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1972

Pierre Joffroy était son nom de plume. Maurice Weil celui de l’etat civil.
Né en 1922 À Hayange en Moselle, il monte à Paris en 1945 après être passé par Lyon où il s’était réfugié en 1941, rejoint plus tard par son frère Gilbert .
Entré au Parisien Libéré dès son arrivée dans la capitale il réalise un de ses premiers reportages en s’embarquant sur un « rafiot » chargé de juifs européens  rescapés des massacres nazis.

Ici commence l’histoire des carnets dont certains disparaissent à l’occasion de ce voyage en terre de Palestine en 1947.
Il s’agit d’un petit agenda (un par trimestre) sur lequel il note rendez-vous, rencontres, conversations téléphoniques, lectures, sorties, projets et ceux de ses amis.
Le format n’autorise pas le développement comme encore moins les épanchements (même si on trouve quelques cris du cœur).
Ces carnets pourraient être (sont) comme une gigantesque table des matières d’un livre à venir, un vaste index qui renvoie à autant de pages qui ne sont pas encore écrites.
Au commencement était le verbe. Reste à trouver la suite.
À vous de lire ce projet de « livre total ».
À vous de nous donner des informations complémentaires que la lecture de ces 20 premières années (1947-1968) vous inspire.
La suite, 1968-1980, puis 1980-2000, paraîtra dans le courant de l’année 2021.
Les carnets n’avaient jamais été lus, ni déchiffrés avant 2008. Ils ont été photocopiés puis déposés à l’IM.C.(Institut Mémoires de l’ Edition Contemporaine) avec les archives de Pierre Joffroy où ils peuvent être consultés.

Choisissez une année 

1er janvier 1972

Mort de Maurice Chevalier.

10 janvier 1972

Au dîner, Mme Ardisson, très mauvaise : « Je suis la dernière fasciste. Ces gens-là, tout de même, avaient le culte de la beauté… Les autres sont des têtards. » Violente réplique de ma part. Elle continue ses propos racistes. Le ton monte. Départ plutôt sec. Envisage avec B. de quitter après-demain.

11 janvier 1972

Partis à Menton. Visite à Caillaud, av. Thiers dans son agence (me donne un tableau de Saby, en garantie de ce que je lui ai prêté il y a déjà deux ou trois ans). Au retour, vu à Nice hôtel Atlantic Poggioli, toujours inquiet de sa santé. De là, à Cannes pour y voir Bee Vanleeer (son ex-mari s’y trouvait). Raconte l’incident. Elle avait reçu un cdf d’Ardisson lui demandant un rendez-vous sans savoir de quoi il s’agissait. En rentrant, lettre de Suzanne Ardisson, qui « compte sur nous pour le dîner ». (Saïda la servante algérienne ne veut pas rester « avec cette femme-là ».)

14 janvier 1972

Partis à 7 h 15 de La Seyne.
Cdf de Pays : Dante fait une lecture ce soir de « Rosa » à Montreuil. Veut me voir avant de repartir ces jours-ci.

15 janvier 1972

Journal : lettre d’excuses (inadéquates) d’Ardisson.
Téléphoné à Dante chez Gonzalez. Me rappellera.

17 janvier 1972

Lettre de Maubout (avec une lettre pour Vial (renseignements sur 3,14).
Vu Dante à 9 h 30 av. Leclerc. Il repart pour Berlin. 1) Manouchian est remis « sine die » (le Centre de cinéma exige des dépôts de garantie !). 2) Le groupe suisse « Rencontre » est prêt à lui commander « Durruti » (film). 3) Il va donner pendant un mois des cours sur le « Strasser Theater » à l’université technique de Berlin. 4) Il parlera à Renate Voss de 3,14.
Cdf de S.D. : la traduction allemande de « L’Espion » est terminée. Cdf à Karine qui lira le texte.

21 janvier 1972

Madison 12 h 30. Pris Wiesel (sortant d’une interview à l’ORTF). A pied à l’Alsace. Déjeuner. Me renouvelle son admiration pour cette « œuvre de poète (l’Espion) qui durera au-delà du personnage inspirant. Lui ai remis 3,14. Propose d’essayer de faire éditer l’Espion en pocket book. Parlé de , des comités de Lorraine « anti-polaks », de von Braun…

24 janvier 1972

Carte de Kateb.
En cherchant le texte de Hitler sur le secret dans le procès de Nuremberg, tombé sur la relation allemande du combat au maquis où Théo est tombé (vol. 37, journal de guerre du 588e EM principal). Reçu épreuves Espion.

25 janvier 1972

Carte Bitterli sur 3,14. Envoyé à Dante faute de pouvoir prendre une décision.

26 janvier 1972

Epreuves « Espion » chez Karine. Lettre à l’éditeur allemand.

28 janvier 1972

Visite de Saby au journal. Prêté 1 700. Me dit, à propos de Dante professeur à Berlin : « Il finira doyen ».

31 janvier 1972

Vendu la R 16 : 3 800.

1er février 1972

Grève de la presse : pas de journaux (cause : fin de Paris-Jour, journalistes licenciés un peu partout : France-Soir, etc.). Anniversaire Théo.

2 février 1972

Vu Gaston. M’annonce que les 7 de l’Express (Imbert, etc.) quittent PM pour Hachette.

3 février 1972

Journal. L’affaire Imbert. Les incertitudes pour Match. Vu G.B. dans son bureau. Parlé du journal, de J.P., du complot de J. Farran et E. pour s’assurer l’héritage…

7 février 1972

Vu Harlan. Remis les épreuves. Chateauneu me dit que Castans – joyeux du départ de Imbert – a offert le champagne…
Conversations Marnier, Chateauneu, Demanne ; on ne parle que des impôts de Chaban, de la mort d’un petit contribuable (désespéré par l’inspecteur auquel s’adressait le 1er ministre justement).

8 février 1972

Cdf Harlan. La lecture de Gerstein finalement le satisfait – sauf quelques points de détail.

9 février 1972

Déjeuner Fougerol (enceinte de 7 mois) au chinois. Visite de J. Michaud partant pour Munich voir H.C. Blech. Lui donne 3,14 à lui porter. Lettre au courrier de PM d’un Gerstein sud-américain qui veut retrouver les G. allemands.

13 février 1972

Avec B. et A. à 20 h à la Cartoucherie de Vincennes : le « Bread and Pupett theater ». Peu séduit. Des idées simples qui n’arrivent pas à se faire jour. On cherche le sens – et le trouver ne procure pas d’extase.

14 février 1972

8 h 30 chez Harlan. Je le trouve couché, l’oreiller taché de sang. Crise d’hémophilie. Visite de Maria (Rapinette). Avec elle à Saint-Lazare : vu les vendeurs de S.R. pour l’adresse du S.R. central (visite bidonville). Me donnent un journal. Relu l’histoire d’une vieille dame qui résiste à l’expulsion. Idée de pièce vers 21 h. Ebauché la pièce.

17 février 1972

Déjeuner chez Georges avec Kristo, Pays, Utta Bitterli. Parlé de Blech, etc.
Ecrit pour les bidonvilles (n° donné par le Secours rouge).

21 février 1972

Papier à faire sur Mao (Nixon est en visite à Pékin).

26 février 1972

RER jusqu’au Parc de Saint-Maur. De là à pied (4 kilomètres) pour gagner la Maison de la culture de Saint-Maur. Pièce de Kateb en arabe : « Mohammed, fais ta valise » (un guide en français). Très drôle. La salle, populaire, arabe, immigrée, est en transes. Parlé avec Kateb. Reconduits par Cl. Olivier à la maison.

28 février 1972

Avec Penent et A., manif de protestation contre la mort de P. Overney, tué devant chez Renault par un flic intérieur. Grande foule. Très pacifique. De Charonne à la gare de l’Est, puis déviation sur la droite. Métro gratuit, un conducteur arrête son convoi, poing Brandi. Slogans anti PC. 30 000 personnes. Rentrés vers 9 h.

29 février 1972

Journal. Chez Hélène Châtelain qui m’emmène chez les squatters rue Jacquier, puis faire du porte-à-porte chez les gens : porte claquée, bon accueil ou tiède. Déjeuner avec elle dans le quartier. Quelques idées pour la pièce. Dante est en DDR pour y travailler avec des sur un film (Camilo Torres). Hélène était à la manif. Rapinat et Maria aussi. Peu de commentaires dans les journaux – qui relèvent pourtant, même l’Huma, le nombre des participants, les masses.

2 mars 1972

Train pour Chamonix à 23 h 46. Couchettes 1ère.

3 mars 1972

A. téléphone : veut aller à l’enterrement d’Overney demain à 3 h. Le père de son amie Agnès y allant, nous autorisons.
Commencé à travailler la pièce.

6 mars 1972

Écrit la première scène.

10 mars 1972

Fini la première partie.

13 mars 1972

Cdf journal : un papier sur Michaux (refusé) et un voyage en Amérique pour les ex-nazis (réservé ma réponse : terminer d’abord la pièce).

14 mars 1972

Panne la nuit dans le train. Arrivée par une journée splendide : 7 h.
Cdf de J. Kessel : collaboration à une série sur Israël pour une revue d’histoire. Refusé.

15 mars 1972

Vu Heiner : me parle de la réorganisation de PM (contre Castans). Me propose un reportage en Amérique du Sud et de l’appuyer auprès de G.B. et J .P.

16 mars 1972

Visite de Foucauld (revu avec lui le papier – épreuve donnée par Pernoud).

19 mars 1972

Fin de la IIe partie de « La Vioque ».

21 mars 1972

Cet aprèms, sorti PM. Les Champs-Élysées superbes de soleil et d’oriflammes (visite du président autrichien).
Kristo : Gatti fait une conférence demain à Censier. Confirmé par J.-L. Pays.

22 mars 1972

Cdf à Gatti. R.V. à 17 h à Censier, Salle 1O1. Conférence sur le théâtre. Les salles et couloirs pleins d’affiches et d’inscriptions (Overney). Une quarantaine d’étudiants, Hocquard, Gonzales, Pays. Gatti les mains bandées, boitant (manif à Bruxelles ou passage à travers une vitre). Questions : sur son départ en Allemagne, sur l’interdiction de Franco, ses expériences d’ouvrier (le père ouvrier qui se pend, séparé de ses enfants étudiants), les mini pièces. Fini à 19 h.

23 mars 1972

Vu JP dans le couloir. Ascenseur : « N’oubliez pas que votre bureau est près du mien ». R.V. avec Dante av. Leclerc. Personne.

24 mars 1972

Cdf de Chateauneu : angoissé (opération, parle de cancer dormant…).
Tél. à Marthe Robert pour retrouver un passage de Kafka. Pas trouvé.

27 mars 1972

Journal. Gatti arrive. On lui donne deux papiers (Lambrakis, Lumumba) qu’il fera avec Hélène. 2 000 F bien venus. Déjeuner rue Custine. Parlé de la pièce. Il débloque la situation – qui me paralysait depuis quelques jours.

28 mars 1972

Vu Kristo au journal. De plus en plus dégoûté de l’armée (il finit en mai) – cherche la « liberté » (qui s’étend à tout, même à l’orthographe) mais ne la trouve pas dans les groupes et communautés. Songe à prendre la route.
Déjeuner avec Castans au George V (salle de restaurant où l’on a pendu un Utrillo prêté par Pétridès et que personne ne regarde). Inquiet Castans, cherche à reprendre contact. Parle de « l’après-prouvostisme » (la « conspiration » Farran-Danet contre Bonheur-Courtades. « Si Courtades gagne son élection aux Législatives, J.P. lui pardonne tout, y compris son divorce… »).
Dîner chez J. Michaud à Charenton. Grand appartement vide : attendait des meubles de Pologne. Gatti hier : « Il a perdu sa jeunesse et ne pense plus qu’à donner à Anna la belle vie, la réussite ».

29 mars 1972

Cdf de Dante : les papiers pour le Mémorial seront remis par Hélène et Stéphane mardi.

30 mars 1972

Vu Heiner : JP à décidé de faire de « Vous », simple rubrique de PM, un autre journal, un hebdo qui tirerait à 500 000 ex. Ils s’installent aux Champs-Élysées mardi prochain.

31 mars 1972

« Vous » provoque des vagues à PM.

2 avril 1972

Chez Lancelot, puis place Saint-Michel.

3 avril 1972

Terminé le gros de la pièce (siège et assaut).

7 avril 1972

Visite de Hélène Châtelain. Remet le papier Lambrakis. Excellent. Parlé Makhno, Overney. PM. Longue conversation avec Penent (PM et l’asservissement des gens, le fric, etc. Très violent).

8 avril 1972

Terminé la pièce.

12 avril 1972

JP réintègre « Vous » dans le corps de PM (sur l’intervention de J. Farran qui s’en est vanté).

14 avril 1972

Révision du recopiage.

18 avril 1972

Cdf de Dante : RV demain gare de Lyon, avec Manessier.

19 avril 1972

Train pour Lyon avec Gatti 7 h 45. Donné la pièce ; la lit. Ne dit rien. Veut la relire.
Au Progrès, de là, avec JJ et Bernadette, chez les Dubreuil. Rajak Ohanian vient nous prendre vers 5 h. Saint-Étienne. Journée des libraires. Plein d’auteurs signant, Chanson, Courrière, etc. Interview radio de nous deux. Dîner chez les Maubout. De là, au Centre socio-culturel de St-Chamond. Gatti interrogé par la trentaine d’assistants. On parle aussi de 3,14 (« la meilleure pièce », celle dont ils se souviennent). St-Etienne à minuit. La Plage. Vu Lévêque, Tournoux et sa femme.

20 avril 1972

Maison de la culture. Déjeuner chez la femme de Durand avec Gatti, Jacqueline Brisset, des gens de la Comédie et des comédiens (cassoulet). Parti m’allonger un peu. 7 h dîner à la cafétéria avec Dante et Dudu. Arrivée des Manessier, de Stéphane et de sa compagne. 9 h salle Copeau. Lecture de Rosa Collective. Formidable lecture – bien meilleure que celle de Lyon. Couché 1 h 30.

21 avril 1972

Partis à 8 h en voiture emmenés par J.-B. (6 dans le 404 break). A 5 km de Mâcon, panne (bielle ou piston). Dante et moi emmenés à Mâcon. Raté le train. A déjeuner, tout le monde. Train de 14 h 28 pour Paris. Arrivée 19 h.
France-Soir, à la une, toute la page : « Adieu à Pierre Lazareff ».

23 avril 1972

Cdf à Dante, retour de Montbéliard. On se verra demain sans doute.
Référendum : abstentions (record : près de 47 %). Défaite pour Pompidou.

24 avril 1972

8 h Gatti. Dîner et critique de la pièce jusqu’à minuit. Adopterai certainement la plupart de ses suggestions. Il sera à Bruxelles jeudi matin. Parti à 1 h, Hélène venu le prendre. M’apprend que Coco (Mme Faure, la mère de Saby) est morte. Ont hérité le chat (un nouveau d’ailleurs).

27 avril 1972

« Orange mécanique » de Kubrick. Pas emballant. Dîner chez Diwo. Jacqueline Diwo couchée. Dépression ?

1er mai 1972

Commencé à corriger « La Répétition »

4 mai 1972

Travaillé : deux scènes nouvelles.

5 mai 1972

Journal ? Nouvel organigramme : Directeur général Farran, adjoint Castans. Directeurs Rigade et Mauge.

8 mai 1972

Mauge me demande d’aller à Bruay faire le « notaire ». Train Béthune. A la gare, Dupin, Pontaud, Florence Porte et le photographe. Chez Me Vaest : pas là. Dans un bar où l’on rencontre Vaest furieux : un tract l’a traité de « cochon ». Rentré à Aire-sur-Lys. Hôtel correct.

9 mai 1972

Une journée d’allées et venues en voiture : cimetière, éconduits chez les parents – Leroy, le frère du notaire (qui jouait avec un canif) – le proviseur du lycée (rien !) – un pharmacien ami de Mme Mayeur (rien) – les parents (reçus), etc.
Vu Pottecher, Thévenin, Derogy – et Leslieu que je n’ai pas reconnu (et il a dit de moi que je le snobais !). Hôtel du Beffroi.

10 mai 1972

Travaillotté dans la chambre la matinée : les autres enquêtent. Au Palais : loupé Leroy arrivant. Les autres égarés à Lille derrière un couillonneur. Train pour Paris.

14 mai 1972

Rue Jacquier au terrain vague voisin de la maison occupée. Théâtre : Marchands de ville (en plein air), bancs : planches sur parpaings. Rapinat, Th. Bosc, Hélène Châtelain, les Manessier, les occupants du 17. Flonflons, vente de livres et brochures, tracts. En face, l’immeuble en construction. Pièce jouée dans les conditions idéales : au lieu même et dans le temps où cela se passe. Très bonne mise en scène. Des ressemblances avec la pièce. Discours ensuite des occupants qui vont être relogés. Des enfants vont et viennent. Slogans : On a le droit d’occuper les maisons vides, Ce n’est qu’un début.

15 mai 1972

Travaillé à « La Répétition générale ». Aprèms, journal. Vu Penent, Chateauneu, Christo, larmes aux yeux, me dit que c’est fini avec Martine. Elle le quitte pour quelqu’un du groupe théâtral (32 ans). Paumé. Dîné à la maison. Longuement parlé. Songe à prendre la route. Encore 15 jours d’armée. Ne plus se créer des obligations, des devoirs. Ne pas faire comme moi (dit comme cela : j’ai donné ma réponse).

17 mai 1972

Rue Custine : Hélène Châtelain (pour l’article Lumumba du Mémorial) et Kristo (toujours au même point. Va dormir chez Sabine Delattre pendant 15 jours). A déjeuner, Cl. Grumbach, le petit cousin. Etudiant à Vincennes. Fait un film sur l’Algérie avec des copains.

18 mai 1972

PM. M’en allant, rencontré Farran rue François 1er : « Tant de talent, si peu de papiers » (à peu près). Reproche faux d’avoir refusé 4 papiers. Allusion à la chute de PM « On va finir par fermer ».
A Bruay, des envoyés spéciaux de PM agressés par des rotariens vexés de ce que j’ai écrit sur leur club ! On peut les accuser de meurtre, mais pas les dédaigner !

24 mai 1972

Rectifié papier Lumumba avec H. Châtelain. Mauge veut me faire faire un papier sur un gars qui vient de tuer l’assassin de son père. Décliné. Je pars demain pour Bruxelles.

25 mai 1972

Avec Hélène châtelain à Bruxelles avec sa 403. Conduit. Arrivés à 13 h, rue Joséphat, 119, à Schaerbeek (anciens établissements Rasquinet, usine métallurgique). Vu Dante (en foulard noir, avec le pull que je lui ai donné la dernière fois), José-Luis, Stéphane et les étudiants de Louvain (une vingtaine plus 2 profs ; les autres, 8 ou 10, sont contre). L’usine est magnifique : un cadre idéal pour Durruti. Les inscriptions, les dazibao, la plus grande commune d’Europe : vie en commun, avec les difficultés (« contradiction » est le mot le plus fréquent). Vu répétition de choix (par les étudiants de leur « homme » de la colonne D.). Difficultés politiques aussi de la part des outrés de voir Pie XII en l’air (marionnette).

26 mai 1972

Dante me présente la continuité jouée. Très beau. Déjeuner à la « cantine ». Les instruments de musique improvisés, le petit canon fait de deux bidons et de roues de bois, la vieille voiture qui servent de praticable.
Aprèms, tentative sur Saragosse. Nombreux « Pex » de Dante. Dîner en commun. Après dîner, jusqu’à 11 h, répétition des marionnettes de nouveau pex. Après, un verre dans un café à billard – triste.

27 mai 1972

Train pour Paris 11 h 08.

29 mai 1972

Déjeuner Hocquard à qui je remets les tracts-programmes de Bruxelles.

30 mai 1972

Pays à 6 h 30 à qui je remets les tracts-programmes. Songe à quitter sa place pour accompagner Gatti en Colombie. « Ce sera un changement complet de ta vie » a prévenu Dante.
Le gestapiste Barbie, dans son récit paru dans France-Soir, déclare avoir appris la date de la mort de Jean Moulin par l’intermédiaire d’un article de PM en (c’était le mien).

2 juin 1972

Avec Hélène Châtelain chez Kessel (recherches sur Makhno). Jeff très amical, mais n’a pas grand chose et regrette ce qu’il a écrit sur l’homme.
« Tout va bien » (Godard). T.B. Bilan quatre ans après Mai.

4 juin 1972

Chez Danielle. Première fois depuis la mort de la grand-mère. Trouvé B.S. très bien : un couple. Me demande de prêter quelques œuvres pour une exposition rue du Dragon. Dit à Danielle que Stéphane était bien à Bruxelles, qu’il veut faire une maîtrise. Elle se dit rassurée.

9 juin 1972

Train pour Bruxelles 7 h 52 avec Martine. Accueillis par Kristo, un peu déprimé (pas de communauté réelle, des groupes, José-Luis en opposition forcenée). Répétition de Saragosse. Dante énervé (« Si Gonzalez pouvait crever ! Il parle de lui comme d’un facho). Déjeuner avec Kristo, Martine, Philippe, Stéphane, Manessier puis Dante dans un restau.
6 h usine : thé et re-thé avec Hélène. 7 h les gens arrivent (y compris le recteur et les chanoines). Stands actifs, 3 ou 4 flics avec talkie-walkie. Vu gus, Pays, Maithé Morand, Durand, sa femme et l’Espagnol, Ledoux, Chaussat. Porté le micro d’Hélène qui filmait en vidéo (mais tout a loupé : son et image). 4 à 500 personnes. La pièce passait bien. Discussion ensuite. Rentré à minuit laissant les autres qui allaient souper quelque part.

10 juin 1972

Gare du Midi : déjeuner avec Ledoux, Chaussat et sa femme. Représentation excellente. Autant de monde. Bruits avant : « la bande à José-Luis va faire quelque chose ». Dante annonce au début qu’il pourrait y avoir une provocation. C’est à la fin que José-Luis et les siens s’emparent de la tour à roues et font leur proclamation : « On nous a exploité ! On nous a interdit de nous exprimer », etc. Ensuite, quelques gonzalistes dans la salle. Gatti répond : « Parle Gonzalez ! ». Un saxophoniste joue à ce moment pour casser le putsch. Discussions à l’infini. Souper à 1 ou 2 h avec Gatti, Hocquard et sa femme, Kravetz et la sienne (venus en moto), Ledoux et les 3 de Saint-Étienne. Présence de Mora, ancien « général » anarchiste, 75 ans, resté ouvrier maçon, petit, ridé, béret. Content.

11 juin 1972

Remis la pièce à Durand pour Vial. Les putschistes s’en vont. Pris un verre avec Dante, très détendu. Arrivée de Michaud, Georges et sa femme. Départ de plusieurs dont Gonzalez.
Moins de monde, mais plus de ferveur. Tout le monde libéré par le départ des « charlots ». A la fin (Blum, marionnette restant seule suspendue – alors que les 2 soirs précédents tous l’avaient été). Musique et danses de marionnettes. Fête magnifique. On scande sur les bagnoles « Ce n’est qu’un début… » à coups de gourdin (l’ampoule à la main droite). Fini la soirée dans un restau portugais. Rentrés à 4 h.

12 juin 1972

Train pour Paris 11 h 18.

13 juin 1972

P. « Tu n’es pas au séminaire de la rédaction ? » Il se tient à Montfort-l’Amaury (Farran, Castans, Mauge, etc.). Le moyen, sans doute, d’éviter la dégringolade. Mais comment le trouveraient-ils ?

14 juin 1972

Article dans « le Monde » sur Bruxelles.

18 juin 1972

La Route. Vers 6 h 30, Hélène et Gatti en 403, plus le chien. Il amène quelques feuillets. Je lui laisse la pièce. Ils restent 3 ou 4 jours.

20 juin 1972

2e lecture de la pièce : Pays, Gus.
Cdf Rigade pour un éventuel papier sur buffet (a tué un gardien et une infirmière à Clairvaux).

21 juin 1972

Téléphoné à Badinter (Clairvaux) qui m’envoie chez Ph. Lemaire porte Champerret. J. Farran parle d’envoyer un psychiatre pour me documenter.
PM : tout un tas de gens s’en vont au « Point » (paraît en septembre : Hachette et Pompidou) : Evesart, Galey, Pontaud, Jeambar. Caviglioli veut retourner au Nouvel Obs. Ancelot, inquiet (il travaille avec Marc Heiner), etc.

22 juin 1972

JP : « On vous aime bien au Figaro. On aime ce que vous écrivez ».

23 juin 1972

Vu Th. Lévy, avocat de Buffet (récusé par lui, en toute amitié). Intéressant.
Atmosphère de chute à PM. Menant : « Farran est une coquille de noix, creux. Il n’a plus rien. Et Mauge ! Et Rigade ! ». L’unanimité. Pour la première fois on quitte le journal en groupe, attiré par des offres extérieures.

24 juin 1972

Gatti à 3 h. Va proposer la pièce à Louvain (avec le journaliste comme pivot).

25 juin 1972

Cdf à Dante : TVB, dit-il. Il part pour Bruxelles jeudi, passera par Barcelonnette.
Troyes à 5 h. Hôtel Royal. Apéritif au Grand Hôtel à la terrasse avec Montarron, Fontaine, Thévenin. Dîner au « Champagne » avec Montarron, retraité de la presse. On parle d’animaux. Vu Coquet, les Pottecher, Dirand…

26 juin 1972

9 h Palais surbondé de flics. Buffet indifférent. Bontemps désespéré. Interrogatoires. Déjeuner Croco. Suite interrogatoires. Salle bondée. Buffet accuse Bontemps. Badinter avocat de Bontemps fait des étincelles. Le président cherche à obtenir 2 têtes pour permettre à Pompidou d’en gracier une (d’où déférence pour Buffet et agressivité pour l’autre). Fin 18 h. Une foule dehors attendait la sortie des fourgons.

27 juin 1972

9 h expert psychiatrique. L’aprèms les détenus, les membres de l’administration pénitentiaire (un menteur), Leterne, directeur régional (honnête homme).

28 juin 1972

Arrivée du Dr F., psychiatre de PM. Il repart à midi. Témoins : le juge d’application des peines, Petit, un détenu libéré capacitaire en Droit. Aprèms, gros incident Badinter – Président (à propos d’un expert, un légiste, qui a fait 2 rapports contradictoires). Fini 8 h 30.

29 juin 1972

Travaillé toute la journée dans la chambre jusqu’à 5 h 30. Téléphoné le papier. Au Palais, pour la dernière plaidoirie (celle de R. Crauste). On dit que Th. Lévy a été « fantastique ». 1 h 30 de délibération : 2 têtes ! Bontemps un instant crut qu’il s’en tirait. Applaudissements… Mauge au téléphone : « Trop long. Il faut réduire de 14 à 9 feuillets ». Travaillé jusqu’à 1 h du matin.

1er juillet 1972

Lyon, petit-déjeuner avec JJ et Bernadette. Ils seront en juillet à Avignon.

2 juillet 1972

Barcelonnette.

8 juillet 1972

Travaillé 1er chapitre de « Mayday ». Lu « Demain les chiens » de Siomack.

11 juillet 1972

Jour d’augmentation des gauloises (1,50 à 1,70).

13 juillet 1972

Appris par Dominique Lempereur que c’est Mauge qui a coupé la fin du papier Troyes, l’aprèms du vendredi.

17 juillet 1972

Commencé les Harry Dickson (J. Ray).

4 octobre 1972

Chez Danielle. Pas là.
Réunion lundi de la dernière chance chez Farran (les experts payés par JP donnent 6 mois de vie au journal).

5 octobre 1972

Lectures : Debord (La Société du spectacle). Vu Penent, toujours content de son augmentation. Mais l’atmosphère à PM touche à l’angoisse.

6 octobre 1972

Vu Danielle et les deux filles av. de Versailles. Bernard absent, en ville. M’explique qu’il a dépensé 13 M en deux ou trois mois. Une frénésie de dilapidation. Rien d’utile n’a été fait pour l’appartement ou les enfants. En revanche : auto, moto, combinaison de plongée, maisons louées, atelier de bricoleur…

9 octobre 1972

PM l’aprèms. Tous parlent de la situation précaire du journal.

10 octobre 1972

Conférence à 16 h dans le bureau de Mauge. Départs successifs très vite de Mauge et Rigade appelés par J. Farran dans le bureau de JP. Vu quelques minutes avant au début d’une conférence. Petit, tassé dans le fauteuil, maigri, pâli.
Plus de dépenses : seul JP peut signer les provisions de reportage, nous dit Cavi.

13 octobre 1972

A déjeuner Stéphane venu chercher la pièce pour Dante. PM. Note sur l’état d’urgence du journal par JP. Tout le monde sur le pont dès le matin.

16 octobre 1972

Conférence PM dans le bureau de Farran. On était 3 : Menant, Cavi et moi. Trois projets de papier.

17 octobre 1972

Journal matin. Vu JP dans son bureau : « Il y a une certaine sympathie entre vous et moi, n’est-ce pas ? » M’invite à l’aider, à venir le voir, parle du Washington Post qui a su devenir le journal de la capitale tout en étant . « Nous devrions faire la même chose. PM va s’occuper des problèmes de Paris : pollution, bruit des aéroports, etc. ». Cdf de Marie Déa (pour montrer la pièce à l’adjoint de Rétoré).

18 octobre 1972

Cdf de Le Boldec : on dit au « Figaro » que 50 journalistes de PM et 30 de « Parents » seraient licenciés. Première nouvelle.

20 octobre 1972

Agitation à PM. Mauzon veut me voir dans mon bureau. (JP seul en face de trois – Castans, Mauzon, Farran – pense que sans eux, c’est le vide. Lui donner, par une démarche des « écrivains », l’assurance du contraire.) R.V. demain avec GB, Croizard, chez Mauzon. Annulé dans la soirée : GB vraisemblablement ne marche pas. Croizard donc non plus… Reste quoi : le « putsch » ou l’indifférence.

21 octobre 1972

PM le matin. Mauzon, une heure de conversation. M’apprend que Castans est déplacé sur le Figaro Dimanche. J’insiste sur la lettre de soutien à JP.

23 octobre 1972

Projet de lettre à JP (au nom des « écrivains » de PM).

24 octobre 1972

PM avec Croizard, qui corrige la lettre à JP.
Cdf de J. Bolo : Blin est très « chaleureux » pour la pièce. Madeleine Renaud beaucoup moins, d’après Blin. Cdf de Lucie Ulrich seulement pour qu’on parle de son film dans PM. Cdf de Rognoni : offre à des amis de travailler avec lui à la télé.
Vu Penent (pour Donzelle).

25 octobre 1972

Vu Penent (encore pour Donzelle).

26 octobre 1972

Dîner près de l’Alma – affaire Donzelle.

30 octobre 1972

PM vu Krysto, Château, Chandet. Croizard : j’ai eu Boulez, il voudrait beaucoup qu’on se voie. Il revient vers le 10-12 décembre. D’accord ? « D’accord ».

31 octobre 1972

Chauffeur à la maison. De là, place Saint-Michel puis Corbeil. Dr Carpentier. Très sympathique. A 5 h avec H. Chandet et le chauffeur, à Neuilly-Plaisance chez la mère d’un petit voyou. Les Misérables ! Puis chez la victime en train de recevoir ses amis et qui nous reçoit assez fraîchement. Sa mère, Mme Chevallier, n’est pas là.

1er novembre 1972

Commencé papier avortement.

2 novembre 1972

Fini papier à 8 h – après 2 heures de sommeil, téléphoné puis corrigé. Attendu tout l’aprèms les épreuves.
Dr Carpentier : 1 an de suspension par le Conseil de l’ordre. (Penent, avec qui j’en parle déteste Carpentier : un « Américain ».)
Mort de Ezra Pound.

3 novembre 1972

Train pour Gap à 21 h 03.

5 novembre 1972

Achat de la maison.

9 novembre 1972

Paris. PM. Vu Ancelot, Château (dont le roman est accepté enfin chez Gallimard), Diwo (inquiet du rôle joué par Farran qui emmène à déjeuner chez JP Amaury !).

10 novembre 1972

Cdf de Dante à Mme Mariot vers 2 h 30 : ça marche pour la pièce.

11 novembre 1972

Cdf de Chalonne (Mâcon). Voudrait monter « la Répétition ».

12 novembre 1972

Émission sur Boulez, son « Musée imaginaire ». Très simple, poli, souriant, juste.

13 novembre 1972

Envoyé lettre à Dante pour accuser réception du message. PM : préparé papier sur la peine de mort. Vu Thierry Lévy pour Buffet. Gatti a retéléphoné sans pouvoir me joindre.

14 novembre 1972

12 h Rilis, avocat du dernier condamné à mort exécuté en 69.

15 novembre 1972

10 h 30 Th. Lévy et la famille de Buffet : une pauvre femme (dont le fils ne sait rien du père condamné à mort). Papier de Lévy dans le Figaro (sa lettre à Pompidou).

16 novembre 1972

Terminé papier à 1 h du matin. Dicté à PM à 11 h.
Téléphoné à Barcelonnette : 1 ha 75 !

17 novembre 1972

A l’imprimerie : coupé un peu avec J. Merlin.
14 h cdf de Dante (Louvain). La pièce : d’accord. J’irai le 11 décembre. Lui, s’est mis au pain et au thé, me dit-il, pour raisons médicales (plus de graisse et ).
Cdf de Simone Lacouture, auteur du futur « Brésil », Petite planète. Elle souhaite conserver mon chapitre historique. D’ac.

20 novembre 1972

Visite de la femme de Chaussat : chercher docu pour Dante (garde républicain, les paysans sans femme).
PM vu JP qui me félicite chaudement « pour le papier sur la peine de mort ».

21 novembre 1972

Pas d’échafaud encore pour Buffet. Dîner avec B. chez les Aymon, av. Bosquet : les Kessel, les Derogy, les Mazoyer. Parlé surtout d’Israël (ils font tous une encyclopédie chez Historia), d’Armorin – du bateau « Th. Herzl ».

22 novembre 1972

Faire-part de Crest : le père Armorin est mort (87 ans). 10 h visite de Chaussat. Remis pour Dante docu (garde républicain tueur de sa femme déléguée syndicale – célibat paysan). Cdf de Dante pendant la visite : pour le même motif. Confirmation pour la « Répétition ». Lettre d’Antonio Puyo qui faisait sa thèse sur P. Joffroy et, malade nerveusement, y a renoncé.

23 novembre 1972

Cdf de Thierry Lévy : projet de livre pour Nora sur Buffet. Réticence de ma part. On se verra « après » (Buffet : visite hier 1 h 30 de sa femme. Un signe ?).

25 novembre 1972

Déjeuner avec les Bouise aux Feuillants. Promenade dans Lyon.
Au TNP, Planchon à 7 h 30. Pièce curieuse, faite de scène rapides et magnifique mise en scène et joués, mais qui manque d’un dessein central (ou on ne le voit pas). Vu Rosner, Schondorf (décorateur) et Planchon, inquiet des opinions. Me dit qu’il a écrit une pièce en 7 jours et que pour la première fois il n’a pas eu envie d’y retoucher.

26 novembre 1972

Promenade dans le vieux Lyon. « Fracasse » joué par la troupe de Maréchal à 15 h. Très joli spectacle de fête. Vu Luce Mélite et Maréchal. Il apporte la pièce à Aubervilliers.

27 novembre 1972

Rue Juiverie, Croix-Rousse, tissages mécaniques mais pas trouvé de tissage à bras.

28 novembre 1972

Réveillés à 4 h par Michou Simon : exécution Buffet imminente. J’y vais en taxi. Rue bouclée. Quelques journalistes. Froid. Nous allons au cimetière du Kremlin-Bicêtre. Retour Santé. Avis affiché. Passé par la rue du Bourreau. Sur place appris que Bontemps y passait aussi ! Stupéfait ! Incrédule presque ! – Soleil, ciel bleu.
10 h 30 chez . A peu près rien. L’aprèms, grande excitation à PM. 17 h chez Badinter. Thierry Lévy, puis Philippe Lemaire rue La Boétie. Rentré 8 h.

29 novembre 1972

Vu Badinter – révolté. Commencé papier.

30 novembre 1972

Aprèms PM. On prépare le nouveau format. Mouzon me dit qu’il y a une salade pour le papier (qu’on n’a pas lu avec lui). Vu Rigade, remis papier Mauge, mais aussitôt après à J.P. Une heure après revient, me demande d’adoucir, puis se ravise : « Et puis, je m’en fous, on le passe ».

1er décembre 1972

A l’imprimerie. Cdf de Lévy : l’Express (Derogy) raconte aussi l’exécution. « Vous a-t-il téléphoné ? » « Non ». « Alors, la même confraternité que chez les avocats ! ». Me donne quelques tuyaux supplémentaires.
6 h imprimerie. Revu épreuves et recorrigé.

2 décembre 1972

50 ans – et le rhume.

4 décembre 1972

Mouzon me téléphone pour me confirmer que Mauge voulait foutre mon papier au panier. Cdf de J.P. Papier sur le « mur de la vie privée » ? Qu’est-ce que j’en pense ? Je suis malade. Panne d’électricité de 9 h à 11 h et plus. Bougies, lampes à pétrole. Le XVIIIe sombre dans le XVIIIe.

5 décembre 1972

Cdf à Gatti. Il a rencontré hier soir Hervé Mille qui lui a présenté Bénier et d’autres jeunes écrivains éphèbes – et les a traités avec la plus grande familiarité.
Vu Mouzon : il s’est colleté avec Mauge hier à propos de la couverture du journal. J.P. se prononcera tout à l’heure. Atmosphère de fébrilité. Le nouveau PM

6 décembre 1972

PM : salades. Mauge a perdu la bataille de la couverture. Il a serré la main de Mouzon et a proclamé que mon papier était le meilleur du numéro. Rideau.
Tél. à Dante pour l’inviter au déjeuner Boulez de dimanche (s’il a lieu). Me dit qu’il va faire l’opéra avec Nono – et que Stockhausen vire au fascisme.

7 décembre 1972

Journal. Vu G. Bonheur qui me félicite sur ce « très grand papier » (Buffet -Bontemps).

8 décembre 1972

Cdf à Dante : le projet belge se précise.

9 décembre 1972

Cdf de Dante. R.V. demain.
Compliments pour le papier : G. Bonheur, Toussaint (qui veut faire un livre), Laffont, Villèle, Penent, Vialatte fils, Claude Duran, Lieutaud (mon vendeur de la Combe), Gilbert, Jean M… , J. des Cars.

10 décembre 1972

Déjeuner avec Dante et Hélène à Alésia. Plan pour Bruxelles : usage de vidéo, Ivan Vaneck, J.-B. Manessier, Stéphane.

11 décembre 1972

Train 9 h 52 pour Bruxelles avec Dante. Ligne de conduite . Train pour Louvain, taxi pour l’université. Retrouvé là-bas dans un cours Stéphane, Manessier, les élèves. Déjeuner à la cantine. A St Joosse recherche de la maison. Par un coup de fil de Melle Déléguio nous apprenons que tout le quartier à démolir sera à nous. De là, au lieu d’établissement de la « commune Amboryx » Gottechain, une ancienne école (chauffée par un calorifère central). Dîner. Films vidéo de la journée. Couché dans la chambre de Dante (sac de couchage). Ecole de briques, bancs, tableaux noirs, presse à bras, préau, cabinets dans la cour, tableaux d’histoire belge, de tous les Gaulois, les Belges sont les plus braves et deux chats noirs, plus inscriptions dazibaos.

12 décembre 1972

Froid et vent. Lavé sommairement. Thé, tartines et Louvain : bureau. Café pris avec Jean-Baptiste, retour à l’école. Déjeuner. Parlé avec J.B. puis avec Ivan Vaneck. Dante furieux de la prestation fournie par Chaussat (qui vient le jeudi) : responsable « pleins pouvoirs » pour le basket, il a édifié sur son terrain de basket une clownerie (savant fou, filles nègres, etc.) sans rapport avec le problème des paysans du Brabant-Wallon. Train à Louvain vers 6 h.

13 décembre 1972

Cdf à Monloup pour récupérer l’exemplaire de la pièce qu’il a donné à J.P. Miquel (Odéon). Me parle de la pièce de Planchon (décor passéiste) et du décor qu’il travaille pour celle de Vinaver.

15 décembre 1972

PM. Vu J.P. venu dans mon bureau : « Je crois que j’ai tiré le journal d’affaire ». Me demande encore de l’aider.

16 décembre 1972

Travaillé et fini la révision des « Farandoles » de Francine Lancelot.

19 décembre 1972

PM l’après-midi. Cdf de  : un inspecteur enquête sur le papier « peine de mort » ! Arrivée du commissaire Lemonde et de l’inspecteur Le Floch ( ?). Interrogatoire.

22 décembre 1972

Cdf pour le papier Rothschild. Céline de la Brosse m’obtient le contact par M.H. de R. R.V. à 7 h pour ¼ d’heure.

23 décembre 1972

Giap tué, m’annonce Jean Martin. Démenti à Hanoï.

26 décembre 1972

Journal. JP obsédé par le papier Rothschild. Me dit que c’est l’armature du journal.

28 décembre 1972

A l’imprimerie. Coupé 189 lignes (JP l’avait déjà fait en partie, très justement).

29 décembre 1972

Pris un thé à la Ferro. Rencontré O’Brien, le frère de Michèle Kessel ; acteur de westerns spaghettis à Rome. Il me dit que le papier sur la mort de Buffet-Bontemps l’a bouleversé. (Suggestion d’un film).

30 décembre 1972

La Cartoucherie « Les Bonnets rouges », avec Lancelot acteur. Mise en scène Serreau. Lassant.

3 août 1972

Paris.

10 août 1972

Kristo de 5 à 7 : synopsis de « Vix » son projet de « livre-journal » (France-Soir).

11 août 1972

Déjeuner au chinois avec Penent. Parlé de Sabathier, du roman Penent qu’il veut faire mais ne peut à cause du boulot Mémorial. Vu Kristo : correction de son texte.

12 août 1972

Cdf de S. Desmaison. R.D. atteindra ce soir le Mont-Blanc après avoir gravi en solo le Penterey.

13 août 1972

Cdf de R. Desmaison : « Ca y est ! Pas fait de photos. Je ne pensais qu’à sauver ma peau ».

16 août 1972

Dîner Custine avec Obolenski (après son appendicite de décembre, très bien – aussi « parlant » que d’habitude).

17 août 1972

Cdf de Dante vers 11 h. Rentré de Pianceretto. Sa mère m’y invite mais croit que je ne viendrai pas. Je suis trop haut placé. Croit que je lui envoie PM numéro par numéro et quand un numéro se fait attendre, c’est que je l’ai oubliée, elle. Sont venus, lui, Hélène et Stéphane à Barcelonnette mais n’avaient pas l’adresse (gendarmerie, Dauphiné libéré, etc.) songeaient à amener à Pianceretto la piote (qui ne se trouvait pas là). Dante a trouvé bon le texte donné pour l’IAD. Venu déjeuner avec Manessier. Parlé de la pièce (Manessier la chapeautera), de Durutti (« j’ai relu l’Espoir. Avec ça, je commence à connaître la guerre d’Espagne, et Orwell »), de
(« la chose la plus triste depuis la chute de Barcelone »). Va partir pour Bruxelles, a refusé un film pour la 3e chaîne TV (pas de moyens et pas de temps). Suit un régime pour un peu maigrir.

18 août 1972

PM l’aprèms. Vu Kristo, Rapinette (que j’envoie chez Diwo poser sa candidature) et Ancelot qui sort d’un ulcère venu de ses ennuis au P.L. et à PM. Viré par Heiner, repris par Baleine. Travaille au milieu des jeunes : « J’ai l’air d’un vieux journaliste raté… ». Prêté mon bureau.

23 août 1972

La conférence du « roi-voyou » Hassan II hier ou avant-hier : objet d’un article de Penent dans Combat.

26 août 1972

Chez Georges avec Kristo et Gus. Parlé de leur pièce – et d’un projet qu’a Gus (le droit au travail : l’illusion et l’imposture qu’il y a dessous).

28 août 1972

Commencé chapitre Tessa. Cdf de Gatti : à Bruxelles, rien n’est fermé, rien n’est ouvert. Tout est possible.

5 septembre 1972

Chez Danielle et Bernard avec A. Pas là. Dîné chez Georges avec Gus et l’ex femme de Pays. Au journal. Discussion avec Kristo sur le raid des Palestiniens de « Septembre noir » à Munich (2 tués, 8 ou 9 otages israéliens). Il approuve, moi pas.

6 septembre 1972

Tout le monde mort à Munich.
Lettre de Madeleine Renaud lue au téléphone par Sabine. Demande que je lui téléphone.

9 septembre 1972

14 h en taxi à la Courneuve. Fête de l’Huma. « La Journée d’une infirmière » avec V. Théophilidès, puis errance dans la foule énorme. Concert des « Who ».

12 septembre 1972

17 h Récamier. Vu Madeleine Renaud. Article, mais cela ne concerne que la TV. On verra.

15 septembre 1972

Vu Marc Heiner qui quitte le journal. Ils acceptent sa démission, ce qui laisse supposer des difficultés pour les indemnités.

17 septembre 1972

Cdf de J. Bolo, enthousiaste pour la « Répétition générale ». Cdf à Monloup – va montrer la pièce à J.-P. Miquel.

18 septembre 1972

Cdf à JJ : a lu deux fois la pièce. Lui plait. Va en parler à Planchon.

21 septembre 1972

Déjeuner Penent et Croizard. Parlé de PM (en pleine déliquescence). Conférence de presse de Pompidou TV. On noie le poisson sans convaincre personne.

23 septembre 1972

Déjeuner à Saint-Michel. Dante, perplexe. D. finissait son poème graphique pour Monloup. Part pour Bruxelles lundi. Me demande trois exemplaires de la pièce. Voudrait, si ça marche, que j’intervienne, présenter comme celle des mots. (Travaillant sur la Kabbale lorsque je l’ai vu achevant le poème.) Il a eu sur Munich les mêmes réactions que moi. (Illisible.)