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1951

Pierre Joffroy était son nom de plume. Maurice Weil celui de l’etat civil.
Né en 1922 À Hayange en Moselle, il monte à Paris en 1945 après être passé par Lyon où il s’était réfugié en 1941, rejoint plus tard par son frère Gilbert .
Entré au Parisien Libéré dès son arrivée dans la capitale il réalise un de ses premiers reportages en s’embarquant sur un « rafiot » chargé de juifs européens  rescapés des massacres nazis.

Ici commence l’histoire des carnets dont certains disparaissent à l’occasion de ce voyage en terre de Palestine en 1947.
Il s’agit d’un petit agenda (un par trimestre) sur lequel il note rendez-vous, rencontres, conversations téléphoniques, lectures, sorties, projets et ceux de ses amis.
Le format n’autorise pas le développement comme encore moins les épanchements (même si on trouve quelques cris du cœur).
Ces carnets pourraient être (sont) comme une gigantesque table des matières d’un livre à venir, un vaste index qui renvoie à autant de pages qui ne sont pas encore écrites.
Au commencement était le verbe. Reste à trouver la suite.
À vous de lire ce projet de « livre total ».
À vous de nous donner des informations complémentaires que la lecture de ces 20 premières années (1947-1968) vous inspire.
La suite, 1968-1980, puis 1980-2000, paraîtra dans le courant de l’année 2021.
Les carnets n’avaient jamais été lus, ni déchiffrés avant 2008. Ils ont été photocopiés puis déposés à l’IM.C.(Institut Mémoires de l’ Edition Contemporaine) avec les archives de Pierre Joffroy où ils peuvent être consultés.

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2 janvier 1951

Ecrit Wang.

3 janvier 1951

Echos favorables sur le reportage « Guyane » en cours.

6 janvier 1951

À midi, Groussard pour lettres d’introduction en Israël. Voir secrétaire Fargue pour Giron et Reiner.

7 janvier 1951

Visite de Mte B. et ce qui s’ensuit au lit.
Les Chinois prennent Wonju, cèdent la ville et la reprennent.

9 janvier 1951

Visite à l’hôpital Poincaré de Garches pour y voir un certain Dufour qui veut se plaindre. Je trouve un mourant (50 ans, gazé de guerre). Au retour, manifestations sur les Champs-Elysées contre Eisenhower (hôtel Astoria).

10 janvier 1951

A Chèvreloup (près de Roquencourt) où une femme de 32 ans s’est suicidée avec deux petites filles de 13 et 6 ans. Dr Henry, Guyanais, vient me féliciter de mes papiers.
Abeant fures etc. Loin d’ici les voleurs, les rats et les fantômes.

13 janvier 1951

Lettre de Aubert de la Rue, hydrographe, protestant – après quelques amabilités – contre la légende des Indiens sauvages.

14 janvier 1951

Proposition du Midi libre pour l’achat du reportage.

15 janvier 1951

Visite de Rognoni pour le scénario. Téléphone Demas qui fait des compliments, propose l’édition de « Guyane » et m’invite au punch demain.

16 janvier 1951

Vu Demas 18 h chez lui rue de la Planche. « Je lui briserai les reins » (au préfet). Son seul objectif.

17 janvier 1951

Vu inspecteur Bouillon P.J. pour affaire Congnoux – Ai donné témoignage favorable. Gatti rentré de Nancy (Assises).
Engueulade avec Larquier qui défend la police en toute occasion : « Je me f… de la morale, de l’honnêteté, je vends du papier ». Ma réponse : « Con et salaud ! ».

21 janvier 1951

Hier midi, Audouard, Rognoni et la bande pour le film « Courrier du désespoir ». Déjeuner chez Michel – puis cafés. Dîné avec Boulez chez lui – Rentré Sébasto 3 h du matin. « Je pourrais tuer à froid, dit B. pas besoin de l’alcool ». Discussion sur Gatti qui semble amer. « En peinture, les jalons existent, Klee, Kandinsky, Mondrian, en musique la voie est claire. En littérature, beaucoup plus difficile (Elliot, Joyce). » « Je me sens très vieux, plus de révélations » L’été 1947, année de ma cristallisation : Midi, Nigg, Klee à Avignon, Char.

24 janvier 1951

L’huma-Ce soir saisis. Manifestation Champs-Elysées contre Eisenhower – 6 000 flics – 5 000 manifestants ! (la moitié arrêtés). Mon papier arrêté puis coupé, changé, etc. 5 journalistes blessés (Leleu, Larue, etc.) – Acheté les albums Skira (peinture italienne et les 3 modernes Baudelaire à Picasso) – Bazin écrit à Jacq. Michel pour mon reportage.

25 janvier 1951

Coup de téléphone à Patient, sénateur de la Guyane qui écrit à Bellanger sans m’en avertir.

26 janvier 1951

Soirée anniversaire de Dante quai d’Anjou avec les Marchal, Otero, Mercédès, Saby, Boulez, Brassiani, Nierez, Soto-la-guitare, Verroust. Rentré 5 h du matin.

27 janvier 1951

Grand-père de plus en plus chagrin (un amour de vieux).
Quatre nègres électrocutés à Richmond (Virginie) pour le viol d’une blanche Mrs Ruby Floyd, qui ne les avait pas reconnus. Trois autres seront exécutés lundi !

29 janvier 1951

Envoyé lettre à Wang (demande de visa et interview Mao) – Vu Rognoni au journal avec Gatti pour lecture du scénario.

30 janvier 1951

Visite au journal d’un gars plus ou moins repris de justice (vu à propos de « Donnez-leur encore une chance ») – Aujourd’hui parachutiste en instance de départ pour l’Indochine.

31 janvier 1951

Vu Antonini à la Sûreté pour reportage avec Gatti. Me raconte histoires extraordinaires : cercle Table ronde, prince de Bragance, Pentecôte… Vu Kunstler-Chazelles, ancien lieutenant à la Censure qui cherche pour l’Allemagne un poste de correspondant.

1er février 1951

Déjeuner Baléares avec Guérin et Gatti. Le soir concert Orchestre national – Desormières avec Dardanus et ‘les Noces’ de Stravinsky.

2 février 1951

Déjeuner à la maison avec les 4. Puis Flinker avec Boulez – Puis cinéma : 2e vision des ‘Lumières de la ville’.

3 février 1951

Interview radio suisse avec A. Ducrocq, spécialiste atomique – bonne émission.
Gilbert parti à 8 h pour l’Autriche.

4 février 1951

Maman partie pour Hayange.

5 février 1951

Téléphoné Mte B. Téléphoné à Kessel. Gatti me raconte qu’avec Michaux au théâtre de la Huchette il est présenté par lui à des gens : « Gatti ! Vous ne connaissez pas ?… « – Heu… non… » et Gatti (croyant être gentil) : « Quand on est jeune, il vaut mieux être obscur ; cela permet aux anciens de garder leurs illusions ».
Visite de Rognoni pour le film.

6 février 1951

Visite à Mte B. Déjeuner chez Gatti – la bande – puis chez Boulez (emprunte « les Cantos » de Ezra Pound).

7 février 1951

En reportage à Mantes.
Mme Corvol m’apprend le mariage de Cl. et qu’elle attend un enfant.

8 février 1951

Déjeuner avec Petrus et Dante chez Dessailly et Simone Valère. Tourné les films Billard sur la Guyane et la tournée Barrault en Amérique du Sud. Le soir, « Les Vêpres » de Monteverdi (orchestre national Desormières) salle Pleyel, concert privé avec les deux. Lettre de Helsey à Sevry. Optimiste quant à Albert Londres. (Boulez donne acte : leçons de rythme à Samuel Barber. Reçu 15 000 F).

9 février 1951

Répondu à préfet Guyane. Envoyé films Billard en cours : efforts Gatti pour sa pièce (dérobade de Souvtchinsky – en lecture par Michaux) plusieurs échecs déjà.
Vu « Man of Aran » de Flaherty.

10 février 1951

Chez Petrus (Souvtchinsky, Rachel Rosenthal, Dante, des acteurs : Médane, Julliard, Galland et 3 sud américains). Rentré dans les 2 heures.
Vu l’après-midi « Journal d’un curé de campagne » (tourné par Bresson). Bon.

11 février 1951

Vu « A l’Ouest rien de nouveau » que j’avais vu en 1932-33.

12 février 1951

Parti pour Grasse 12 h 45. Claudel : « Je suis la promesse qui ne peut être tenue et ma grâce consiste en cela même ». « Un homme qui vous fait du mal vaut mieux qu’une femme qui vous fait du bien » (Eccl., X211).

13 février 1951

Vu Duclary, hôtel Beauséjour. 1 journaliste français tué en Corée (12e)

14 février 1951

Nice-Matin signale, dans ses « mondanités », « l’arrivée sur la Côte de Pierre Joffroy, notre excellent confrère du Parisien libéré ». 21 h : route de Nice, la lune entourée d’un cercle de nuées.

15 février 1951

Logé chambre 9, à côté d’une jeune tuberculeuse (ou grippée). Commencé à travaillé aux nouvelles – Vu un peintre parisien, F. Longuet, petit-fils de K. Marx. Mauvaise peinture, mais brave homme.

16 février 1951

Déjeuner Estérel avec Reichenecker et Nardin – journalistes locaux. Parlé au peintre Longuet qui a eu une altercation avec un juge au tribunal, le sieur Lautru.

17 février 1951

A Monaco, déjeuner chez Caillaud – Vu la mère de Gatti. Tir aux pigeons : championnat du monde. Un massacre = 20 000 pigeons, à Nice, vu Bessy et Olivier.

18 février 1951

« L’absence se rapièce comme un sac », René Char – Téléphoné papier sur Tir aux pigeons. Dédicace du « Marteau et son maître » au Petrus : « à P.B. qui marche sans maître, un marteau à la main – avec mon amitié, René Char, 1948 ».

19 février 1951

Relis Michaux. Téléphoné Mme Kessel. Apéritif chez Duchary. Estacade – Le soir aux 4 As.

20 février 1951

Gide mort – Chez le coiffeur pour y voir la coiffeuse M.C. pas là – Où la trouver ? Oh, vie continuellement infecte (Michaux). Téléphoné P.L. Corvol à l’appareil. Larquier qui a sans doute arrêté le papier Pigeons ne veut pas venir. Compris. Arc-en-ciel sur le boulevard.

21 février 1951

Apéritif chez les Duclary – Déjeuner invité par Nardin et Reichenecker. Négociants. Mme Reichenecker et le maestro Rossignoli qui joue ses compositions.
Le soir, chez les Reichen., café, etc. avec des parpaillots.

22 février 1951

Déjeuné Duclary – Procès Lanergan ( ?), accusé d’avoir volé 20 M de bijoux à une américaine du Martinez. Vu Marcelle Fouchi à son salon de coiffure – le soir, enfin, Marcelle, Marie-Claire avec Nardin et une voisine.

23 février 1951

Déjeuner Négociants avec Marie-Claire, Marcelle, Nardin. Pris taxi pour Cannes
(1 000) – train de Lyon 14 h 59, arrivée 23 h 30. « Mais par où faire entrée dans son cœur ? » Léger. Vu J.J. au Progrès raconter sur Guyane. Lu « La Guyane » du docteur Kaust.

24 février 1951

Déjeuner chez J.J., rue de Castries 11, nouveau domicile. Un fils, Jean-Dominique. Train Paris 13 h – Paris 19 h 35. Téléphoné Corvol qui me confirme saloperie du Larquier. Gilbert rentré : le pied dans le plâtre, du ski.

25 février 1951

Envoyé lettre à Fargue contre le Larquier. Reçu lettre préfet de Guyane m’invitant pour le 15 juillet à Cayenne. Le soir chez Gatti avec Boulez retour de Suisse (Bâle, Zurich) – chez Michel puis St-Germain. B. travaille aux Polyphonies (champignon ne pousse pas sur le rocher : préfère terrains luxuriants – ceci à propos peinture Otero). Michaux emballé par la pièce de Gatti – Film Rognoni en panne.

26 février 1951

Grève des transports – Vu Fargue pour la fripouille Larquier. Je passe sous les ordres de Divo. Fargue parfait m’explique comment il lutte, lui, etc., etc.
Gatti me parle le soir de son « œuvre en marche » : le fleuve qui coupe tout en deux, l’horloge brisée, Bonelli Pascal, le gibet, la ville. Joffroy, Colin, Saby, le mot-croisé, le langage insecte.

27 février 1951

11 h 30 Rouen avec Dante et Petrus. Déjeuner place du Vieux Marché. Puis procès d’une fille de ferme ayant abandonné son enfant. Acquittée. Les témoins sortis de Maupassant. Avec Petrus visite de la cathédrale et des ruines. Train de 19 h 58 de justesse. Gatti reste pour téléphoner son papier. A Paris 21 h 30. Cinéma film mexicain : le Mal querida – rigolo.

Note : Je ne suis pas courageux. Devant un acte à accomplir, il me faut créer mon courage à l’aide de procédés divers, sur lesquels je m’expliquerai. Puis, à partir seulement de ce courage créé, en avant la musique. M.W.

1er mars 1951

Ecrit à Nardin (avec salut en fleurs à Marie-Claire).

2 mars 1951

Commencé enquête « A nous deux Paris ». Visite de M.B., R.V. pour mercredi soir.

3 mars 1951

Chez Saby le soir avec Dante – Ethéré. Après-midi au journal vu Rognoni et Helman qui propose un scénario sur les chiffonniers : la biffe.

5 mars 1951

Et personne, ni Dieu ni le Christ ni aucun autre, ne peut remettre une vie humaine en contact avec l’univers vivant une fois que le contact est rompu et que l’être est définitivement refermé sur soi… D.H. Lawrence

6 mars 1951

Vu Ziwès, bd Saint-Germain. Discussion sur Guyane, et enquête prochaine.
Comité des grands reporters chez Denys : Helsey, Labarthe, Le Fèvre, Bernard Derosne. 1) Assemblée générale – 2) Favrel définitivement liquidé – 3) Ordre des journalistes.

7 mars 1951

Journée superbe. A 9 h vu Levy directeur « Aux Ecoutes » pour papier pigeons et repris de justice. Puis, avec Dante chez Wietrick, avocat de l’imposteur Jean Antonnelli dit d’Orléans Bragance (enquête « A nous deux Paris »). Rentré midi – Symphonie 102 Haydn.
M. B. pas venue – Coup de téléphone Janine Bonardot qui veut R.V.

8 mars 1951

Libération ! Vu Mariette Belzonger. Rex : « Autant en emporte le vent », puis hôtel Opéra. Rentré 8 h du matin.

9 mars 1951

Déjeuner Baléares avec Ellen Barkay de la légation d’Israël.
Nouvel incident, cette fois avec Fargue et Bellanger (à propos d’une avance de 25 000 F demandée par Gatti). Incident Larquier à nouveau évoqué. (Bellanger : « Je ne comprends pas qu’on puisse, avec les traitements qu’on perçoit ici, se mettre dans le cas de devoir 25 000 F d’un jour à l’autre » !!)
Avec Dante et Saby chez Flinker quai de l’Horloge pour entendre phono long-playing L’Orfeo de Monteverdi. Rentré 4 h après discussion sur la peinture.

10 mars 1951

Avec Dante, Jardin des Plantes, puis rentré.

12 mars 1951

Chargé de faire l’élection du nouveau Goncourt. A 13 h 25 : Raymond Queneau, chez lui ensuite.
La grève de tramway à Barcelone dégénère en émeute : plusieurs morts. Franco commence à s’effriter.

13 mars 1951

A « Aux Ecoutes » pour resucée de « Donnez-leur encore une chance ». Puis préfecture de police chez Lantheaume, directeur des R.G. (recommandation de Zivès). Vu Guérin l’après-midi avec Gatti.

14 mars 1951

Envoyé vêtement à Coschiéra, à Cayenne. Coût : 3 065 F + 2 000.
À Maisons-Laffitte avec Gatti pour voir le vicomte de Grémont, noble ruiné devenu garçon de café. Vu, mais ivrogne, impossible d’en tirer quelque chose. Puis rue Miromesnil le pasteur Louis Amalric, ordonné prêtre à Memphis (anglican) en procès avec son église. Balayeur au métro… Puis le boxeur noir portugais Da Silva.

15 mars 1951

Préfecture de police pour l’enquête, puis chez Gatti avec Mercédès et Mme Toussaint.

16 mars 1951

Grève des transports (métro, bus). Avec Andy Dickson et Dante, salle Quinarenne (?) dans le fg St-Denis où Da Silva, boxeur, nous attend pour l’entraînement.

17 mars 1951

Visite au journal de Paul Chaumeil (« Donnez-leur encore une chance ! ») toujours en train avec son affaire de bicyclette volée, pas volée, … ses tentatives de suicide, ses visites à Guérin.

18 mars 1951

Fait papier pasteur Amalric.

19 mars 1951

Toujours grève – Gal Monclar : «Nous avons cassé du chinois en quantité. »

20 mars 1951

Vu Helsey pour l’association et le prix – Avec Dante à l’Escurial, cabaret bd Haussmann où la femme du lépreux Orano fait une expo de dessins (18 heures).

21 mars 1951

Vu suspect et PJ Leduc pour le corbeau « Bichette », puis Fg-St-Denis 105, l’écrivain public Mme Foès, en passant. Écrivait lettre pour parents d’une fille enceinte : « Bah ! ça n’arrive qu’aux vivants » – Lettre de Billard m’invitant en juillet.

22 mars 1951

139 Fg-St-Denis chez Mme Ravin (ex-Liane d’Ivares) amie du corbeau Bichette. Affreux capharnaüm, misère indicible, puis avec Gatti, chez M. Livro qui avait fait passer une annonce bizarre dans Paris-Presse. (M. Livro, concierge, 1, rue J.-L. Forain). Etrange personnage. Après-midi, service des Nords-Afr. Toujours pour l’enquête. Acheté avec Dante et Bernard un Cervantès pour l’anniversaire de Petrus.

23 mars 1951

Toujours la grève métrobus, SNCF (banlieue et grandes lignes).

24 mars 1951

Travaillé à l’enquête.

25 mars 1951

Lettres de Guyane : Coschiéra, Val Lamare, préfet.
Midi : déjeuner chez Dante – Petrus, Otero, Helman – 2 nouvelles : « Mac Arthur, de plus en plus culotte de peau, menace les Chinois, et leur propose de capituler ou à peu près – Peron annonce que l’Argentine a découvert un nouveau moyen de fabriquer la bombe atomique.

26 mars 1951

Anniversaire Petrus (26 ans) – Dîné Dante, Danielle, Bernard au Chianti, rue Montmartre, puis l’Alsace à Montmartre. Au retour, Saby dans le taxi dit : « J’espère bien, sur le tard, avoir mes petits honneurs ! » (le salaud).

27 mars 1951

Dépression – découragement. Le soir, chez Boulez avec Dante, deux belges musiciens et une fille inconnue. Rentré 1 h du matin.

28 mars 1951

Reçu lettre de J. Hurault de Ngcomodere (Cameroun), à propos de Guyane.
Enquête en bonne voie – « De même qu’il n’y a qu’un dieu dans le ciel, il n’y a qu’un maître sur la terre : c’est moi, Gengis Khan ». « Je ferai de la terre une steppe car la splendeur de mes cavaliers ne dépasse pas la steppe. »

29 mars 1951

Le devoir des Mongols est de venir quand j’appelle, d’aller quand j’ordonne et de tirer quand j’indique.

30 mars 1951

Chez Gatti puis à l’Œuvre de Gares, av. Michel-Bizot (Direct. Melle Duponceau et la fille de 18 ans chassée de chez elle). Déjeuner journal. Envoyé lettre à Hurault au Cameroun – Grève métro, bus, finie demain – dit-on.

31 mars 1951

La grève continue – Chez Amalric, pour lui faire lire le papier.

1er avril 1951

Demeuré à Clichy. Larquier refuse d’envoyer voitures.

2 avril 1951

Avec Dante, et Vanez du service social des Nords-Af. A Saint-Ouen, Gennevilliers, rue de la Charbonnière – taudis, caves, ponts loués aux Nord’Af. Epouvantable misère. Porté enquête chez Florise, A. Londres, 12 rue Clairant. Helsey malade.

4 avril 1951

Grève terminée.

7 avril 1951

Jef, Groussard, Labarthe, Tery, Courtade, Daujon, Janine. Association réunion chez Denys – assemblée plénière – Liquidation cas Favrel – ordre journaliste. Réélu au comité. Comité : Helsey, Coquet, Kessel, Le Fèvre, Bromberger, Tery, Sevry, Bernard Darosse, Labarthe, Daujon, Guillain.

Dîner, puis aux Ternes avec Groussard, Labarthe et sa secrétaire Janine.

9 avril 1951

8 h : Auclair. Ecrit à Larrazzi, Guyane. Dîner avec Auclair (50 000 ex. vendus).

10 avril 1951

Téléphoné M.B. RV vendredi.

11 avril 1951

Truman liquide Mac Arthur. 11 h 30 : Helsey pour l’invitation et le prix.

12 avril 1951

Dîner 8 h avec Groussard et son cousin polytechnicien.

Visite étrange individu, Rosenberg, venu de Suède pour entretenir les journalistes d’un complot nazi avec pédéraste, bas-fonds, … fou sans doute, quoique l’histoire ne soit pas invraisemblable.

14 avril 1951

Self-apologie. Le matin après nuit agitée, le rachat, la paix, la pureté.

16 avril 1951

Janine Bonnardot vient taper articles enquête.
Elu délégué syndical avec 47 voix (Marzet 58, Roels 57).

17 avril 1951

Avec les Gatti, vu western « La Flèche brisée ». Drôle.

18 avril 1951

Enquête remise. Vu Rognoni, théâtre de l’Apollo dont il est administrateur.
Avec Petrus, Danielle, Dante au Marivaux « Sous le ciel de Paris » (J. Duvivier), thème analogue à l’enquête, mais mal traité.

19 avril 1951

Groussard – Dîner Baléares avec Groussard et Auclair.

21 avril 1951

En négociations à Asnières pour un appartement.

22 avril 1951

Chez les Gatti (Helman, Bresciani, Saby, Boulez), puis théâtre Apollo « Huturatu », pièce gaie (irrésistible, en vérité…). L’excellent Rognoni était navré.

23 avril 1951

A Melun aux Assises – huis clos (un maçon qui avait violé 2 fillettes).

24 avril 1951

Coup de téléphone d’une dame Bertrand, chargée de mission, cinéaste aussi qui veut me parler de Guyane.

25 avril 1951

Les Gatti et Saby déjeunent à la maison. Stéphane danse. Le soir chez Hélène, dîner avec les mêmes.

26 avril 1951

Envoyé articles à Billard.

27 avril 1951

Busson me dit que lutte pour A. Larhes restreinte à reportages sur la Corée.
Téléphoné à Jeff – pas tout à fait du même avis. Raccourci avec Gatti l’enquête – papiers trop longs.

1er mai 1951

Pluie. Vu Helsey à propos du prix Londres. Difficile – candidats excellents.
Manifestation : explication entre Nord-Af et flics : 300 blessés.

2 mai 1951

Téléphoné Labarthe. Écrit à Groussard.

3 mai 1951

Sorti avec J.B. Vu « Sunset Boulevard » au cinéma- rentré 2 h.

4 mai 1951

Dépression atroce d’un bout à l’autre de la journée.

5 mai 1951

Vu Mme Bertrand (pour la Guyane).

6 mai 1951

Le soir, avec les 3, chez Petrus, puis ballade rive gauche jusqu’à 3 h.
Chez lui, Petrus avait analysé le Sacre du Printemps, plus complexe qu’il n’y paraît (cellules, symétries, anti-symétries). Nous fait écouter dernier opus. ‘Monument au bord du pays fertile’ (Klee). « Jusqu’à présent, dit-il, c’était une distorsion, à présent c’est une révolution ».

7 mai 1951

Début du procès des J3 à Melun.

8 mai 1951

Yvonne Michel – France-Soir. Mac Gee exécuté quand même !
Souilly – assassinat d’un PTT par un imprimeur. À N.-D. avec Petrus pour un « concert spirituel ». Les orgues nous massacrent les tympans. F… le camp.

11 mai 1951

À Melun avec Petrus, procès des J3 (Panconi et Petit) – avec les témoins, procès de la police (Me Floriot et président Dejean de la Batie), Madeleine Jacob, Saze, Gatti, B. Derome, Kessel, Collin, Ancel, etc. En rentrant, visite à Danielle, malheureuse comme la pluie, en pleine confusion.

13 mai 1951

Chez les Toussaint, avec Dante, Hesperer et Petrus. Les Toussaint sortent, nous laissent dîner seuls (textes, etc.).

15 mai 1951

Téléphoné Helsey : Turenne en tête, Tilly rétabli en bonne position, Yehwik moins.

16 mai 1951

Le Diplomate 13 h 15 – angle rue de Courcelles – rue des Renaudes.
1er tour : Turenne : 5, Tilly : 4, Joffroy : 3, Yehwick : 1
2e tour : Turenne 9, Tilly 4, Yehwik 1 (voix Kessel, Martin-Chauffier, Helsey).
Déjeuné Groussard, Mme Barcay et Nadar.

17 mai 1951

La voix de Kessel (écrite) disparue par un tour de passe-passe – incompréhensible.

18 mai 1951

Réunion des délégués du personnel devant Bellanger et Venière au sujet des répartitions de bénéfice – Hideux.
J3 de Lagny : Panconi 10 ans de réclusion, Petit 5 ans.

19 mai 1951

Chez Bernard (anniversaire, livre sur la peinture chinoise) avec Petrus et Dante.

20 mai 1951

Barkay, Gif-sur-Yvette. Après-midi chez Ellen Barkay, son fils, un autre, l’attaché militaire Nicheri d’Israël, avec sa femme et sa fille. Barkay me donne un livre de photos sensation (paru en 1935).

21 mai 1951

Pluie, nuages. Rien, depuis longtemps bricoles, inutilités, vide, vide, vide.

24-25 mai 1951

« La question n’est pas mûre, elle est pourrie ». (Gambetta). Le bonheur est une idée neuve en Europe (Saint Just). Lecture Anthologie souscrite (L. Renoir).

27 mai 1951

Le soir, chez Dante – Saby, Petrus, Helman (élections, Iran).

28 mai 1951

Réunion syndicale : Gatti, délégué CGT, défend la prise de position de Bedel au congrès de l’O.I. journalistes à Budapest (dénoncer les fauteurs de guerre) – mais…
Enquête commence.

29 mai 1951

XVIIe Chambre correctionnelle. Franchini contre Franc-Tireur. Témoins : Sevry, Bernard Derosne, Helsey, Labarthe, Madeleine Jacob, et moi). À la fin quand Moro se lève pour plaider, les journalistes s’en vont.
Au journal, vers 20 h, Gatti m’invite à aller voir, chez Flinker, 68 quai des Grands-Augustins au 1er, les peintures sur papier d’un certain Fred Deux. Une révélation !

30 mai 1951

Nous étions saisis d’émotion, devant la beauté, le pathétique de ces peintures et de leurs légendes (village existant réellement, cellules ayant gagné la bataille de l’entendement, Triste privilège…). 100 papiers Armorey peints, dans une période de révélation au début de l’année (15-4-51 grande journée) Flinker nous lit des lettres du peintre (27 ans, commis de librairie) tout concorde. Les marques de génie – après avoir écouté du Monteverdi, et du Prokofiev sommes rentrés, heureux.

31 mai 1951

Saby et Boulez, après Michaux, démolissent Deux. (Michaux : « Serait-il juif ce Deux ? il a bien mauvais goût… »). Gatti et moi nous maintenons notre point de vue, après quelques concessions de principe.
Le petit Stéphane Gatti (le lardon) malade. Un manager de boxe, Beaufils, vient au journal pour nous rosser à la suite de l’enquête « A nous deux Paris ». Très vite calmé. L’enquête s’annonce bien. Félicitations de Bellanger et de la rédaction.
Parents rentrés d’Aurillac. Gilbert encore à Hayange.
Vu Kessel chez Julliard (signait son livre sur le procès des J3, le procès des enfants perdus). Rentré avec sa nièce (roumaine) et Gatti. Grande discussion politique. Reçu coup de téléphone violent d’une dame mise en cause dans un papier de l’enquête (sur Antonetti le faux prince d’Orléans Bragance). Paris-Presse reprend d’ailleurs le papier.

2 juin 1951

Chez Bernard avec Dante.

3 juin 1951

Beau temps enfin. Chez Dante, le soir. Puis ballade dans Paris avec Bernard et Petrus.

4 juin 1951

Déjeuner Gatti, aux Baléares. Visite de Beaufils – rectificatif. Visite d’une dame Lourdelet (amie du faux prince d’Orléans Bragance), folle sans doute.

5 juin 1951

Coups de téléphone Guérin, Saint-Nazaire, etc. pour l’affaire Chaumeil. Le soir, chez Saby, anniversaire de Danielle (les Toussaint).

6 juin 1951

Visite sur visite au journal.
Prix F.J. Armorin à Henri Amouroux (Sud-Ouest) – Vu Kessel chez Denys de Pouilly.

8 juin 1951

Il pleut. Recherché un certain E. Bourgeois, soldat de la Grande Guerre dont on a trouvé un message dans une bouteille (daté de 1916, Flandres). Arcueil, Cachan, pas trouvé. Le soir, salle du conservatoire, concert (Ravel, Stravinsky, Milhaud, Pierrot lunaire par Leibowitz). Avec Bernard, Souvtchinsky et Petrus, venu de Royaumont.

10 juin 1951

Le soir, à Montreuil, fiançailles de Michelle. Toute la smala là.

11 juin 1951

Soleil. Cour carrée du Louvre avec les Toussaint et Dante, concert de musiques anciennes – puis ‘Te Deum’ de Berlioz (pas bon).

12 juin 1951

Discussions syndicales en cours avec les patrons pour une augmentation de 12 %. Consultation de la rédaction. Vote.

14 juin 1951

Protocole d’accord journalistes-patrons signé. Pas de grève pour les élections.

15 juin 1951

Formidable orage la nuit. À St-Louis des Invalides, obsèques de J. de Frémonville, correspondant AFP tué en Corée. (Labarthe, Helsey, Coquet). Martine de Wavrin pleurait tout au fond de l’église.

16 juin 1951

Chez Dante, avec Tosca, Fred, Bernard. Pronostic élections : voix communistes augmentées. L’Ile-St-Louis décorée de drapeaux et de plaques souvenirs pour le bimillénaire.

17 juin 1951

Voté après-midi – marché couvert, bd de Lorraine. Le soir au journal jusqu’à 4 h (départements Haute-Garonne à Loire-Inférieure). Tosca, Fred, Helman, résultats plusieurs fois incertains – communistes en tête pourtant.

18 juin 1951

Formidable histoire : 2 Allemands enfermés dans un blockhaus depuis 1945 à Golymia. Un, meurt en sortant…

19 juin 1951

Avec Dante, cinoche d’essai. Repris le métro.

21 juin 1951

Incroyable lettre de Wang – Troubles en Iran.

23 juin 1951

Messe anniversaire pour Armorin (les parents, Kessel, Helsey, Danjon, Dante, Petrus, Hespérin, Mme Berkay, etc.)

24 juin 1951

Lecture de « Aperçus préliminaires sur les manuscrits de la mer Morte (A. Dupont Sommer) – Extraordinaire.

25 juin 1951

Hommage à Edouard Scherré (1842-1929). (Texte de la plaque, illisible.)

27 juin 1951

Lundi : dans la 4 CV empruntée par Gilbert, départ pour Hayange. Le lendemain, avec les parents, par les Vosges à St-Louis (Bâle, radio, musée). Mercredi : Colmar (visite oncle Daniel et tante Renée), Sélestat (cimetière), puis Barr (Laure Lévy). Couché Maison Rouge.

28 juin 1951

Jeudi : vers Hayange par Saverne – arrivée Hayange 18 h. Temps gris pendant tout le voyage – radio à bord. Les bruits de pais se confirment en Corée (après le discours de Malik). En Iran ? – Vu les Hazan, Michel Hecymers, (suivent d’autres noms illisibles).

29 juin 1951

Quitté Hayange 11 h, 18 h à Paris.

30 juin 1951

Chez les Marchal, déjeuné.

1er juillet 1951

Chez Petrus (Dante, Bernard, Helman) – puis à la gare de Lyon où Dante s’embarque pour Monaco (procès). Les Nord-Coréens et les Chinois acceptent les pourparlers proposés par Ridgway.

2 juillet 1951

Avec Lioret (de l’AFP Tel-Aviv) et sa femme, dîner.

7 juillet 1951

Petrus ne pourra pas venir écouter sa ‘Polyphonie X’ à Donauschingen en octobre. Il sera à Londres avec Barrault. J’irai cependant avec Hespéres.

8 juillet 1951

Musiques militaires, 2000 ans de Paris. En Corée, les préliminaires d’armistice ont réussi à 100 % – Le soir aux Invalides, feu d’artifice (Petrus, Dante, Hespéres).

9 juillet 1951

Lettre à Zachayus pour lui désigner un avocat appel (Me Mandel) (suite à procès perdu – dommages intérêts pour refus de céder la place). Le soir à Asnières, porte d’Argenteuil, pour échange d’appartement, en bonne voie.

10 juillet

« Mais à Paris plus qu’ailleurs, il est impossible d’arrêter une plume qui se croit amusante ». (Baudelaire – sur R. Wagner).
Pour mon compte, je ne voudrais pas faire mon ami d’un homme qui aurait eu un prix de vertu, je craindrais de trouve en lui un tyran implacable. (Benda)

11 juillet 1951

Hier, signé achat appartement puis dîné avec Groussard, sa femme et Blanchet (du Monde). Aperçu Janine Bonnardot.
Rognoni au journal. Bellanger rogne 1 000 F sur ma note de frais.

15 juillet 1951

Mort de Schœnberg.
Le soir avec Petrus, Bernard, Dante et Wolf, un compositeur américain (17 ans), ami de Cage. Dîner chez Michel – puis les rues.
« 26 ans… Je me sens devenir vieux, dit Boulez ; mais le temps n’a pas été mal employé – les types de 17 ans ont de la chance, savoir ce qu’ils savent… Ah, si à 17 ans, j’avais eu un type comme moi devant moi ! »

16 juillet 1951

Engueulé Larquier.

17 juillet 1951

Convoqué par Fargue – sur l’histoire Larquier. Fini comme d’habitude.

18 juillet 1951

Déjeuné midi quai d’Anjou (Dante, Petrus, Bernard et Wolf), puis avec Bernard place Fürstenberg (atelier Delacroix).

19 juillet 1951

Contre attaqué Larquier par lettre à Fargue – Convoqué par lui. Tout va pour le mieux. Lecture des « Sept piliers » de Lawrence.

20 juillet 1951

Abdallah, roi de Jordanie, assassiné à Jérusalem. Visite de Viel-Lamare rentré de Guyane et qui doit y aller comme gouverneur de Maripasoula.

21 juillet 1951

Gatti déjeuner Clichy puis P.J. (inspecteur Duval) pour papier sur la disparition d’un polytechnicien charpentier (1947). Chez nos co-échangistes d’appartement à Asnières (grande conversation sur la pêche !).

22 juillet 1951

Déjeuner marché avec Gil et la mère.

23 juillet 1951

Pétain mort.

24 juillet 1951

Mort de Flaherty. Avec J. Bonnardot revu « Au cœur de la nuit ».

26 juillet 1951

1ère leçon de conduite auto, porte de Clichy. À 20 h à Versailles, rue de l’Orangerie (aux Routiers) pour une histoire de trésor caché au château de Gisors.

27 juillet 1951

2e leçon. Dîné avec Dante et Bernard chez les Toussaint. Projet voyage Pologne avec Toussaint.

28 juillet 1951

Coups de téléphone avec les gens du trésor.
Avec Dante, dîné chez les Marchal – Puis bagarres dans les escaliers contre la comtesse de la Falaise et ses Vénézuéliens (Risquez, Numez, Sotto) à coups de pistolet à plombs.

29 juillet 1951

Koblet gagne le tour de France.

30 juillet 1951

3e leçon. Chaleur.

31 juillet 1951

Tribunal militaire Reuilly-Diderot (LVF.S.O).

1er août 1951

À Versailles, 9 h – puis avec Lelieu et Guibet à Gisors (1er adjoint, secrétaire, ingénieur). Puis au château (souterrain et garde). Puis à Bourg-en-Vexin chez le baron Laffitte (4h à 6 h) – un excité réac et pédéraste.

2 août 1951

Recherches préhistoriques pour le trésor.

3 août 1951

5e leçon. Le soir, chez Bernard avec Dante – extrait gras et hach.

5 août 1951

En bateau avec les Marchal, Otero, Mercédés et Dante – déjeuner sur la Seine vers Orly.

6 août 1951

6e leçon. Dîner chez les Bonnardot avec Dante. Poker jusqu’à 2 heures.

8 août 1951

7e leçon. Gatti parti pour Bordeaux (procès de 16 coupeurs de canne à sucre accusés d’avoir tué le planteur Guy de Fabraigue).

9 août 1951

Sorti avec Janine Bonnardot

11 août 1951

Bernard part avec les toussaint à Percevalière – le rejoindrons vers le 6 septembre.

12 août 1951

Avec Dante chez les Marchal, puis à l’Alsacienne de l’Ile. Consulté livres de l’hôtel. Outre Joyce et Pound, ont habité A. Kœstler, P.J. Jouve, Lanzo del Vasto, etc.

13 août 1951

Envoyé lettre au Président de la République (Nord Af’).

14 août 1951

Lettre de Boulez d’Antibes.

15 août 1951

Temps de chien ! Quel été ! Lecture « Histoire de la mystique juive » (Müller)

16 août 1951

Avec Dante, envoyé télégramme à Saby à Grenoble. « A – OVA – OUA – stop Grrr ? Fui…i ? » Boulez rentré. Mort de Jouvet.

17 août 1951

Maman partie 8 h 20 Hayange. Dîné chez les Toussaint avec Dante. Projets départ Mexique.

18 août 1951

Déjeuné avec Dante et Petrus à Clichy.

19 août 1951

Papier sur Mme Kirkwood inculpée « d’enlèvement d’enfant » mais en réalité suspectée de communisme et enfermée à Caen (séparée de son enfant) en attendant son extradition.

20 août 1951

Papier bleu du prince Khabili qui se dit diffamé dans le papier d’ »À nous deux Paris » consacré à Antonietti. Avec Dante, envoyé lettre à Benazet de l’Aurore – qui a écrit un infâme article sur la répression.

21 août 1951

Si le citoyen doit beaucoup à sa patrie dont il est membre, chaque nation doit à plus forte raison bien davantage au repos et au salut de la République universelle dont elle est membre et dans laquelle sont renfermées toutes les patries des particuliers (Fénelon, Supplément à examen de conscience).

22 août 1951

Je suis pour la paix mais dès que je parle ils sont pour la guerre (120).
Arrivé à Sarrebrück (poliomyélite). Mardi 21 – 19 h 25. Logé hôtel Excelsior. 208 cas de polio. Haut commissariat, puis police place du Château, puis Institut d’hygiène. Conversation à midi : « S’ils avaient gardé Bülow, ça ne serait pas arrivé » Rasé à la Vitelloise ! Haut commissariat où j’attends 1 heure 30 un fonctionnaire qui n’arrive pas, M. Bouffonais.

23 août 1951

Papier téléphoné à 19 h – Autorail de Metz à 7 h 42. Dr Pelouse, 6, rue Mozart, puis préfecture. 9 cas de polio en Moselle – Déjeuner Palace puis Hayange 15 h 10 – cinéma avec les Michel juniors. Le matin, autobus pour Metz, puis à la gare pour le train autorail de 8 h 59 à 8 h 55, Richard du Républicain lorrain m’enlève : catastrophe ferroviaire à 20 km de Metz (Sasanry-sur-Nied) 19 morts, 32 blessés, un wagon sur l’autre. Victimes surtout militaires.

24 août 1951

Passé papier, puis au Globe.

25 août 1951

Journée à Metz – Soirée avec Colette Arrighi, une vendeuse de fleurs.

26 août 1951

Train 6 h 13, mais pas réveillé par le portier. Train 13 h 08. Arrivé 17 h 45.
La grosse jubilation du voyageur de seconde qui va pisser en 1ère.
Journal 18 h – article fait, puis Clichy. Lisquez, le Vénézuélien est entré avec sa 11 CV dans une voiture des Messageries. Le convoyeur brûlé vif.

27 août 1951

Affaire Kirkwood évolue bien : a revu son fils (France-Soir s’en attribue le mérite).
Visite à Paul Lévy (Aux écoutes) qui fait la petite bouche…

28 août 1951

Déjeuner avec Dante (île Saint-Louis) – puis Palais (le corbeau de la rue d’Enghien) – conversation avec Collin, très affligé (Smadja veut le virer de Combat).

29 août 1951

Le soir, à la Rhumerie avec Dante et une bande à Escuret pour y voir les Gratiant, martiniquais (un poète, un avocat -cocos).

30 août

Vu Me Ryon, rue de Grenelle, pour le procès avec Khabili. À midi, chez Boulez avec Dante. Puis, Croix-Rouge (vieille fille Buisson…)
Le Talmud raconte que Simeon Ben était un gladiateur d’une force prodigieuse. Mais que, lorsque son beau-frère le décida à étudier la Torah, il n’eut plus la force de soulever son épée.

31 août 1951

Tous les records d’orages et de pluie battus.

1er septembre 1951

À midi, île Saint-Louis – Déjeuner avec Galli « Chez les Italiens ». Puis enquête à rédiger tout l’après-midi (police des fantômes). Le soir, 23 h Folies-Bergères avec Albert Médina pour y attendre Petrus – et déambulations jusqu’à 4 h.

2 septembre 1951

Pluie – Papiers. Téléphoné à Rognoni pour savoir si Médina pourrait louer l’Apollo (dont ledit Rognoni s’occupe avec Huturatu) pour y monter différents spectacles (notamment Arden et Keversham).

3 septembre 1951

10e leçon – désastreuse.
Médina a pris contact avec Rognoni. Possibilités.

4 septembre 1951

11e leçon – désastreuse. Malaise dans la rue. Passé l’histoire du trésor à Busson.
Dîné avec Toussaint et Dante (projets pour Grenoble).

5 septembre 1951

Passé permis – et loupé (bon pour le code). Puis Versailles et Gisors (souterrain) avec Busson (Lelieu, Letondal et Lamour). Rentré 11 h. Journée d’été. Lettre personnelle d’Auriol en réponse à la nôtre (sur les problèmes des N-Africains)

6 septembre 1951

Papier paru sur le château. Déjeuné midi à Clichy (café du coin) avec la mère, Alphonse, Monique et Dante. Le soir au Mt-Blanc avec Dante, Petrus et Médina.
De Gatti : 2 influences, dit-il, sur ma pièce : le Dibberek (où les acteurs restent figés après la fin, et ne saluent pas), et les Nô (où le personnage parle de lui à la 3e personne et dit ce que les autres pensent de lui et aboutit enfin à sa phrase, à son texte. Les « ruisseaux » jetés de tous côtés, dont Médina l’accuse, représentent justement l’homme tout entier avec ses projets dont la plupart ne viendront pas à naître. Il n’y a pas de dialogue avec des ficelles à saisir. C’est du langage – il n’y a pas de rôles d’acteurs (d’où sans doute l’hostilité de Médina), mais les rares gestes à faire ont d’autant plus d’importance.
Temps lourd. Le soir, journal pour finir enquête.

8 septembre 1951

M.B. à Clichy. Puis, l’après-midi, au journal, pour taper dernier papier (police des fantômes).

9 septembre 1951

11 h 20 départ pour Grenoble avec Dante. Arrivée 20 h 20. Taxi pour Percorallière- Seyssinet. Erreur d’aiguillage dans la nuit. « Ah, c’est le Château » fait le chauffeur. Puis au bout d’une allée le perron illuminé et des formes nombreuses.

10 septembre 1951

Hélène – ses trois enfants. Danielle, Bernard et une dame nommée Babette Farnoux. Journée : 8 h lever – 9-12 h hamac – 13 h déjeuner – 14-19 h hamac – 19-20 dîner 20-23 salon.

11 septembre 1951

Toussaint arrive. Lecture Rimbaud en hamac. Puis, avec Dante, les gendarmes et les voleurs avec 6 gosses. Puis, avec Robert en voiture dans le Vercors (Tour-sous- Vorrin, St Nizier, cimetière maquis et tombe J. Prévost).
Le soir, à la radio, 1ère mondiale à Milan de « Rake’s Progress » d’Igor Stravinsky. Enterrement de première classe – Pauvre Igor.

12 septembre 1951

Journée de drames. Danielle veut quitter Dante, divorcer, vivre sa vie… mauvaise influence d’Hélène (déjà soignée à Prangins), philosophies non digérées, complexes… Chaleur lourde. Joué aux boules chez Chichi Groux. Retour, l’histoire continue. Dante veut repartir lundi. Nous aussi. Danielle resterait seule dans la maison. Un cheval emballé traverse le parc au galop. Danielle s’en va, puis revient. Au dîner, incident. Bourbalet crie. Dante roucoule comme un fou. Le soir, promenade sur la route de Grenoble. Réceptions là-bas.

13 septembre 1951

Atmosphère un peu détendue. Rimbaud dans le hamac. À 13 h, les femmes et Robert s’en vont en Suisse jusqu’au soir. Dante, Bernard et moi seuls. Piano, silence, fraîcheur. L’après-midi avec les gosses courses et guerre dans le parc. Avec Bernard, à Seyssins cherché le pain, tabac, etc. Puis, le soir, avec les mêmes, à Seyssinet.

14 septembre 1951

Pluie, vent. Décroché le hamac. Robert T. me dit que les médecins de Prangins donnent à Hélène trois ans avant la complète schizophrénie (et l’internement). Lu l’Imitation. Coup de téléphone d’Otero (de Villard-de-Lans). Véritable tempête, le vent hurle. « Isabelle… it’s too windy » crie la nurse (Irlandaise).

15 septembre 1951

Clandestinement, Robert nous mène à Villard chez les Otero. Déjeuner, puis, car pour Grenoble, musée, cafés, loué place pour car de Nice. Les 2 autres rentrent lundi soir par le train avec le perroquet et le lardon. Danielle restera seule.

16 septembre 1951

9 h départ des Toussaint (père, mère, fils, bonne et « Mythe » Maginot). Beau temps. Puis vent. Soirée presque funèbre – les nerfs malades. Babette nomme des amis à elle, des Seligmann – pas les mêmes.

17 septembre 1951

Nuit de tempête. On s’en va ce soir. Taxi sur la route de Seyssinet. Dante et Bernard, train de 22 h. Moi, hôtel de Savoie.

18 septembre 1951

Car 8 h 10, déjeuner à Digne 13 h 15. Grasse 17 h 30. Négociants. Vu Nardin, Reichenecker, Marcelle.
Morts : Jouvet, Ludmilla Pitoëff, Geo London, Maria Montez (cinéma).

19 septembre 1951

Relu « Ulysse ». Le soir, Marie-Cl. puis salon de l’hôtel : les fils Hughes, Nardin, le maestro Rossignoli, une pharmacienne et une mystérieuse pensionnaire – jolie plus un perpignanais jovial et un grassois concentré.
Article : « Crimes et châtiments » paru dans « Aux Ecoutes ».

20 septembre 1951

…Fragment de la bible en créole le l’île Maurice.

21 septembre 1951

« Ulysse » – Temps gris, journées calmes.

22 septembre 1951

Lettre de maman et de Gatti-Saby (répondu). Auriol a téléphoné. « Ulysse ».
Citation de L’hermaphrodite d’Albert Samain.

23 septembre 1951

Grisaille. Match de foot stade J. Girard, avec Nardin. Grasse contre La Ciotat qui gagne 4-3. Pauvre spectacle.

24 septembre 1951

Rêve avec papa. Papa, vieille religieuse, C.S. à la recherche d’un conseil, avions annonçant un bombardement et puis déchirante (mot rayé). Crabe capitaine.
Travaillé : « Exa inconnu ». Pluie.
La fille de la chambre 10, après le départ de son Jules quadragénaire, court avec un Anglais. Le Jules téléphone, angoissé, trois fois le soir. Mais elle…

25 septembre 1951

Joyce terminé. Nouvelles recopiées. Celui qui disait « stupide » un siècle où l’on vit, en lice poétique, Hugo, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Lautréamont, Mallarmé !

26 septembre 1951

Mallarmé (œuvres complètes, Pléiade). Pluie sur Grasse. Travail – fièvre – toux. Lettre à Saby.

27 septembre 1951

Mallarmé – Travaillé à « Cornée ». Rhume, grippe. Visite de Duclary, resté à Grasse depuis des mois et qui rentre lundi à Paris.

28 septembre 1951

Beau temps – Bilan des grandes figures (pour nous). Baudelaire, Mallarmé, Joyce (Rimbaud, Lautréamont) – Klee – Schoenberg – Berg – Webern –
Et il arrivera qu’un chirurgien greffe la cornée d’un mauvais garçon sur l’œil d’un saint homme.

29 septembre 1951

Pluie, orage. Temps des croisades… pour nous – jolie époque – croisades de la prudence, de la politesse… Voler sa part de dignité à quelqu’un.

30 septembre 1951

Car de Grenoble 9 h – Grenoble 18 h 15 – car de Lyon – Lyon 21 h 15. Vu J.J. au Progrès – puis café. Bouteille de Bordeaux.

1er octobre 1951

13 h 37 à Paris (voyage avec 2 journalistes du Progrès). Appris à Clichy la mort en Suisse (probablement suicidé) de Donald Sanon.

2 octobre 1951

N. Af. Av. Faidherbe. Carte de Londres (Petrus) – Consulat d’Allemagne (visa) – Mort du bourreau (reportage).

3 octobre 1951

Téléphoné Souvtchinsky. Train demain soir pour Donaueschingen. Retiré mon passeport. Vu, île Saint-Louis, Dante et Bernard.

4 octobre 1951

Tél. de Mme Barkey. Visite de libérés. Dante à déjeuner.
22 h gare de l’Est. Souvtchinsky, Goldbeck, Messiaen, affairé, béret, lunettes, valises, carton – pour ‘Polyphonie X’ de Petrus (16 invités).

5 octobre 1951

Herzlich Willkommen den Gästen. Arrivée 10 h 50 à Donaueschingen. Hôtel Schützen. Carte à Boulez. Visite du château, musée loufoque (Lucas, Cranach, Holbein et des coucous). Fenêtre sur le Danube. Répétition Boulez 9 h par le S.W.R. « Grosse Attraktion » disent les chefs ; les musiciens, afférés, le croient schizophrénique. Le virtuose suisse Nüsse me dit : « C’est le plus grand fou ou le plus grand génie. C’est la musique de l’avenir ou le néant… Honnêtement, je dois dire que cette musique nous n’avons plus de connections avec elle – elle supprime l’interprète ». Répétition à 9 h : formidable. (Souvt., Goldbeck, pour ; Mihalovici contre et encore Hassang, Heugel).

6 octobre 1951

9 h : répétition Boulez, puis télégramme à Boulez à Londres : « Répétions magnifiques – partition éblouissante » – et à Gatti, Saby, idem. Festhalle (ancien manège du prince). Drapeaux, salle comble. 2 « œuvres » avant (Krenek et Liebermann). Puis, 17 h 07, le Boulez. 1er mouvement : 1 sifflet – 2e mouvement : mouvements divers – 3e mouvement : protestations (polies cependant), tension, exaspération contenue. Télég. de Boulez. Téléphone à Boulez : « Public remué. Pas un indifférent. Discussion générale passionnée ». Le soir, évitant la musique, sommes allés dans salle commune à côté du restaurant occupant – Une blonde allemande et un adjudant (prostituée, femme honnête – Charlotte), tombée amoureuse de moi.

7 octobre 1951

Petrus a envoyé un télégramme de Londres à Rosbaud. Répétitions Festhalle (Jallick, Hentze et autres babioles). Déjeuner général chez le Prince de Fürstenberg (tout le château d’un mauvais goût ahurissant). L’après-midi, concert Messiaen avec Gabrielle Dumaine (pas fort et mal chanté). Train 19 h 19 pour Paris avec Souvt. et Goldbeck. Discussions musique, littérature. Arrivée 7 h 35.

8 octobre 1951

Maman de nouveau tension… régime imposé. Affaire de Korat arrêté pour « intelligence avec une puissance étrangère » Triste et rigolo.

9 octobre 1951

Passé Aux Ecoutes (toucher 12 000 pour enquête), puis Lamy service des N. Afr. Rue de Picardie. Gatti à déjeuner chez nous. Puis chez Labarthe à Neuilly (Kessel, Coquet, Helsey, Bromberger, Devosne d’ailleurs honteux de son papier sur Korat), à propos affaire Korat, communiqué.
Lettre reçue de Petrus. Lettre à lui. Dîner. Yom kippour demain.

10 octobre 1951

Jeûne. « Il est plein de périls de commencer sa vie par l’apogée. C’est là le sort de beaucoup de femmes qui attendent trop du 1er acte et qui vont trop tôt au dénouement. La pièce ensuite traîne en longueur. » (Dumas fils). Voir Béthanie.

11 octobre 1951

Lu : Un héros de notre temps (Lermontov).

12 octobre 1951

Télégramme de Petrus qui nous convie chez lui dimanche.
Notes de frais de juin 51 : Bellanger après 4 mois refuse de payer les 1 000 F rognés dessus. Je déclare que j’en saisirai la délégation syndicale (dont je fais partie), ce que j’avais évité jusqu’ici. Puis, si pas satisfait, j’enverrai le restant de la note (4 900) à une œuvre charitable de la part de Bellanger.

13 octobre 1951

Gatti et Saby déjeunent à Clichy – puis vont à Noisy chez une femme qui prendrait le gosse, tandis que Danielle irait en Suisse à Prangins…

14 octobre 1951

Virage à droite au ballottage des dernières élections : l’ordre moral, assure Borsalon. Lettre de Boulez
Le soir, 23 h 30, chez Michel avec le Petrus, Soly, Dante, les Souvt – rentré 4 h.

16 octobre 1951

Avec Lamy (du contrôle de la main d’œuvre nord-africaine) visité à Issy un foyer en construction. Gatti a placé Stéphane à Noisy ce matin – difficultés avec Danielle. A reçu une lettre de Rachel Rosenthal lui disant qu’elle avait « 90 % de chances de monter la pièce ».
Les pontifes du P.L. sont inculpés d’escroquerie, faux en écritures, etc. (longue affaire remontant à Rebeyrol – Blocq Mascart).

17 octobre 1951

Article sur Boulez dans P.L. Très coupé. Article de Rostand dans Carrefour. Téléphoné De Caunes. R.V. pris. Avec Gatti, chez Petrus, qui avait reçu l’article de Rostand, et partiellement entendu sa Polyphonie à la radio allemande. R.V. pris pour dimanche à l’enregistrement d’une sonate. Après, avec les Gatti, Boulez, déjeuner aux Italiens et cinéma : « Le Garçon sauvage », une connerie.

18 octobre 1951

11 h avec Gatti, ministère de l’Intérieur, Bd Gouvion-de-St-Cyr. Entrevue avec le sous-préfet Piolet à propos des Nord-africains. Brave type, mais peu intelligent. Le soir, visite des Orano (lépreux). Gatti me propose de collaborer à « Naissance des voyelles » (un projet à lui) « aussi important, sur un autre plan, que le Manifeste communiste ».
Ca barde en Egypte.

19 octobre 1951

Avec Lamy et Bayen à Nanterre, puis Saint-Denis (centre N.-Af.) – Déjeuner avec eux aux Baléares.
Gatti part en Suisse accompagner Danielle à Prangins (chez le Dr Durand). Voiture de Toussaint.

20 octobre 1951

À la télévision, avec de Caunes qui passe un film sur le Groënland. Déjeuner rue Malar à « l’Ami Jean ». Pas mauvais film. Lu « Axel » de Villiers.

.21 octobre 1951

A 19 h 30 avec Saby, Petrus, Souvt assisté à exécution par Y. Loriot et l’auteur de « Structures » (pièce pour 2 pianos de Petrus). Plus : du Messiaen (Chants de terre). Structures mal jouées, trop dures. Pétrus désespéré. Dîner chez Bernard. Réflexions du Petrus : 1) nous ne sommes que des adaptateurs Webern, Stravinsky. 2) le temps passe, déjà 26 ans… Il faut faire le « coup de dés » avant 30, sinon, ne le ferai plus, etc. Rentré à 5 h avec la partition de Structures.

22 octobre 1951

Dante revenu : Danielle bien installée à Prangins.

23 octobre 1951

Avec Dante, au 85, rue Charlot, au syndicat des produits chimiques. Dante a vu Rachel Rosenthal et celui qui est décidé à monter la pièce. Tout a l’air de coller.
L’après-midi, photos rue des Saussaies – Mme Fabienne Meyran.
1er papier de « Police des fantômes » paru. Engueulé un du bureau Guérin.

24 octobre 1951

Vu Helsey pour réunion association. Leçon auto. Le soir, chez Janine B. pour papier à taper.

25 octobre 1951

Chez les Bonnardot avec Saby, Dante. (ça vaso-dilate ?)

26 octobre 1951

Leçon auto – Gilbert reçu ce soir sa voiture. Prairie 14 CV.

27 octobre 1951

Manifestation contre la messe pour Pétain à N.D. 2 ou 300 personnes (Bonnardot, Dante, Helman) quelques bagarres avec les flics.
L’après-midi, un avion atterrit sur le ventre à Orly – envoyé pour le papier.

29 octobre 1951

Tante Germaine, opérée samedi d’un cancer au foie, est très mal.

30 octobre 1951

Un comble : Rebeyrol et son groupe retirent leur plainte contre le P.L. moyennant un « fromage » à la télévision (Paul Auriol d’accord – un magistrat qui voulait poursuivre élevé en grade !).

31 octobre 1951

Encore à Orly. Un « Bretagne » en feu au décollage : 2 blessés.
Réponse de Bellanger à ma note sur les 1 000 F – coupée en quatre et tirée par les cheveux. Avec les trois à l’Orangerie : impressionnistes français des musées allemands.

1er novembre 1951

Avec les 3, à Pleyel pour Requiem (Mozart) mais pas de place. Parc Monceau, dîner chez Bernard, puis Marigny (Partage de Midi) et retrouvé Dante revenant de la rue du Laos au « Royal ». (Petrus entré au Centre d’études radiophonique. Musique concrète.) Bernard fera une période en août. Sujet de plaisanterie. Divertis.

2 novembre 1951

N° spécial de « Collier’s » consacré à la défaite et l’occupation de la Russie. Infect !
Dante à Clichy, midi – Troubles au Maroc : 3 morts – Reçu avec Marzet et Roels par Bellanger pour les questions syndicales.

3 novembre 1951

En 3865 ans, 323 ans de paix, 8250 traités de paix.

4 novembre 1951

Hier soir avec les 3 et Flinker dîner aux Italiens, puis écouté La Passion St Jean de Schütz – 1 concerto Bach et un fragment Wozzeck. Envoyé note à Fargue (réponse à Bellanger) – Haïr, sous peine de déchoir.

5 novembre 1951

Auto-école.
Internement d’Archer, ingénieur follet – Papier sur lui mais arrêté. Vu B. Derosne pour affaire Korab – Mort de Rebeyrol.

6 novembre 1951

Loupé permis de conduire. Vu Fargue pour note appui auprès de Bellanger. D’un homme très personnel : « Il brûlerait votre maison pour faire cuire deux œufs ». (Chamfort.)

7 novembre 1951

Je suis fusillé tous les jours. Lettre à Danielle en Suisse.

8 novembre 1951

Unesco avec Gatti, puis chez Saby, puis déjeuner Clichy. Après-midi Onu.

9 novembre 1951

Avec Gatti, dîner chez les Italiens. Puis, soirée avec Marchal à parler de comtesse et de Caunes.

10 novembre 1951

Saucisson chaud, pied de mouton – château salade – fromages – desserts, pâtisserie. 750 avec service mais sans boissons. « Aux Lyonnais », rue Saint-Marc, Grands reporters. Affaire Korab – admission Mac Orlan – Rivière.

11 novembre 1951

Suicides (Monde) – Nord.Af. (Monde).
Avec Bresson, chez Lelieu à Versailles (trésor, obstacles de la municipalité). Puis, dîner chez Bresson : table tournante (sa mère et sa femme).

12 novembre 1951

V. Hugo interrogé : le plus grand poète moderne C.B., le plus grand poète contemporain, H.M. Vu Scipion à ‘Constellation’, projet de pêche à la baleine.

13 novembre 1951

340 lois, 5 000 décrets, 6 000 arrêtés chaque année.
Lettre charmante de Wang (marié) qui part dans la campagne chinoise. Photo.

14 novembre 1951

Epitaphe : Il n’a pas manqué à ce qu’il se devait.
« Et ouvertement, je vouai mon cœur à la terre grave et souffrante et souvent dans la nuit sacrée je lui promis de l’aimer fidèlement jusqu’à la mort sans peur, avec son lourd fardeau de fatalité, et de ne mépriser aucune de ses énigmes. Ainsi, je me liai à elle d’un lien éternel. » Hölderlin.

15 novembre 1951

Notaire : papier de propriété. Le matin : agriculture, brochures de la FAO. L’après-midi : Piollet, intérieur (documentation).
Avec Dante, le soir, ciné Vendôme « Los Olivados » de Bunuel. Effroyable.

16 novembre 1951

Lu le Coran.

17 novembre 1951

Déjeuner chez les Marchal avec Dante. Le soir, avec Karl Flinker et Dante, aux Italiens, puis chez lui : « Orféo » (et angoisse collective : je fusillé, Karl interné, Dante brûlé).

18 novembre 1951

Avec Karl et Petrus, aux Olvidados – Les deux enthousiasmés.

20 novembre 1951

Envoyé lettre à Vignon. Départ pour inondations (Avignon) à 19 h en voiture (Tricourt, Héry et Lamour). Dîner Pont-lès-Avallon – coucher minuit. Comète sur la route.

21 novembre 1951

Montceau-les-Mines : zéro ! et la vallée du Rhône. Loriol et le couvent, le Palud et les fermes isolées, les routes pleines d’eau ; après des heures de recherches (toutes les routes coupées), et renseignements à Carpentras, arrivée à Avignon à 20 h (une seule route). Papier à 9 h 30.

22 novembre 1951

Matin : dans les rues en bateau avec deux sauveteurs. L’après-midi la tournée des ministres : Poilet, Sorgues, Bédaridas (bateau trois fois) complet (Sevry, Josco, Bromberger…). Sevry part à Arles.

23 novembre 1951

Avec Buffet sur le Rhône – mais pas de barges à moteur (militaires pas là) – l’eau baisse. Avec les autres, au Sporting Club (10 fines). Rentré 2 heures.

24 novembre 1951

Inondation finie. Départ 9 h 30. Déjeuner l’Hermitage. Lyon 16 h 30. J.J. dîné avec. Puis, chez Lapierre, bourgeois d’art (très drôle). Rentré 1 h 30.

25 novembre 1951

Train de 8 h 22 (juste payé en 3e classe) grâce à J.J. rencontré Delsart (du Progrès). Paris 13 h 45.

26 novembre 1951

Avec Bresson, vu M. Dufour (de l’Institut métaphysique. Intéressant).

27 novembre 1951

A la préfecture, Fontaine (du cabinet) pour Nord Afr.

28 novembre 1951

Vu père Guy. Gatti part pour Lyon (procès).

29 novembre 1951

Envoyé 2 500 F empruntés à J.-Jacques. Vu inspecteurs Imoun et Boyault de la rue Doudeauville (pour N. Afr.) – Leçon auto – Soirée chez Bernard, dîner.

30 novembre 1951

Vu Landry, 48, quai des Célestins – pour N.Afr. Soirée avec Rognoni, puis envoyé sur une histoire d’espions roumains brûlés (qui avaient « choisi la liberté » dans l’hôtel rue Montholon). Connerie superbe et généreuse.

1er décembre 1951

Avec Bresson aux alentours de l’hôtel Montholon (vu la blonde). Lettre de Billard. (Marisapoulo).

2 décembre 1951

J’ai 29 ans. L’autre versant déjà… La bande, plus Karl, m’offre les romans de Malraux (1 vol.), puis dîner chez Michel. Le Petrus en pleine action, dit-il, au studio d’essai (musique concrète). Danielle revenue de Prangins et Dante, en face d’une note de 100 000 F.

3 décembre 1951

Rentré à 4 h du matin. G. de b.
Julien Gracq prix Goncourt. Le refuse. Leçon auto. Naissance de Gil-Fernando Otero. Vu, avec Dante, Landry et ses élèves arabes quai des Célestins.

4 décembre 1951

Voyage Algérie accepté. Ciné. « L’Ange bleu » avec Dante.

5 décembre 1951

Déjeuner restaurant chinois du quartier avec Dante et Bernard.
Fait divers : une jeune fille part en Amérique retrouver son fiancé. Il est mort. Elle refuse de manger et meurt. On l’embaume. Les douaniers d’Orly ouvrent la boîte – puis la mère en prend livraison.
Vu M.B. – puis, 20 h chez les Geissmann, bd Victor-Hugo (bourgeoisie juive).

6 décembre 1951

Le soir, avec Dante, chez le Dr Jacquemart à Colombes (Nord-Afr.)

7 décembre 1951

Répondu Billard.
« Les conservateurs ont un nom qui commence mal » (duc d’Orléans).
Gatti à Michaux, lui demandant s’il avait lu le livre d’un nommé Nimier : « Je ne lis pas les gens qui n’existent pas ». Leçon auto. Paris.

8 décembre 1951

Brigade fluviale quai des Célestins. Dîner chez Dante (Danielle, Bernard, puis Otero). Puis 11 h chez Marchal qui me donne un « souvenir de Yerouchaloïm » légué par un vieux juif mort sous l’occupation.

9 décembre 1951

Soirée Dante, Danielle, Bernard, Flinker – dîner, puis chez Flinker (Schubert Lieder – Vivaldi, les Saisons – Mendelsohn, italienne – Mozart, divert.) Rentré 1 h. Histoire de Simone Heurard.

10 décembre 1951

Train 8 h 40 pour Lyon – arrivée 14 h 10. Vu Nugues, correspondant. Café du Palais (ct Martin, l’artiste Azzario, interprète Nord-Afr., café nord-af, place du Pont – puis chez Alaïze jusqu’à 1 h (J.J., Delsart, Nugues, etc.)

11 décembre 1951

Au lit jusqu’à midi – puis dîner J.J. acheté jouets pour les gosses – puis Nugues chez Fau, C.G.T. de la Part-Dieu. Avec Fau, expulsé de la caserne par le dir. Hornung. Prévenu son président, Monchino..

13 décembre 1951

Travail – police… déjeuner restaurant, après-midi vu Benedetti et changé d’hôtel (Normandy). Dîner Béné.

14 décembre 1951

Grève des traminots. Vu Vernet (travail main d’œuvre) – Lapierre (statistiques) et maison Le Corbusier (extérieur). Vu Belpeer (aide travailleurs outre-mer ATOM) à 15 h 30 – resté jusqu’à 20 h – sa femme (bédouine) le type des allocations familiales. Puis, avec Lapolla et Bruno Delaye, ciné : « Crimes et merveilles » avec Sanivel.

15 décembre 1951

Journée avec les Belpeer, Aix (femmes musulmanes) – déjeuné – St Barthélémy, Joliette, etc. Changé d’hôtel à Marseille : Hôtel des Princes – Papier paru dans Parisien sur famine.

16 décembre 1951

Train pour Lyon 11 h 15, arrivée 15 h 33. Dîné avec J.J. Brouillard.

17 décembre 1951

Avec Nugues, vu Faure dir. Cabinet du préfet. Refusé de revoir Hornung (qui stationnait dans le bureau à côté) puis visite de la Part-Dieu. Déjeuner Alaize. Vu à 6 h Mme Massenet, apéritif. Elle prépare la candidature de son préfet au gouvernement général de l’Algérie. Dîner avec Alaize.

18 décembre 1951

11 h autobus pour Trévoux avec Nugues. Déjeuné avec le fils Georges (les possédés de Mizérieux !) – Puis en taxi à Mizérieux (les « gaz », le pentacle, le curé, les vaches, etc.) Rentré 18 h. Dîné avec J.J. Revu Thérèse Raquin. Train 10 h 1 – brouillard (le rédacteur–aubergiste du journal de Trévoux – Trévoux libre – pas fin.

19 décembre 1951

Arrivée 4 h 45. Taxi. Journal 16 h. Gatti parti avec 35 000 F pour l’Algérie. Lettres diverses.

20 décembre 1951

Chez Petrus avec Saby et Souvtchinsky.

22 décembre 1951

Déjeuné avec mam et Gilbert chez « Muller », av. de Clichy. Soirée avec Rognoni – Mont-Blanc avec les Américains et Australiens puis club des Antillais. Rentré 1 h.

26 décembre 1951

Papier des « Possédés de Mizérieux » passé.

28 décembre 1951

Enterrement de tante Germaine à Pantin – la fuite du fourgon, accélérant à travers les encombrements. Le soir, chez les Marchal. Dante rentre le 30.

29 décembre 1951

Le soir chez le Dr Jacquemart, Colombes. Centre de Nanterre puis café arabe de Clichy. Atteinte à la liberté. Dépression.

30 décembre 1951

Dante retour d’Algérie (couteaux, porte-cigarettes).

31 décembre 1951

Tél. à Kessel. Tél. de Groussart qui nous invite pour dimanche. Chez Dante avec Petrus. Les Otero, Ninez, Helman, Bernard – Fini 3 h du matin. Deux condamnés à mort s’évadent de la prison d’Amiens.