran sur la crise du pétrole. Leur imprévoyance, leur cupidité !

22 décembre 1956

Vu Decaunes et Roger Benamou à la T.V. pour préparer l’émission grands reporters. Film Decaunes.

23 décembre 1956

Télévision : Izis en 1ère partie, moi en seconde. Bon, je crois.

29 décembre 1956

Déjeuner chez Michel avec Beï, Dante et Stéphane. Puis, achat de livres chez le père Flinker et chez Marchal ensuite (content de la réconciliation avec de C.). Il me remet le livre relié.

31 décembre 1956

Réveillon oblige : chez Luce, place Clichy. 4 500