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1970

Pierre Joffroy était son nom de plume. Maurice Weil celui de l’etat civil.
Né en 1922 À Hayange en Moselle, il monte à Paris en 1945 après être passé par Lyon où il s’était réfugié en 1941, rejoint plus tard par son frère Gilbert .
Entré au Parisien Libéré dès son arrivée dans la capitale il réalise un de ses premiers reportages en s’embarquant sur un « rafiot » chargé de juifs européens  rescapés des massacres nazis.

Ici commence l’histoire des carnets dont certains disparaissent à l’occasion de ce voyage en terre de Palestine en 1947.
Il s’agit d’un petit agenda (un par trimestre) sur lequel il note rendez-vous, rencontres, conversations téléphoniques, lectures, sorties, projets et ceux de ses amis.
Le format n’autorise pas le développement comme encore moins les épanchements (même si on trouve quelques cris du cœur).
Ces carnets pourraient être (sont) comme une gigantesque table des matières d’un livre à venir, un vaste index qui renvoie à autant de pages qui ne sont pas encore écrites.
Au commencement était le verbe. Reste à trouver la suite.
À vous de lire ce projet de « livre total ».
À vous de nous donner des informations complémentaires que la lecture de ces 20 premières années (1947-1968) vous inspire.
La suite, 1968-1980, puis 1980-2000, paraîtra dans le courant de l’année 2021.
Les carnets n’avaient jamais été lus, ni déchiffrés avant 2008. Ils ont été photocopiés puis déposés à l’IM.C.(Institut Mémoires de l’ Edition Contemporaine) avec les archives de Pierre Joffroy où ils peuvent être consultés.

Choisissez une année 

1er janvier 1970

Téléphoné à Gatti. Trouvé nulle part. Cdf à Monloup : mes vœux. Voudrait lire 3,1416 et le passer à Rosner. Cdf de Gatti à 7 h : RV av. Leclerc. Au téléphone : « Je me promène avec ta pièce en annonçant partout la naissance d’un auteur dramatique ». Arrivé là, le chien me mord au petit doigt. Thé. G. : « C’est ce que j’ai lu de mieux depuis je ne sais pas combien de temps… il y a des choses dans la pièce que j’aurais été content d’avoir faites.… Ecris des pièces. Tu as le souffle, la respiration. »

2 janvier 1970

Cdf de Dante : à Bluwal (TV) qui lui demandait une pièce, il a parlé de la mienne. Je dois prendre contact avec B. lundi. Me dit que son fils et les autres gens aux yeux bridés ont été vidés de l’usine d’Ivry (sur intervention de la CGT).
Cdf de Michaud-Mailland : « Je t’annonce que l’amour existe ». Il revient de Pologne : Donna.

5 janvier 1970

Palais : procès Guérini. Tous les avocats qui comptent à Paris et à Marseille (Floriot, Isorni, Polack, Filippi, etc.). Tous les confrères, même Madeleine Jacob, bien blanche. Dans le box, Mémé, son frère et trois hommes de main.
Téléphoné à Dante chez Lancelot : n’a pas vu Flamand ; va écrire à pour la publication de ma pièce ; confirme la possibilité Bluwal. M’invite à dîner avec lui chez Lancelot. Refus à cause de PM, hélas, dis-je. Il répond : « Si ça peut t’aider à faire une autre pièce comme 3,1416, ça vaut la peine ! ». Il part demain 17 h pour Stuttgart.

6 janvier 1970

Déjeuner au restaurant du Palais. Audience de 1 h 30 à 6 h 30. Ensuite, à la buvette avec Grisolli et Biaggi, avocats. Suivi l’audience avec le brave Penent.
Cdf d’Hélène Tourmaine : interview sur K.G. lundi en direct sur F. Culture.

7 janvier 1970

Audience de 2 h à 7 h 15. Témoignages police et fiancée du mort (mystérieusement amenée d’un pays étranger : la peur du gang).

8 janvier 1970

Audience jusqu’à 19 h. Policiers, amis du clan, etc. Commencé papier.

11 janvier 1970

Corrigé 3,1416 – avec plaisir (indications de Dante).

12 janvier 1970

Procès : incident Isorni. Pas entendu Dubost, avocat général. Quitté pour l’ORTF, interview par Hélène Tourmaine.

13 janvier 1970

Déjeuner avec Penent.
Les avocats : Me Giudicelli, Raymond Guy et Floriot (pour Pascal Guérini). Parti avant la fin du Floriot, accablé de périodes et de degrés centigrades.

14 janvier 1970

Palais : plaidoiries encore. Borni (opéra-comique), Gelabert (opéra-bouffe), Biaggi (opéra-nulla) et Filippi (opéra-opéra).

15 janvier 1970

Grasset. 1) Eichmann : on demandera des avis éclairés (à l’Express). 2) « L’espion » : on changera la couverture. 3) La pièce : on la publiera (peut-être).
Procès. Dernière audience. Mouchard. Policier et Pollack plaident. Pollack provoque, à la péroraison,des applaudissements. La salle évacuée. Au bout de 2 h 20, verdict : Mémé 20 ans, les 3 autres 15 ans. Villot acquitté. Hurlements, désolation dans le public. Invectives dans le box. Rentré, à travers le flashes, avec Pottecher.

16 janvier 1970

Dans France-Soir, article de Giron sur K.G.

19 janvier 1970

Cdf de Benhamou (Nouvel Obs). Frappés, lui et J. Daniel, du papier Guérini, me demande de collaborer. Réserves : mon contrat d’exclusivité. Alors, anonymement ? A voir.

20 janvier 1970

15 h Grasset : Verny et Fasquelle. Décidé offensive TV (Rossif – dramatique Prat ou Bluwal, etc.).

21 janvier 1970

Lettre de Villot – du procès Guérini. Proteste qu’il n’est pas « traître ».
Cdf de Harlan. Travaillé à fond sur le Eichmann, dit-il. On se verra avant la fin de la semaine.

22 janvier 1970

Cdf de Lancelot : un ami du TEP veut lire la pièce. OK.

23 janvier 1970

3 h Seuil : Flamand. Prend la pièce et me rappellera.
Chateauneu, ému, me dit sous le sceau du secret, qu’il va avoir le pris Vaillant-Couturier, mercredi prochain.

25 janvier 1970

Réunion de travail sur les « Prétendants ».

28 janvier 1970

11 h l’Huma. Remise par Fajon du prix Vaillant-Couturier à Chateauneu. Il était là avec sa femme, très ému. Vu P. Abraham, A. Stil, Andrieu, Wormser, Madeleine Bouise et Marie-Claude Vaillant-Couturier à qui j’ai reproché de n’avoir pas répondu à une lettre sur Auschwitz (K.G.). Etonnée. Parlé plus longtemps avec elle. Très chaleureuse.
Rue Beethoven (TV) pris Michaud (en train de visionner son montage sur Servan-Schreiber) et rue Cognacq-Jay pour y voir Olivier Todd, directeur de « Panorama ». Collaboration possible – surtout sur Von Braun en avril.

29 janvier 1970

Chato me téléphone, au comble de la joie. Castans lui a offert le champagne : il a touché le rappel de sa revente (12 000 sur 20 fiches de paie).
Au studio de l’Etoile « La Nuit des morts-vivants ». Un film d’épouvante – vraiment épouvantable – à ce point qu’il dépasse de beaucoup son projet.

30 janvier 1970

Grasset 4 h : Vu Martine, Monique Maillot, Fasquelle. Un pavé de pub dans le Monde. Grasset et D. de Roux d’accord pour publier Eichmann ensemble.
Journal : J.P. me demande de la part de Castans d’aller au procès Manson (Sharon Tate) à L.A. le 9. Décidé 1) d’emmener B. 2) de faire en même temps interview de Von Braun.

2 février 1970

Voyage Los Angeles retardé sans doute (procès retardé).
Chez Lancelot, dîner préparé par lui. Sa femme, ses enfants puis 4 ou 5 membres du groupe V, puis Gatti (revenu de Stuttgart pour 1 jour), puis H. Châtelain venue à 1 h 30 le prendre. Il prend l’avion pour Stuttgart vers 5 h. Parlé du film (l’Affiche rouge) relancé : c’est la raison de son séjour. Dorfmann, Reggiani, G.M. Volonte, Marlène Jobert.

11 février 1970

Papier sur Exodus (de bric et de broc !).

13 février 1970

Cdf de J.P. Olivier : Croizard frappé d’un infarctus au Colombier. Transporté à l’hôpital. Perfusions. A dîner, Obolenski et les Diwo.

14 février 1970

Croizard. Téléphoné Colombier. Du mieux peut-être.
En même temps que Croizard, Caviglioli malade le même jour. Angoissé après avoir vu un médecin, c’était mis à boire puis, s’attelant à un papier promis pour le soir, avait recouru au Maxiton. Mélange fatal. On l’a retrouvé (son voisin) dans sa salle de bain inanimé. Transporté hosto. Va bien. C’est le docu sur l’Exodus qui passe donc à la place du sien sur Albertine Sarrazin (inculpation de ses médecins pour imprudence ou négligence…).

16 février 1970

Une semaine exactement « atabique ».

17 février 1970

RV avec Goustine au Seuil. Peu positif. On ne veut pas éditer 3,1416 avant qu’il ne soit question de le représenter.

18 février 1970

Cdf de JJ sur 3,1416. Laudations et critiques.

19 février 1970

« L’Infâme » démoli dans France-Soir (Dutourd), en attendant, demain, l’inévitable chef-d’œuvre de Gautier. Le Figaro (les rédacteurs) gagnent leur procès contre Prouvost.
A déjeuner, Bernard Saby tout seul. Très bien physique et moral. Sort d’une dépression. On lui a fait des « électronarcoses ». Ne parle que de son chinois (salaire 22à F par mois !) qui a changé sa vie spirituelle. Peinture ? De temps en temps. Pense que l’abondance est idiote. On ne peut pas avoir de génie 8 h d’affilée par jour. Il n’y a qu’à regarder les grands rassemblements d’œuvres d’un peintre (Delacroix, les Vélasquez du Prado, même les 200 tableaux de Klee à Paris ces jours derniers)… Boulez ? Le chef d’orchestre ne l’intéresse pas. Le compositeur n’existe plus. Seul Stockhausen qui est fou a quelque chose qui explose de temps en temps. Stéphane est maoïste : « On n’a rien d’autre à lui proposer. On laisse faire ». Il lui reste 2 ou 3 tableaux à vendre. Sur Boulez : « Le ravélisme !… Cette peur du ridicule, si française qui le fait se tenir dans le modéré… »
L’article de Cau sur Pompidou dans PM. Cau, l’élève de Sartre, le disciple, voilà ce qu’il a donné. Ça juge le maître (du point de vue de sa lucidité – de l’intuition).
Avec B. vu « l’Infâme » (théâtre Montparnasse). Pas très convaincant. Vu J. Bouise.

20 février 1970

Cdf de Sylvain : Gatti lui a téléphoné. Voudrait me voir dans une semaine à Strasbourg pour travailler sur Manouchian. D’accord. Cdf de J.J. Envoyé 3,1416 à Saint-Étienne.

23 février 1970

Photocopié 3,1416 en dix exemplaires supplémentaires.

24 février 1970

Avec O. Merlin, vu Parinaud à RTL pour une émission sur K.G. Demain, Cartier pour la même chose.
Cdf d’un ami de Kateb qui cherche de l’argent pour un film. Me dit qu’il demandera à Kateb de confirmer. Ont besoin d’assez peu (1 000 F).

25 février 1970

Cdf de Kateb, retiré depuis deux ans dans un village de l’Oise (santé). Retravaille une pièce sur le Vietnam, donnée au Seuil. Pense que Goustine est un crétin et un salaud. Cdf de Djema, l’ami à qui je promets 800 pour demain.
3 h 30 chez Cartier, av. Maréchal-Maunoury. Tableaux abstraits (dont un de sa femme) ; garçon en veste blanche (valet ?). Là aussi, O. Merlin et Parinaud. Enregistrement de la rencontre Cartier-K.G. Parinaud me ramène à PM. Panne de courant.

26 février 1970

R.V. Grasset avec J.C. Fasquelle. Leur « lecteur » de l’Express est désolé : c’est touffu, brut (ou abrupt ?). Je l’aurais parié. Finalement, décision de le faire quand même pour mai. Ramené le manuscrit. Laissé 3,1416 à lire.
Avec B., « Les Damné » de Visconti. Beaucoup de monde. Très prenant dans la répulsion.

28 février 1970

Cdf 10 h 30 d’A. Stil. Me demande l’adresse de J.-A. Penent qui a écrit quelque chose dans « Combat » sur son livre. Lui dit de téléphoner au « Balzart », son QG. Lui dis aussi que Penent m’a consulté, pendant le procès Guérini, sur l’opportunité de publier ou non un article sur lui (le risque de le gêner politiquement). Stil : Aucune importance ». Puis : « Savez-vous que je ne fais plus partie du Comité central ? Moitié avec mon accord, ils ne m’ont pas réélu ».
14 h : La Route. 15 h Dante avec Sylvain. Travaillé jusqu’à 21 h sur le Manouchian (justification du rôle de Volonte as Fontanot). Dante et Sylvain s’en vont à 21 h.

1er mars 1970

Dante et Sylvain de retour à 10 h. Travaillé jusqu’à 7 h avec pauses (déjeuner, TV…). Fini le plan de Manouchian, modifié. Demain, mise au point du scénario destiné aux producteurs français, allemands et italiens.

2 mars 1970

Dante et Sylvain à la maison. Pot-au-feu ! Travail. Fini à 6 h.
Cdf de Castans (qui voudrait avoir un papier pour PM sur n’importe quoi).

3 mars 1970

7 h du matin. Cdf de Dante depuis Orly. Ils ont dîné hier avec Volonte qui a exigé un très net « gauchissement » du scénario. La Résistance est une chose, le gauchisme une autre. Confirmation de Sylvain : « la Résistance c’est l’alibi des communistes », dit Volonte.
Vu Christoforski, l’huissier écrivain. Critiqué son texte (longue nouvelle) mot par mot. Cdf de Monloup. Parlé de Dante et de « L’Infâme ». (Planchon, accablé par les critiques, la salle vide.)

4 mars 1970

Cdf à Dante, Stuttgart – quelques détails sur les désirs de Volonte – qui sont des ordres. Michaud, au journal, lui dit un mot. Retour de Pologne.

5 mars 1970

10 h Visite à PM de Karine, retour des USA. Donné le manuscrit de Eichmann à raccourcir. Elle le fera en Autriche où elle part se reposer. Michaud à déjeuner. Un peu triste. Voudrait faire venir Anna à Paris, divorcer d’Annick, placer les enfants dans un collège, etc. Et pas d’argent.

6 mars 1970

Déjeuner chinois Marbeuf avec Steiner. Il a publié un roman, « les Métèques » – que j’ai lu sans le lui dire, opinion mitigée. Parlé d’Israël, de K.G. (qu’il admire beaucoup), enfin de Nachman de Brotzlow, descendant du Baolchen tov : projet de film à faire.

9 mars 1970

Travaillé toute la journée au scénario de « l’Affiche rouge ». Fait la plus grande partie. Un mois sans tabac.

10 mars 1970

Fini scénario. Dicté minicassette.

11 mars 1970

Neige, comme tous les jours depuis une quinzaine. Terminé dictée.

13 mars 1970

Travaillé texte RTL sur K.G. A RTL de 3 h à 5 h. Enregistré. Tout me paraît « bordélique ». Parinaud regarde de loin, une collaboratrice fait entendre les interviews, le metteur en ondes évolue de son côté.

15 mars 1970

Cdf de Chateauneu. Me cite quelques mauvaises paroles de Haedens sur ma manière d’écrire des papiers. Puis, me dit qu’il lit Montherlant. « A côté de toi, c’et de la pitié qu’il m’inspire ». Compensation. Cite aussi cette belle maxime dont il ne connaît pas l’auteur : « Celui qui déteste le vice déteste l’homme ».

16 mars 1970

Lettre de Saby réclamant quelque chose : des bouquins.
Cdf de Fasquelle : proposition de film par Grumbach en « package deal ». Traduction anglaise envoyée.
Mort d’Adamov. (Suicide ?)

17 mars 1970

Cdf au Seuil. Eu Flamand pour 3,1416. Discussion sur la publication.
Journal. Cdf de Grumbach (film sur K.G.). R.V. jeudi.
Mort de Georges Kessel, frère de Jeff.

18 mars 1970

Travaillé aux « Prétendants » le matin.
16 h Longue et bonne conversation avec Roland Monod sur 3,1416. Quelques objections et critiques. Va la montrer à des amis.
Cdf de Penent. Songe à entrer dans le « groupe » où il a entendu qu’il y avait de la place. Parlerai pour lui.

19 mars 1970

Fini « Prétendants ».
A 16 h à PM, Sabine Delattre. Ensemble, au Deauville pour y voir Ph. Grumbach, grand, chandail rouge, mais pâlot, les yeux cernés, un peu à la traîne… Propose son « package deal » qui, pour nous, revient à lui donner un blanc seing de 3 mois. On verra. Sabine se propose de lire les cahiers de Gary et de me donner son avis – puis, éventuellement, de les négocier avec une maison anglo-saxonne.
Dans le bureau de Castans, il est avec Jean Cau. Me dit : « Vous vous connaissez ? P.J.… J.C. ». Obligé de serrer la cuillère du personnage. Geste que je tentais d’éluder depuis des mois.

20 mars 1970

Procès Tate (Los Angeles) repoussé au 20 avril.
Le soir, seul, théâtre de France Odéon : Le Sang, de Vauthier. Trois heures de « fête théâtrale » dont 1 heure de trop. Maréchal paroxystique. Mélite, très bien. Vu Mélite en coulisses ensuite – et rentré.

23 mars 1970

Travaillé « Prétendants » puis commencé la lecture de la traduction anglaise de K.G. : des coupures, des résumés, quelques contresens – mais pas mauvais en dépit de tout.

24 mars 1970

17 h chez Grasset : avec Sabine Delattre, vu J.C. Fasquelle : décidé de ne pas donner suite à la proposition de « package deal » de Grumbach.

26 mars 1970

Envoyé faire un double crime dans la région de Limoges.

27 mars 1970

7 h 45 train « Capitole » pour Limoges avec J.F. Chaigneau, reporter. Limoges 10 h 30. Loué une voiture. Sur les lieux du crime dans la campagne : déjeuner en route au bord d’un lac (Peyrat-le-Château), puis Bourganeuf (banque populaire, la mère du défunt, le fossoyeur, l’ouvrier du mort). Puis A. vers 8 h : hôtel de France. Dîner. Lagache, qui doit nous rejoindre est pris dans les encombrements entre Paris et Limoges. Visite au « Club » la seule boîte d’A. Elle est tenue par un certain Jeannot et sa maman. Très froid. Restes de neige.

28 mars 1970

Réveillé 7 h. trouvé Lagache, arrivé en moto, demoiselle en croupe, vers 3 h du matin. Parti avec J.F. Chaigneau à Lavoneix : jetés par la mère adoptive de l’assassin (chez qui vit la mère adoptive de la victime). Vu son voisin qui nous fait boire du Sylvaner, une assistante sociale, arrivée pour s’occuper de la fille, le maçon de la maison Crousty, la tenancière de la coop, le cimetière de St-Martial-le-Mont. Déjeuner Lagache, la demoiselle, J.FF à l’hôtel. De là, chez l’OP, l’opticien, puis Limoges. Train 20 h 48. Les autres rentrent à A.
La cage vide des hamsters. 3 se sont échappés. Chasse et récupération.

30 mars 1970

Travaillé, enregistré la pièce pour dactylographie Rapinat.
Impossible de récupérer le 2e hamster. Disparu.

31 mars 1970

Le hamster a fait un trou dans la gaine de chauffage. Disparu probablement pour toujours.

3 avril 1970

Terminé et téléphoné papier – peu de chance qu’il passe. Trop d’événements : avion « pirate » à Séoul, chute d’une caravelle au Maroc, otages tenus par des gangsters dans une chambre d’hôtel à Villefranche, etc. Lettre de Saby – sur la drogue et Lao Tseu.

5 avril 1970

Fini révision d’Eichmann.

7 avril 1970

10 h chez Karine : remis le manuscrit Eichmann. Bu, parlé du Mexique. Puis venue de Sabine Delattre – qui est d’avis que les cahiers de Gary valent la peine d’être édités. Dans l’aprèms, incertitudes sur le départ de demain. Les astronautes ont la rubéole, on parle de grève dans les stations de repérage… Finalement, Castans pense qu’il faut tout de même y aller.

8 avril 1970

Paris coupé de tous. Taxi à 2 h 30 jusqu’aux Invalides. Car pour Orly à 16 h. Là, obligation de se faire vacciner sur le champ (variole). Décollé 8 h 25. Pas plein, l’engin. Film américain sans sous-titres ni traduction française. Arrivée à 1 h 35 (soit 7 h 30). Atterrissage en douceur. Arrivée de Tchaprechikoff qui nous emmène en taxi, dans la nuit noire (à Paris, à 7 h 30 il fait encore jour) à l’hôtel Werthery dans Madison av.

9 avril 1970

9 h bureau de PM. Flora, la secrétaire. Vu Gaby l’autre secrétaire, Groueff, Anni Gicquel, Lecovitch, Janie Bonheur, le fils de Farran, Slade le photographe. Déjeuneer avec Arni et Groueff dans un restaurant français. Promenade dans Madison et la 5e : temps clair et venteux. Rentrés. Essayé de travailler au papier. A 11 h renoncé – écrasé de fatigue.

10 avril 1970

Repris travail à 6 h. Terminé à 10 h. Au bureau, dicté à Flora au télex. Déjeuner avec Slade et Arni dans un petit restaurant français. Puis Slade nous emmène à Harlem et Broadway. Avion à 7 h 05 pour Orlando (Floride). A 9 h 45 à Orlando. Nuit. Vu la fusée en arrivant, éclairée a giorno.

11 avril 1970

Petit déjeuner au motel. De là, à Orlando aéroport, de là Cocoa Beach (presse) puis, Cap Kennedy (centre de presse, pris le badge sans lequel on ne peut rien faire). Temps lourd et gris. Kermesse tribune de presse. Vu Kreiser du « Figaro ». Visité les VIP, tribune de l’autre côté, moins bien installés où arriveraient le vice-président l’aprèms, le chancelier Brandt, Von Braun surtout (pas annoncé). Départ de toute beauté : le fracas de la puissance. Téléphoné à 4 h 15 à Paris. Personne pour prendre le texte.

12 avril 1970

Téléphoné à Paris. Dicté nouvelle fin du papier. Castans : on repique. Ensuite, va à Houston pour un papier sur le centre spatial, vu de l’intérieur. Décidé avec Anni d’aller à Miami jusqu’à mardi.
Miami à 3 h 20 où nous attend la sœur de Groueff. Allés chez elle puis visite en voiture de Coral Gables, une sorte d’Auteuil à l’américaine. Dîné dans un restaurant de poisson « Oyster House ». Puis, motel.

13 avril 1970

Avec B. et Anni en taxi à Miami Beach pour prendre le bateau de Fort Lauderdale et des Everglades. Une plaisanterie touristique : vieux couples, guide bavant « Hellothere ! ». Zoo bidon avec des nuées d’alligators empilés (Goliath fait 600 Kg)) le « Queen Elisabeth » en réfection, etc. Pas plus vu la mer que la sauvagerie des Everglades. En revenant, mi-vapeur, mi-bus, la série des hôtels aux noms et aux entrées impayables !

14 avril 1970

7 h cdf d’Anni : les astronautes en péril près de la lune. Aller à Houston tout de suite. Avion de 9 h 30 pour Houston, arrivée 12 h 05, 11 h 05 locale.
Bus, hôtel Texas State Hôtel un caravansérail de 17 étages, type colonial en semi ruines. Chambre 1733. De là, au « Chronicle » de Houston pour y voir les gens de « World Book » (photos). De là, au Centre spatial. Visite du village des astronautes, visite des engins : module LM, capsule, etc. Salle de presse. Vu Kreiser, Segonzac, Anne Thinesse. Arrivée vers 20 h de Bousset, Slade, Patrick Petit. Dîner au Sheraton. Retour à la Nasa. Conférence à minuit et demi.

15 avril 1970

Aprèms, commencé à travailler le papier que je passerai demain soir, avec Patrick Petit. Atmosphère toujours assez calme. Dîner au Sheraton avec P.P., Slade, un de ses amis photographe, un contrôleur et sa fiancée et une amie à eux, professeur qui s’ennuyait.

16 avril 1970

Commencé à écrire à 3 h 30. Fini à 8 h. Dicté à 8 h 30 à Martine, sténo venue au journal à 3 h 30 du matin (Paris).

17 avril 1970

TV : séparation du module de service.
72 morts et il y en a eu deux autres. Petit-déjeuner avec l’équipe. Tour au Centre, très peuplé. Téléphoné papier à 15 h.
Avec B. et Petit (dit Mickey) au centre de presse et à la cafétéria pour y acheter des drecks nasiques (stylo bille astronautiques, badges, etc.).
Dîné avec l’équipe à 4 ou 5 milles vers Galveston dans un restaurant au bord du lac. Cher !

18 avril 1970

Cérémonie de remise de décorations aux contrôleurs de vol au MSC par Nixon, venu spécialement. Sorte de garden-party – orchestre militaire joue « Aquarius » . Tous partis pour Houston (Downtown). Aéroport où nous rencontrons Kreiser, Macaigne puis le Bousset. Tout le monde s’en va. Avec Petit nous prenons l’avion pour Los Angeles, via Dallas. Resté 1 heure. Repris un avion pour Las Vegas. Très agité ! Arrivé à 7 h 05 heure locale (9 h 05 de Houston). Hôtel « Sands ». Le Strip. Dîner dans un « Steak » en face du « Stardust ». Cauchemar de cupidité. Un peu joué. Couché à minuit 30.

19 avril 1970

Récupéré les valises arrivées de Dallas. En voiture dans Las Vegas, le Strip en plein jour. Joué et gagné 16 dollars. Parti en voiture pour L. A. (450 Km). Déjeuner à Barker dans le désert. Arrivés à L.A. vers 7-8 h. Hôtel Beverley Hills ch. 107. De là, chez les Petit où B. découvre et éteint un incendie. Téléphoné correspondante Simone Zorn. Dîné avec les Petit dans un snack à hamburgers. Exécrable.

20 avril 1970

Déménagé chez Patrick. Occupé à téléphoner : N.Y., Paris, Washington pour arranger tout.

21 avril 1970

Téléphoné à Paris, Castans ne veut pas engager plus de 3 000 à 4 000 pour une interview de Manson. Arrivée de Simone Korn (une compatriote) qui nous emmène à Toyanga canyon, au ranch de Manson, à la maison Tate, au cimetière, etc.

22 avril 1970

Avec Magda au L.A. Times pour y chercher un article sur Manson. Puis, aux studios Universal : visite en groupe : emmerdant puis, tout à coup passionnant.
Avec P.P., retrouvé au palais de justice après une course en voiture avec Simone Zorn, chez l’attorney Stowitz, puis chez l’avocat d’une coaccusée de Manson, Paul Fitzgerald. Le dernier plus intéressant.

23 avril 1970

Papier remis à huitaine. Cueilli à 9 h par la Simone qui me conduit à la prison de femmes (les filles de Manson) puis à celle des hommes (Manson lui-même). Journée très chaude. Avec Mickey dans une librairie hippie et dans une porno. Achat d’un disque de Manson.

24 avril 1970

Arrivée d’un ami des Petit, qui vit à Puerto Vallata au Mexique, fils prétendu de Léopold de Belgique, riche et ruiné, pédéraste mûr (la cinquantaine), Jacques ( ?).
Avec B. et Magda, à Disneyland tout l’après-midi. Il y avait foule. Vu le « world of tomorrow » et le « fantasyland ». Très intelligent le 1er, et amusant le reste.
Le soir, le Jacques, qui a trouvé des amis ou des amants à Malibu, va les retrouver.

25 avril 1970

Emmenés par Magda à l’aéroport. Embarqués pour Frisco avec Mickey. Arrivés à 11 heures. Passé le Golden Gate. 1ère vision d’Alcatraz de la baie. Déjeuner puis loué un bateau pour aller à Alcatraz. Mer forte. Notre assaut repoussé par les Indiens. Revenus à l’hôtel Fairmont, coûteux et respectable, le Texas State avant sa décadence (à 41 $ !). Dîné dans Chinatown à l’Impératrice de Chine (cailles rôties) puis promenade dans les rues.

26 avril 1970

TWA pour Washington à 2 h 05 ; arrivée 7 h (heure de San Francisco). Les Bousset à l’aéroport F. Dulles. En voiture jusqu’à leur maison de Bethesda.

27 avril 1970

Eveillé par les oiseaux. Le R.V. Von Braun s’arrange mal. Petit tour de la ville (Georgetown, la Maison blanche) puis le « presshouse » le bureau de PM. Arlington, cimetière militaire (tombe de Kennedy et de son frère), monument de Lincoln, l’obélisque, le Capitole, le quartier des ambassades. Dîner chez les Bousset. Traduit la chanson de Manson.

28 avril 1970

Travaillé à la documentation sur Manson. R.V. à 3 h avec Von Braun. Un quart d’heure…

29 avril 1970

Bousset nous accompagne au train. Une gare vide. 3 heures et 5 arrêts jusqu’à Penn Station. Hôtel Westbury (38 $). Fini le papier. Dicté à PM.

30 avril 1970

Bureau PM, achats, déjeuner avec Slade. Tour des quartiers chinois, italien, juif (plus Brooklyn et ses orthodoxes pareils à ceux de Jérusalem), puis Wall Street (où il y a une baisse spectaculaire depuis un ou deux jours). Vu les gratte-ciel depuis l’East River : admirable. R.V. Grand Central avec Dick Levine. En train jusqu’à Larchemont. De là, en voiture chez eux. Petite maison rouge. Dîner chez eux. Ecouté et vu Nixon à la TV essayer péniblement de justifier sa position sur le Cambodge. Dick préoccupé : ça bat de l’aile… et il y a toutes ses économies, « all my capital ». Rentrés par le train à l’hôtel.

1er mai 1970

Achats Madison, Lexington. Bureau puis déjeuner avec Anni et Groueff.
Musée Guggenheim, Central Park.

2 mai 1970

Zoo de Central Park. Journée magnifique avec Paul et sa fiancée, Geneviève duchêne. Déjeuner dans le jardin du musée d’Art moderne avec Liz, Martha et une de leurs amies. Visite de Greenwich village ; achat de posters et brochures. De là, à l’aéroport.

3 mai 1970

Arrivés sous le soleil à 9 h 15.

4 mai 1970

Aprèms : journal. Bavardages et mise au courant.

5 mai 1970

Matin : notes de frais. Aprèms : journal. Vu Castans, qui me dit bravo, et réclame un Von Braun. Dicté de nouveau les Prétendants.

6 mai 1970

A la TV émission sur la peine de mort après le film de Cayatte (« Nous sommes tous des assassins »). Naud, Viennet, Jacques Monod et de l’autre côté, le père d’un enfant tué, un avocat de partie civile et un prêtre de la Santé, Devoyod (le plus dégoûtant : « Oh ! mais vous ne les connaissez pas ! »). Et Demay, qui fut gracié par Auriol, à la suite d’une demande des journalistes : il avait les écouteurs aux oreilles, le front bas, le verbe difficile, on écourta sa déclaration. « Il est soul, il demandait le maintien de la peine de mort, sans exécution. »

7 mai 1970

Ecrit interview de Von Braun.

8 mai 1970

Dîné avec B. chez Karine Koenigseder. Invités : les Bouise, un prof et directeur de collection chez Maspero, Georges ( ?).

11 mai 1970

Obligé d’aller à Crespin demain (un innocent officiel condamné par l’opinion public). Téléphoné à Hélène châtelain. Pas de nouvelles de Dante. À Berlin-Est. Le film passe à la TV demain soir. Elle va à Strasbourg le voir. Je ne pourrai pas.

12 mai 1970

8 h 05 train pour Valenciennes. 10 h 30 en auto avec Lagache, dans le brouillard, à Crespin. Visites : le père des victimes, l’assassin supposé et libéré, le curé, l’instituteur de l’assassin, le douanier en retraite, le hâbleur local, le chaudronnier bavard, Lefèvre, photographe. Rentré en voiture avec Lagache.

15 mai 1970

Au théâtre Montparnasse « Bérénice ». Racine – Planchon (avec Sami Frey, Denis Masurel, Francine Bergé). Bons décors, bonne mise en scène. Mais quel ennui ! Racine a passé – comme le café !

20 mai 1970

Elaboré le plan du roman (« la Partie de poker ») et décidé de l’écrire vite.

21 mai 1970

Tél. à Monloup : Rosner a lu, Planchon voudrait. Il va la lui passer.
Déjeuner chez le chinois Marbeuf avec Bosc, le metteur en scène, barbu rouge vif : difficultés pour faire quelque chose de 3,1416. Il part en Italie pour échapper au service militaire. Projet : 3,1416 pour le festival de Nancy. Raconté le Von Braun. Dîner avec les Bouise et Le Bolzer rue Custine. Mack me conseille d’aller voir « Orlando furioso » aux Halles.

22 mai 1970

Avec Ariane, aux Halles à 9 h. Une foule agglomérée autour des grilles du pavillon, criant, revendiquant, conspuant. Trop de monde. On ne laisse plus entrer les porteurs de billets… Après avoir tourné autour du quadrilatère (des jeunes escaladaient, se faisaient prendre, des invectives) avisé un responsable barbu, lui dis Presse. Nous entrons. La pièce est commencée, chevaux de feu blancs, monstres, tournois et joutes au-dessus des spectateurs debout, qui oscillaient, fuyaient, erraient, s’égaraient comme les acteurs. Magnifique. Un bouton arraché… retrouvé par Ariane (enthousiaste).

25 mai 1970

Remis notes Amérique. Cdf de Viale l’après-midi : « Je suis bien embêté, je sais que votre femme est allée avec vous et vous comptez tous les hôtels, etc. ». Que ne la boucle-t-il, le pauvre, il serait moins embêté. Cdf à Saby : dit que Michaud à N.Y. a été obligé de se « tranquilliser ». Cdf de Sabine Delattre. Je suis sur une liste pour un prix au festival de Nice ! En 5e position.

26 mai 1970

Au journal, vu Viale – en pleine crise d’envie mal cachée. Exagération, dit-il, tuer la poule aux œufs d’or… Il sait mieux que moi qui la tue, cette poule.
A déjeuner, les Michaud (J. et Anna, la Polonaise) et Chateauneu.
A 7 h chez les Otero, rue Nicolo (appartement prêté, tapis roulé). Mercedes, imposante, très « establishment ». Lui, grossi et toujours gentil et intimidé, complexé (devant Saby par exemple). Projections de ses œuvres (sculptures monumentales bougeantes), petit film. Un metteur en scène péruvien, deux amis à eux et Monloup avec la petite-fille de Gerlanez (le graveur). M. très remonté contre Dante : « il crache sur des types qui nous ont aidés à Lyon parce qu’ils sont CGT… Irréaliste ! L’art ne passera pas par les maoïstes ou les gauchistes… ». Ai expliqué que Dante n’était pas « irréaliste », qu’il avait les pieds sur la terre, etc.

27 mai 1970

10 h rue du Four 6, vu Emilio Galli, le metteur en scène d’hier, avec les Otero : exercices de sa troupe (4 personnes) et début de Macbeth. Le crime magnifiquement rendu. Souffles, cris, martèlements sur le corps, toute une musique concrète avec un minimum de texte. D’ailleurs répété, psalmodié : Artaud, Marx et Freud. Souffle, bras tendus, sexe, la seule femme sud-américaine –ancienne danseuse – très bien.
Manif. des maoïstes pour le procès des deux dirigeants du journal. Le même jour, le Conseil des ministres interdit la gauche prolétarienne.

28 mai 1970

Lettre de P. Flamand : refuse la pièce.

1er juin 1970

Nouveau bus 😯 : un bordel. 21 assis, 17 debout. Moins de places, moins d’aise. Un seul employé : le chauffeur. Râles et mécontentement. Discussions : « Mon père en 1912 était machiniste sur le BH, vous pensez ! »

2 juin 1970

Composé chanson de Mina (les Prétendants).
Cdf de K. Koenigseder : D. de Roux lui a téléphoné pour lui demander de traduite 150 pages de l’Harlan. Surprise ! Ne le fera pas évidemment. Cdf d’Harlan : confirme l’histoire mais il s’agit d’un malentendu. M’envoie quelques pages d’Eichmann sur K.G.

3 juin 1970

Vu Gaston avec Croizard. Lui ai demandé place pour J.A. Penent : d’accord (J.P. a demandé récemment des « jeunes).
R.V. à 11 h chez Hélène Châtelain pour la réunion du Groupe V. Pas allé. Regardé match football Brésil – Tchécoslovaquie en coupe du monde. 4-1. Téléphoné ensuite, mais tout était fini.

4 juin 1970

J.C. Fasquelle : d’accord pour la publication d’Eichmann à la rentrée (déjà en fabrication). Pour la pièce, incertain, mais…

8 juin 1970

A 1 h chez Bernard Saby, av. Colonel-Bonnet. Vu les tableaux, anciens et nouveaux. Acheté une toile moyenne et petite.
Avec Ariane à 9 h place d’Italie, bd Kellermann à la M.C. sous un chapiteau bleu, une pièce de Gatti : le Chat sauvage (Interdit aux plus de trente ans), jouée par la Cie V (7 acteurs, Lancelot maître d’œuvre). Vu Hélène, Chichin (J.-L. Pays) les Lancelot, et Mme Bitterli, hôtesse de Gatti à Stuttgart qui me demande ma pièce et me transmet le salut de Blech « qui voudrait travailler avec moi ».

9 juin 1970

De Gaulle a visité hier le sanguinolent Franco. Difficile de pousser le gâtisme plus loin : voilà la vérité du gaullisme enfin révélée.
Envoyé à Londres pour un procès.

10 juin 1970

Audience de 2 à 4 h avec un Arthur énervé. Ensuite, la maison de la victime. Puis, PM (nouveau bureau au 115 Fleet street). De là, chez les Smith à Chelsea. Dîner. Match de football à la TV : Allemagne – Pérou. Tout Londres retentit de ces reportages.

11 juin 1970

Commencé le papier à 3 h ; arrêté à 7 h. Chez les Smith, dîner avec la modiste française de la reine. Rentré à minuit. Partout, on écoutait et regardait le match Angleterre – Tchécoslovaquie.

12 juin 1970

Acheté un Yorkshire terrier à Kensington. À Victoria avec mon panier à chien. Gueulé, pissé, chié.

13 juin 1970

Carte de Kateb.

15 juin 1970

Grève métrobus. Cdf de Sabine : Attoun élogieux sur la pièce. Cherche un metteur en scène. Lu « l’Etat juif » de Herzl. Faible, à ma grande surprise (il n’y avait qu’une idée – et encore pas nouvelle).

16 juin 1970

Journal : Colère contre le secrétariat de rédaction (des doublons, des corrections non faites alors que j’étais allé à l’imprimerie). Occupé de Penent reçu par G.B. l’autre jour et par Benno aujourd’hui, lequel lui dit : « Rien ne va plus ! Singer s’oppose à cause du procès que vous avez fait à PM, etc. ». Essayé de réparer les dégâts auprès de G.B. puis Singer. Réponse demain.

17 juin 1970

Travaillé le matin « Les P. » (dont je vais change le titre).
A 11 h match de foot, à Mexico retransmis : Allemagne – Italie (demi-finale). Après prolongations, l’Italie gagne 4 à 3.

19 juin 1970

Cdf de Cl. Caillaud. Me demande 3 000 F (il est pris à la gorge) contre le tableau de Saby qu’il possède et me donnera en garantie. Envoyé chèque.
Terminé à midi les corrections des « P. ». Le donnerai à taper cet après-midi.
Les conservateurs gagnent les élections anglaises (tous les pronostiqueurs et sondeurs donnaient les travaillistes vainqueurs !).

20 juin 1970

11 h au pub Lincoln, avec Bluwal qui me rend la pièce. Très bien, dit-il, mais immontable (à cause du coût et du sens). Très intéressé par « les Prétendants » que je lui raconte.

21 juin 1970

Finale de la coupe du monde : le Brésil bat l’Italie 4 à 1 (beau spectacle de Pelé). JJSS gagne l’élection de Nancy.

22 juin 1970

Lettre de Dieter Bitterli sur 3,14. S’en occupent, lui et Uta. Lettre de Chato magistrale (pour m’exhorter à faire mon roman. « Tu es l’un des quelques hommes que la mémoire du vent retiendra, dans le pays des morts »).

23 juin 1970

ORTF quai de Passy (Kennedy). 10 h 30 émission du roman-document avec Bellour, J.-J. Brochier et M. Zéraffa (qui n’aime pas K.G. à cause du style qui lui paraît trop métaphorique, trop orné). Passera à 18 h ce soir.
A 9 h bd de la Bastille chez Monloup. Il avait invité les Rosner. Vient aussi Mme Blanis, mère de sa compagne actuelle. Rosner n’aime pas trop la pièce ; trouve le rôle de J. conventionnel, disproportionné et déséquilibré par rapport à Recouvrance. Va accepter de remplacer … Gatti à Paris, me dit Monloup.

24 juin 1970

Cdf Dante : « Ne change pas ta pièce » (allusion au Rosner d’hier). Nommé au Deutsche Theater metteur en scène. Aurait préféré en France au TNP « où j’aurais fait un meilleur travail ». Le film marche : 25 M du Centre.

25 juin 1970

Chez Lancelot, Dante. Avec lui et Lancelot, déjeuner chez Georges. Ensuite, photo en face du Palais pour son passeport. S’occupe de 3,1416 en Allemagne (les deux Allemagnes). Photocopié la pièce. 2 000 pages sous le bras.

26 juin 1970

Envoyé à Dante (chez Lancelot) son passeport renouvelé.

27 juin 1970

Cdf à Dante. Le film marche. Il sera à Pianceretto vers le 15-16 juillet.
Déjeuner av. de Versailles chez Danielle et Bernard – qui, en chandail, travaillait une petite gouache. Il me montre son bureau où il n’y a plus que du chinois (décoration, livres, dicos). Danielle assez bien, mais sciatique qu’elle ne soigne évidemment pas – pas plus que ses dents. De là, porté chez Sabine Delattre les cahiers de Gary H.

30 juin 1970

Marseille. Embarqués à 16 h sur l’Isthmia, bateau chypriote.

1er juillet 1970

Escale à Libourne. Pise.

2 juillet 1970

Arrivée à Naples.

11 juillet 1970

Barcelonnette.

13 juillet 1970

Dans le courrier, une carte de Boulez de Mitla (Mexique).

20 juillet 1970

Ma jambe droite me fait mal. Lao Tseu comme remède.

28 juillet 1970

Progressé dans le roman. Les personnages prennent du champ. Assez exalté, le Joffroy !

31 juillet 1970

Partis pour Lyon.

1er août 1970

Promenade seul, de Perrache à la fac de Lettres, quai Cl. Bernard, rue Cavenne, le M.C. le foyer, la petite place, le pont de la Grille… Baudelairien pilgrimage !
Déjeuner avec les Tondini, y compris le gendre. La fille a réussi aussi son agrég. Le père est au Zénith. Le fils du mineur, tué à Hayange, aura des petits-fils bourgeois.

3 août 1970

Journal. Pas un chat – plutôt pas voulu voir un chat.

4 août 1970

Cdf de Le Bolzer, de Bitterli (Mme) et de Bouise (qui m’indique le moyen de voir le film Gatti – Ebre – donné hier soir en projection privée – et qui sera redonné un de ces jours). De 4 à 7, avec Ute Bitterli chez les Lancelot (absents). Conversation intéressante, fructueuse à partir de ses questions. Songe à un film télévision et à une pièce (1) Bitterli ; 2) Lancelot). Blech enthousiaste.

5 août 1970

Envoyé à Bouise et à Monod la pièce. Cdf de B. Saby. Noir. Allé le voir. Me donne la petite gouache bleue commandée en juillet. Asthénie profonde. Regret d’avoir embarqué Danielle, etc. Dîner chez Georges avec Le Bolzer et Bitterli Uta. Le bon Georges me colle une addition de 170 F… Sur l’église derrière chez Georges, une inscription : A bas le crapaud de Nazareth !

13 août 1970

Cdf à J.J. qui va écrire un roman, me dit-il. Rencontré J.P. à 5 h, bronzé, mais un peu ratatiné (enfin moins grand que d’ordinaire). Comme c’est bien d’être là au mois d’août ! me dit-il. A bientôt.

14 août 1970

Envoyé les deux pièces à J.J. – dont 3,1416 pour Maréchal.

17 août 1970

Lettre de Penent sur son entrevue avec le président de la république. Exhilarant.

19 août 1970

Grasset : Mme P. a reçu les épreuves d’Eichmann de Karine. Passé les contrôler.

21 août 1970

Lu Noam Chomsky : l’Amérique et ses nouveaux mandarins. Très intéressant. Très.

25 août 1970

A déjeuner, les Michaud (lui et Anna). Il part pour la Pologne avec elle, tourner un film TV sur Witkiewicz, auteur de théâtre polonais.

26 août 1970

Cdf de B. Saby, qui semble désorienté. Me rappellera.

27 août 1970

Fnac – regardé la TV couleur.

28 août 1970

Acheté (3 400 F) un poste TV couleur.

31 août 1970

Déjeuner au chinois Marbeuf avec Toussaint (un fils parti faire le Sahara en auto-stop ; un autre marié ; veut quitter sa place à Grenoble dans une papeterie ; sa fille Isabelle travaille avec G.… Quant à Hélène, elle se replie de plus en plus sur elle-même. Parlons de 3,1416. Il va agir chez Stock. Th. De St-Phalle, jetée à la porte de chez Nielsen (Plon) pour avoir trop légèrement traité les droits des mémoires de Gaulle avec une maison américaine.
Vu Gaston B. pour Penent. M’annonce que J.P. a choisi Farran pour prendre en main PM, en plus de RTL. G.B. semble trouver cela tout naturel… mais c’est une défaite.

1er septembre 1970

Porté gouache Saby à encadrer rue du Dragon. Cdf de J.-A. Penent. Il a lu 3,1416 à des amis à lui, gauchistes.

4 septembre 1970

Mort du général Koenig.

7 septembre 1970

A 2 h, Saby avec un tableau sur le bras. Commandé et payé (4 000). Est allé avec le dernier chèque (1 000) à la banque directement. Sur Stéphane qu’il a vu : « C’est un prolo… parle comme un prolo. Content ».
Cdf au journal de Christoforski qui vient de lire « Alcatraz » et en est encore ébranlé. Il y voit un défi auquel il veut répondre. Pour le rêve, le délire du cyclone, il fit : « Je sais maintenant que c’est possible ». A aimé aussi dans « les Prétendants » – préféré plutôt : Vert orangé, les phrases entre parenthèses. En rentrant, vu J. Bonnardot à l’arrêt du 80. Dit qu’elle s’est fait psychanalyser, et a écrit un livre. Et encore qu’elle a pensé que je l’avais snobée en 1958, que l’article sur G. Hemming lui avait fait penser le contraire…

8 septembre 1970

4 détournements d’avion (El Al, TWA, Swissair, Panam) avant-hier : les fascistes du FPLP, que les gens prennent pour des socialistes.
Vu Castans qui m’explique la « révolution » en cours : PM réduit à 30 personnes ; surtout du noir avec quelques pages d’actualité et le reste des chroniques fixes. Et chaque mois, « Univers Match » qui prendrait les reportages couleurs.

9 septembre 1970

PM. Le papier sur les avions écrit par Cartier, me dit Castans quand je lui demande d’écrire un petit papier. Alors, une lettre au Nouvel Obs. ou au Monde.

12 septembre 1970

Corrigé épreuves Eichmann.

13 septembre 1970

Pris le train pour Londres à 10 h. Single.

14 septembre 1970

Arrivée sous la pluie, le crachin. Avec Smith, à Old Bailey. Début du procès à 10 h 30. L’Attorney général parle – et m’endort. Déjeuner avec Smith au Club de la presse (les vieux journalistes sédentaires qui font, hélas, l’opinion).
L’après-midi, Old Bailey. L’A.G. continue. Réussi à faire dormir ceux qui résistent : surprenants effets. Demain, j’essaierai le Président Lord Justice. Hôtel Imperial, Russel Rd. On parle des otages de Jordanie, mais le procès va polariser le peu d’attention disponible dans le peuple.
Avec Smith, au Film Theatre, South Bank : festival Underground, style exact de Knokke le Zoute. Mêmes films, mêmes gens. Une chose très belle : ½ heure de vision d’un fragment d’une chaîne de montage (d’un moteur de voiture probablement). Fascinant, hallucinant. Des gens sifflaient de voir les gestes répétés, toujours les mêmes au fur et à mesure du déroulement de la chaîne.

15 septembre 1970

Audience le matin. Apparition du mari de la disparue, M. McKay. L’aprèms, travaillé. Lu un livre de « nursery rythmes » pour May Day.
Avec les Smith au festival de films italiens. Pas très bon. L’un d’eux montrait pendant une heure un type debout, immobile, face à la caméra. A la fin, un petit saut qui fit l’effet d’une merveille. Mais la moitié de la salle avait déjà fui.

16 septembre 1970

Très beau temps. Marché longtemps de Russel Sq. à Fleet st., puis St-Paul (idées pour « May Day »).
Procès le matin. Témoins : mari, enfants, flics. L’aprèms, au festival. Rien de transcendant – mais pas ennuyé. Dîné avec les Smith, puis Victoria et train.

18 septembre 1970

10 h 30 amené chez Karine les épreuves. De là, chez Grasset. Rencontré Fasquelle, F. Verny, Privat et Savary.
Dîné le soir chez M.H. Camus à Levallois. Anne Philipe, un couple Cayeux (biologiste de Pasteur) et un spécialiste IBM qu’elle (M.H.) voudrait marier à A. Philipe, je crois.

20 septembre 1970

Encore plus bo qu’hier.

21 septembre 1970

Bo. Cdf de Thierry Bosc, toujours accroché à 3,1416. Déjeuner avec Penent au chinois. Longue conversation sur « divers sujets » : Napoléon III, la Terreur, la Monarchie, Jean Rous, Bourguiba et Senghor, 1968, etc. et la pièce, dont l’éloge, prononcé par lui, me fait grand bien.
Téléphoné à Monloup pour R.V. avec Bosc (qui veut toucher Wilson au TNP). Lecture de Fanon (les Damnés de la terre).

23 septembre 1970

Cdf de J.J. aime beaucoup les « Prétendants » qui lui convient mieux que 3,1416. Le Théâtre de la accepte 3,1416 ! et peut-être Maréchal…
Mort de Bourvil – surprise et consternation dans le petit peuple. Infiniment plus que pour celle de F. Mauriac.

24 septembre 1970

Cdf de J.J. excité : Maréchal enthousiaste, veut la pièce (3,1416). Téléphone à Luce Mélite « Je le fais ». Confirmation. A déjeuner, chez le chinois, Chateauneu et Bosc à qui j’explique ce qui arrive. Il en est un peu contrarié mais poursuivra ses propres tentatives au TNP par Monloup. Retéléphoné à J.J. Grande joie. Téléphoné à Sabine.

25 septembre 1970

Cdf à Monloup et Lancelot pour trouver le Gatti. Pas réussi. Rencontré dans les couloirs J.P. – un peu tassé. Me félicite du papier Bougrat. « Vous avez une nouvelle façon d’écrire des petits snap shots. C’est très bien. »

26 septembre 1970

Bd de la Bastille – pas trouvé Dante après avoir cogné à la porte comme Beethoven. Tél. Lancelot, Hélène Châtelain, etc.
Cdf de Dante vers 11 h du soir. J’étais couché.

27 septembre 1970

Bd de la Bastille vers 7 h. vu Gatti avec J.L. Pays et une amie à eux. « Chichin » expliquait ce qui venait de se passer à la réunion du Groupe V. Eclatement, dont le Dante paraissait, tout en le déplorant, se moquer éperdument. Beaucoup s’en vont du côté de la G.P. (Gauche prolétarienne). Arrive Stéphane à la recherche de son père. Justesse de l’observation de Saby : ouvrier à Rouen (OS). Il a prolétarisé son langage : haché, à la syntaxe désarticulée, au vocabulaire pauvre. Il a trouvé, dit-il, la femme de sa vie. Elle est de la G.P. Les idées politiques sont fortes et nullement rêvées. Dîner tous les trois (rejoints ensuite par Hélène) dans une brasserie alsacienne de la rue de Lyon. Grande discussion sur Israël et les Fedayins – où je suis le seul de mon avis, l’ayant d’ailleurs très mal défendu. (Israël n’est pas qu’un pion de l’impérialisme ; il a été une nécessité, le liquider ne réglerait pas grand chose). Paroles dures de Dante sur Monloup – entré à fond dans le système. A été malade en Italie, emmené à l’hôpital de Casale, pas soigné jusqu’à ce qu’on sache qui il est. Médecine de classe !

28 septembre 1970

Train pour Laon. Procès à 13 h 30. Tous les confrères sont là : Lalonde, Fontaine, Dinand, Pottecher, Cabu (dessinateur, vu au Guérini), Séverac, Thévenin, Walter G., Coquet. Une suspension et ensuite jusqu’à 18 h 30. Le journal envoie un photographe, Patrick Jarnoux.
Mort de Dos Passos – dont j’imagine pouvoir reprendre un semblant de technique (les journaux). Rottweil a envoyé hier soir à Laon son orchestre typique (vieil allemand). Mort de Nasser (crise cardiaque) : annoncée au restaurant par une consœur.

29 septembre 1970

Défilé des témoins. Déjeuné avec P. Jarnoux. Ensuite, jusqu’à 6 h. L’innocence, aux deux sens du mot, de Thérèse Fauqueux éclate. Si elle n’est pas acquittée, il y aura une émeute. Dîner au Bon accueil, « restaurant réputé » à quelques kilomètres de Laon avec Jarnoux, J. de Coquet et D. Jamet du Figaro littéraire. Agréable soirée.

30 septembre 1970

Regardé entrer au Palais Fauqueux et sa femme, avec les enfants des écoles. Le procureur et la partie civile. Déjeuner avec Jarnoux et Jamet. L’aprèms, les plaidoyers : trois locaux et le ténor marseillais Pollack. Long délibéré : Fauqueux 15 ans, Th. 9 ans. Le regard de Th. Sur les ? avant de disparaître. Colère du public. La chaudière bout. Avec Jarnoux, rentrés par la route. A.P.ris à 9 h 45.

1er octobre 1970

Traîné des heures sans pouvoir faire le papier Laon (Fauqueux).
A 9 h av. de St-Mandé chez Sanchez. Réunion pour « Manouchian » : Dante, Hélène Ch., Chaussat, Lancelot, le cameraman, Pia Colombo. Répartition des tâches : documentation, contacts avec les militants, etc. Objections de Charvein, cameraman qui connaît les producteurs et ne croit guère possible de faire démarrer un film sans agent…Rentré minuit. Travaillé papier.

2 octobre 1970

À 2 h 30, salle Antegor pour le film de Gatti : « la Tête de pont de l’Ebre ». Incidents techniques. Cela commencera à 3 h 30. Vu ceux d’hier soir plus Michaud, la fille du Figaro, la femme de Georges. Le film est très beau – avec ses bouts de script insérés dedans, ses images fragmentées, ses montages photos.

3 octobre 1970

Remis papier Fauqueux.

4 octobre 1970

Pris des notes pour « May Day » : citations et extraits de divers bouquins.

7 octobre 1970

Le papier Fauqueux a beaucoup plu. Castans me presse d’en écrire d’autres.
À 5 h, un des plus beaux arcs-en-ciel doubles que j’aie vu, ancré sur les maisons les plus proches et se courbant vers les Buttes-Chaumont.

8 octobre 1970

À 8 h 30 chez Sylvain : réunion de travail pour Manouchian avec Pia (secrétaire) une amie à elle, Hélène, Lancelot, Chaussat et un acteur que je ne connais pas.

9 octobre 1970

Cdf à S. Delattre. Attoun veut me voir.
Mort de Michelet. Je l’avais vu à la TV enterrant Mauriac, mais lui-même était déjà mort. Le cercueil avait meilleure mine que lui.
À 8 h avec B., au Balzar, invités par Penent. En choucroutant, en steakant, et en pouletant tout en chinon blanc, devisé de Moi, du théâtre, de Chateauneu, de l’Exupéry (qu’il apprécie à cause de « Lettres à un otage »), etc. Un soupçon chez lui de snobisme aristocratique : dit que sa mère s’appelait de Jessé, etc.

10 octobre 1970

Hier, mort de Giono, P. Valéry, ? et Michelet. Une psychose dans le public : tous les « grands hommes » meurent, une épidémie (depuis Mauriac).
Tél. Delarue pour Manouchian.

12 octobre 1970

À midi, au CEN de Saclay. Déjeuner avec Mandel et Thévenet, un physicien des hautes énergies plutôt modéré pour ne pas dire conservateur. Visite ensuite d’une expérience et de l’accélérateur Saturne.
Cdf Penent. A vu Terzieff, très intéressé par la pièce – et aussi par le Gerstein que j’envoie demain à Penent pour lui.

13 octobre 1970

Vu Montarron qui se souvient, dit-il, de cette histoire de Manouchian. Il cherchera où peut se trouver la bande d’actualités de l’époque.

14 octobre 1970

Centre de documentation : Mme Imbert pour Manouchian.

15 octobre 1970

Cdf à B. Saby, qui m’a appelé hier. Demande nouvelles de B., sa maladie… Lui, toujours incapable de faire quoi que ce soit, de toucher les pinceaux. Passe de spécialiste en spécialiste. Que fait le Gros ? dit-il encore. Parlons de lui, de Stéphane et de sa femme (« les anciens combattants de 68 », lâche-t-il en gloussant). Lui annonce en outre pour 3,1416 – les demandes Maréchal et Terzieff.

16 octobre 1970

Chez Sabine Delattre : rencontré Lucien Attoun, décidé à prendre 3,1416 pour sa collection, en accord avec Maréchal.
Journal. Cdf de Tournoux pour Derogy, candidat au Prix Aujourd’hui, Karine (pour passer dans une émission TV), Olivier J.P. (pour Normand. Lettre archives ? (pour l’Affiche rouge), lettre Gatti (pour transmettre offre d’Attoun de publier ses petites pièces). À 9 h, à une réunion de l’Ajar (association des J. anciens résistants), à l’hôtel Moderne pour fêter la sortie du livre de L. Steinberg « la Révolte des justes ». Vu Delarue, puis Diamant, Weisberg et Lissner – tous anciens « héros » et communistes. 

18 octobre 1970

Le Front de libération du Québec (FLQ) tue leur otage, un ministre Lesage. Une nouvelle lutte commence, comme celle du FLN, des Fedayins, etc.

20 octobre 1970

Journal. Lu article de Caviglioli sur un procès (Cl. buffet). C’est un disciple. Il m’avait dit : « Ton truc, ça marche ».

22 octobre 1970

Cdf de Rapinat. A été à un meeting pour la défense de A. Geismar, jugé depuis hier (18 mois ferme). A entendu un orateur (Herzberg) se plaindre du compte rendu fait par Pottecher. Je téléphone à P. : il a été coupé ! On lui a défendu les commentaires…
À 3 heures chez Bernard Saby. Il s’est remis lentement à peindre : un tableau sur le chevalet, commandé par Bernier. M’écoutait en fumant du H.

23 octobre 1970

Cdf à S. Delattre : m’apprend que Derogy a eu le prix « Aujourd’hui » et fera un raout où je serai invité. Fauvet, déçu (son candidat était Viansson Ponté) aurait dit : « Et maintenant, je file… à l’israélienne ! »
À 9 h chez Sylvain : des acteurs futurs sont là. Reseté ½ heure et reparti.

24 octobre 1970

Téléphoné Monod, Monloup, écrit à Penent pour récupérer des exemplaires de 3,1416 que Maréchal me réclame. Visite de H. Bellour. Prêté 1 000 F.

27 octobre 1970

À PM, Bernard Saby. Lui prête 250 F pour Danielle (location d’une machine à écrire – pour une place éventuelle).
Aujourd’hui : jour où tous les mots finissent en x.

28 octobre 1970

Reçu lettre de Maréchal.
10 h 30 journal. Présenté à J.P., Olivier vient en futur « Capitole ». Morineau (« Constellation » va tomber) appris que le nouveau mensuel « Ambre », érotique bourgeois, s’est vendu à 400 000 ex. sans difficulté : J.P. veut tirer à 600 le mois prochain.

30 octobre 1970

A déjeuner chez « Maître Paul » à l’Odéon avec Luce Mélite et Sylvain (venu chercher des listes de photos notées au CDJC). Luce Mélite n’a pas lu la pièce. Donné à Sylvain les deux pièces à lire.
Avec A., Aubervilliers : « Homme pour homme » de Brecht (décors de Monloup). Vu Attoun et Maréchal ; aperçu Luce, Bluwal, Rosner. Mauvais acteurs.

3 novembre 1970

Chez Derogy, 37 Grande-Armée qui fêtait son prix Aujourd’hui pour « La Loi du retour ». Attendu en vain S. Delattre qui voulait me voir. Aperçu Steiner et sa femme, Marchetti (nouvel élyséen), Mazoyer. Parlé avec Bulaiko, ami d’Armorin.

5 novembre 1970

Palais des sports, le spectacle Stravinsky dansé par l’opéra, chorégraphie de Béjart. Les Noces, l’Oiseau de feu, le Sacre. Très beau. D’esprit et de contenu révolutionnaire : les partisans en bleu de chauffe (vietnamiens ou guévaristes), les poings levés. Beau aussi, le Sacre. Et joli les Noces. La salle pleine acclamait.

9 novembre 1970

Lettre de Dante au journal. 2 pages qui viennent à point pour me soutenir. Accord pour publier ses pièces chez Attoun. « Tu es le seul homme que je connaisse qui sache transformer les pierres en poissons sans qu’on s’en aperçoive… Maintenant que tu as écrit l’« Autre Joffroy », donc que tu es devenu pluridimensionnel, il te faut un chat, seul animal qui convienne à ce genre d’état ».
9 h Odéon. La Moscheta, de Ruzante, par le théâtre du 8e. Bourré mais très hostile. Sifflets à la fin. Maréchal démoralisé : c’est une cabale ! Vu Luce, Attoun, Mme Maréchal. Un auteur peut être malade, un metteur en scène sifflé, 3,1416 est trop mal parti pour ne pas bien arriver.

10 novembre 1970

Mort de de Gaulle hier, dit-on, à 7 h, d’une crise cardiaque.

12 novembre 1970

TV : cérémonie abusive à Notre-Dame avec rois, reines, etc. L’après-midi à Colombey : plus simple, plus beau.

13 novembre 1970

Départ pour Montpellier.

16 novembre 1970

Le délire « gaulliste » continue. Il en aurait bien ri… on parle de canonisation !

22 novembre 1970

Cdf de Dante à 8 h du soir. Rentré pour le film. On se voit demain, on parle mardi.

23 novembre 1970

Allant au journal, rencontré Diricq qui est à présent à « Marie-France » (groupe du Parisien libéré). « J’ai fait toute la boucle », dit-il. Me parle curieusement d’Alcatraz : « Comme il est bien, ce bouquin ». (Comme si je venais de le publier ou lui de le lire.)
Chez Sanchez : 20 participants au film (majorité d’acteurs, dont Lancelot, Pia, Hélène) écoutent Gatti qui explique le projet et ses nouvelles formes (groupes de travail). Rentré à minuit.

24 novembre 1970

A midi, Dante à déjeuner. Hélène le rejoint ensuite, puis s’en va. Longuement parlé de 3,1416, de l’Allemagne : de la révolution, des gauchistes, du Seuil, de Hemming, de Harlan. Trois heures de conversation revigorante.

25 novembre 1970

Cdf de Penent qui a donné une dissertation à ses élèves sur l’auteur de 3,1416 (qu’il leur a fait lire). Une réponse qu’il me lit – de Dubout, petit-fils du dessinateur, étonnante.

28 novembre 1970

Parti avec Christoforski (métro et bus !) à Rueil déjeuner chez ses parents. Discuté avec son père qui ne veut pas le laisser suivre sa voie (« Ecrivain, qu’est-ce que c’est que ça ? »). Le père, 42 ans, plutôt sympa, « castor » (il a construit sa maison), comprend. Feu vert.

30 novembre 1970

Rue de Provence, un garçon en blouson et petites lunettes qu’un flic privé de magasin essayait d’arrêter pour avoir chipé une lime à ongles. Attroupement. Défense prise par deux autres garçons. Me suis souvenu du vol de livre de 1940 chez Gibert Jeune. Finalement, avec l’aide d’un autre flic privé et d’un agent accouru, conduit rue de Provence. Le flic n° 1 avait paru, au début, poli, vouvoyait. Après, insolent – comme toujours.

2 décembre 1970

Cdf de Gatti. RV demain.

3 décembre 1970

Cherché Dante chez J. Michaud, rue Lacepède. Me dit que une de ses pièces (« la Rose blanche ») s’est cassé la figure à Brême – terriblement au point qu’on n’a pas trouvé mieux à lui dire que « Voilà, c’est la mort du théâtre… ». De chez Michaud à Sanchez, rue de St-Mandé sous la pluie aux bouches de métro. Réunion où Dante explique que la conception du film a tout à fait changé. Je lis le récit que m’a donné à lire Michaud et que Dante déclare très bon : la Manifestation. Ensuite, avec Sanchez et Hélène chez Georges à minuit. Plus un chat. Servis quand même en moules et rougets. Rentré à 1 h.

4 décembre 1970

A la Comédie française pour la 1ère fois. Représentation du « Songe » de Strinberg. Mal adapté, mal joué. Ennuyeux. Seule note réussie : les décors d’Hubert Monloup. Aperçu des têtes connues de moi, autrefois : Verdot, Chalais.

5 décembre 1970

Partis à 9 h pour Toulon. Pris pour la 1ère fois l’autoroute.
Rêvé que je traversais le Pacifique à la nage. Mais, chose surprenante, ma nage consistait à me rouler par terre (je n’étais d’ailleurs pas mouillé). Arrivé dans une île jadis sauvage d’où s’en allaient des savants (météorologistes, biologistes…), tandis que nous surgissions nous, les vacanciers, les sportifs, les pollueurs…

7 décembre 1970

Cdf de JJ S’informe de l’état de mes négociations avec Maréchal.

9 décembre 1970

Grasse. Commencé à travailler sur « Mayday ». 18 h. Apéritif avec « Jackie », l’amie de Mémé Guérini (vue au procès à Paris). Elle voulait me voir. Parlé de Mémé qui se meurt à l’infirmerie de Fréjus. Jackie venue avec un cousin, un gros à lunettes, cuisinier ou factotum chez elle.

12 décembre 1970

A 7 h à Auribeau (la vignette) soirée organisée par le marquis della Torre avec tous les gens de la Côte : des comtesses, marquises, vraies ou fausses… Le sous-préfet de Grasse (Ilari) avec sa fille à caser, un ancien représentant du gouvernement polonais à Londres…

13 décembre 1970

Déjeuner avec Caillaud, il « remonte la pente », dit-il. A pris un cabinet immobilier à Menton, avec l’aide de son beau-père.

18 décembre 1970

Paris. Reçu Michaud et Anna (passée juste à temps après les émeutes en Pologne) : un récit refusé par Grasset.

21 décembre 1970

Tél. à Monloup. Félicité pour les décors du « Songe »
A déjeuner, Sydney Smith : parlé des autres mondes. Son idée que nous sommes des « expériences » faites par des gens d’ailleurs (ce qui expliquerait les légendes, religions, etc.). Il pense aussi que les veulent tout détruire pour refaire un monde neuf (ce que je confirme et approuve). Il comprend Uter, mais il a été programmé, dit-il, pour ne pas l’aimer.

22 décembre 1970

Cdf de Jacqueline Diwo à propos d’un article de Cau sur le patriote Delon (qui remet un manuscrit de de Gaulle « à la France » !). Scandalisée. Pour moi, normal : le régime enfante ses Delon et ses Cau.

23 décembre 1970

Carte de F. Charles du Kenya. P.S. « il faut tuer Cau ». (Sans rapport avec l’article d’hier qu’elle n’a pas lu.)
Debray : libéré ce matin en Bolivie.
Chez Bernard Saby. Il s’est remis au travail. Deux préoccupations : l’argent et le H. Abandonne le chinois qui ne se justifiait que par un désir d’activité av. de Versailles. Un Lillois lui a acheté une toile et des dessins. Inquiet : si sa grand-mère mourait (elle a 88 ans), sa mère vendrait l’appartement et le chasserait… Avec ses lunettes, l’air d’un étudiant. Pris une gouache (très petite, très plaisante).

24 décembre 1970

Chez Gatti à midi. Travaille sur Rosa. Déjeuner ensemble chez Luneau, rue de Lyon : choucroute, quiche, bière. Notre Noël. Parlé de la pièce 3,14.

28 décembre 1970

Maréchal se dédit pour demain. Remis à février.

30 décembre 1970

Allé bd de la Bastille à 3 h. Dante recevait un étudiant portugais de couleur. Parlé d’Angela Davis (lui envoie des heures plus tard la docu du journal), de Maréchal – 3,1416. Travaille toujours sur Rosa, mais c’est Angela Davis qui « canalise » toute son attention. R.V. lundi pour voir une Mme Dubou qui aurait de l’argent. Cdf de Chato. Il a écrit à Podgorny, président du présidium de l’URSS pour solliciter la grâce des deux condamnés à mort de Leningrad. Lettre de Penent : il me qualifie « d’inclassable ». Les 6 de Burgos graciés par Franco.